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        Naissance de l’Église protestante unie de France

Naissance de l’Église protestante unie de France

Le samedi 11 mai les membres du premier Synode national et de nombreux invités étaient rassemblés au Grand temple de Lyon pour célébrer la naissance de l’Église protestante unie de France.

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  • 11 mai 2013

Le samedi 11 mai les membres du premier Synode national et de nombreux invités étaient rassemblés au Grand temple de Lyon pour célébrer la naissance de l’Église protestante unie de France. On lira ci-après des extraits du discours inaugural du pasteur Laurent Schlumberger – premier président du Conseil de l’ÉPUdF – ainsi que les allocutions d’autres responsables d’Église.

L’Église protestante unie est un fruit du mouvement œcuménique

En 1910, la conférence d’Édimbourg a appelé à mettre au premier plan la mission de l’Église et à relativiser du même coup les identités confessionnelles. En 1934, la déclaration de Barmen a uni des luthériens et des réformés pour affirmer l’autorité ultime du seul Jésus Christ, face à l’idolâtrie nazie ; avec la sève de l’Église confessante, elle a irrigué tout le protestantisme d’après-guerre, notamment en France. En 1948, la fondation du Conseil œcuménique a placé la recherche de l’unité visible au cœur de la vie des Églises. En 1962, le concile Vatican II a montré combien l’espérance œcuménique pouvait rencontrer d’échos au sein de l’Église la plus importante et la transformer, alors que beaucoup la pensaient immobile et immuable. En 1973, la Concorde de Leuenberg a proposé un modèle d’unité fondé non plus sur l’uniformité et la méfiance à l’égard des originalités, mais au contraire sur la diversité réconciliée. […]

Les métamorphoses du protestantisme

Depuis son apparition et pendant cinq siècles, être protestant en France, ce fut ne pas être catholique. Les protestants ont constitué une sorte d’alternative ultra-minoritaire au culte dominant. C’était pour leur malheur, en période de persécutions. C’était pour leur fierté, quand ils étaient identifiés du côté du progrès, de la République ou de la laïcité. Et ce fut une ressource identitaire inépuisable et, au fond, confortable : le protestantisme vivait en quelque sorte appuyé contre le catholicisme. Il a donc développé une manière d’être Église adaptée à ce contexte. Il s’est compris comme un petit troupeau, pour reprendre une image biblique. Un petit troupeau se serrant les coudes, tissant des solidarités internes fortes, aimant les marqueurs discrets et perceptibles par les seuls initiés, vérifiant régulièrement sa fidélité. Cette manière d’être Église, pertinente alors, lui a permis de traverser les épreuves et les siècles. Mais ce monde a changé. Et même, il a disparu. Les institutions religieuses sont désormais marginales, les convictions sont individualisées, les affiliations sont fluctuantes. Depuis 2008, les personnes agnostiques et athées déclarées sont majoritaires en France. Le catholicisme, bien sûr, mais aussi l’ensemble cumulé des cultes est de plus en plus minoritaire. Le protestantisme français ne peut donc plus exister en s’appuyant contre un autre culte. Il ne faut pas s’en désoler. C’est ainsi. Et c’est sans doute la chance de trouver une nouvelle manière d’être Église, pertinente dans ce monde-ci. C’est notre grand défi, pour cette génération : intégrer ce renversement complet de ce que nous avons longtemps été, pour être fidèles aujourd’hui et demain à l’Évangile que nous avons reçu, à notre manière de le comprendre et de le partager. Il s’agit, pour notre protestantisme, de passer de la connivence au partage, de l’entre-soi à la rencontre, d’une Église qui se serre les coudes à une Église qui ouvre ses bras. D’une Église de membres à une Église de témoins. Cette mutation n’est pas à venir, elle est en cours, nous y sommes déjà engagés. De multiples signes le montrent, par exemple dans bien des paroisses qui osent des projets hors les murs, dans le recrutement plus diversifié des responsables locaux, dans les étudiants de nos facultés de théologie venus des horizons les plus variés, dans la volonté de renforcer les liens avec les associations et mouvements d’origine protestante. […]

En route vers 2017

« Protester pour Dieu, protester pour l’Homme. Quelles sont nos thèses pour l’Évangile aujourd’hui ? » Dans la perspective des 500 ans de la Réforme, nous nous inspirerons de Martin Luther pour nous interroger, tous ensemble et le plus largement possible : quelles sont nos « thèses », c’est-à-dire nos convictions engagées, pour l’Évangile aujourd’hui ? Loin de nous contenter de répéter ce que nos pères dans la foi nous ont transmis, comment nous approprions-nous l’Évangile que nous avons reçu et qui nous fait vivre ? Personnellement et collectivement, quels sont nos mots pour le goûter, le célébrer, le partager ? Comment le manifesterons-nous ?

Pasteur Laurent SCHLUMBERGER

Message du frère Alois, prieur de la Communauté de Taizé

Vous vous embarquez ensemble pour témoigner par votre unité de l’amour du Christ. C’est un grand jour, un jour de joie. Vous naviguiez sur deux barques différentes, vous avez réfléchi ensemble, dialogué, pris des décisions. Et vous êtes maintenant montés sur une seule barque commune. Chacun doit laisser certains bagages sur la rive. N’alourdissez pas la barque, ne prenez avec vous que le nécessaire. Ce n’est pas moi qui vous donne ce conseil, c’est le Christ qui demande cela à ses disciples lorsqu’il les envoie dans le monde. Et l’unique nécessaire, n’est-ce pas la présence du Christ ? Dans les tempêtes que votre barque commune devra peut-être traverser, ne cessez pas d’écouter la voix du Christ. Inlassablement il vous dira : « Ayez confiance ! » Oui, nous devons apprendre toujours à nouveau à vivre de la confiance qu’il nous fait et à lui donner la nôtre. Cela implique d’accepter nos vulnérabilités et de construire avec elles. Par votre confiance, vous pourrez renouveler une des lignes de force de la foi chrétienne que vous avez toujours su souligner dans vos traditions : l’amour de Dieu pour les humains est premier. Par là vous rendrez un service à tous les chrétiens. Et non seulement aux chrétiens, mais aux femmes, aux hommes et aux enfants qui ressentent, parfois obscurément, que l’être humain a besoin de confiance comme du pain quotidien. Votre unité manifeste qu’aujourd’hui, nous ne pouvons plus témoigner du Christ séparément. Quand nos voix ne sont pas unies, le message de l’Évangile, le message de l’amour de Dieu, est rendu inaudible. La vision de votre barque devenue commune nourrit un rêve. C’est le rêve que, dans un avenir proche, les diverses familles chrétiennes encore plus largement se retrouvent ensemble dans l’amour et selon la vérité, et qu’ensemble nous puissions tous monter dans une barque unique, celle de l’unité visible de tous les chrétiens. Chacun apportera le meilleur de sa tradition. Chacun acceptera de laisser en arrière ce qui est secondaire. L’unité visible, non pas pour être plus forts face à un monde qui serait hostile. L’unité, simplement pour être conséquents avec notre foi dans le Dieu un, qui est communion trinitaire et donc source de paix pour une humanité unie dans la diversité.

Salutations d’Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises

Comme votre nouvelle Église est un fruit, une moisson des travaux œcuméniques passés, je tiens à vous encourager à demeurer généreux en assumant votre rôle œcuménique tant au niveau local que national, dans ce paysage œcuménique qui est parfois si complexe. Ce n’est que le début d’une grande histoire du témoignage que vous rendez à Jésus Christ depuis votre contexte d’Église minoritaire engagée dans l’œcuménisme. La façon dont ici, en France, les chrétiens – évangéliques, catholiques romains, luthéro-réformés, orthodoxes, pentecôtistes – parviennent à travailler ensemble en transcendant les différentes confessions peut aussi inspirer et mobiliser les chrétiens dans d’autres parties du monde. Le fait que votre Église – désormais unie – ait été si bien représentée lors de nombreuses réunions œcuméniques, y compris par des laïcs et des femmes, est selon moi très encourageant. J’espère qu’avec le temps, d’autres dénominations manifesteront leur volonté de rejoindre votre Église unie. C’est pourquoi je vous encourage à investir dans notre avenir œcuménique commun. Aucune confession ne saurait être à elle seule l’Église du Christ.

Discours du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon

Pour nous, catholiques, et sans doute pour les baptisés des autres Églises chrétiennes, votre décision provoque à la fois envie et admiration. Nous voulons dire merci pour ce que votre geste a de stimulant, un merci qui s’adresse à vous, bien sûr, puisque vous en êtes les artisans, et une action de grâce qui monte vers Dieu car nous regardons tous cette belle étape sur le chemin de l’unité comme un fruit de sa grâce. L’événement de ce jour étonne et réveille tout le monde.

La fécondité et le rayonnement de cet acte dépasseront certainement nos frontières. Je ne peux m’empêcher de penser par exemple aux Églises malgaches, puisque j’ai eu l’honneur de servir le Seigneur dans cette grande île pendant quatre ans, et je devine l’impact profond que peut avoir votre décision, mûrement réfléchie et préparée, sur l’Église luthérienne (FLM) et l’Église réformée (FJKM) de Madagascar.

Allocution du métropolite Emmanuel, président de la KEK (Conférence des Églises européennes)

« Voici, j’ai fait toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). L’avènement d’une Église protestante unie de France est, à mon sens, de ces choses nouvelles marquées d’une empreinte divine. Il s’agit du fruit d’une relecture de la tradition protestante, capable de dépasser ses antagonismes historiques, qui aujourd’hui manifeste la mission d’unité et de témoignage que nous rendons au monde. Permettez-moi de souhaiter à l’Église protestante unie de France qu’elle continue à manifester le désir de la recherche d’unité que nous avons en commun. C’est un événement majeur dans l’histoire de l’œcuménisme en France. J’espère qu’elle sera un moteur pour les autres dialogues bilatéraux.

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Source : revue Unité des Chrétiens, N°171 - juillet 2013


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