Unité des chrétiens
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Olav Fykse Tveit

Rencontre avec le Pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises.

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  • 1er janvier 2010

Le 27 août dernier, le Rev. Olav Fykse Tveit a été élu par son comité central, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (lire UDC nº 156 p. 5). Un jeune secrétaire général de 48 ans, issu d’une Église « historique » de la mouvance luthérienne, et d’un pays nordique réputé pour son sens de la démocratie et son souci de la justice dans le monde – un pays dont la grande majorité des chrétiens sont des luthériens (86% des 4,7 millions d’habitants) et les catholiques une toute petite minorité (il y a un peu plus de 46000 catholiques en Norvège, dont 70% sont des étrangers). « L’Église de Norvège » est Église d’État. Depuis 2002 le pasteur Fykse Tveit est secrétaire général du Conseil pour les relations œcuméniques et internationales de l’Église de Norvège. Il a été secrétaire de sa Commission doctrinale (1999-2000) et de sa Commission pour les relations entre l’Église et l’État (2001-2002). Membre de la commission plénière de Foi et Constitution, membre du bureau exécutif du Conseil d’Églises chrétiennes de Norvège, président du groupe de contact entre l’Église de Norvège et le Congrès juif, et du groupe de contact entre l’Église de Norvège et le Conseil islamique de Norvège, le pasteur Fykse Tveit est rompu au dialogue avec les autres Églises chrétiennes et les autres religions.

Qu’est-ce qui, dans votre vie antérieure, a nourri votre engagement pour l’œcuménisme ?

Je vois quatre éléments qui m’ont orienté dans ce sens :

– Dans ma famille il y avait plusieurs missionnaires ; leurs récits ont éveillé chez moi un grand intérêt pour l’Église telle qu’elle était dans les autres parties du monde, et pour les autres cultures. – J’ai fait partie dans ma jeunesse d’une association d’étudiants chrétiens dont étaient membres également des pentecôtistes. J’ai appris à les connaître et à les apprécier, et je me suis demandé ce qui nous unissait au-delà de nos différences.– Je me suis rendu compte quand j’ai commencé à m’engager réellement dans l’œcuménisme qu’étudier la Bible d’un point de vue œcuménique, en faisant place aux méthodes et aux interprétations des autres, en enrichissait notablement la compréhension.

– Après avoir servi comme pasteur à Haram, dans le diocèse de Møre, de 1988 à 1991, j’ai été appelé par mon Église à prendre des responsabilités dans les organismes de dialogue avec les autres chrétiens : j’ai été chargé de l’aspect théologique de ce dialogue. Cela m’a permis d’avoir une compréhension bien plus profonde des fondements théologiques sur lesquels se sont développées les autres Églises, une compréhension bien meilleure du mouvement œcuménique et de ses implications théologiques.

Comment voyez-vous la situation actuelle du mouvement œcuménique ? du Conseil œcuménique des Églises ?

Que va-t-il se passer dans les prochaines années dans le mouvement œcuménique ? Ce qui reste toujours vrai, c’est que nous avons à répondre aux questions qui se posent à nous dans le temps dans lequel nous sommes, les questions qui se posent dans les relations entre les Églises mais aussi à l’intérieur des Églises elles-mêmes.

Le mouvement œcuménique donne une mission commune aux Églises. Nous nous efforçons d’aller vers le partage de la liturgie et des sacrements ; et aussi de faire advenir la justice, la paix, un meilleur respect de la Création. Pour atteindre ces buts, la façon dont nous nous comportons est au moins aussi importante que le résultat : tous ces efforts doivent être faits en manifestant toujours que nous nous respectons les uns les autres, que nous sommes responsables les uns envers les autres. Nous devons être transparents les uns vis-à-vis des autres.

Le Conseil œcuménique des Églises a là un rôle essentiel à jouer ; mais il n’est pas le seul, il doit promouvoir cette attitude, mais tout le monde est concerné. Le COE est un lieu de rassemblement, d’approfondissement de la fraternité ; un lieu où on donne des impulsions. Dans cette grande famille d’Églises chacune doit être consciente des besoins de toutes les autres.

Quelle place la prière tient-elle dans la démarche œcuménique ?

La prière est essentielle. Le Conseil œcuménique des Églises a été bâti sur la prière du Christ en Jean 17, 21 : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé ».

Nous devons prier les uns avec les autres, et les uns pour les autres.

Pensez-vous que l’entrée de l’Église catholique dans le COE soit envisageable ?

Je n’ai pas de réponse simple et rapide à cette question. L’Église catholique est membre de plein droit de la commission Foi et Constitution du COE, et c’est très important : cela prouve que la collaboration est possible, qu’il est possible de travailler étroitement ensemble dans certains domaines. D’ailleurs l’Église catholique tient à cette collaboration. On peut donc explorer des collaborations possibles dans d’autres domaines. J’en vois deux où ce serait possible dès à présent : d’abord le dialogue interreligieux. Nous devons pouvoir déterminer une attitude et des approches communes, ce qui rendra ce dialogue bien plus efficace.

Ensuite il est clair que l’engagement des chrétiens dans le domaine du respect de la Création de Dieu, au sujet du changement climatique et de ses conséquences devrait être unanime : voilà encore une mission à l’évidence commune, qui devrait conduire, je l’espère, à une collaboration avec les catholiques. D’étape en étape, dans des domaines de plus en plus nombreux, j’espère que la collaboration nous rapprochera toujours davantage !

J’ai l’intention de travailler à l’intensification des relations avec l’Église catholique, de faire en sorte que le COE soit un bon partenaire.

Un grand nombre d’Églises pentecôtistes et évangéliques ne sont pas membres du Conseil œcuménique des Églises. Qu’est-ce qui, à vos yeux, pourrait contribuer à un rapprochement ?

Le COE soutient activement depuis sa création le Forum chrétien mondial, dont le but est de rassembler les responsables de toutes les dénominations chrétiennes, y compris les pentecôtistes et les évangéliques – et les catholiques. Le COE a très clairement l’intention d’élargir cet espace œcuménique.

Tous les chrétiens sont concernés par l’appel à l’unité, et nous devons trouver les moyens d’y inclure aussi ces Églises-là.

Je suis témoin aujourd’hui du fait que les Églises de la mouvance pentecôtiste et évangélique attachent au mouvement œcuménique, et au Conseil œcuménique des Églises en particulier, un prix plus grand qu’auparavant. Au plan théologique un intérêt mutuel se développe.

Que pensez-vous de la proposition du Pape en direction des anglicans, dans la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus ?

Ceci est un sujet sensible et important non seulement pour les personnes concernées et pour les deux familles ecclésiales, mais aussi pour la communauté œcuménique entière. Pour cette raison, j’espère vivement qu’il sera possible pour les deux partenaires de se consulter mutuellement et ouvertement sur ce sujet dans le temps qui vient.

Propos recueillis par Catherine Aubé-Elie


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