Unité des chrétiens
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    Michel Mallèvre

Michel Mallèvre

Rendez-vous avec Michel Mallèvre, dominicain, rédacteur en chef de la revue oecuménique Istina.

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  • 8 octobre 2018
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Ancien directeur du Service national pour l’unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France, le père Michel Mallèvre est religieux dominicain. Il est rédacteur en chef de la revue oecuménique Istina. Il retrace ici son parcours, de Vincennes et de son doctorat en droit fiscal jusqu’à son expérience en Afrique et son engagement oecuménique, toujours à la recherche de l’A/autre.

Je suis né le 7 avril 1952 à Vincennes dans une famille catholique pratiquante. À l’âge de trois ans, j’ai perdu mon père, mais j’ai bénéficié d’un climat d’affection puis d’un bon encadrement comme pensionnaire dans un établissement diocésain auquel ma mère m’avait confié pour que je grandisse avec des jeunes de mon âge. Auparavant, j’avais fait ma première communion à l’âge de sept ans, le 7 mai 1959 ; je m’en souviens très bien, comme de ma première confession la veille. Ces deux moments furent des expériences de Dieu très fortes dans ma vie. Par la suite et durant mon adolescence, j’ai été servant d’autel et la perspective d’un engagement dans un ministère ordonné s’est posée, mais je pensais plutôt à me marier. À l’âge de 5-6 ans, j’avais aussi été membre de « l’Enfance missionnaire ». C’est sans doute là qu’est né mon souhait de partir en Afrique, réalisé lorsque j’avais 25 ans. De fait mes études supérieures de droit et d’histoire furent interrompues par mon Service national au titre de la coopération de 1977 à 1979. Je partis alors comme professeur dans un collège au Gabon, en plein milieu de la forêt équatoriale dans un établissement tenu par la congrégation enseignante des frères de Saint Gabriel. Me voyant aller tous les jours à la messe, les frères, en plus des cours d’histoire et de français, m’ont confié de la catéchèse. Je me suis épanoui à la fois spirituellement et personnellement.

À vrai dire la question de la foi chrétienne ne m’a jamais posé de problèmes, mais entré à l’université, je fus confronté à la grande difficulté d’en rendre compte devant des personnes indifférentes ou critiques. Cela a stimulé une volonté de mieux comprendre ce que je croyais. J’ai donc commencé à acheter des livres de théologie, à suivre des conférences au Centre Sèvres et ailleurs, sans participer à l’aumônerie universitaire. Et cela a fait mûrir la question d’un appel auquel j’ai répondu au Gabon. À la fin de mon Service, les frères m’ont demandé si je ne voulais pas entrer dans leur congrégation. Cependant, je ne me sentais pas une vocation de frère enseignant. Les missionnaires spiritains de la paroisse m’ont posé la même question, mais je me disais : « Oh là là, passer toute ma vie dans des villages avec un confort matériel fruste et des gens qui n’ont pas la même culture ! » J’en avais une petite expérience, j’aimais les Africains, mais à l’époque ce ministère me semblait d’une trop grande austérité …

De retour en France, attiré par une vie liturgique forte, j’avais des velléités d’entrer dans un monastère. Mais j’étais aussi attiré par une vie intellectuelle et je me suis posé la question d’entrer chez les Jésuites. Ma famille avait des liens avec les dominicains, et ils m’apparurent comme un bon compromis entre ces deux attraits ! J’ai finalement décidé d’aller frapper à leur porte en juillet 1979. Ils m’ont demandé de terminer d’abord la thèse en droit fiscal que j’avais commencée avant de partir en Afrique pour m’assurer un avenir professionnel. Je l’ai soutenue en septembre 1980. Le surlendemain je suis entré au noviciat.

J’ai commencé ma formation dominicaine à Lille. Pendant ce temps, j’étais vraiment gagné par la nostalgie de l’Afrique. À la fin de ce premier cycle d’études, on envisageait de m’envoyer à Paris pour me préparer à enseigner, mais ce n’était pas assez aventureux pour moi ! Comme le Provincial de l’époque avait proposé à ceux qui le souhaiteraient d’achever leurs études à l’étranger, j’ai profité de cette opportunité : je suis parti à Kinshasa, au Congo démocratique, pour terminer ma licence canonique en théologie. Je me suis retrouvé dans une grande communauté avec des dominicains venus de toute l’Afrique et j’étudiais dans une Faculté avec des professeurs de très haut niveau, formés à Tübingen, Leuven et Rome. J’étais en licence canonique en théologie avec orientation biblique, mais plutôt dans la perspective de devenir professeur de dogmatique. Ce fut une expérience très exigeante, mais riche. Puis je suis rentré en France et j’ai été ordonné prêtre en septembre 1986, avec le frère Bruno Cadoré (notre actuel Maître de l’Ordre) par Pierre Claverie, évêque d’Oran, l’un des martyrs d’Algérie. À l’issue de l’ordination, comme le frère Bruno, j’ai été nommé « père-maître des étudiants », c’est-à-dire accompagnateur des frères profès [1] jusqu’à leur ordination. J’ai été envoyé au couvent de Strasbourg, où j’ai eu peu de contacts œcuméniques. J’y ai passé trois ans, avant de repartir en Afrique en 1989 comme délégué du Provincial auprès des frères dominicains originaires du Cameroun, du Congo et de Centrafrique. Tout en les visitant à Yaoundé ou en d’autres lieux où certains étaient en formation, je dispensais des cours dans les séminaires et je préparais la fondation d’une nouvelle communauté. Elle s’est ouverte à Brazzaville en 1994. Mais le Congo a connu une guerre civile et, avec mes deux confrères « fondateurs », nous avons dû partir à cause des affrontements. Fin 1997, je me suis donc retrouvé à Bangui, où j’ai travaillé pendant cinq ans comme directeur des études et professeur au séminaire, sans pour autant oublier le Congo.

En 1983, un diocèse avait été créé dans le nord du Congo-Brazzaville : une zone [2] de 140 000 km2 dans la grande forêt inondée. Son évêque d’alors, Mgr Itoua, n’avait pas de prêtre – le premier fut ordonné en 1999 ! Il s’était donc mis en recherche de soutiens. Il avait écrit au Maître de l’Ordre dominicain, qui l’avait mis en contact avec moi. Toutefois, il y avait 800 km entre Brazzaville, où je résidais à l’époque, et Ouesso, sa ville épiscopale ! Je suis quand même allé le rencontrer et c’est ainsi qu’a débuté mon expérience pastorale de dix ans dans un secteur accessible uniquement en pirogue au nord du Congo. J’avais fui ce type de ministère à la fin de ma coopération ; une douzaine d’années plus tard, le Seigneur me rattrapait ! Entre temps, il est vrai j’avais bénéficié d’une bonne initiation auprès d’un frère missionnaire au Cameroun que j’allais aider au moment des grandes fêtes. J’ai donc commencé à me rendre dans le nord du Congo en 1993, puis j’y suis retourné pour Pâques et en septembre à partir de l’année suivante. Quand je suis parti en Centrafrique en 1997, la situation s’est complexifiée : comme le trajet en avion coûtait assez cher, je faisais 1250 km en car de brousse et en camion-stop en passant par le Cameroun, où je prenais des grumiers des chantiers forestiers. Ensuite, il ne me restait plus qu’à descendre la Sangha, un affluent du Congo, sur une bonne centaine de kilomètres en pirogue à moteur ou sur de grandes barges pour rejoindre Pikounda et d’autres villages. En me voyant les gens me disaient : « Père, c’est bien que tu sois là, mais nous avons des frères un peu plus bas et ça serait bien que tu y ailles ». Et je partais vers de nouveaux villages, de nouveaux chrétiens… dans un secteur à cheval sur deux diocèses qui finit par s’étendre sur 380 km le long de cette grande rivière ! J’ai continué à m’occuper de ces villages jusqu’en 2002, lorsque je suis rentré en France à la demande de mon Provincial. Selon lui, j’avais passé beaucoup de temps en Afrique assez isolé et il savait le souci que j’avais de ma mère âgée dont j’étais le seul enfant. Connaissant mon intérêt pour l’œcuménisme, il m’a proposé de travailler au centre Istina à Paris, plus particulièrement pour développer nos connaissances sur les Églises évangéliques que j’avais rencontrées en Afrique. Cette expérience africaine fut un jalon important dans mon itinéraire oecuménique. Elle m’a appris à entrer dans le monde de l’autre, à m’adapter à des gens très différents de moi.

Au sujet de mon intérêt pour l’œcuménisme, je dois préciser trois aspects de mon itinéraire. Premièrement, j’avais eu une ouverture oecuménique pendant ma formation dominicaine. Avec un certain nombre de professeurs, comme le père Hervé Legrand, mais aussi par d’autres frères étudiants qui avaient des liens avec des orthodoxes ou des protestants. Deuxièmement, au grand séminaire du Bangui, nous avions un professeur protestant. Nous recevions le bulletin du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, où je lisais des textes de dialogue théologique qui enrichissaient mon enseignement. Pour les fiches de lecture, je proposais des auteurs non catholiques, et j’étais heureux qu’un séminariste choisisse un livre du père Jean Meyendorff [3] avec le souci d’élargir son horizon. Dans mes cours d’histoire, je devais traiter des baptistes, dont on ne m’avait jamais parlé en France mais qui étaient très présents en République centrafricaine, et souligner évidemment l’existence d’un christianisme de tradition orientale depuis le quatrième siècle en Éthiopie. Troisièmement, dans la plupart des villages africains que je visitais, aucun prêtre n’était venu depuis 20, 30 ou 40 ans, mais il y avait des protestants évangéliques (pasteurs et fidèles). Le catéchiste du village de Pikounda m’en parlait chaleureusement. Mes contacts avec eux furent également toujours très bons. En voici un exemple. Un jour, je venais de monter sur un bateau lorsqu’un pasteur, à la vue de la croix que je portais, me demanda si j’étais prêtre. Il était ravi de faire ma connaissance, considérant ma présence comme une bénédiction pour les passagers chrétiens. Le bateau s’est mis en route, nous nous sommes séparés : je suis allé célébrer la messe pour les catholiques, alors que lui allait prier avec d’autres personnes. La péricope du jour, tirée de l’évangile de Marc, racontait comment les apôtres avaient vu quelqu’un chasser les démons au nom de Jésus, et avaient voulu l’en empêcher parce qu’il n’était pas avec eux. Mais Jésus leur répondit de n’en rien faire : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous » [4]. J’ai proclamé l’Évangile : nous nous sommes regardés en souriant avec les fidèles qui étaient autour de moi, le pasteur était à une vingtaine de mètres. Nous avions vraiment le sentiment que Jésus nous parlait.

Je suis rentré en France où je devais travailler au centre Istina, mais le père Bernard Dupuy, qui le dirigeait depuis une trentaine d’années, estima que je n’étais pas la personne appropriée. Au même moment, la Conférence des évêques cherchait un successeur au père Christian Forster, secrétaire de la Commission épiscopale pour l’unité, comme on disait alors. Mon Provincial a proposé ma candidature. Le Conseil permanent fut réticent car je venais d’Afrique et n’avais pas d’expérience oecuménique en France, mais le président de la Commission, Mgr François Saint-Macary, m’a fait confiance, et j’ai été nommé au printemps 2003. J’ai énormément travaillé, mais j’ai eu surtout la très grande chance de collaborer avec les pères Grigorios Papathomas et Arsenios Kardamakis, comme co-secrétaires orthodoxes, et d’avoir comme alter ego protestant le pasteur Gill Daudé. Ce dernier m’a beaucoup aidé à remplir ma fonction et à comprendre les réactions des protestants français. Pour moi, ce fut une initiation extraordinaire. Nous avons fait des conférences à deux voix partout, même à Londres. Il y avait une belle entente entre nous : nous intervenions alternativement, en improvisant nos prises de parole. Les gens retenaient peut-être davantage cette complicité que le contenu de nos discours qu’ils connaissaient plus ou moins. Ils voyaient une amitié en acte, qui a continué depuis lors.

J’ai été extrêmement heureux de parcourir les diocèses et approfondir les relations avec les délégués à l’œcuménisme. J’aimais profondément sentir les réalités différentes des régions et de leur histoire, et rencontrer des hommes et des femmes porteurs d’une belle expérience de terrain. Une part de mon travail consistait aussi à assurer le secrétariat des dialogues théologiques. Sur ce point, ayant enseigné la quasi-totalité des traités dogmatiques, j’étais capable de bien suivre les débats dans les comités mixtes et d’en faire les comptes rendus précis. La participation au Conseil d’Églises chrétiennes en France, le CÉCEF, était également passionnante, aux côtés des responsables de nos Églises confrontés aux événements de la société française. Il y eut enfin des moments très marquants comme le troisième rassemblement européen de Sibiu en 2007. J’ai dû organiser la délégation française, avec le souci d’inclure avant tout des représentants des régions et des mouvements. C’était important pour moi d’y apporter un écho de la France profonde. Pour les délégués à l’œcuménisme aussi, c’était stimulant de pouvoir y prendre part et partager leur expérience avec d’autres représentants européens.

Comme directeur du Service national du 2003 au 2009, j’étais également chargé de la revue Unité des Chrétiens. L’un de mes souvenirs les plus marquants est lié au numéro « Cène – Eucharistie, perspectives œcuméniques » [5]. Nous souhaitions avoir des articles de différentes sensibilités chrétiennes. J’avais demandé un article à Alfred Kuen, théologien évangélique décédé en avril 2018. Il avait été très surpris de cette proposition et presque tout autant que nous ayons publié sans coupure son texte qui était très critique de la position catholique ! Ce numéro m’a laissé un autre souvenir. Au moment où nous corrigions les épreuves avec Catherine Aubé-Élie, juste avant l’envoi à l’imprimeur, nous apprenions le décès de Jean-Paul II. Pas question de n’en rien dire : nous avons donc décidé de remplacer la page d’actualité prévue par une nécrologie du pape défunt, improvisée, en calculant la longueur au mot près y compris pour les encadrés.

À la fin de mon mandat à la Conférence des évêques, en septembre 2009, j’ai été élu prieur de mon couvent Saint-Jacques à Paris. Peu après, il a fallu en plus que je remplace le frère Destivelle au centre Istina, que le père Dupuy avait quitté en 2005. Je me suis retrouvé également directeur intérimaire de la Bibliothèque du Saulchoir, sans compter d’autres responsabilités confiées par notre chapitre provincial. C’étaient des années très riches, mais aussi très chargées. En 2014, j’ai accepté d’être directeur de l’Institut supérieur d’études œcuméniques [ISÉO], succédant au pasteur Jacques-Noël Pérès. Mais tout ce travail m’avait sans doute un peu saturé. De plus la santé de ma mère s’était beaucoup dégradée et j’ai dû alléger mes activités à partir de 2016 : j’ai interrompu mon mandat à l’ISÉO, où j’avais d’ailleurs très peu d’enseignement ; j’ai laissé la direction du centre Istina au frère Lemaître et j’ai mis fin à ma participation au Groupe des Dombes, où j’étais entré en 2004. J’étais revenu d’Afrique pour travailler sur le mouvement évangélique, et il fallait que je me concentre sur ce champ de recherche.

Durant toutes ces années, j’étais sollicité pour des conférences ou des articles sur ce courant issu de la Réforme. Je m’en suis inspiré en partie pour rédiger un petit livre sur les évangéliques, à la demande de l’éditeur en 2015 [6], en tâchant de les présenter un peu comme ils le feraient eux-mêmes. Avant l’impression, j’ai fait relire le texte à un responsable évangélique.

Ce livre a reçu un très bon accueil chez les évangéliques, qui continuent à m’en remercier ; un peu plus discret, chez les catholiques davantage tentés de chercher auprès d’eux des recettes apostoliques que de s’intéresser à leur expérience chrétienne. Avec plus de 600 millions de chrétiens cette mouvance occupe pourtant une place très importante dans le monde. En même temps la littérature en langue française est très faible à son sujet, mis à part les études sociologiques. Il y a une certaine indigence de la réflexion théologique chez les pentecôtistes francophones. C’est en train de changer. Par exemple, les Assemblées de Dieu, autour de leur centre de formation de Bordeaux Léognan, organisent chaque année un colloque dont les Actes sont publiés. Ces communautés ne peuvent plus être ignorées d’autant plus qu’il existe un dialogue international avec les « pentecôtistes classiques » depuis le début des années 1970 et deux dialogues en France.

Le travail de la Commission « Foi et constitution » du Conseil oecuménique des Églises est très important, notamment sur l’ecclésiologie, mais aussi sur les questions éthiques qui engendrent de nouveaux clivages entre confessions. C’est pourquoi, dans la revue Istina, nous avons publié son document sur le discernement moral [7]. De même nous avons essayé d’aborder quelques enjeux des questions posées par les progrès de la bioéthique à partir du guide élaboré dans le cadre de la Communion des Églises protestantes en Europe [8]. Ces progrès ne sont pas sans risques pour l’humanité, même s’ils contribuent à faire rêver les occidentaux qui y ont accès... Les grands groupes pharmaceutiques ou paramédicaux ont tout intérêt à développer ces techniques, car c’est un marché très lucratif. Mais qu’en est-il de notre conception de la vie ? Nous savons bien que les Églises n’en ont pas la même compréhension.

Le thème du présent numéro d’Unité des chrétiens est un thème difficile, car il nous renvoie aux questions éthiques, un peu conflictuelles et transversales. Dans sa Déclaration d’association à la Doctrine sur la justification en 2017, la communion mondiale des Églises réformées soulignait que la justification est indissociable de la justice que les chrétiens doivent mettre en œuvre. C’est un aspect récurrent dans le dialogue catholique-réformé qui peut parler davantage à nos contemporains que les questions qui furent objet de polémiques au XVIe siècle. Il est difficile aussi d’évoquer la justice de Dieu, sans se référer au jugement définitif, qui n’appartient qu’à Lui seul. Le discours des Églises a beaucoup évolué sur ce point aussi.

On dit souvent que la division des chrétiens est un contre-témoignage pour l’évangélisation. Personnellement, je n’en suis pas si convaincu. Dans notre monde postchrétien, les gens ne se focalisent plus autant sur les divisions, sauf quand elles engendrent de la violence. Ainsi, ne pas fêter Pâques le même jour scandalise davantage les chrétiens pratiquants que les indifférents. En revanche, les gens réagissent négativement aux images du Saint-Sépulcre où des chrétiens s’affrontent, parfois violemment, pour des raisons à leurs yeux incompréhensibles. Ce que je dis d’une certaine indifférence aux divisions ne nous dispense évidemment pas d’œuvrer pour l’unité des chrétiens, car c’est la volonté du Christ et elle serait un vrai signe d’espérance dans un monde déchiré.

L’unité des chrétiens passe par l’unité visible des Églises, mais il y aura de plus en plus de « chrétiens sans Églises » : aujourd’hui nous voyons déjà des personnes se référer au Christ, aux valeurs chrétiennes, sans s’identifier à une Église. Et cela ne tient pas seulement au discrédit venant des effroyables affaires dont la presse se fait écho. Par la musique, internet et un grand nombre de canaux que les Églises ne contrôlent plus, une espèce de melting-pot chrétien s’est constitué. Le phénomène musical Hillsong, des rassemblements comme « Paris tout est possible », des sites comme le Top Chrétien manifestent cette réalité interconfessionnelle concrète contemporaine. Des expériences ecclésiales tournées vers la mission apparaissent aussi. Dans le dernier numéro d’Unité des Chrétiens vous avez publié un article important sur les Fresh expressions rédigé par Claire Sixt-Gateuille [9], qui en dresse un peu un état des lieux. L’oecuméniste ne peut pas les ignorer.

Propos recueillis par
Ivan Karageorgiev

Notes

[1Autrement dit, des frères ayant fait leur profession religieuse, constituée principalement des veux de pauvreté, chasteté et obéissance.

[2Un peu plus grand que la superficie de la Grèce actuelle.

[3Théologien orthodoxe (1926-1992) et auteur de plusieurs livres sur la théologie byzantine, dont deux ont été récemment réédités : Le Christ dans la théologie byzantine (Paris, Cerf, 2010), Initiation à la théologie byzantine (Paris, Cerf, 2010).

[4Cf. Marc 9,38-40.

[5Cf. Unité des Chrétiens n° 138, avril 2005.


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