Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Le-pape-Francois-et-le-patriarche.html
        Le pape François et le patriarche Bartholomée à Jérusalem

Le pape François et le patriarche Bartholomée à Jérusalem

Les rencontres du pape François et du patriarche œcuménique Bartholomée ont marqué le cinquantenaire de celles du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 27 mai 2014
  • 0 vote

Du 24 au 27 mai 2014, le pape François et le patriarche œcuménique Bartholomée ont l’un et l’autre effectué un pèlerinage en Terre Sainte. Le cœur de ces pèlerinages respectifs, comme ils l’avaient chacun annoncé avant de partir, a été leurs rencontres pour marquer le cinquantenaire de celle du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras. Ils se sont retrouvés à trois reprises, en trois endroits différents. La première rencontre eut lieu le dimanche 25 mai dans l’après-midi, à la Délégation apostolique, pour signer une déclaration commune et pour un échange privé qui dura beaucoup plus longtemps que ce qui avait été prévu par le protocole. La deuxième eut lieu dans la soirée du dimanche, à l’église de l’Anastasis (ou Saint-Sépulcre) pour un temps de prière et de pèlerinage là où le Christ est mort et est ressuscité pour l’humanité. Enfin, ils se retrouvèrent une troisième fois pour un échange de cadeaux, à la résidence d’été du patriarche de Jérusalem Théophile III, sur le Mont des Oliviers, d’où le Christ est monté au ciel et ce, à quelques jours de la fête de l’Ascension, célébrée cette année le même jour par tous les chrétiens.

Il y a cinquante ans, tout paraissait inhabituel : que le pape parte à l’étranger, que le pape et le patriarche se rencontrent, que des chrétiens de différentes confessions puissent être ensemble à Jérusalem. Aujourd’hui tout cela paraît normal.

La déclaration commune du pape et du patriarche est à mettre en lien avec les déclarations signées lors d’entrevues historiques, à l’occasion du séjour des papes à Constantinople : la première, à l’occasion de la visite du pape Jean-Paul II au patriarche Dimitrios, le 30 novembre 1979, a lancé les travaux de la commission mixte de dialogue théologique entre les deux Églises. La deuxième, lors de la rencontre entre Benoît XVI et le patriarche Bartholomée, au Phanar le 30 novembre 2006, a permis la reprise du travail de la commission mixte, après une longue interruption. Espérons que cette nouvelle déclaration permette de surmonter les difficultés que rencontre la commission dans son travail actuel, alors qu’elle traite d’un point crucial du débat théologique, l’articulation entre primauté et conciliarité. Mais le communiqué redit aussi, avec force, la volonté de parvenir à la pleine communion, comme but de cette unité voulue par le Christ. Cet appel encourage à aller de l’avant et à ne pas en rester au témoignage commun – au service des plus pauvres ou de la sauvegarde de la création – de deux Églises encore séparées, mais à accomplir le chemin jusqu’au bout.

Contrairement à ce qui s’était passé il y a cinquante ans, le pape et le patriarche ont pu faire ensemble le pèlerinage au tombeau du Christ, entourés par le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem Théophile III, le patriarche arménien Nourhan Manoogian et le frère Pierbattista Pizzaballa, custode franciscain de Terre Sainte, alors qu’habituellement ces trois communautés prient séparément. Étaient également présents les responsables d’autres Églises (copte, éthiopienne, syriaque, anglicane et luthérienne).

Cette démarche commune et humble de deux pèlerins qui se mettent à genoux pour prier longuement sur la pierre de l’onction, qui prient encore longuement et en silence à l’intérieur du Saint-Sépulcre, qui écoutent l’Évangile de la Résurrection en grec et en latin, montre les avancées qui se sont produites dans les dernières décennies. Mais c’est également un message pour l’avenir : les chrétiens doivent chercher l’unité en mettant leurs pas à la suite du Christ, en revenant à la source de leur foi qui est le Christ, mort et ressuscité, en avançant avec confiance, et non dans la crainte d’abandonner une once de vérité, car le Christ est lui-même, le Chemin, la Vérité et la Vie.

À Jérusalem, ces grands et intenses moments ont été accompagnés de petits gestes, non moins importants et tout aussi significatifs : c’est l’attention à l’égard du pape François du patriarche Bartholomée, qui ajuste la chaîne de sa croix pectorale, qui remet en place le camail que le vent a déplacé, qui traduit en italien les indications données en grec par un membre de la confrérie du Saint-Sépulcre. Mais c’est aussi le geste non moins significatif du pape François qui veut embrasser la main du Patriarche après son allocution et qui se termine par une embrassade fraternelle. Cette fraternité est indispensable pour avancer en frères, d’un même cœur, vers la maison du Seigneur.

P. Serge SOLLOGOUB
Diocèse des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale (Patriarcat de Constantinople)
Membre du Comité mixte catholique-orthodoxe en France
et délégué à l’œcuménisme pour l’Île-de-France


Document