Unité des chrétiens
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      La joie chrétienne

La joie chrétienne

N° 185 (janvier 2017) : sommaire et éditorial

N° 185 (janvier 2017) : sommaire et éditorial

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  • 1er janvier 2017

Revue Unité des Chrétiens, n° 185 (janvier 2017)

Sommaire

ÉDITORIAL : L’humour du fol (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun (Stephen BROWN)

L’archevêque de Canterbury Justin Welby : docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris

CÉCEF : Remise du Prix 2016 du Conseil d’Églises chrétiennes en France

Message du Conseil d’Églises chrétiennes en France - Avent 2016

DOSSIER : La joie chrétienne

La joie chrétienne, selon le quatrième évangile (Yves-Marie BLANCHARD)
Prêtre de Poitiers, professeur honoraire à l’ICP, membre du Comité mixte catholique/luthéro-réformé,le professeur Yves-Marie Blanchard est le meilleur exégète francophone de la littérature johannique. Il déploie ici un magnifique panorama exégétique, aussi dense qu’accessible.

La joie (Bertrand VERGELY)
Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie, enseignant en classe préparatoire et aussi à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, le professeur Bertrand Vergely déploie une admirable contemplation phénoménologique sur la joie du Christ. Il montre la spécificité de la joie manifestée par l’Église orthodoxe, particulièrement dans la liturgie.

Les chemins de la joie (Louis SCHWEITZER)
Pasteur baptiste et théologien, Louis Schweitzer enseigne l’éthique. À partir de différents itinéraires bibliques autour des notions de joie, de paix et de bonheur, Louis Schweitzer nous offre une synthèse théologique de la joie, associée aux vertus théologales de foi, d’espérance et de charité.

La joie de s’engager à vivre l’oecuménisme au quotidien à Lambeth Palace (Agnès VANHEMS)
Agnès Vanhems nous raconte ici la joyeuse expérience de colocation oecuménique vécue entre 15 jeunes chrétiens fondant une communauté de foi, de vie, de prière au cœur de la résidence de l’archevêque de Canterbury.

La joie dans Glorius (Benjamin POUZIN)
Benjamin Pouzin relit l’aventure de Glorious, groupe musical de pop louange qu’il a fondé et qu’il anime. En proposant la prière de louange comme site natif et
constitutif de la prière chrétienne, Glorious entend remettre la joie au centre de la vie spirituelle comme don de Dieu et réponse humaine.

La joie de l’Évangile (Jean VANIER)
Fondateur d’organisations internationales consacrées aux personnes handicapées : l’Arche et Foi et lumière, Jean Vanier nous propose de contempler la
transfiguration du Christ, déployée dans les faiblesses humaines.

La joie de célébrer Dieu dans d’autres Églises que la sienne, témoignage (Pierre de MAREUIL)
Pasteur de la Fédération Baptiste et aumônier de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, Pierre de Mareuil témoigne de la joie reçue lors des célébrations des autres Églises chrétiennes, à la fois par la prière commune mais aussi par la découverte joyeuse des liturgies des autres fidèles du Christ.

« Voyez comme il est bon de vivre ensemble » en frères pourtant séparés ! (Matthias WIRZ)
Frère de la communauté monastique et oecuménique de Bose (Italie), Matthias Wirz nous fait part de son expérience de la vie communautaire comme source incommensurable de joie.

RENDEZ-VOUS avec Soeur Bénédicte

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Septembre, octobre 2016

AGENDA


Editorial

L’humour du fol [1]

Existe-t-il une joie chrétienne ? Nous connaissons tous le reproche récurrent, fait à certain chrétiens, de ne pas exulter de joie sans cesse, toujours et partout. Nous ressentons bien, cependant, que notre foi n’est pas un opiacé analgésique ou une échappatoire vers un empyrée spirituel ataraxique ! Nous savons bien que le Christ, dès sa naissance, rencontre contradiction et souffrance. Il apporte aussi délivrance et consolation. Cette perspective évangélique semble avoir cependant beaucoup perdu de sa prégnance dialectique devant la vision du bonheur de nos sociétés contemporaines. Qui d’entre nous n’a jamais éprouvé un certain malaise en lisant et méditant les Béatitudes ? Nous avons peut-être trop intériorisé la posture hédoniste réservant le sens de la vie aux gens heureux, riches, bien-portants, beaux et abonnés à Unité des Chrétiens ! Les Béatitudes de Jésus génèrent en nous un hiatus, décliné en deux dimensions. Sa vision du bonheur nous apparaît souvent comme une épreuve ou une souffrance. Qui pourrait être heureux d’être pauvre, de pleurer, de lutter pour la justice, de faire miséricorde ? Nous expérimentons la distance entre d’un côté les choix de vie vécus par Jésus et ses disciples et, de l’autre, notre souhait, inscrit dans nos cœurs, de ne connaître ni la pauvreté, ni la persécution, ni la calomnie !

Cependant, cette apparente différence d’être au monde nous fait entrer dans un lieu de salut parce que pénultième. Il nous offre d’y déployer notre liberté humaine. Cet espace se situe entre notre identité de fils de Dieu, depuis notre baptême, et la conversion plénière de notre cœur. Dieu nous fait la grâce de pouvoir comprendre, acquiescer et désirer ce qu’Il veut nous donner. Dans les situations, heureuses ou malheureuses de notre vie, nous expérimentons la joie du Christ ! Elle n’est pas seulement une consolation pour le futur mais déjà une réalité dans notre présent. Le présent numéro d’Unité des Chrétiens invite à accueillir cette allégresse. Sans se confondre avec l’euphorie artificiellement entretenue ou le bonheur des marchands, notre joie se nourrit, par anticipation proleptique, de l’accomplissement des promesses de Pâques. Il ne convient pas d’oublier que le ressuscité est le crucifié portant dans sa chair les stigmates de la Croix. Il est cependant possible de vivre nos vendredis saints déjà traversés par l’exultation pascale. Ainsi, le christianisme est source d’une joie paradoxale, donc performative pour notre vie actuelle. Sans en attendre le dernier mot, impossible à prononcer tant que la mort exerce son emprise sur nous, nous en recevons l’avant-dernier mot de notre existence. S’il est trop tôt pour que nous entrions dans une anthropologia gloriae, les réalités mondaines et matérielles ne sont plus pour nous les sources uniques de la joie. À la suite du Christ, cette joie paradoxale devient la tonalité la plus propre de notre existence terrestre. Voilà pourquoi, nous pouvons cultiver cet « humour du fol » que Jean-Yves Lacoste identifie à la figure mystique, byzantine ou russe, du « fol en Christ ». Son existence, parsemée d’humiliations ou d’épreuves, est pourtant constellée de joie. Les expériences vécues à l’ombre de la Croix nous impèrent de transgresser la frontière où se cantonne habituellement la joie.

Alors notre question initiale trouve maintenant une réponse dans sa reformulation, audacieuse, certes, mais réaliste. Le christianisme est source de joie pour l’homme décidant de devenir disciple du Dieu qui prend notre existence, qui traverse l’humiliation, qui vainc la mort. Lorsqu’il engage sa vie comme étant donnée, à la manière et comme le Dieu de l’autodonation. Lorsque l’homme accepte d’exister kénotiquement.

Père Emmanuel GOUGAUD

Notes

[1Jean-Yves LACOSTE, Expérience et absolu, Paris, 1994, p. 216.


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