Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Des-chretiennes-en-oecumenisme.html
      Des chrétiennes en œcuménisme

Des chrétiennes en œcuménisme

N° 169 (janvier 2013) : sommaire et éditorial.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 1er janvier 2013

Sommaire

ÉDITORIAL : Les chevilles ouvrières de l’œcuménisme (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Benoît XVI en visite au Liban (Franck Lemaître)

Septième assemblée de la Communion d’Églises protestantes en Europe (Laurent Schlumberger)

Évangélisation nouvelle et unité des chrétiens

CÉCEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : Des chrétiennes en œcuménisme

La Journée mondiale de prière. S’informer, prier, agir (Nicola Kontzi-Méresse)

« J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». La Journée mondiale de prière 2013 (Odile Leleu & Laurence Gangloff)

Lurana White. Aux sources de l’œcuménisme spirituel (Lorelei Fuchs)

Mère Geneviève de Grandchamp. La passion de l’unité ( Minke de Vries)

Élisabeth Behr-Sigel. Une théologienne engagée au cœur du mouvement œcuménique (Olga Lossky)

Chiara Lubich. Une vie pour l’unité (Martin Hoegger)

À la recherche d’une table ronde. Femmes et hommes en œcuménisme (Karin Achtelstetter)

RENCONTRE avec Jeanne Carbonnier

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

Lors de ses funérailles le 25 octobre 2012, il était impressionnant d’entendre la manière multiforme dont Suzanne Martineau avait œuvré à l’unité des chrétiens, à Poitiers, à Rome ou à Cantorbéry… Si parfois le rôle décisif d’une chrétienne est ainsi honoré, il faut bien reconnaître que souvent la contribution des femmes à l’œcuménisme gagnerait à être davantage reconnue et mise en valeur. La Journée mondiale de prière, préparée en 2013 par des femmes françaises, nous en donne l’occasion.

Parce que le recul historique assure une meilleure visibilité, Unité des Chrétiens a fait le choix de brosser le portrait de quelques pionnières de l’œcuménisme spirituel, doctorinal ou diaconal, de toutes confessions : Lurana White, Mère Geneviève de Grandchamp, Élisabeth Behr-Sigel, Chiara Lubich… Impossible, bien sûr, de viser l’exhaustivité. D’autres dimensions du mouvement œcuménique (missionnaire, institutionnelle…), qui ont eu elles aussi leurs maîtresses-femmes, auraient mérité un article : qu’on pense par exemple à Suzanne de Dietrich, première directrice de l’Institut œcuménique de Bossey en 1945 ; ou encore à Kathleen Bliss, qui rédigea à Amsterdam en 1948 le message de la première assemblée du Conseil œcuménique des Églises, avec son fameux « Nous sommes décidés à demeurer ensemble » [1].

Si ce numéro met ainsi en lumière ces matriarches de l’œcuménisme, remarquées et remarquables, on aurait tort d’oublier toutes les chevilles ouvrières qui œuvrent de manière moins visible et moins repérée : sans leur persévérance, bien des avancées œcuméniques n’auraient jamais lieu.

Il faut toutefois aussi reconnaître que la place des femmes dans l’Église reste un point difficile dans les débats interconfessionnels. Lors de la première Conférence de Foi et Constitution à Lausanne (avec sept femmes parmi les 400 délégués), ce sujet avait déjà été abordé. Depuis 1927, l’accession des femmes aux ministères ordonnés a constitué une nouvelle question séparatrice entre Églises.

En 2008, dans son intervention à la Conférence de Lambeth, le cardinal Kasper affirmait aux évêques de la Communion anglicane : votre décision d’ordonner des femmes empêche « réellement et définitivement une possible reconnaissance des ordres sacrés anglicans par l’Église catholique » ; et de conclure : « il semble maintenant que la pleine communion visible soit devenue un but plus lointain pour notre dialogue, que celui-ci aura des objectifs plus modestes et que sa nature en sera donc modifiée » [2].

Inversement la Fédération luthérienne mondiale estimait en 2007 que réserver le ministère de la Parole et des sacrements aux hommes « obscurcit la nature de l’Église en tant que signe de notre réconciliation et de l’unité en Christ par le baptême, par-delà les divisions que sont l’ethnicité, le statut social et le sexe (Ga 3,27-28) » [3].

Il serait toutefois injuste d’affirmer, en raccourci, que les femmes constituent aujourd’hui une menace pour l’œcuménisme. Ne faut-il pas plutôt reconnaître que ce débat sur la place des chrétiennes n’est que le révélateur d’autres questions non résolues (par les hommes notamment !) : comment les conditionnements culturels marquent-ils nos choix théologiques, passés et présents ? quelles limites donner à une authentique inculturation de l’Évangile ? Ou encore : quel lien juste établir entre un ministère compris comme service et l’exercice du pouvoir dans l’Église ?

En rendant grâce à Dieu pour « la qualité et la spécificité de l’apport massif des femmes » à la vie ecclésiale, Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, affirmait récemment : « Dans l’Église, les deux tiers des effectifs sont des femmes. Beaucoup, cependant, se sentent discriminées » [4]. Ces propos tenus au sujet de la nouvelle évangélisation ne pourraient-ils pas, mutatis mutandis, être appliqués au mouvement œcuménique ? De fait, il reste du travail pour éviter tout androcentrisme dans les aréopages inter-ecclésiaux.

À l’automne 2012, dans leur résistance au « mariage pour tous », les responsables d’Église ont beaucoup souligné l’importance de la différence sexuelle. Ne faudrait-il pas aussi veiller à cette nécessaire altérité dans la vie ecclésiale, notamment au sein des instances interconfessionnelles ? Non pour satisfaire à la mode, mais parce que le mouvement œcuménique aurait tout à gagner à mieux profiter de la contribution qualifiée de ses meilleures fidèles.

frère Franck LEMAÎTRE

Notes

[1Désordre de l’homme et dessein de Dieu, Delachaux & Niestlé 1949, vol. 5, p. 7-10.

[2« Réflexions catholiques sur la Communion anglicane » (30 juillet 2008), in Documentation catholique, n° 2410 (2008).

[3Le ministère épiscopal au sein de l’apostolicité de l’Église (Lund, 2007), n° 40.

[4Intervention à l’assemblée du Synode des évêques sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », Rome, 9 octobre 2012.


Document