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        Les évangéliques français rejettent la théologie de la prospérité

Les évangéliques français rejettent la théologie de la prospérité

L’assemblée plénière du Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) a adopté à l’unanimité un document qui condamne la « théologie de la prospérité.

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  • 22 mai 2012

Le 22 mai 2012 l’assemblée plénière du Conseil national des Évangéliques de France (CNEF) a adopté à l’unanimité un document qui condamne la « théologie de la prospérité », une dérive théologique qui marque la vie de certaines Églises.

Préparé par son Comité théologique [1], le texte du CNEF précise tout d’abord les contours de ce courant théologique qui enseigne « qu’en plus du salut, le Christ promet et assure à ceux qui mettent en œuvre leur foi, la richesse matérielle, la santé et le succès ».

Les rédacteurs sont bien conscients que la promesse d’une prospérité matérielle répond « aux aspirations matérialistes d’une frange du christianisme occidental, qui y trouve enfin un langage “décomplexé” sur l’argent » et qu’elle rejoint aussi, par les espoirs qu’elle suscite, « bien des populations dont la réalité quotidienne est la souffrance et la misère ». Toutefois les théologiens du CNEF pointent la faiblesse des fondements bibliques de cet « évangile de la prospérité ». Ils rejettent également une loi divine de « retour au centuple » selon laquelle plus un croyant donne, plus il lui serait donné [2].

Ce document du CNEF constitue un premier accord théologique pour les évangéliques français de sensibilités aussi différentes que les pentecôtistes et les « piétistes-orthodoxes ». Sur le fond, cette clarification doctrinale était attendue par de nombreux évangéliques mal à l’aise avec la « théologie de la prospérité ». Elle rassurera également dans d’autres familles ecclésiales où l’on ne peut qu’approuver l’argumentaire du CNEF [3].

Ce rejet clair d’un courant doctrinal jugé déviant n’est pas sans conséquences ecclésiologiques. En effet l’Annuaire évangélique, un outil de référence édité par le CNEF, écarte délibérément les communautés qui professent « l’évangile de la prospérité », en refusant donc de les considérer comme « Églises évangéliques » [4]. Sans doute est-il exagéré de voir dans le CNEF – né en juin 2010 – un nouveau « Saint Office », comme certains l’ont déjà regretté [5]. Mais il faut reconnaître que, dans une famille ecclésiale de tradition congrégationaliste insistant sur l’autonomie des Églises locales, il n’est sans doute pas facile d’accepter l’existence d’un organisme régulateur, habilité à intervenir sur le terrain théologique, et par conséquent à déterminer une doctrine officielle.

Franck LEMAÎTRE

La prospérité matérielle

Ce qu’enseigne la « théologie de la prospérité »
La richesse est acquise au chrétien, avec le salut. Dieu veut que ses enfants prospèrent matériellement (3 Jn 2) et qu’ils connaissent la réussite, y compris financière (Jos 1,8 ; 1 Ch 20, 20 ; Neh 2,20 ; Ps 1,3).

Ce que dit le document du CNEF

Si la guérison physique fait partie des signes du Royaume inaugurés par Jésus, il n’en va pas de même pour la prospérité matérielle. Où et quand a-t-il enrichi matériellement la moindre personne, ou invité à venir à lui pour être béni financièrement ? Au contraire, les mises en garde abondent, dans la bouche de Jésus, contre l’amour de l’argent et contre l’idolâtrie de la réussite matérielle. Lorsque Jésus invite à le suivre, il n’utilise pas le langage aguicheur de la prospérité, mais il souligne l’exigence du don de soi, selon son propre exemple. […] Affirmer que Dieu associe la prospérité financière de ses enfants au don du salut et faire de la prospérité matérielle une motivation pour le salut, c’est contourner l’évidence massive de l’enseignement de Jésus sur le royaume de Dieu.

Notes

[1En sont membres des évangéliques de toutes sensibilités : Jacques Buchhold (Faculté libre de théologie de Vaux sur Seine), Yannick Imbert (Faculté libre de théologie réformée d’Aix en Provence), Lydia Jaeger (Institut biblique de Nogent), Kelly Akarasis (Assemblées de Dieu), Jean-Marie Ribay (Fédération des Églises du plein évangile en francophonie) et Thierry Huser (Église du Tabernacle, Association baptiste).

[2Exemple de cette loi de la compensation : « J’ai commencé à constater que de bonnes choses se manifestaient autour de moi. Je donnais une paire de chaussures, et j’ai constaté que trois ou quatre paires revenaient. J’ai continué à donner des montres, et j’ai constaté qu’une Rolex de très grande valeur a sauté jusqu’à mon poignet » (Robert TILTON, God’s Laws of Success).

[3Même si, dans le document du CNEF, la critique d’une croyance en l’efficacité du rite pourrait gêner d’autres Églises dans leur théologie des sacrements.

[4Il est facile de repérer des Églises – même de grande taille – qui n’y figurent pas (cf. www.eglises.org).

[5Cf. actu-chretienne.net


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