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      Le Prix 2016 du CECEF est décerné à Olivier Nguyen

Le Prix 2016 du CECEF est décerné à Olivier Nguyen

Allocution du père Olivier Nguyen lors de la cérémonie de remise du Prix 2016 du Conseil d’Églises chrétiennes en France

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  • 16 décembre 2016

Olivier Nguyen [1], prêtre catholique du diocèse de Fréjus-Toulon, a reçu le Prix 2016 du CÉCEF [2] pour son mémoire de master intitulé Intégration du concept théologique de missio Dei dans l’implantation d’églises évangéliques au XXIe siècle. Quelques passerelles avec la missiologie catholique, soutenu en juin 2016 à l’Université catholique de Lyon. Le métropolite Emmanuel, président en exercice du CÉCEF et président de l’Assemblée des évêques orthodoxes en France, a remis le prix au lauréat le 6 décembre 2016, juste avant la célébration œcuménique à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme. Voici l’allocution du père Nguyen lors de la remise du prix.

Chers frères et sœurs dans le Christ, c’est une joie pour moi de vous parler du fruit de mes recherches théologiques sur le sujet de la missio Dei à l’occasion de l’anniversaire des 500 ans de la Réforme. La pratique missionnaire comme la réflexion théologique qui y est liée sont certainement des chemins privilégiés providentiels par lesquels Dieu veut opérer l’unité des différentes confessions chrétiennes. L’indifférence massive à la bonne nouvelle du Christ sauveur dans notre société française constitue pour nous tous un défi qui exige l’échange et l’intégration de nos dons respectifs reçus.

Ma recherche théologique pour mon mémoire de master 2 est née principalement de deux grands centres d’intérêts. Le premier fut la découverte au cours de ma première année de master du concept de missio Dei tel qu’il est exposé dans le document phare de Vatican II sur la mission, intitulé Ad Gentes. En cherchant la base théologique du concept de mission, les Pères du Concile ont remis en lumière le concept de missions trinitaires développé par Saint Augustin. Pour eux, la mission de l’Eglise et toute forme pratique de mission n’existent qu’en référence à l’unique mission du Christ envoyé par le Père pour le salut du monde. Alors que la nature de l’Eglise est présentée comme profondément missionnaire, chaque chrétien est invité par sa parole et ses actes à se greffer sur l’unique mission du Christ qui dispense particulièrement à travers son Eglise la grâce du salut. Mon deuxième centre d’intérêt fut lié au désir d’approfondir la compréhension théologique du phénomène missionnaire massif d’implantation d’églises, tels qu’on le voit se développer dans le milieu évangélique depuis une quarantaine d’années. Steven Beck, missiologue évangélique allemand, la définit ainsi pour une église particulière : « il s’agit de la mise en place intentionnelle d’une structure ecclésiale dynamique tournée vers l’extérieur qui vise la conversion de personnes à Jésus-Christ, leur intégration dans un processus de “discipulat” conduisant à la transformation de la ville, jusqu’à la nomination de responsables (anciens) et la multiplication-reproduction de l’église ». Comment rester indifférent devant un mouvement missionnaire qui a été l’instrument de la création de milliers de communautés chrétiennes et indirectement certainement, de millions de conversions ? Comment d’un point de vue catholique analyser ce phénomène missionnaire pour essayer peut-être d’en tirer quelques leçons pratiques pour la missiologie catholique ?

Mon sujet apparaissait tout naturellement : de quelle manière le concept de missio Dei, concept fondamental de la missiologie catholique était-il reçu ou intégré au cœur même de la théologie et de la pratique évangélique d’implantation d’églises. Ma recherche était d’autant plus motivée que je découvrais que ce même concept avait été posé à la conférence de Willingen de 1952, comme un concept central de la théologie missionnaire du mouvement œcuménique naissant.

Trois grandes parties structurent mon travail. Dans la première, je montre combien le concept de missio Dei est de plus en plus accueilli au cœur de la théologie évangélique de la mission. Depuis les discours de Billy Graham jusqu’au document de l’engagement du Cap de 2010, quel chemin parcouru ! Cette partie a le mérite de présenter les jalons historiques qui permettent de comprendre pourquoi, au début du mouvement œcuménique, ce concept a été difficilement accueilli dans le milieu évangélique tout en montrant les raisons de son intégration actuelle. Elle offre également une typologie sur la manière dont ce concept est accueilli au cœur de la vaste et très diversifiée communauté évangélique. La seconde partie, à dimension plus pratique, a tout d’abord essayé de comprendre d’une manière synthétique le phénomène d’implantation d’églises. Nous avons alors concentré notre recherche sur plusieurs mouvements missionnaires marquant la théologie de l’implantation notamment le Church growth movement et le Natural church developpement. Autant que possible nous avons essayé de mettre en lumière les grandes lignes théologiques de fond pouvant avoir un rapport avec le concept de missio Dei. Enfin, la dernière partie explore les grands champs de contact entre la missiologie catholique et la théologie évangélique de la mission. Pour une mise en évidence de leur stimulation mutuelle, je retiendrai plus particulièrement de cette partie deux choses. D’une part, le concept de missio Dei reçoit dans la théologie catholique une signification précise à l’intérieur d’une théologie de la création permettant de bien distinguer ce qui relève de l’œuvre de création, des missions trinitaires comprises comme des missions de restauration de la création. Les débats évangéliques sur le statut de la mission intégrale pourraient y recevoir un éclairage. D’un autre côté, la connaissance de la pratique missionnaire d’implantation d’églises pourrait être un bon stimulant pour les communautés catholiques afin qu’elles s’approprient en acte la vérité de la nature profondément missionnaire de l’Eglise.

Au-delà de ces résultats intermédiaires, le fruit le plus significatif de mon travail, dans le cadre de cette journée qui nous rassemble, est l’interprétation concrète que nous pouvons donner à la conclusion de mon mémoire. Si, en effet, le concept de missio Dei pénètre d’une manière effective non seulement la théologie évangélique de la mission mais aussi la pratique évangélique d’implantation d’églises, cela signifie qu’il peut constituer un fondement théologique pour une théologie missionnaire œcuménique embrassant l’ensemble des grandes dénominations chrétiennes. Au-delà de certaines divergences, ce concept y reçoit des valences communes, expressions d’un certain consensus autour de son interprétation : signification profondément théologique de l’acte missionnaire, prise en compte du fait social et culturel à l’intérieur de l’intentionnalité missionnaire, valorisation du lien Eglise-mission, urgence de la mission de l’Eglise. Espérons que se consolide entre les grandes confessions chrétiennes cette unité théologique autour du fondement de la mission et qu’elle se traduise toujours plus dans une unité de foi et de pratique missionnaire.

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Permettez-moi dans un deuxième temps de vous parler des fruits de ce travail dans le cadre d’une application pratique au cœur de l’ecclésiologie catholique. Je vois dans la remise de ce prix une confirmation et un encouragement de notre Seigneur Jésus Christ pour une initiative missionnaire commencée.

En effet, depuis deux ans avec deux autres frères prêtres, nous réfléchissons sur la manière de penser la méthodologie de l’implantation d’églises au cœur des tissus diocésains et paroissiaux. Un projet s’intitulant Alliance Plantatio a été lancé qui consiste à développer des écoles catholiques missionnaires au service des paroisses. Nous cherchons à former des fondateurs d’écoles catholiques encore appelés « implanteurs » appelés à évangéliser et à accompagner pastoralement toutes les familles des enfants accueillis en vue de leur pleine intégration à la communauté paroissiale. Nous cherchons également à former des professeurs missionnaires qui rejoindront des équipes d’implantation. Ce projet réunit et met en œuvre les grandes dynamiques de l’implantation : établissement d’une vision pastorale commune travaillée en équipe, mise en place de ce que nous appelons l’écosystème pastoral disposant l’école à l’œuvre de l’Esprit, mise en place de la formation de disciples et du développement des leaders, recherche de la reproductibilité de l’école. Une première école catholique missionnaire a été ouverte à la Valette du Var.

La communauté formée par l’ensemble des enseignants éducateurs et des quelques familles chrétiennes motrices apparait comme une unité ecclésiale pouvant être pensée à la fois dans sa capacité de croissance, de reproductibilité mais aussi dans sa capacité d’intégration à un tissu paroissial. Elle se manifeste aussi comme un sujet formidable pour l’expression de la missio Dei puisqu’elle permet de prendre en compte le fait culturel et éducatif à l’intérieur d’une intentionnalité de croissance qui vise l’évangélisation des familles.

Je voudrais terminer ce mot par quelques remerciements. Tout d’abord à l’égard du jury qui a su apprécier mon travail et qui a pris le temps de me lire. A l’égard également de sœur Marie Hélène Robert, responsable de mes études à l’université catholique de Lyon qui a su m’encourager. Je terminerai en remerciant particulièrement les professeurs de la faculté évangélique de Vaux sur Seine qui m’ont ouvert leurs portes.

Que l’unique Mission du Christ qui rejaillit en projets apostoliques de toute sorte dans les différentes confessions chrétiennes continue son œuvre d’unité entre les chrétiens ! Je vous remercie pour votre écoute.

Photo : © I. K.
Le père Olivier Nguyen (à droite) avec le métropolite Emmanuel et l’ancien lauréat (Prix 2014) le pasteur Jean Renel Amesfort (à gauche).

Notes

[1Né en 1978, Olivier Nguyen a d’abord fait des études d’ingénieur. En 2014, il a publié un livre sur la théorie de Darwin et sa postérité (cf. Stabilité des espèces. L’enquête, Montrouge, éd. du Jubilé, 2014).

[2C’est pour la troisième fois que le Conseil d’Églises chrétiennes en France a remis un prix à un étudiant pour son mémoire de master. Christophe Delaigue a été le premier lauréat en 2012 et Jean Renel Amesfort le deuxième en 2014.



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