Unité des chrétiens
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      Les épisodes noirs des relations interconfessionnelles

Les épisodes noirs des relations interconfessionnelles

N° 174 (avril 2014) : sommaire et éditorial.

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  • 1er avril 2014

Revue Unité des Chrétiens, n° 174 (avril 2014)

Sommaire

ÉDITORIAL : Le souvenir du sang versé (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Le patriarche œcuménique Bartholomée docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris

« Pas à vendre » : la Fédération luthérienne mondiale actualise le message de la Réforme (Martin Junge)

DOSSIER : Les épisodes noirs des relations interconfessionnelles

Le sac de Constantinople de 1204 et ses conséquences sur l’unité chrétienne (Michel Stavrou)

Professeur à l’Institut Saint-Serge (Paris) et chercheur au Centre d’histoire et civilisation de Byzance (Collège de France – CNRS), Michel Stavrou retrace l’histoire douloureuse de la quatrième croisade
(1204), un passé qui hante jusqu’à aujourd’hui les relations entre catholiques et orthodoxes.

La persécution, marqueur d’identité pour les Vaudois (Giorgio Tourn)

Pasteur vaudois, Giorgio Tourn a présidé la Société d’études vaudoises à Torre Pellice (Italie). Il montre comment, dans l’histoire des disciples de Pierre Valdo, la persécution a pu constituer un
élément essentiel de l’identité spirituelle des Églises vaudoises.

La persécution des anabaptistes en Suisse (Hans Ulrich Gerber)

Après avoir travaillé pour le Conseil œcuménique des Églises dans le cadre de la Décennie pour vaincre la violence, le théologien mennonite suisse Hans Ulrich Gerber est devenu président du Mouvement international de la réconciliation. C’est en raison de son engagement pacifiste qu’il a travaillé la question de la persécution des dissidents dans les Églises.

La persécution des catholiques en Angleterre au XVIe siècle (Norman Tanner)

Après avoir enseigné à l’université d’Oxford, le jésuite anglais Norman Tanner est professeur d’histoire de l’Église à l’université grégorienne à Rome. Précisant la situation des catholiques au cours des différents règnes qui ont marqué le XVIe siècle en Angleterre, il explique ce qui a motivé leur persécution et fait le point sur les récents débats dans l’historiographie de cette époque.

La Saint-Barthélémy : une mémoire douloureuse (Liliane Crété)

Spécialiste du protestantisme à l’époque moderne, Liliane Crété appelle les tragiques événements de la Saint-Barthélémy (1572) et montre pourquoi la mémoire des faits du passé est au cœur même de la culture des réformés français.

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2013 – février 2014

AGENDA


Editorial

Au terme d’un périple touristique en France, un ami
britannique s’étonnait des traces nombreuses que nos villes
gardent de l’histoire violente des relations entre confessions
chrétiennes dans notre pays. Lors de sa visite à la primatiale
Saint-Jean de Lyon, le guide avait signalé qu’au XVIe siècle, c’était le baron des Adrets, « un calviniste », qui avait détruit
toutes les statues des saints dans les niches de la façade,
défigurant à jamais le portail gothique de la cathédrale. Au gré d’une promenade dans le centre de Paris, cet ami avait découvert l’église Notre-Dame-des-Victoires : intrigué par cette appellation, il comprit que ce sanctuaire marial avait été ainsi nommé en action de grâces pour la bataille de La Rochelle et pour la protection de la Vierge à qui était attribuée la reddition des Huguenots en 1628. Nul besoin de multiplier les exemples : nos villes et nos campagnes portent encore – de bien des manières – les cicatrices d’un passé interconfessionnel douloureux qui a fait mugir de féroces soldats d’un camp ou d’un autre.

Ce sont ces pages sombres de l’histoire que ce numéro
permet de revisiter : des épisodes sanglants ou des persécutions plus durables qui ont marqué les relations entre catholiques et orthodoxes, entre vaudois et catholiques, entre mennonites et réformés suisses, entre anglicans et catholiques anglais, entre catholiques et réformés français. Les articles de nature d’abord historique permettent de mieux comprendre les facteurs culturels, politiques et théologiques qui ont pu générer de pareilles boucheries.
Ils offrent également une réflexion historiographique sur la manière dont ces événements violents ont été racontés au fil des siècles. Car, comme le rappelle le théologien réformé Henry Mottu, « l’histoire humaine se déroule, puis s’écrit sur le fond de grandes dates ou de gestes qu’on appelle précisément “symboliques” » [1].

Dans un document récent, la Commission théologique
internationale de l’Église catholique a rappelé qu’ « au
regard de la foi chrétienne, la violence “au nom de Dieu”
est une hérésie pure et simple » [2]. On peut certes estimer
qu’entre christianisme et violence il n’y a que des « liens accidentels ». Il n’empêche : dans la manière dont les chrétiens se sont comportés avec d’autres disciples du même Christ, il faut bien reconnaître – avec humilité – des « égarements coupables et répétés ».

Pourquoi traiter ainsi de ce passé d’hostilité dans une revue interconfessionnelle ? Le cheminement œcuménique ne demande-t-il pas d’être attentif à la route qui s’ouvre devant soi plutôt que de regarder dans le rétroviseur ? En attirant ainsi le regard sur ces siècles d’adversité, ce numéro est une invitation à la prudence. Car on pourrait naïvement croire que ces violences d’un si lointain passé sont sans impact sur l’aujourd’hui des relations interconfessionnelles.
Et pourtant, qu’un propos blessant ou un acte maladroit
vienne refroidir le climat relationnel, et voilà que, très vite,
l’histoire se réinvite dans les discussions.

Or on peut se demander si la papolâtrie médiatique que
suscite le pape actuel – « culture du vedettariat » [3] oblige – ne va pas réveiller la méfiance à l’égard d’une Église catholique toujours suspecte d’hégémonisme. Plus sérieusement encore, les débats anthropologiques et théologiques autour de la conjugalité qui s’annoncent dans des Églises
protestantes françaises dans les prochains mois ne vont-ils
pas générer de sérieux clivages confessionnels, au risque de
raviver le souvenir d’antagonismes passés ?

Les uns et les autres, nous pouvons vivre dans le souvenir du sang versé jadis par nos coreligionnaires, ici ou ailleurs. Mais des chrétiens sont d’abord fidèles au souvenir du sang versé par le Christ, en qui toute haine est abolie.

fr. Franck Lemaître

Notes

[1Henry Mottu, Le geste symbolique. Pour une pratique protestante des sacrements, coll. Pratiques, Genève, Labor & Fides, 1997, p. 1

[2Dio Trinità, unità degli uomini. Il monoteismo cristiano contro la violenza, 2014 ; traduction française à paraître sur www.vatican.va.

[3Cardinal André Vingt-Trois, à propos de l’attrait que suscite le pape François, in Le
Figaro
, 13/03/2014, p. 12.


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