Unité des chrétiens
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      Églises et éthique sociale

Églises et éthique sociale

N° 168 (octobre 2012) : sommaire et éditorial.

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  • 1er octobre 2012

Sommaire

ÉDITORIAL : Que nous demande le Seigneur ? (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2013 (Anne-Noëlle Clément)

Les évangéliques français rejettent la théologie de la prospérité (Franck Lemaître)

DOSSIER : Églises et éthique sociale

Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne (Louis Schweitzer)

Exclusion sociale. Penser les solutions avec les personnes concernées (Lambert van Dinteren)

Quelle présence auprès des plus pauvres aujourd’hui ? (Massimo Paone)

Apprivoiser le grand âge ? (James Woodward)

Prostitution. Mobiliser les consciences (Bernard Lemettre)

RENCONTRE avec le métropolite Emmanuel

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin et juillet 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

On t’a fait savoir, homme,
ce qui est bien,
ce que le Seigneur réclame de toi :
rien d’autre que d’accomplir la justice,
d’aimer la bonté
et de marcher humblement avec ton Dieu.

Pendant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne de janvier 2013 nous méditerons, à l’invitation des chrétiens de l’Inde, sur un verset du livre de Michée (Mi 6,8) qui nous recentre sur l’essentiel des requêtes divines à notre égard, individuellement et collectivement. Ce que Dieu attend de son peuple, en réponse aux bienfaits dont il l’a fait bénéficier, c’est la justice et le hèsèd, ce comportement multiforme fait de respect, de bienveillance et de générosité. Avec l’image de la marche avec Dieu, le prophète fonde cette éthique sociale sur une attitude théologale. Michée offre ainsi une vision dynamique de la vie morale dans laquelle la question fondamentale n’est pas « que devons-nous faire ? », mais plutôt « que sommes-nous appelés à devenir ? », l’horizon éthique étant bien pour les êtres humains d’avancer, pas après pas, dans la ressemblance avec Dieu à l’image de qui ils ont été créés.

Entre réussites et échecs, « marcher humblement avec Dieu », ce n’est pas chercher à imposer un ordre moral, même inspiré de l’Écriture Sainte [1]. C’est, comme le montre ce numéro d’Unité des Chrétiens, contribuer au bien commun en faisant des propositions nourries par la vision biblique de la destinée de l’humanité. Sans jamais faire de la Bible un livre de recettes, avec des réponses simples à des questions éminemment complexes, des chrétiens préconisent, dans leur domaine de compétence, d’autres manières de vivre avec nos frères et sœurs démunis et vulnérables : nos contemporains fragilisés par la pauvreté, marqués par le grand âge, ou prisonniers de l’esclavage prostitutionnel…

Certes, chacun des articles est ici signé d’un orthodoxe, d’un protestant, d’un anglican ou d’un catholique. Mais les préconisations qui y sont exprimées pourraient aisément être faites par tout chrétien, quelle que soit son appartenance confessionnelle. Et l’on pourrait montrer l’existence d’un large champ de conviction commune en éthique sectorielle à propos du travail, de l’économie, des relations internationales, de la santé, du handicap, de l’éducation… Du reste, avec l’article de morale fondamentale qui ouvre ce numéro, on pourra vérifier que les « lignes directrices d’une éthique chrétienne » présentées à partir de la tradition des Églises évangéliques consonent très largement avec la manière de concevoir l’éthique sociale dans d’autres familles ecclésiales.

Alors qu’on pourrait se réjouir que les chrétiens bénéficient d’un vaste patrimoine éthique commun, ce constat heureux est terni par une opinion très répandue selon laquelle ce sont les questions éthiques qui divisent aujourd’hui les Églises. Certes, sur certains dossiers concrets, en matière familiale par exemple, on ne peut nier que persistent entre confessions chrétiennes des positionnements apparemment inconciliables. Certains accentueront exagérément ces différences, en estimant que telle ou telle question constitue un point non négociable pour le rétablissement de l’unité, le désaccord éthique justifiant la persistance de la séparation des Églises. Mais en considérant l’éthos partagé par tous les chrétiens, on peut se demander si ce n’est pas la division des Églises qui génère les divergences éthiques non résolues ; et si la restauration de la communion ecclésiale ne permettrait pas aux chrétiens de se rapprocher sur le terrain éthique et d’élaborer plus facilement ensemble des positions communes.

Au moment où est célébré l’anniversaire du Conseil d’Églises chrétiennes en France, il est bon de rappeler l’expérience du témoignage commun que font, depuis vingt-cinq ans, les responsables d’Église dans notre pays : en prenant le temps et le soin d’écouter patiemment les autres chrétiens, nous pouvons comprendre par quels chemins ils ont abouti à certaines positions morales différentes des nôtres ; et acquérir la conviction qu’en éthique sociale il n’est pas d’irrémédiable divergence.

frère Franck LEMAÎTRE

Notes

[1Alors qu’est rappelée la conversion de l’empereur Constantin en octobre 312, on peut constater qu’aujourd’hui les Églises et les États ont très majoritairement renoncé à toute « symphonie des pouvoirs ». C’est bien cette « autonomie des réalités temporelles » (Gaudium et Spes) qui est au cœur des débats tumultueux entre l’Église catholique et les lefebvristes, pour qui l’erreur du Concile Vatican II est « la négation du Christ-Roi » (cf. Marcel LEFÈBVRE, Ils l’ont découronné, 1987).


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