Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Le-pape-Francois-a-Geneve-Un-voyage-vers-l-unite.html
    Le pape François à Genève : « Un voyage vers l’unité »

Le pape François à Genève : « Un voyage vers l’unité »

Théologien réformé et journaliste, Stephen Brown est rédacteur en chef de Ecumenical Review, la revue du Conseil oecuménique des Églises. Il était à bord l’avion papal le 21 juin 2018 pour accompagner la visite du pape François au Conseil oecuménique des Églises.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 1er octobre 2018
  • 0 vote

Pour la première fois depuis son élection en 2013, le pape François s’est rendu à Genève le 21 juin 2018 pour commémorer les 70 ans du Conseil oecuménique des Églises (COE), dont l’Assemblée fondatrice a eu lieu en 1948 à Amsterdam.

Cette rencontre du pape François avec le COE est présentée comme un « pèlerinage oecuménique » dont la de¬vise est « Cheminer, prier et travailler ensemble ».

Le COE compte 350 Églises protestantes, orthodoxes, anglicanes et autres, rassemblant plus de 550 millions de chrétiens dans plus de 120 pays. L’Église catholique n’en est pas membre tout en y collaborant dans plusieurs domaines.

« Il s’agit d’un voyage vers l’unité, avec le désir d’unité », a déclaré le pape François aux journalistes qui l’accompagnaient à bord de l’avion qui le transportait à Genève.

C’était la troisième visite d’un pontife romain au COE. En 1969, le pape Paul VI est à Genève à l’occasion du 50e anniversaire de l’Organisation Internationale du Travail. En 1984, le pape Jean Paul II se rend au COE lors d’une visite pastorale en Suisse.

La visite du pape François au COE a commencé par une prière oecuménique à la chapelle du Centre oecuménique où se trouve le siège de l’organisation.

Il s’est ensuite rendu à l’Institut oecuménique du COE situé à Bossey, près de Genève, pour un déjeuner privé avec les responsables du COE et un échange officiel de cadeaux. Il y a rencontré des étudiants et le personnel de l’Institut, spécialisé dans l’éducation et la formation œcuméniques.

Le pape François s’est ensuite rendu de nouveau au Centre oecuménique pour adresser un discours au COE avant de célébrer une messe pour la communauté catholique à Palexpo, le Palais des expositions de Genève.

« Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble : voilà notre route principale d’aujourd’hui ! » a lancé le pape lors de son homélie pendant la prière oecuménique. Une route, selon le pape François avec un but précis : l’unité. « Le Seigneur nous demande l’unité, le monde, marqué par trop de divisions qui affectent surtout les plus faibles, implore l’unité. »

« Après tant d’années d’engagement oecuménique, à l’occasion de ce soixante-dixième anniversaire du Conseil, demandons à l’Esprit de revigorer notre pas », a souligné le pape. « Trop facilement, notre pas s’arrête devant les divergences qui persistent ; trop souvent, il est bloqué au départ, miné par le pessimisme. Que les dis¬tances ne soient pas des excuses ! Il est déjà possible de marcher dès maintenant selon l’Esprit : prier, évangéliser, servir ensemble, c’est possible et cela plaît à Dieu ! »

La visite du pape François au COE s’inscrit dans la ligne d’une série des gestes œcuméniques qu’il a entrepris depuis son élection en 2013, dont sa participation à Lund, en Suède, le 31 octobre 2016 à la commémoration conjointe catholique et luthérienne du 500e anniversaire de la Réforme protestante.

Lors de son discours aux membres du comité central du COE au Centre oecuménique dans la salle Visser ‘t Hooft (nommé en hommage à ce premier secrétaire général du COE 1948-1966), le pape François s’est rappelé la foi, la charité et l’espérance « de tous ceux qui, avec la force [...] de l’Évangile, ont eu le courage d’inverser le cours de l’histoire, de cette histoire qui nous avait porté à nous méfier les uns des autres et à nous mettre à l’écart réciproquement, favorisant la spirale diabolique des cloisonnements continuels. »

Grâce à l’Esprit Saint, inspirateur et guide de l’œcuménisme, selon le pape, « la direction a changé et une voie aussi nouvelle qu’ancienne a été tracée d’une façon indélébile : la voie de la communion réconciliée, vers la manifestation visible de cette fraternité qui unit déjà les croyants. »

Même si, avant de devenir pape, François a déjà fait référence à la recherche « d’une diversité réconciliée qui implique de cheminer ensemble, de prier et travailler ensemble », c’est la première fois qu’il parle d’une « communion réconciliée ».

Pourtant, le souverain pontife partageait aussi au COE sa « préoccupation […] qu’œcuménisme et mission ne sont plus aussi étroitement liés qu’à l’origine », et soulignait que « le mandat missionnaire, qui est plus que la diakonia et la promotion du développement humain, ne peut être oublié ni évacué. Il en va de notre identité ». Un nouvel élan évangélisateur, selon le pape, « marquera l’éclosion d’un nouveau printemps oecuménique. »

Dans son discours de bienvenue au pape François, le secrétaire général du COE, le pasteur norvégien Olav Fykse Tveit, a remarqué que le thème de la rencontre reflétait le nouvel élan du seul mouvement oecuménique.

« Aujourd’hui, nous franchissons une étape sur notre route » a déclaré le pasteur Tveit. « Par cette visite, nous montrons qu’il est possible de surmonter les divisions et la distance, mais aussi les profonds conflits provoqués par des traditions et des convictions de foi différentes. »

Pour la présidente du comité central du COE, Mme Agnes Abuom, anglicane du Kenya, « Le monde attend de nous, chrétiens et chrétiennes, que nous agissions ensemble au service de la justice et de la paix, en plaçant au centre celles et ceux qui sont à la périphérie. »

Dans son discours, elle a soulevé des situations concrètes où les Églises chrétiennes doivent agir ensemble, tels le Soudan du Sud, la Colombie, le Burundi et la République démocratique du Congo, et la péninsule coréenne.

« Nous formulons l’espoir et la prière, pour eux, que votre visite marque effectivement une nouvelle phase dans la coopération et l’unité chrétienne », a-t-elle lancé.

Tandis que ses prédécesseurs avaient souligné lors de leurs visites au COE le rôle unique du ministère pétrinien dans l’Église catholique et le christianisme en général, le pape François a affirmé qu’il était venu à Genève « en pèlerin » à la recherche de l’unité et de la paix.

« Je remercie Dieu, parce qu’ici je vous ai trouvés, vous, frères et sœurs déjà en chemin. Marcher ensemble pour nous chrétiens n’est pas une stratégie pour faire davantage valoir notre poids, mais c’est un acte d’obéissance envers le Seigneur et d’amour envers le monde. »

Stephen Brown

Photo : © Albin Hillert / COE
Le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, accueille le pape François.



Zoom


Document