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    États généraux de la bioéthique 2018

États généraux de la bioéthique 2018

À l’occasion de la consultation nationale des États généraux de la bioéthique, plusieurs Églises chrétiennes en France ont exprimé leurs convictions.

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  • 28 juin 2018
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Fin de vie : oui à l’urgence de la Fraternité !


Le 22 mars 2018, les 118 évêques de l’Église catholique de France ont signé un document, où ils déplorent les disparités d’accès aux soins palliatifs sur le territoire national tout en argumentant leur opposition à la législation d’une assistance médicale au suicide et de l’euthanasie [1]. Voici les quatre premiers arguments :

1. La dernière loi a été votée récemment, le 2 février 2016. Dans la suite de celle du 22 avril 2005 – dont le retentissement fut international –, elle poursuit l’effort d’une prise en charge responsable et collégiale de la part des soignants pour garantir une fin de vie apaisée. Son application est encore largement en chantier et demande une formation appropriée. […] Changer la loi manifesterait un manque de respect non seulement pour le travail législatif déjà accompli, mais aussi pour la patiente et progressive implication des soignants. Leur urgence, c’est qu’on leur laisse du temps.

2. Fort de la fraternité qu’il proclame, comment l’État pourrait-il, sans se contredire, faire la promotion – même encadrée – de l’aide au suicide ou de l’euthanasie tout en développant des plans de lutte contre le suicide ? Ce serait inscrire au cœur de nos sociétés la transgression de l’impératif civilisateur : « Tu ne tueras pas. » Le signal envoyé serait dramatique pour tous, et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question : « Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société ? » […]

3. Si l’État confiait à la médecine la charge d’exécuter ces demandes de suicide ou d’euthanasie, des personnels soignants seraient entraînés, malgré eux, à penser qu’une vie ne serait plus digne d’être vécue, ce qui serait contraire au Code de déontologie médical : « Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. » […]

4. […] La vulnérabilité de personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance et de fin de vie appelle non un geste de mort, mais un accompagnement solidaire. La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, si elle n’a pu être prévenue, doit être entendue. Elle oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.


Interpellations protestantes sur l’assistance médicale à la procréation et la gestation pour autrui

Validé par le Conseil de la Fédération protestante de France [FPF] en mars 2018, le document élaboré par sa Commission éthique et société de la FPF a été présenté au Conseil consultatif national d’éthique. Voici quelques accents de la présentation résumée, comprenant 15 points.

3) Les protestants souhaitent que le débat démocratique sur ces questions sociétales respecte non seulement le droit à l’opinion dissidente, mais aussi le droit à ce que les désaccords avec l’opinion majoritaire ne soient pas d’emblée disqualifiés comme « réactionnaires ». Ils adressent à la société et aux autorités ces interpellations dans un esprit de liberté critique par rapport à tous les lobbies. Le possible n’est pas forcément le souhaitable et il n’est pas forcément légitime de répondre à tous les désirs.

4) Sur l’extension de l’AMP et sur la GPA, l’opinion des protestants est très partagée avec des majorités et des minorités significatives dans chaque catégorie de répondants. L’état de l’opinion sur ces questions, que ce soit celle des protestants ou celle des Français, est utile à connaître, mais elle n’a aucune valeur normative. […]

14) La commission est réticente à l’ouverture de l’insémination artificielle à des femmes célibataires ou à des couples de femmes qui ne sont pas infertiles. Il nous paraît en effet dangereux d’encourager la fabrication d’enfant à la demande et les situations qui privent volontairement un enfant de son père et pourraient l’exposer à des risques psychologiques et à des discriminations sociales. Il en va également de notre responsabilité à l’égard des générations futures.

15) La commission s’oppose à la GPA parce qu’elle paraît nier le lien biologique entre la mère gestatrice et l’enfant, parce qu’elle risque de développer la commercialisation de la reproduction et d’exploiter les femmes donneuses d’ovules ou mères de substitution, parce qu’elle mettrait les enfants dans une situation ambiguë.


États généraux de la bioéthique 2018 : la position des chrétiens évangéliques

Le 23 mai 2018, le Conseil national des évangéliques de France [CNEF] a organisé une rencontre pour présenter la position évangélique au sujet des débats éthiques actuels [2]. Voici des extraits du communiqué final :

Les protestants évangéliques ne veulent pas se poser en juges des nouvelles demandes sociales suscitées par le développement des biotechnologies. Ils veulent plutôt contribuer au débat en apportant un point de vue nourri par ce qu’ils comprennent de la Bible quant au respect d’autrui et à la dignité humaine.

Ils souhaitent que la société française progresse en matière de droits de l’enfant, d’accompagnement des personnes en souffrance et de protection des générations futures face aux dérives consuméristes et individualistes. Ils espèrent que la législation française définira à cet égard un cadre épanouissant pour les générations futures. […]

Quant au respect de la vie donnée par Dieu, ils entendent la vie de tous, y compris des plus vulnérables : l’enfant à naître, qu’il soit handicapé ou non ; la personne souffrante, qu’elle soit en fin de vie ou non, car tous méritent d’être accompagnés, aimés et soulagés. Ils attendent donc de la médecine qu’elle accompagne chacun dans ses souffrances en lui prodiguant des soins et non en lui donnant la mort.


Convictions orthodoxes


Le 16 mai 2018, Mgr Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France a été auditionné au Conseil d’État dans le cadre des États généraux de la bioéthique 2018. Nous reprenons ci-dessous une partie de ses remarques conclusives :

[…] Il est expliqué que la famille bâtie sur le modèle père-mère et donc homme-femme est un modèle éculé et politiquement conservateur. Mais le couple homme-femme à la base du couple père-mère est-il un modèle ? N’est-il pas la source de la sexuation et pas simplement une sexualité ? Si la sexualité peut passer par différents couples, la vie passe par un couple et un seul. Si demain cette idée jugée discriminante est évacuée, n’est-ce pas le noyau de la vie qui va être attaqué ? Comment le monde va-t-il pouvoir survivre s’il n’a plus le sens de sa source et de ses origines ? Pour essayer
là encore de faire passer cette violence, il est question de supprimer les notions de père et de mère, afin de les remplacer par les termes parent 1 et parent 2. Remplacer les termes père et mère par un chiffre neutre et asexué n’est-ce pas violer psychiquement les êtres humains ? L’humanité vient-elle du neutre ? Ne vient-elle pas de la vie qui n’est jamais neutre ? Sous prétexte de ne pas enfermer les êtres humains dans une identité, il est question de supprimer la notion de sexe, de remplacer le sexe par le genre, avant de supprimer la notion même de genre. Supprimer ainsi la notion de sexe au profit du transgenre, n’est-ce pas enfermer les êtres humains dans l’absence d’identité ? […]

Ces réflexions conduisent à aborder la question du transhumanisme. Terme mixant humanisme et transcendance, celui-ci se propose de faire advenir un homme transcendant grâce à l’hybridation entre l’homme et la machine. Untel projet conduit-il vraiment à la transcendance de l’humanité ? Faire de l’homme un mixte entre la machine et l’homme, afin de le rendre surpuissant, n’est-ce pas céder au mirage du surhomme, fantasmagorie qui a coûté très cher par le passé ? Sous prétexte de transcender l’homme, n’est-ce pas le dépersonnaliser en faisant de lui une machine plus qu’un homme ? […]

Ivan KARAGEORGIEV


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