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Deux semaines de prière au mois de janvier en ignorance mutuelle, en échange de dons ou en compétition ?

Le mois de janvier est jalonné non seulement de souhaits réciproques de meilleurs vœux mais aussi de deux semaines de prière.

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  • 31 mars 2017

Le mois de janvier est jalonné non seulement de souhaits réciproques de meilleurs vœux mais aussi de deux semaines de prière. C’est un temps fort d’un œcuménisme spirituel, vécu sur le terrain. Ces deux semaines de prière ont des origines historiques et ecclésiales différentes, des approches différentes de l’œcuménisme également. Mais elles sont animées par le souci commun : de l’union ou de l’unité du corps du Christ ; de prier ensemble à travers les confins de sa propre communauté ; et de faire repentance face à la désunion.

La Semaine universelle de prière de l’Alliance évangélique mondiale, est préparée par un comité européen ou international selon les années. Organisée pour la France par le Conseil national des évangéliques de France (CNEF), et en Suisse par le Réseau évangélique suisse, sa vocation est d’unir dans la prière des chrétiens et des communautés d’orientation évangélique. Des méditations et les sujets de prières sont disponibles en ligne. La Semaine de prière pour l’unité chrétienne, est préparée par un comité international avec des représentants du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité chrétienne et du Conseil oecuménique des Églises. Le matériel en France est préparé et diffusé par l’association lyonnaise Unité chrétienne. Si les dates, du 18 au 25 janvier, de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne ne changent pas d’une année à l’autre à l’autre [1], les dates de la Semaine de prière de l’Alliance évangélique changent légèrement et chevauchent parfois le début de la Semaine de prière pour l’unité [2]. Cette esquisse permet de voir la subtilité de prier pour unir
des chrétiens ou de prier pour l’unité chrétienne.

Désir de dépasser l’ignorance mutuelle, un échange de dons déjà en route ?

Il y a 10 ans déjà, le pasteur méthodiste suisse Hans Hauzenberger, soulignait la question d’un certain nombre d’Églises évangéliques qui seraient attirées à participer dans les deux semaines et les problèmes pratiques et parfois même douloureux liés à cela [3]. On pourrait faire la critique d’une ignorance mutuelle des pratiquants respectifs des deux semaines, une peur de se laisser aller à la prière plus spontanée d’un côté, un refus de se mettre sous le joug d’une prière pré-écrite de l’autre. Pourtant, ce stade semble être largement dépassé sur le terrain en France aujourd’hui, on constate même un certain engouement à organiser ensemble des temps de louange, à faire de la nouvelle musique ensemble, à se découvrir lors des promenades-repas d’une Église à l’autre du même quartier. Cela dit, prier ensemble entre chrétiens suscite ici comme ailleurs, encore frilosité ou refus fier pour certaines Églises évangéliques ou orthodoxes, comme cela suscite lassitude ou indifférence chez beaucoup d’autres.

Un regard nouveau sur l’histoire de l’œcuménisme ?

Des réflexions à partir des 500 ans de la Réforme, sous des angles bien différents, formaient la base de la préparation (séparée) des deux semaines de prière de cette année. Cet anniversaire invite les chrétiens de différentes confessions à porter un nouveau regard sur leur histoire, de passer Du conflit à la communion. Cette approche peut être bénéfique aussi pour l’histoire même du mouvement oecuménique, pour une mise en valeur de la contribution de toutes nos Églises à l’unité visible.

La Conférence mondiale de mission d’Edinbourg 1910 est souvent mise en avant comme le point de départ du mouvement oecuménique moderne. Mais, cela peut occulter des initiatives bien antérieures, en particulier le désir « d’union chrétienne » qui motivait la formation de l’Alliance évangélique en 1846 et sa Semaine
de prière mondiale qui commença en 1860 [4]. À cette occasion fut envoyée une invitation aux responsables de toutes les Églises protestantes et anglicanes du monde à y participer. On note au passage que cette initiative de prière était 50 ans avant les débuts de la Semaine de prière pour l’unité
chrétienne, 100 ans avant le Concile Vatican II, 90 ans avant la formation du Conseil oecuménique des Églises.

Pour sa part, la Semaine de prière pour l’unité débutera en 1908, sous le nom d’« Octave » pour l’unité, avec à l’époque une visée claire de retour à Rome. L’initiative venait de Paul Wattson et de Lurana White de l’Institut de Graymore, New York, tous deux des franciscains épiscopaliens animés par le désir de l’unité chrétienne [5]. La Semaine de prière pour l’unité chrétienne, prendra bien plus d’ampleur grâce entre autres à l’œuvre de l’abbé Paul Couturier, à Lyon.

Ensemble dans la joie et dans l’espérance ?

On devrait encourager tous les efforts d’invitations croisées entre les deux semaines de prière du mois de janvier. Certes il y a des personnes opposées à l’œcuménisme dans toutes nos Églises, mais ne réduisons pas l’une ou l’autre confession à ces expressions-là. La conversion oecuménique n’est pleinement accomplie dans aucune de nos Églises. Le vrai défi reste de donner goût aux chrétiens à prier pour l’unité, et cela avec des chrétiens d’autres confessions pour donner un nouvel élan à l’œcuménisme spirituel.

« Que tous soient un »

Notre façon de vivre chaque année les semaines de prière sur le terrain fait bouger l’histoire oecuménique. C’est un réel déplacement spirituel qui peut nous aider à passer d’un esprit de compétition ou jalousie vers une plus grande compréhension de la prière du Christ pour l’unité. Continuons, car la prière du Christ « que tous soient un » est notre héritage et responsabilité communs.

Jane STRANZ

Photo : © collectifillumine.wixsite.com ; © oecumenisme-lyon.com
Il n’est pas rare que des chrétiens engagés dans l’une ou l’autre Semaine prient ensemble, comme en témoignent ces photos prises à Reims et à Lyon (respectivement les 20 et 21 janvier 2017).

Notes

[1Les dates du 18 au 25 janvier sont valables pour l’hémisphère nord, mais dans certaines parties de l’hémisphère sud la Semaine de prière pour l’unité est célébrée pendant la semaine qui suit la fête de Pentecôte.

[2Dans les trois années à venir les dates de la fin de la Semaine de prière universelle se chevaucheront avec la Semaine de prière pour l’unité chrétienne : 14-21 janvier 2018, 13-20 janvier 2019, 12-19 janvier 2020.

[3Hans Hauzenberger, « Two Prayer Weeks, do they compete or complement each other ? », p. 491-497 in The Ecumenical Review, vol. 59, n° 4, oct. 2007.

[4En 1846 lors de la fondation de l’Alliance évangélique le professeur Tholuk déclarait : « L’unité substantielle de l’Eglise existe déjà et tout ce que l’Alliance évangélique a à faire, c’est de la déclarer, de la manifester devant le monde »

[5Les débuts de la Semaine de prière pour l’unité chrétiennesont abordés dans : Anne-Noëlle Clément, L’abbé Paul Couturier, Unité des chrétiens et unité de l’humanité, Lyon, éditions Olivétan, 2016, p. 21-23.


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