Unité des chrétiens
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      Migrations : lieu œcuménique

Migrations : lieu œcuménique

N° 183 (juillet 2016) : sommaire et éditorial

n° 183 (juillet 2016) : sommaire et éditorial

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  • 30 juin 2016

Revue Unité des Chrétiens, n° 183 (juillet 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Migrations : lieu œcuménique ! (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Les chrétiens unis par et pour les migrants

DOSSIER : Migrations : lieu œcuménique

La migration comme lieu théologique (Francesco MONTENEGRO)

Archevêque d’Agrigente et de Lampedusa (Italie), le cardinal Francesco Montenegro, publie son intervention remarquée lors de l’Assemblée plénière des Évêques de France le 5 novembre 2015. À partir de son expérience concrète de pasteur à Lampedusa, il déploie une analyse particulièrement pertinente des enjeux économiques, politiques, culturels de l’accueil des migrants en Europe. Inspiré par la doctrine sociale de l’Église catholique, le cardinal insiste sur les bénéfices pour le bien commun européen d’une juste intégration des migrants. Plus encore, il définit la migration comme un authentique lieu théologique où le Dieu de Jésus se donne à voir et constitue son Peuple.

En direct d’Alep (Jean-Clément JEANBART)

Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec melkite catholique d’Alep, qui continue à résider en Syrie a reçu en avril 2016, un chèque de 150 000 euros levé par l’association SOS Chrétiens d’Orient à l’occasion du semimarathon de Paris. Il a répondu aux questions portant sur la situation des chrétiens au Moyen Orient.

Théologie de la migration
Quelques éléments de compréhension de la situation en Grèce
(EMMANUEL de France)

Co-président du Conseil d’Églises Chrétiennes de France et président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, le métropolite Emmanuel a prononcé la présente conférence à Metz le 14 novembre 2015 dans le cadre de l’assemblée de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Nous le remercions chaleureusement de nous permettre de la reproduire. Déployant la riche tradition patristique de l’Église orthodoxe, il nous livre ici une théologie de la migration qu’il associe à l’ontologie eschatologique comme marque du christianisme. Il fait aussi mention de l’action de l’Église de Grèce dans sa mission d’accueil des réfugiés en lien avec les services de l’État mais aussi des autres confessions chrétiennes.

Fidélités et fluidités : la migration, l’identité religieuse et le bidonville de Calais (Alexis ARTAUD DE LA FERRIÈRE)

Alexis Artaud de La Ferriere est membre post-doctorant du Groupe Religions Sociétés et Laïcités (CNRS). Son projet de recherche actuel porte sur l’accueil des migrants dans les communautés religieuses en France et sur l’interface entre la religion et la condition d’exil. Il est aussi chargé de mission au Service national de la pastorale des migrants à la Conférence des évêques de France. Auparavant, Alexis était doctorant à l’Université de Cambridge, où il a écrit sa thèse doctorale sur la politique scolaire en Algérie pendant la guerre d’indépendance. Il nous livre une enquête de sociologie religieuse sur les populations de la « jungle » de Calais.

Un pasteur évangélique dans la « jungle » (Fabien BOINET)

Le pasteur évangélique de l’Église des Deux Caps de Calais, Fabien Boinet, nous témoigne son admiration devant la puissance de la foi des réfugiés de Calais. Au cœur de la détresse et de la précarité, ils veulent continuer à rencontrer le Christ. Ils nous interpellent sur notre capacité à être le corps du Christ dans l’accueil de ses membres les plus faibles.

Soigner en zone de guerre (Élise BOGHOSSIAN)

Chaque mois, l’acupunctrice Élise Boghossian rejoint les équipes de son association EliseCare au Kurdistan Irakien à la rencontre des minorités chrétiennes persécutées. L’ONG apporte de l’aide médicale aux populations déplacées, éloignées des principaux camps secourus par les structures internationales. Ici, Élise nous parle de populations qui ont tout perdu. Refusant de les abandonner, elle témoigne pour Unité des Chrétiens.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39) (Doris PESCHKE)

Secrétaire générale de la Commission des Églises auprès des Migrants en Europe, Doris Peschke confronte la tradition biblique d’accueil des migrants et des étrangers, inhérente à la révélation et à la mission chrétiennes, aux politiques migratoires en Europe. Elle montre les ressources insoupçonnées que la foi fait jaillir.

Un drame humanitaire
Urgence Méditerranée : l’Ordre de Malte au secours des migrants naufragés (Lucie FEUTRIER-COOK)

Lucie Feutrier-Cook, directrice adjointe et chargée de pôle « migrants » en France, porte son regard sur le Corps Italien de Secours de l’Ordre de Malte : un organisme recommandé par le Conseil d’Églises chrétiennes en France comme destinataire des offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2016 et qui, à ce titre, a récolté 62 000 euros.

RENDEZ-VOUS avec frère Alain

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février - mai 2016

LECTURES

AGENDA


Editorial

Migrations : lieu œcuménique !

Depuis plusieurs années, nous assistons à une résurgence de l’émigration de populations du Moyen-Orient vers les pays de l’Union européenne. Ce phénomène n’est pas en soi une nouveauté. De nombreux historiens, en effet, font dépendre une part de la prospérité de l’Europe d’un renouvellement bénéfique des populations à l’occasion des mouvements migratoires [1]. Le christianisme est ainsi devenu un creuset d’intégration réussie des populations immigrées passant du paganisme à la foi chrétienne en y intégrant leurs spécificités culturelles. Devant les flux migratoires actuels, les chrétiens ne sont pas inactifs ! Ils agissent pour prendre soin de toutes ces personnes déplacées et en situation de précarité. Ces actions les conduisent aussi à se rencontrer et à mutualiser les efforts des Églises et des communautés. Nous consacrons ce numéro aux liens féconds entre la migration et l’œcuménisme.

Les chrétiens ont le devoir moral et spirituel de prendre soin des immigrés. L’étranger a acquis une place centrale dans la Bible. Le peuple de la première alliance a souvent vécu comme un immigré, un peuple en chemin, voire en exil. Jésus lui-même parcourut la terre d’Israël sans même avoir une pierre pour reposer sa tête. Il a suivi un chemin qui fut de plus en plus celui de l’incompréhension, de l’exclusion et de l’Exode. En cela, Israël et le Fils de Dieu incarné ont ressenti dans leur chair le malheur et la force de la vie de l’étranger. Aussi les chrétiens prennent-ils très à cœur l’hospitalité et l’accueil. Devant cette exigence de solidarité, nous sommes admiratifs de la force d’engagements et de collaborations des chrétiens entre eux. À l’aune du principe de Lund, l’accueil des personnes immigrées est une authentique manifestation de l’œcuménisme pratique [2]. La collaboration oecuménique entre les différentes Églises et communautés ecclésiales est ainsi renouvelée et refondée à la lumière des grands défis de notre temps, comme l’engagement en faveur des pauvres et de la sauvegarde de la création, la promotion de la paix et de la justice sociale. La mondialisation croissante devient pour les chrétiens une raison supplémentaire pour affermir et accroître la collaboration oecuménique au service du bien commun de l’humanité.

Plus encore, ce numéro d’Unité des Chrétiens nous invite à considérer la migration comme un véritable lieu théologique et oecuménique. Plus que jamais, nous sentons l’actualité de la Lettre à Diognète. Elle nous invite à nous considérer comme des étrangers sur la terre en raison même de notre foi chrétienne. Au XXe siècle, Karl Barth et Jürgen Moltmann, entre autres, déploraient le deuil de l’eschatologie chez les disciples du Christ. Ils stigmatisaient les totalitarismes athées comme des messianismes de remplacement face à l’embourgeoisement des Églises et à la perte de l’ontologie eschatologique. Plus récemment encore, la publication en français du livre Resident Aliens : Life in the Christian Colony de Stanley Hauerwas et William H. Willimon illustre l’acuité de ces problématiques [3]. De Lampedusa à Calais, les migrants rappellent que les chrétiens sont eux aussi en chemin sur la terre parce que déjà citoyens du Royaume du ciel. L’œcuménisme, vécu comme l’échange des dons, renforce cette conviction. Nous recevons les richesses spirituelles des autres traditions chrétiennes. Nous reconnaissons donc que nos Églises ne sont pas arrivées à la plénitude de la stature de l’église du Christ. Elles sont encore en mouvement. L’accueil des personnes immigrées nous fait prendre conscience du caractère transitoire de nos propres institutions ecclésiales, toutes appelées à se réformer sans cesse. En définitive, l’hospitalité avec les étrangers renforce, parce qu’elle en procède, notre « hospitalité langagière » à l’égard des confessions de foi des autres Églises [4].

Père Emmanuel GOUGAUD

Notes

[1Nous renvoyons par exemple à : Jared Mason Diamond, Guns, Germs, and Steel : The Fates of Human Societies, NYC, 1997 ; traduit en français : De l’inégalité parmi les sociétés, Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, Paris, 2000.

[2Cf. Morris West, « Lund Principle » in Nicholas Lossky, José Miguel Bonino, John S. Pobee, Tom F. Stransky, Geoffrey Wainwright, Pauline Webb (ed. by), Dictionnary of the ecumenical movement, Geneva – Grand Rapids, 1991, pp. 633-634.

[3Stanley Hauerwas et William H. Willimon, Étrangers dans la cité, Paris, 2016.

[4Paul Ricoeur, « Du Concile de Trente au Colloque de Trente » in Beate Bengard, « L’herméneutique oecuménique de Paul Ricoeur selon la ‘Conférence de Trente’ » in Istina, LXI, 2016/01, janvier-mars 2016, p. 41.


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