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        L’assemblée du Conseil oecuménique des Églises à Busan

L’assemblée du Conseil oecuménique des Églises à Busan

Théologien réformé et journaliste, Stephen Brown analyse les enjeux de ce rassemblement.

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  • 30 octobre 2013

Théologien réformé et journaliste, Stephen Brown a participé aux travaux de l’assemblée du Conseil œcuménique des Églises
à Busan. Il analyse les enjeux de ce rassemblement.

C’est à Busan – une métropole de plus de 3,5 millions d’habitants sur la côte sud de la Corée – qu’a été organisée à la fin d’octobre 2013 la 10e assemblée du Conseil œcuménique des Églises, avec plus de 3 000 participants réunis sur le thème « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix ». Une thématique particulièrement bien choisie pour un rassemblement qui se tenait dans la péninsule coréenne, coupée politiquement en deux, menacée en permanence par le nucléaire civil et militaire. De nombreux participants ont du reste pris part à un pèlerinage pour la paix dans la zone démilitarisée qui sépare le nord et le sud de la Corée : au chant des hymnes, ils ont placé des messages et des prières pour la paix sur les barbelés de la ligne de démarcation.

Avec 345 Églises membres, le COE rassemble plus de 500 millions de chrétiens – protestants, orthodoxes, anglicans et membres d’autres confessions encore –, issus de plus de 110 pays. Si elle n’en est pas membre, l’Église catholique collabore avec le COE dans plusieurs domaines. En sont également absentes les nombreuses Églises évangéliques, pentecôtistes ou « non-dénominationnelles » à la
croissance rapide qu’on trouve en maints pays de l’hémisphère sud,
et notamment en Corée.

Pour la deuxième fois en trente ans, le COE avait placé le thème
de la « vie » au coeur de sa réflexion pour une de ses assemblées. Déjà en 1983 l’assemblée de Vancouver avait pour thème « Jésus Christ, vie du monde » : une manière de souligner la victoire de la vie sur la mort, et d’appeler les Églises à lutter, avec autorité, contre toutes les formes de violence et de destruction, contre toute exploitation de la nature, contre la pauvreté et la faim dans le monde. À l’époque de l’assemblée de Vancouver, le mouvement œcuménique – et le COE en particulier – était perçu comme une force morale capable d’initier des changements sociétaux. À Busan, le thème de l’assemblée était formulé comme une prière au Dieu de la vie, qui peut nous
conduire à la justice et à la paix. Il s’agissait moins pour l’assemblée de « parler de telle manière que le monde [...] doive entendre la Parole de la Paix » [1], mais plutôt, comme le message final le précisait, d’inviter « tous les peuples de bonne volonté à mettre les dons reçus de Dieu au service d’actions qui transforment le monde ». Dans cette perspective, il a été proposé que la période de huit années qui va s’écouler jusqu’à la prochaine assemblée soit vécue comme un « pèlerinage de justice et de paix ». Comme l’a recommandé le Comité d’orientation, « nous voulons cheminer ensemble, tels des pèlerins, en connaissant nos
fragilités et en les respectant, en nous offrant les uns aux autres
l’hospitalité et la confiance, en nous écoutant mutuellement, prêts
à prendre des risques tandis que nous discernerons ensemble là où
nous sommes conduits ». Une telle compréhension de l’hospitalité
œcuménique est à la racine de tout engagement dans la coopération et le dialogue avec d’autres religions et dans les relations que le COE
souhaite entretenir avec les courants du christianisme mondial qui n’en
sont pas membres. Présentée à Busan, une des réussites les plus
remarquables de ces dernières années est le document commun au COE, à l’Église catholique (en son Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux) et à l’Alliance évangélique mondiale, intitulé « Le témoignage chrétien dans un monde multireligieux. Recommandations de conduite » [2].

Dans le message qu’il a adressé aux participants, le président de la Commission théologique de l’Alliance évangélique mondiale, Thomas Schirrmacher, s’est réjoui de cette déclaration commune qui montre que le COE et l’AÉM sont désormais capables « de promouvoir l’unité des chrétiens dans le monde, plutôt que donner la priorité à leurs propres institutions » ; des propos qui, aux dires de nombreux observateurs, auraient été inimaginables il y a encore vingt ans.

Toutefois, comme le note la Déclaration sur l’unité de l’assemblée, alors que persistent des divisions entre Églises, comme par exemple leur incapacité à se réunir autour de la table eucharistique, « de nouvelles problématiques naissent, qui constituent de sérieux défis en créant de nouvelles divisions au sein des Églises et entre elles ». Ces problèmes, est-il encore écrit, « doivent être discutés dans la communion des Églises pour discerner à quel consensus parvenir ».

De telles divisions sont apparues clairement lors de l’intervention du métropolite Hilarion de Volokolamsk, responsable du Département des
relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Au cours d’une réunion plénière, il a pointé la sécularisation croissante en Europe de l’ouest, dénonçant que des unions homosexuelles puissent être reconnues comme « une des formes du mariage » et que certaines communautés chrétiennes se soient « depuis longtemps engagées dans la voie de la révision de la doctrine morale afin de l’adapter aux tendances actuelles ».

Dans ses décisions finales, l’assemblée a demandé que « les
questions séparatrices » soient discutées dans les dialogues
bilatéraux et au sein du COE, en recommandant que ce dernier soit
« l’espace protégé » où puissent être abordés les points de divergence.

Avec plus de 3 000 participants – les délégués des Églises, des
conseillers, des observateurs et des chrétiens de Corée –, avec six
matinées thématiques, avec un grand choix de carrefours dans le
Madang (un espace de discussion qui empruntait son nom aux
cours intérieures des maisons traditionnelles coréennes), le rassemblement de Busan ressemblait parfois davantage à un Kirchentag allemand qu’à une assemblée délibérative.

Il ne faut toutefois pas minorer l’importance des 21 « conversations
œcuméniques » (des groupes de travail dans lesquels les délégués
ont pu discuter, à quatre reprises, de sujets très variés tels que le
nouveau paysage œcuménique, le texte de convergence de Foi et
Constitution intitulé « L’Église. Vers une vision commune », la
mission et l’évangélisation, la place des hommes et des femmes
en Église, la justice en économie ou dans l’écologie, l’identité
chrétienne dans un monde multireligieux, l’enseignement de la théologie et la formation à l’œcuménisme, les engagements
pour la justice et la paix…

Le groupe de travail consacré au document sur l’Église et aux
questions ecclésiologiques a rappelé que les Églises et les instances
œcuméniques doivent envoyer leurs réactions à ce document avant
décembre 2015 en demandant que le texte de Foi et Constitution soit
utilisé « dans les futurs dialogues théologiques bilatéraux et multilatéraux et dans les cours de formation œcuménique ». Dans
les chantiers confiés au COE pour les prochaines années, la formation œcuménique est du reste mentionnée comme domaine clé, au même titre que la réflexion sur l’unité et la mission ou le témoignage commun et la diaconie.

Dans son rapport à l’assemblée, le secrétaire général Olav Fykse Tveit
a mentionné le projet d’organiser une Conférence mondiale de Foi
et Constitution en 2017, alors qu’il n’y en a pas eu depuis 1993 ;
ce serait donc la troisième depuis 1963. « Une telle conférence
mondiale sur le renouveau », a-t-il lancé, « constituera une manière appropriée de célébrer le 500e anniversaire de la Réforme, tout en intégrant la recherche de l’unité et les travaux en cours sur l’ecclésiologie et la mission dans une étude sur la vie des Églises
membres ».

Parmi les nombreuses déclarations publiques sur des sujets variés, on remarquera celle que l’assemblée a votée à propos de la présence des communautés chrétiennes au Moyen-Orient et de leur témoignage. On y recommande un soutien aux chrétiens qui sont
citoyens à part entière de ces pays depuis l’époque apostolique.
Il est également demandé de renforcer l’aide humanitaire en Syrie, en insistant pour que les gouvernements autorisent le plein accès à l’aide humanitaire et que l’usage de moyens pacifiques soit préféré pour mettre un terme aux violences. Cette déclaration qualifie toutefois les changements politiques en cours dans cette région de « processus irréversibles » en demandant aux chrétiens et aux autres de « construire des sociétés civiles démocratiques, basées sur le
respect de la loi, la justice sociale et les droits humains, y compris
la liberté religieuse et la liberté de conscience ».

« Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix » : dans des
pays comme la Syrie, la prière de l’assemblée n’est pas qu’un vœu
pieux, mais une question de vie ou de mort ; et pour tous les chrétiens
engagés dans le mouvement œcuménique un appel à se montrer
solidaires, en y mettant le prix.

Stephen Brown
traduit de l’anglais
par Franck Lemaître

Notes

[1Dietrich Bonhoeffer, « L’Église et le monde des
peuples ». Allocution à la Conférence œcuménique de Fanö, 1934, in Textes choisis, Genève, Labor et Fides, 1970, p. 188.

[2Les documents mentionnés dans cet article peuvent être consultés sur le site internet du COE www.oikoumene.org, ou sur unitedeschretiens.fr.


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