Unité des chrétiens
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      Former des prêtres et des pasteurs

Former des prêtres et des pasteurs

N° 165 (janvier 2012) : sommaire et éditorial.

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  • 1er janvier 2012

Sommaire

ÉDITORIAL : Ceux de l’autre barque (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL  : Benoît XVI en visite en Allemagne (Franck LEMAÎTRE)

Deuxième rassemblement du Forum chrétien mondial (Victoria KAMONDJI-JOHNSTON)

CECEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : FORMER DES PRÊTRES ET DES PASTEURS AUJOURD’HUI

La formation des prêtres dans un séminaire catholique (Didier BERTHET)

Les évolutions de la formation aux ministères dans l’Église anglicane d’Angleterre (Timothy WATSON)

Prédicateurs-théologiens : la formation des pasteurs luthériens et réformés (Raphaël PICON)

La formation des ministres du culte en milieu évangélique (Étienne LHERMENAULT)

La formation des pasteurs adventistes (Bernard SAUVAGNAT)

RENCONTRE avec Nicolas Cernokrak

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2011

LECTURES

AGENDA

Editorial

Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Depuis deux mille ans, beaucoup ont entendu ce même appel et y ont répondu, avec générosité. Si les pêcheurs de Galilée ont bénéficié d’une formation intensive aux côtés de Jésus pendant trois ans, les « pêcheurs d’hommes » aujourd’hui se préparent non moins sérieusement au ministère apostolique. Qu’on en juge !

École biblique, faculté de théologie, séminaire… ce numéro passe en revue les lieux et les modes de formation de ceux et celles qui deviendront ministres reconnus dans leur communauté : catholique, anglicane, luthérienne ou réformée, évangélique, adventiste, orthodoxe [1].

À la première lecture ces formations sembleront à bien des égards semblables, entre cours d’exégèse biblique, de théologie dogmatique, d’histoire de l’Église… et premiers apprentissages du ministère dans le cadre de stages pastoraux ; même si, bien sûr, nos théologies du ministère restent divergentes, la place accordée aux femmes en constituant le signe le plus repérable.

Dans les milieux œcuméniques, on s’interroge souvent sur la formation au ministère ecclésial : mais comment donc est formé un séminariste catholique ? un proposant réformé ? un pasteur évangélique ? un ordinand anglican ? un futur prêtre orthodoxe ? Des questions pas toujours dénuées de soupçons : ont-ils reçu une solide formation en œcuménisme ?

Il faut s’en réjouir : les cursus dispensés aujourd’hui rendent sensibles au drame de la division des chrétiens et cherchent à honorer la dimension œcuménique de chaque matière [2], tout en développant chez les étudiants les nécessaires qualités humaines pour le dialogue [3].

Pourtant, non sans raison, certains regretteront qu’en France les facultés et séminaires restent confessionnels, empêchant « l’élimination finale du confessionnalisme en théologie » [4]. Symptôme plutôt que cause de la division des chrétiens, cette ségrégation dans les cursus de formation pourrait tout de même être tempérée par quelques mesures simples : n’y aurait-il pas moyen de former davantage ensemble les futurs ministres de nos Églises ? Serait-il déraisonnable – à un stade déjà avancé de la formation – de proposer qu’un semestre au moins soit passé dans un institut d’une autre tradition ecclésiale ? À quand, sur une base volontaire, une sorte de « programme Erasmus » interconfessionnel ?

Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Il vaut la peine de regarder – dans l’évangile de Luc par exemple (5,1-10) – le profil de ceux que Jésus « recrute ». Passant au bord du lac, il repère ces deux barques auprès desquelles des artisans pêcheurs lavent leurs filets. Les quatre disciples de la première heure – Simon et Pierre, Jacques et Jean – sont déjà des collaborants. Et à peine ont-ils décidé de suivre Jésus, que la pêche abondante les incite à « faire signe aux camarades de l’autre barque de venir les aider », dans une collaboration fructueuse : les barques étaient remplies « au point qu’elles enfonçaient ».

Pour les « pêcheurs d’hommes » d’aujourd’hui, cette même capacité fondamentale à collaborer est un critère sûr dans le recrutement ; et c’est bien ce sens de la collaboration interconfessionnelle – d’une barque à l’autre – que doit développer la formation des ministres d’Église.

***

En novembre 2011 Mgr Maurice Gardès a achevé son mandat de président du Conseil pour l’unité des chrétiens (et les relations avec le judaïsme). Nous sommes nombreux – dans l’Église catholique et bien au-delà – à le remercier pour son engagement dans la collaboration œcuménique au cours des six dernières années, avec beaucoup de gratitude pour la manière dont il a su, en toute simplicité, « faire signe aux camarades de l’autre barque ».

frère Franck LEMAÎTRE

Notes

[1On n’a toutefois pas visé l’exhaustivité et on ne traite pas ici des religieux prêtres, des diacres, des baptisés engagés dans le service des communautés ecclésiales…

[2Dans l’Église catholique par exemple, c’est un principe clairement exprimé : « La théologie et les autres disciplines, surtout l’histoire, doivent être enseignées aussi dans un sens œcuménique pour mieux répondre à la réalité » (Unitatis redintegratio, n° 10) ; une exigence inscrite dans le code de droit canonique (CIC, can. 256).

[3On pourrait citer cette recommandation du Directoire œcuménique (publié par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens en 1993) : « le candidat au ministère doit pleinement cultiver les qualités humaines qui rendent une personne acceptable et crédible par les autres, surveillant son propre langage et ses propres capacités de dialogue, pour acquérir une attitude authentiquement œcuménique » (n° 70).

[4Jean ZIZIOULAS, L’Église et ses institutions, coll. Orthodoxie, Paris, Cerf, 2011, p. 440.


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