Unité des chrétiens
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      La miséricorde dans les Églises

La miséricorde dans les Églises

N° 182 (avril 2016) : sommaire et éditorial

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  • 7 avril 2016

Revue Unité des Chrétiens, n° 182 (avril 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Miséricorde et œcuménisme (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Convocation du concile panorthodoxe

Pape François et patriarche Cyrille se rencontrent à Cuba

DOSSIER : La miséricorde dans les Églises

Sa Miséricorde s’étend d’âge en âge
Le renouvellement de la vie chrétienne à travers la redécouverte de la miséricorde (Cardinal BARBARIN)

Archevêque de Lyon et primat des Gaules depuis 2002, le cardinal Philippe Barbarin est un des fondateurs des Congrès de la Miséricorde, tenus tous les trois ans depuis la mort de Jean-Paul II. À partir de son expérience spirituelle et pastorale, il expose d’abord les racines bibliques de la miséricorde avant d’analyser les raisons d’une année sainte extraordinaire en forme de jubilé. Il déploie aussi la pertinence, dans le dialogue oecuménique, de cette notion.

La miséricorde : mot, doctrine et appropriation émotionnelle (Douglas J. DAVIES)

Douglas James Davies est professeur de théologie à l’université de Durham, dans le nord-est du Royaume-Uni. Il inscrit la miséricorde au cœur de la relation entre christologie, sotériologie et ecclésiologie. À partir du Book of common prayer de 1662, il expose l’appropriation anglicane de la miséricorde dans toutes ses acceptions. Unifiant psychologie et spiritualité, elle offre des ressources particulières pour rendre compte de la force créatrice et libératrice de Dieu.

De la miséricorde à la réconciliation, quelle pratique de la confession du péché ?
Perspective protestante et oecuménique (Pierre de MAREUIL)

Pasteur de la Fédération baptiste, vice-président de l’Association internationale des aumôniers de l’aviation civile, Pierre de Mareuil est aumônier protestant de l’aéroport de Roissy - Charles de Gaulle et aussi membre du comité de rédaction d’Unité des Chrétiens. Dans cette contribution, il explique les évolutions de la confession des péchés dans la pensée de la Réforme. Analysant les réflexions de Luther, Calvin, Bonhoeffer mais aussi du pape François, il réfléchit à l’intérêt de la miséricorde pour renouveler la mission de réconciliation confiée aux chrétiens.

Entrer dans le mystère de la miséricorde divine : le message de l’orthodoxie (Michel STAVROU)

Historien du monde byzantin et professeur de théologie dogmatique à l’Institut orthodoxe Saint-Serge de Paris, Michel Stavrou participe au comité de rédaction d’Unité des Chrétiens. Dans son article, il resitue la miséricorde dans la plénitude du dessein divin. À travers les exemples de la liturgie orthodoxe, des Pères de l’Église et des auteurs mystiques, il présente la miséricorde comme le lieu théologique articulant par excellence la création et le salut, l’amour de Dieu et l’amour des autres.

EN MARCHE VERS 2017 :

La Réforme dépasse la seule personne de Luther
Préparer 2017 – Suite. Une relecture luthérienne des regards non-luthériens sur Luther (Martin JUNGE)

Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, le Révérend Martin Junge a lu avec attention le numéro 181 d’Unité des Chrétiens sur la postérité de Luther chez tous les chrétiens. Après avoir rappelé l’opportunité de la commémoration de 2017 et explicité les préparatifs, il commente les analyses sur Luther d’auteurs d’autres confessions. Il remarque leur pertinence et le profit pour un luthérien d’entrer dans leurs perspectives afin d’être renouvelé dans sa confession.

RENDEZ-VOUS avec John Murray

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2015 - janvier 2016

LECTURES

AGENDA


Editorial

Miséricorde et œcuménisme

Du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, l’Église catholique célèbre une année sainte. Ce jubilé extraordinaire propose de « fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » [1]. Par-là, la réception de Vatican II entend aussi se poursuivre. La révélation au monde de la miséricorde trinitaire est la mission principale de l’Église. C’est l’herméneutique la plus ajustée au concile et sa principale clé de lecture [2]. À l’avant-veille de l’ouverture du jubilé, François en donne les prolégomènes œcuméniques : « Le 7 décembre 1965, veille de la clôture du Concile Vatican II, étaient effacées de la mémoire, par une déclaration commune du Pape Paul VI et du patriarche œcuménique Athénagoras, les sentences d’excommunication échangées entre l’Église de Rome et celle de Constantinople en 1054. Il est vraiment providentiel que ce geste historique de réconciliation, qui a créé les conditions pour un nouveau dialogue entre les orthodoxes et les catholiques dans l’amour et dans la vérité, soit rappelé précisément au début du jubilé de la miséricorde » [3].

Ce préambule explicite la congruence entre la miséricorde et l’œcuménisme. Incluant mais dépassant la réconciliation, le mouvement oecuménique ne peut se déployer en plénitude que sous l’égide de la miséricorde divine. Les thématiques de l’échange des dons, du consensus différencié, de l’œcuménisme spirituel thématisé par le « Principe de Lund » en 1962, le dernier document de Foi et Constitution « L’Église. Vers une vision commune », les interventions du pape en faveur d’un œcuménisme de la rencontre et du cheminement avec l’autre sont en profonde résonance avec les représentations des Églises chrétiennes sur la miséricorde. Unité des Chrétiens, dans ce numéro, fait résonner ces dimensions œcuméniques, vous offrant les commentaires des théologiens de différentes confessions chrétiennes dans l’analyse de leurs traditions. L’année sainte, propre à l’Église catholique, devient un excellent exemple de toute la potentialité de l’œcuménisme quand il se fait conversation et communication de l’expérience confessionnelle concrète. Interrogeant les autres traditions chrétiennes, nous nous apercevons que sa réduction en une initiative divine post-lapsaire lui a fait perdre sa performativité pour la vie chrétienne. En amont même de son pardon, Dieu est miséricordieux. La miséricorde divine est la capacité d’auto-donation de Dieu, en lui-même dans les relations trinitaires, et ad extra, dans l’unique mouvement de l Exitus Filii. La miséricorde comme la source et le sommet de toutes les œuvres divines.

L’icône de notre couverture illustre la riche polysémie de la miséricorde dans l’interaction oecuménique. Au centre, le Christ, habillé de blanc comme un nouveau-né, raconte l’histoire du bon Samaritain. La victime, en blanc, rappelle que le Seigneur s’identifie à l’homme blessé. L’agression évoque la trahison de la provenance trinitaire de la communauté humaine. Dans l’auberge, les trois personnes assises évoquent l’icône de saint André l’Iconographe. L’harmonie trinitaire a été rétablie. La miséricorde, accomplie par le bon Samaritain, restaure l’humanité à la ressemblance de Dieu.

Dans ce numéro, enfin, Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, commente les cinq contributions consacrées à Luther dans le numéro 181. Notre revue poursuit ainsi la préparation de la commémoration du cinquième centenaire de la Réforme en 2017. Par analogie, l’expérience spirituelle de Luther devient nôtre. Fruits de la miséricorde, nous ne cessons de tendre vers elle, en dépit de nos paradoxales précarités. Avec la miséricorde, nous acceptons d’être acceptés quoique l’on soit inacceptable, selon l’extraordinaire formule de Paul Tillich [4].

Père Emmanuel GOUGAUD

Notes

[1Pape François, Bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la miséricorde Misericordiae vultus, 3.

[2Ibid., 4.

[3Pape François, Angélus du 6 décembre 2015.

[4Paul Tillich, Le courage d’être, trad. franç. par Jean-Pierre Lemay, Laval-Québec, 1998, p. 131.


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