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Interview du P. Timothy Lowe, ancien directeur de l’Institut de Tantur

Le Père Timothy Lowe, ancien recteur de l’Institut œcuménique de Tantur, souligne les enjeux d’une formation œcuménique universitaire en Terre Sainte.

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  • 26 mai 2014

Le Père Timothy Lowe a été recteur de l’Institut œcuménique de Tantur de mai 2010 à octobre 2013. Rencontre avec ce prêtre orthodoxe américain qui souligne ici les enjeux d’une formation œcuménique universitaire en Terre Sainte.

Unité des Chrétiens : Comment est né Tantur ? Dans quelle intention l’institut a-t-il été créé ?

Timothy Lowe : Pour faire simple, on peut répondre que Tantur est né dans l’esprit du pape Paul VI après Vatican II et les rencontres que le concile avait permises avec les observateurs orthodoxes, anglicans et protestants. C’était le début d’une ère nouvelle d’ouverture et de dialogue, il fallait saisir cette occasion.

Mais il y a aussi des aspects plus personnels. Il y a des moments dans la vie qui sont lourds de sens ; des « instants sacrés » où la lucidité vous est donnée, et le pape Paul VI a vécu un de ces moments sur le Mont des Oliviers quand le patriarche Athénagoras et lui se sont embrassés. Pour n’importe quel responsable d’Église qui porte avec sérieux le poids de l’Évangile, la division du Corps du Christ est une expérience crucifiante. C’est tout simple, le pape Paul VI a eu la vision d’un lieu à Jérusalem même, où des intellectuels chrétiens pourraient vivre en communauté, mener leurs recherches, dialoguer et se rencontrer au quotidien, chacun demeurant fidèle à sa confession chrétienne, dans l’espoir que cela constituerait un terreau fertile pour la compréhension de l’unité chrétienne et son développement. C’était une vision de Pentecôte et il fallait que Jérusalem soit le lieu historique d’un tel projet. Dans le monde chrétien, il n’y a pas aujourd’hui de ville plus divisée que Jérusalem. Nous sommes un laboratoire vivant de la division, de l’esprit de clocher, et des guerres de territoires.

Bien évidemment, s’est alors posée une question pratique : qui allait « donner corps » à cette vision ? Le pape Paul VI s’adressa au P. Ted Hesburgh, qui était alors président de l’Université Notre Dame [aux États-Unis], et il lui confia cette mission ; finalement je crois qu’on peut dire qu’il est le fondateur de Tantur, sa force motrice.

Ce projet initial a-t-il connu des évolutions ?

Pour moi, le mot « évolution » n’a que des connotations positives. La création de Tantur était marquée par l’idéalisme ou si vous préférez, en termes théologiques, par l’espérance eschatologique. Deux personnes tombent amoureuses, se marient, ont une brève lune de miel et puis commence la vie réelle ensemble. Les transformations arrivent après une longue vie conjugale, des enfants, puis des petits-enfants, si l’on a cette grâce. En tant qu’institution, Tantur a changé et s’est adapté au long des années, aux difficultés et aux défis soulevés par sa localisation, et par l’intérêt variable qu’a suscité le mouvement œcuménique chez les chrétiens. Prenons un exemple : les mandats cumulés des deux derniers recteurs couvrent une période de 21 ans. Ils ont été recteurs pendant la première et la deuxième Intifada. Ils ont vécu par moments des interruptions complètes d’activité, comme d’autres institutions chrétiennes à la même époque. Le problème était alors simplement de survivre, de garder les portes ouvertes alors que les étudiants et les chercheurs avaient cessé de venir. D’autres recteurs antérieurs avaient élargi la mission de Tantur au dialogue interreligieux en proposant des parcours de formation sur cette question, distincte du dialogue strictement interconfessionnel. Le problème du conflit israélo-palestinien ne pouvait être passé sous silence dans les dialogues et les rencontres, d’autant moins que Tantur a cette chance et cet inconvénient d’être situé sur la frontière entre les deux. Au fond, tous les recteurs ont compris que l’appel vraiment œcuménique pour Tantur était d’exister au milieu de toutes ces tempêtes, sans chercher à se retirer dans un lieu plus sûr, ou plus gratifiant, mais bien d’être – en dépit de nos faiblesses, de nos défauts, de nos péchés – une présence et un appel prophétiques, d’abord pour tous les chrétiens, et même peut-être pour les juifs et les musulmans.

Pourriez-vous présenter dans leurs grandes lignes les différents parcours de formation ?

Tantur propose deux formations d’un mois pour ceux qui prennent un temps sabbatique, une formation de six semaines et une formation de trois mois pour le clergé et les laïcs. Chacune des formations est pensée pour permettre de vivre une expérience unique avec le peuple de Terre Sainte et dans ses lieux saints. Nous proposons des conférences sur la Bible, la spiritualité du désert, des introductions au judaïsme et à l’islam, des excursions guidées sur le terrain, mais aussi une rencontre au sens large des peuples de Terre Sainte. Et puis il y a bien sûr l’expérience quotidienne de vivre et de prier ensemble.

Il y a en plus deux formations similaires de trois semaines, mais situées pendant la période de Noël et celle de Pâques, avec un programme moins intensif de cours et de prière ; elles conviennent mieux aux personnes qui disposent de moins de temps.

Mais ce qui fait le cœur de Tantur, c’est vraiment ce que nous proposons aux chercheurs : à tous ceux qui désirent venir pour des périodes variables travailler et mener leurs recherches, nous mettons à leur disposition une bibliothèque théologique exceptionnelle, un hébergement de grande qualité, et une communauté scientifique. Nous leur demandons de prendre part à la vie communautaire, de partager le fruit de leurs recherches, et à l’occasion de donner des conférences, ouvertes au public ou réservées à l’institut. Nous avons à tenir ensemble tous ces parcours de formation, tout en cherchant à en créer de nouveaux.

Qui sont vos étudiants ? d’où viennent-ils ?

C’est une question simple, mais la réponse ne l’est pas tant que cela. Les cours sont donnés en anglais, il faut donc que les candidats parlent anglais couramment. Les étudiants viennent de toutes les parties du monde, mais certains pays sont davantage représentés que d’autres : l’Australie, par exemple. En Grande-Bretagne on a toujours fait beaucoup de publicité pour Tantur et on l’a davantage utilisé. Nous avons toujours des étudiants d’Amérique du Nord bien entendu. Dans les premières années il y avait davantage de chercheurs français et allemands qu’en ce moment ; à l’occasion on peut avoir un chercheur d’Europe de l’Est. Nous avons accueilli des personnes venues d’Inde et d’Afrique ; il est temps maintenant de s’intéresser aux chercheurs d’Amérique du Sud.

Pouvez-vous nous parler des enseignants. D’où viennent-ils ?

Il y a une plaisanterie qu’on entend fréquemment – c’est aussi un fait réel – qui dit que, si vous creusez un trou où que ce soit à Jérusalem, vous tombez sur un site archéologique. On peut dire la même chose des chercheurs chrétiens, juifs et musulmans : on en trouve partout. Nous planifions nos formations et nos conférences, et nous faisons venir des chercheurs de la région qui sont spécialistes de ces questions. C’est de loin l’aspect le plus facile dans l’organisation et la gestion de nos formations. À tout moment de l’année, on trouve en plus de nombreuses conférences publiques données à Jérusalem, ça fait partie de la vie de la cité. Par exemple, cette semaine il y a une conférence scientifique sur les manuscrits de la Mer morte et la période du Deuxième temple, donnée par un chercheur de passage, ou par un autre qui vit ici. Actuellement nous avons parmi nous des chercheurs venus des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Israël, de Palestine, des Pays-Bas et d’Allemagne. Nous sommes très gâtés.

Pourriez-vous nous parler de la bibliothèque de Tantur ?

Dès le tout début, tout le monde était d’accord pour penser qu’un Institut œcuménique d’études supérieures théologiques ne pouvait se concevoir sans une bibliothèque scientifique de haut niveau. Nous avons donc une des meilleures bibliothèques de Jérusalem dans les domaines de la patristique, de la théologie (avec toutes ses branches), de l’œcuménisme et des relations interconfessionnelles, de l’histoire de l’Église et des études bibliques. Notre institution mère, l’Université Notre Dame, a fidèlement soutenu financièrement le développement de notre bibliothèque – qui se poursuit encore – pour la maintenir au niveau des normes requises pour des chercheurs qui vivent et travaillent sur place. C’est également l’Université Notre Dame qui numérise notre catalogue pour ensuite le mettre en ligne, afin que nous entrions pour de bon dans le XXIème siècle. Nous allons bientôt recevoir en legs les livres et papiers personnels d’Oscar Cullmann. Il a joué un rôle déterminant aux origines de Tantur et Karl Barth a fait remarquer un jour malicieusement qu’on aurait dû écrire sur sa tombe : « conseiller de trois papes ». Ce fonds Cullmann va grandement augmenter nos collections en langues allemande et française et nous sommes très reconnaissants pour ce cadeau qui est fait à Tantur.

Tous ceux qui vivent à Tantur y ont accès 24h/24 et 7j/7, avec des bureaux personnels. Nous avons de plus des relations avec d’autres institutions académiques qui nous permettent d’utiliser leurs propres fonds.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous-mêmes ?

Parler de soi est toujours un peu risqué. J’ai grandi à Lincoln (Nebraska), dans une famille protestante et ne savais rien de l’Église orthodoxe jusqu’à ce qu’un été, je fasse un voyage à Jérusalem avec un groupe d’étudiants. À la fin de l’été j’ai décidé de quitter l’université et de rester à Jérusalem pour apprendre l’hébreu moderne. C’était en 1973 ; j’ai donc vécu au Mont des Oliviers pendant la guerre du Kippour. J’ai alors fait la connaissance d’un prêtre orthodoxe qui m’a introduit à la lecture des Pères de l’Église, et je me suis intéressé à toute cette littérature historique et traditionnelle du christianisme dont j’ignorais même l’existence. Quelques années plus tard je me suis converti à Jérusalem après un ou deux voyages aux États-Unis ; je m’étais marié et nous avions eu notre première fille, née à Jérusalem. À ce moment-là, j’étais devenu « accro » au Moyen-Orient. Par la suite j’ai appris l’arabe, j’ai élevé une famille nombreuse, j’ai passé deux années sabbatiques à Jérusalem, en 1997 et en 2005, et j’y ai fait plusieurs voyages, avec l’espoir de pouvoir revenir un jour, d’une façon ou d’une autre, pour y travailler pendant une période longue. Parfois nos souhaits se réalisent ! Le 1er avril 2010, ma femme et moi nous sommes officiellement installés à Tantur.

Quelle a été votre formation ?

Après mon premier séjour en Terre Sainte, je ne suis pas retourné aux États-Unis, pour finir mes études, avant mes 23 ans ; j’étais alors marié, avec deux enfants. J’ai une licence d’anglais de Concordia College à Bronxville (New York) ; j’ai aussi une maîtrise en théologie obtenue au Séminaire Saint Vladimir en 1983. Tous mes espoirs de commencer un doctorat ont été anéantis à cause de notre famille qui s’agrandissait et du fait que j’avais commencé mes études assez tardivement. J’ai continué mes recherches à l’École biblique pendant ma première année sabbatique, j’ai enseigné la Bible hébraïque dans un séminaire catholique, en même temps que les langues bibliques, tout en étant prêtre dans une paroisse.

En quoi consiste votre mission en tant que recteur de Tantur ?

Jérusalem est en endroit très complexe. Ou plutôt : Jérusalem est un endroit très complexe quand il s’agit d’y diriger et d’y faire fonctionner une institution chrétienne.

En plus des parcours de formation et des finances, il faut s’occuper de problèmes pratiques pour lesquels beaucoup s’arracheraient les cheveux. Par exemple, la plupart de nos employés sont des Palestiniens qui viennent de la région de Bethléem. À tout moment on peut les empêcher de se rendre à leur travail, ils peuvent perdre leur autorisation de passer au poste de contrôle qui est à 200 mètres de l’institut. L’attribution par les Israéliens de notre terrain à telle ou telle zone nous pose des problèmes et les visées politiques ne manquent pas concernant la propriété d’un terrain aussi prisé. On ne peut jamais rien prévoir, ce qui demande flexibilité et adaptation constante.

Je ne souhaite certainement pas être recteur pendant une 3ème Intifada, mais on ne peut jamais savoir. En tant que recteur, même si vous déléguez beaucoup, vous êtes toujours responsable de la décision finale. Pour faire ce travail il faut aimer cette terre, les peuples de cette terre, ne pas trop simplifier les questions complexes ici ou dans le monde chrétien en général, prendre des décisions stimulantes qui reflètent la volonté du Christ telle qu’elle peut être comprise dans les Évangiles, et laisser le reste se faire comme on peut. Pour employer une métaphore, le terrain politique, social et œcuménique est miné partout, et à chaque instant on peut perdre un bras ou une jambe. Je fais confiance à ma femme pour « recoller les morceaux » chaque fois que je perds un membre. Je suis le premier recteur orthodoxe : c’est un vrai défi – que je veux relever – de rendre Tantur et sa mission à nouveau présents dans tout un secteur de la chrétienté qui en est parfois absent ou qui s’est réfugié dans son cocon. La famille orthodoxe constitue un chantier permanent, et la confusion règne souvent dans nos maisons.

Est-ce un avantage de vivre en Terre Sainte pour étudier les questions œcuméniques ?

C’est une bonne question. En théologie orthodoxe nous disons qu’il y a deux façons de parler de Dieu : en positif et en négatif, et que les deux sont nécessaires. Eh bien, à Jérusalem nous avons un attrait pour le discours en négatif. Comme je l’ai déjà dit, Jérusalem, rien que pour les chrétiens, est la ville la plus divisée au monde. Si vous parlez à un chrétien occidental du concile de Chalcédoine et de sa pertinence aujourd’hui, au mieux on vous fera une drôle de tête. Ici, il suffit que je vous envoie au Saint Sépulcre où chrétiens chalcédoniens et non-chalcédoniens prient côte à côte depuis des siècles. Ici vous voyez à la fois les divisions anciennes et d’autres plus récentes, vécues non pas comme les débats théologiques abstraits d’une période révolue depuis longtemps, mais comme des débats actuels qui ont comme conséquence la déchirure du Corps du Christ. Si vous voulez comprendre le christianisme, mettez de côté tous vos a priori, venez à Jérusalem et écoutez. Évidemment vous aurez la tête qui tourne, le désespoir vous envahira et vous vous mettrez à crier dans un élan d’espoir eschatologique « Viens vite, Seigneur Jésus ». Donc si vous voulez vraiment comprendre les questions œcuméniques, venez à Jérusalem ; mais : âmes sensibles, s’abstenir. C’est un défi pour la foi, une vraie croix à porter, comme l’est en général toute démarche œcuménique.

Comment décririez-vous vos relations personnelles avec les Églises locales ?

C’est une question complexe à cause de la diversité des Églises locales. La plus grande est l’Église grecque orthodoxe. Ses portes me sont automatiquement ouvertes puisque je suis prêtre orthodoxe. C’est là que je peux célébrer la liturgie, et communier. Je suis accepté comme un frère, sans hésitation, parmi les orthodoxes locaux, et chez les Palestiniens il y a une tradition de chaleur et d’hospitalité dont je n’ai pas rencontré d’équivalent ailleurs dans le monde. Quant aux Églises catholiques, latine et de rite melkite, je suis automatiquement reçu avec chaleur et intérêt chez elles, puisque je travaille au sein d’une institution catholique au service de l’œcuménisme, et je bénéficie des dizaines d’années de travail œcuménique avant moi. Sans doute serai-je vu un temps comme une anomalie, étant le premier recteur orthodoxe de Tantur. Mais il se pourrait que mes rapports les plus difficiles soient finalement ceux que j’aurai avec l’administration du patriarcat grec orthodoxe, où existe une tradition d’anti-œcuménisme. Ce serait un bon exemple de ce que je disais tout à l’heure : la nécessité de venir et d’écouter les autres pour voir ce qui s’est passé dans le passé, pour au moins comprendre leurs points de vue qui peuvent être différents des nôtres. À Jérusalem vous pouvez avoir des relations avec des responsables d’Églises qui sont plus officielles et formelles, et puis des relations avec les paroisses locales, qui peuvent être très différentes.

Comment évaluez-vous la situation œcuménique en général ? Quel rôle peut y jouer Tantur ?

Par nature, je suis optimiste et idéaliste. Mais plus je vieillis, plus je trouve qu’il est facile de s’en tenir au pragmatisme et au cynisme. Le monde est dur. Le christianisme est une religion âpre, et les hommes de religion sont souvent des êtres complexes qui déconcertent les psychologues eux-mêmes. L’œcuménisme en général semble en déclin. Était-ce une vision erronée de la génération précédente ? Était-ce déraisonnable de penser que des siècles de division avec leurs strates sans fin de « matériaux » bloquant le chemin vers l’unité pouvaient être déblayés ? Quelqu’un a-t-il la force intérieure de s’atteler à cette tâche ? Par ailleurs, l’œcuménisme relève-t-il seulement des théologiens et des évêques ? Sur cette terre, il y a un œcuménisme au quotidien, que personne ne voit. C’est le travail en commun pour les pauvres, l’amour du voisin, la chaleur de l’hospitalité et la compassion, qui sont les fruits véritables de l’Esprit Saint. Ce sont des « instants sacrés » d’humanité et de foi partagées. Jérusalem est une cité de démons et de vauriens, mais c’est aussi une cité de saints authentiques, la plupart inconnus ou non reconnus. Dieu les connait et c’est probablement suffisant. Ce que Tantur peut faire, c’est être, comme le font les gens eux-mêmes, un lieu de rencontre, de dialogue, d’hospitalité, d’étude, d’érudition, de prière et de calme. Ce qu’en feront les gens, nos responsables d’Églises, les chercheurs et les autres, c’est leur affaire. Saint Jean Chrysostome a dit dans une homélie pascale : « la table est richement dressée ; festoyez royalement, vous tous ! le veau est engraissé ; que personne ne s’en aille affamé ! Que tous prennent part au festin de la foi. Que tous reçoivent les richesses de la bonté. Que personne n’ait peur de la mort, car la mort du Sauveur nous a rendus libres ». Les portes de Tantur sont donc grandes ouvertes !

Propos recueillis et traduits par Catherine Aubé-Elie

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Source : © revue Unité des Chrétiens, N°160 - octobre 2010


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