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Le patriarche œcuménique Bartholomée docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris

Le 30 janvier 2014, le recteur Philippe Bordeyne a remis au patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople les insignes de docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris.

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  • 30 décembre 2013
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Le 30 janvier 2014, en présence du cardinal André Vingt-Trois, chancelier, et de nombreux invités de toutes confessions, le recteur Philippe Bordeyne a remis au patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople les insignes de docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris. Après une laudatio prononcée par le professeur Jean-Louis Souletie, directeur de l’Institut supérieur de liturgie et par le pasteur Jacques-Noël Pérès, directeur de l’Institut supérieur d’études œcuméniques, Bartholomée Ier a prononcé une leçon doctorale dont on lira ci-après quelques extraits.

C’est un grand honneur que l’Institut Catholique de Paris fait ce soir à notre humble personne en nous décernant ce doctorat honoris causa. Nous en sommes profondément reconnaissant. Nous y voyons un hommage au Trône œcuménique, à la Grande Église du Christ, pour les initiatives mises en œuvre depuis près d’un quart de siècle en faveur de la protection de la création matérielle, depuis que notre prédécesseur, le patriarche œcuménique Dimitrios, adressa le 1er septembre 1989 la toute première encyclique à toutes les Églises orthodoxes dans le monde, où il instituait le premier jour de l’année ecclésiastique orthodoxe comme jour de prière pour la protection et la préservation de l’environnement naturel. Cette initiative fut d’ailleurs reprise par la Conférence des Églises européennes et par le Conseil œcuménique des Églises. À sa suite, nous avons tâché d’éveiller le monde face à la destruction irréversible qui menace notre planète aujourd’hui. […]

L’air que l’on respire tout comme la mer et les océans qui nous entourent sont pour nous la source de vie biologique. S’ils sont souillés ou pollués, notre existence est menacée. Par conséquent la dégradation et la destruction de l’environnement sont une forme de suicide de l’humanité. Il apparaît que nous sommes inexorablement pris au piège de modes de vie et de systèmes qui ne cessent d’ignorer les contraintes de la nature que nous ne pouvons aucunement nier ni sous-estimer. Il ne faudrait pas que nous attendions d’être arrivés à un point de non-retour pour prendre conscience des capacités restreintes de notre planète. […]

Afin de remédier à la surexploitation des ressources naturelles qui mine notre planète et engendre sa pollution, la vision sacramentale de la création invite l’homme à revenir à un mode de vie « eucharistique » et « ascétique », ce qui veut dire être reconnaissant, rendre grâce à Dieu pour le don de la création en étant un intendant respectueux et responsable de la création. […]

Un esprit eucharistique implique donc d’utiliser les ressources naturelles du monde avec un esprit de reconnaissance, les offrant en retour à Dieu. En vérité, en plus des ressources de la terre, nous devons aussi nous offrir à lui. Au moment d’offrir la prière eucharistique dans l’Église orthodoxe, le prêtre affirme : « Ce qui est à Toi, le tenant de Toi, nous te l’offrons, en tout et pour tout ». Dans le sacrement de l’eucharistie, nous rendons à Dieu ce qui est à lui : nous lui offrons le pain et le vin, qui sont la transformation par le labeur de l’homme du blé et du raisin que nous a donné le Créateur. En retour, Dieu transforme le pain et le vin en mystère de communion eucharistique. L’offrande eucharistique est un bel exemple d’offrande synergique où l’homme collabore de manière constructive, et non destructrice, avec la volonté de Dieu. Faire fructifier de manière constructive, et non destructrice, les dons de Dieu doit être l’attitude de l’homme vis-à-vis de l’environnement naturel. […]

Cet esprit eucharistique cultive en nous un esprit ascétique. […] Malheureusement, au fil des siècles, la notion de jeûne et d’abstinence a perdu son sens, ou du moins sa connotation positive. […] Le jeûne ne nie pas le monde, mais affirme l’entière création matérielle. Il rappelle la faim des autres dans un effort symbolique de s’identifier, ou du moins de se rappeler, de la souffrance du monde, afin de languir pour sa guérison. Par le jeûne, l’acte de manger devient le mystère du partage, le souvenir qu’il « n’est pas bon que l’homme soit seul sur cette terre » (Gn 2,18) et que « ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme » (Mt 4,4). Jeûner signifie alors jeûner avec et pour les autres. En fin de compte, le but d’un tel jeûne est de promouvoir et de célébrer le sens de l’équité dans ce que nous avons reçu. Tout comme n’importe quelle autre discipline ascétique dans la vie spirituelle, on ne peut jamais jeûner seul dans l’Église orthodoxe. Nous jeûnons toujours ensemble, et nous jeûnons à des moments établis. Le jeûne est un rappel solennel que tout ce que nous faisons est inséparable du bien-être ou de la blessure des autres. […]

Pour conclure, nous aimerions souligner que notre époque fait face à un défi unique. Jamais dans le passé, durant la longue histoire de notre planète, les hommes ne se sont trouvés à ce point si « développés » qu’ils ont pu rendre possible la destruction de leur propre environnement et de leur propre espèce. Jamais auparavant, dans la longue histoire de cette planète, les écosystèmes de la terre ne furent confrontés à des dégâts quasi irréversibles d’une telle ampleur. […]

La crise à laquelle notre monde est confronté ne se résume pas à une crise environnementale. Cette crise est avant tout spirituelle, puisqu’elle concerne notre façon d’envisager ou d’imaginer le monde. En se coupant de Dieu, l’humanité se coupe aussi de son prochain et de son environnement, et de ce fait, l’individualisme et l’utilitarisme nous conduisent à abuser de la création sacrée et nous mènent à l’impasse écologique contemporaine. Ayant perdu de vue la relation qui existe entre le Créateur et sa création, l’humanité a cessé d’être le prêtre et l’économe de la création et s’est transformée en un tyran qui abuse de la nature. Dès lors, l’homme traite sa planète de manière inhumaine et impie précisément parce qu’il ne la considère plus comme un don reçu d’en haut, comme un don reçu de Dieu. C’est pourquoi, avant de pouvoir traiter de manière efficace les problèmes de notre environnement, nous devons changer notre vision du monde. Sinon, nous ne faisons que traiter les symptômes et non leurs causes. Par conséquent, la question de l’environnement est indissociable de la question religieuse. […]

Comme nous l’avons conjointement exprimé avec le pape Benoît XVI, lors de sa visite officielle au Patriarcat œcuménique en 2006 : « Devant les grands dangers concernant l’environnement naturel, nous voulons exprimer notre souci face aux conséquences négatives pour l’humanité et pour la création tout entière qui peuvent résulter d’un progrès économique et technologique qui ne reconnaît pas ses limites. En tant que chefs religieux, nous considérons comme un de nos devoirs d’encourager et de soutenir tous les efforts qui sont faits pour protéger la création de Dieu et pour laisser aux générations futures une terre dans laquelle elles pourront vivre. »

Patriarche BARTHOLOMÉE

Photo (Le recteur Bordeyne remet les insignes de docteur honoris causa au patriarche Bartholomée.) : © Patrick Delance


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