Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Les-evangeliques-de-France-en.html
        Les évangéliques de France en convention

Les évangéliques de France en convention

Créé en juin 2010, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a tenu sa première convention les 26 et 27 janvier 2012.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 27 janvier 2012

Créé en juin 2010, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a tenu sa première convention les 26 et 27 janvier 2012 : un événement dans le paysage ecclésial français. 850 pasteurs et responsables d’œuvres étaient rassemblés à Montreuil (93) pour deux jours de conférences, d’informations et de louange.

Selon les mots d’ouverture de son président, le pasteur baptiste Étienne Lhermenault, c’est un CNEF « encore dans les langes » qui organisait sa première grande manifestation nationale. Unissant aujourd’hui une trentaine de fédérations d’Églises [1], le CNEF regroupe environ 75% des évangéliques français (soit 450 000 sur 600 000).

Ce Conseil national naissant a déjà permis aux évangéliques français d’exprimer des positions communes, par exemple sur la présence dans les manuels scolaires de la « théorie du genre » ou encore sur la prostitution. Indiscutablement cette nouvelle instance ecclésiale prend progressivement sa place dans le paysage religieux de notre pays : qu’on pense à l’invitation de son président pour les vœux de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en janvier 2012. Qu’on pense aussi au discours chaleureux du président Baty, présent à cette convention [2], signe de relations apaisées avec la Fédération protestante de France ; un bon climat qui doit beaucoup à Étienne Lhermenault et plus largement à la Fédération baptiste, devenue passerelle importante entre le CNEF et la FPF.

Cette première convention a tout d’abord permis de faire mieux connaître les différents groupes de travail du CNEF : commission juridique, comité théologique (qui prépare une note doctrinale critique sur la « théologie de la prospérité »)… sans oublier le groupe de Conversations catholiques-évangéliques.
Une ambition de forte croissance a été clairement affichée au cours de cette convention. On dénombre aujourd’hui 2000 lieux de culte évangéliques en France métropolitaine, soit environ une église locale pour 30 000 habitants. Le projet est de créer 4000 nouvelles églises sur le territoire français d’ici trente ans, pour atteindre le ratio d’une église pour 10 000 habitants ; un objectif que le CNEF a choisi de promouvoir [3]. Dans un discours de la méthode, Daniel Liechti a récusé la stratégie de « l’essaimage » – qui n’a pas donné de fruits durables et a fragilisé des communautés trop petites –, et a préconisé un ministère d’« implanteur d’église ». C’est ainsi que sera mis en place, dès la rentrée universitaire 2012, un « master de missiologie en implantation d’églises », qui pourra être préparé à la faculté de théologie de Vaux sur Seine.

Si la naissance du CNEF avait été rendue possible par une réconciliation entre responsables nationaux des grands pôles d’Églises évangéliques (charismatiques et non charismatiques), tous reconnaissent qu’il faudra encore du temps pour que ces relations apaisées se vivent partout au niveau local où demeurent parfois des crispations, notamment en ce qui concerne l’implication dans un œcuménisme institutionnel.

Cette convention – qui avait pour thème « Évangéliques, évangélistes ? » – a permis de mieux percevoir des traits communs à toutes les Églises évangéliques. Un goût certain pour la prière de louange, bien sûr ; mais surtout l’accent mis résolument sur l’évangélisation, tous azimuts. « Au nom de l’amour de mon prochain musulman, je ne me crois pas autorisé à caricaturer sa foi ou à tourner en dérision les symboles de sa religion », déclarait Étienne Lhermenault, tout en s’estimant libre de l’inviter « à se tourner vers le Christ qui seul sauve et permet d’aimer vraiment son prochain ». Typique des Églises dites « libres », on pouvait également observer cette prudence dans les relations avec l’État, l’un des orateurs n’hésitant pas à pointer « le piège de la recherche d’une légitimité institutionnelle ».
Ici ou là s’est manifestée une frilosité à l’égard de l’engagement œcuménique : Nick Tramper, de l’Alliance évangélique européenne, présentait encore l’influence du catholicisme parmi « les menaces pour l’évangélisme », même s’il sut saluer la présence de 30 000 jeunes à la rencontre de Berlin en décembre 2011 à l’initiative de la communauté œcuménique de Taizé, en la comparant au rassemblement organisé par « Mission Net » pour 3 000 jeunes évangéliques à Erfurt la même semaine.

De manière plus originale, certains intervenants ont souligné les traits particuliers que prend l’évangélisme français (ou francophone). Un pasteur tchadien, Daniel Bourdanné (Groupes bibliques universitaires), s’est ainsi clairement démarqué des options politiques ou théologiques des évangéliques anglo-saxons et sud-américains. Et dans une remarquable conférence prédicative, Étienne Lhermenault, a pointé un risque de « multitudinisation » des Églises évangéliques en France en ne cachant pas sa perplexité : « à l’écoute des derniers chiffres sur le protestantisme, les évangéliques ne comptent que 460 000 pratiquants réguliers. Qui sont donc les 140 000 peu ou pas pratiquants d’un milieu qui se veut quasiment exclusivement professant ? »

« Proclamer l’Évangile est trop sérieux pour être fait en dilettante ». Dans ces propos du président Lhermenault, on reconnaîtra tout le sérieux évangélique de cette famille ecclésiale, dont le CNEF constitue désormais un outil précieux.

Franck LEMAÎTRE

Notes

[1regroupées en quatre pôles : les Assemblées de Dieu, les Églises non pentecôtisantes, l’aile évangélique de la Fédération protestante de France et les Églises pentecôtistes et charismatiques.

[2Et la présence d’Étienne Lhermenault à l’assemblée de la Fédération protestante de France en janvier 2012.

[3Cf. le site internet www.1pour10000.fr.


Document