Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Pas-a-vendre-la-Federation.html
        « Pas à vendre » : la Fédération luthérienne mondiale actualise le message de la (...)

« Pas à vendre » : la Fédération luthérienne mondiale actualise le message de la Réforme

La Fédération luthérienne mondiale montre l’actualité du message de la Réforme dans la perspective du 500e anniversaire de la Réforme en 2017

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 2 avril 2014

Dans une lettre adressée par son secrétaire général, le pasteur Martin Junge, aux Églises membres, la Fédération luthérienne mondiale montre l’actualité du message de la Réforme dans la perspective du 500e anniversaire de la Réforme en 2017 : à l’ère du marché, Dieu fait le don de sa grâce gratuitement.

En 2017, nous célébrerons le 500e anniversaire de la Réforme. Or, à mesure que cette date approche, une question se fait de plus en plus pressante : celle de l’impact que peut avoir aujourd’hui l’intuition théologique découverte à cette époque lointaine. Quel sens peut-il y avoir, pour notre époque, à annoncer que notre justification devant Dieu ne dépend pas de qui nous sommes et de ce que nous faisons, mais de qui est Dieu et de ce que fait Dieu ?

« Pas à vendre ».

Cette protestation a été fortement mise en avant dans le rapport du comité spécial de la Fédération luthérienne mondiale [FLM] intitulé « Luther 2017 - 500 ans de la Réforme », approuvé par le conseil de la FLM en juin 2013. Cette expression fait directement écho à l’objection ferme et catégorique de Martin Luther au fait que ce qui par nature échappe au contrôle des êtres humains et ne peut être considéré comme un bien à vendre ou à acheter faisait alors l’objet d’un véritable commerce : la grâce abondante et débordante qui pardonne et appelle chacun à une vie nouvelle. Ce que Dieu a donné gratuitement par l’intermédiaire des œuvres et des mérites de Jésus Christ ne peut pas faire l’objet d’un commerce et de la spéculation !
Par cette protestation sincère, la joie et la fraîcheur de l’Évangile éclairèrent à nouveau une multitude de personnes qui désespéraient jusque là d’obtenir la preuve de la faveur et de la miséricorde de Dieu, dont ils avaient besoin dans les blessures et les ambiguïtés de leurs vies.

À cet égard, l’actualité de ce message fondamental de l’Évangile de Jésus Christ tel qu’il a été dévoilé au XVIe siècle est stupéfiante. Il s’oppose aux tentatives récurrentes d’assujettir, de contrôler et de faire commerce de tout ce qui, en fin de compte, ne saurait être considéré comme une marchandise et qui ne devrait donc jamais être l’objet d’échanges commerciaux. Il remet en question le culte qu’on rend aujourd’hui au marché, alors que cette idolâtrie bouleverse fondamentalement les systèmes de valeur des individus et des sociétés, en ébranlant la cohésion sociale et en mettant en péril les équilibres financiers et écologiques.

Le comité spécial déjà mentionné a relevé trois domaines spécifiques où cette protestation « pas à vendre » est de grande portée.

Le salut n’est pas à vendre.

[…] L’aspiration de millions de gens à une vie en plénitude, leur espérance d’une vie digne et l’intuition qu’ils ont que, dans leurs souffrances, seul un miracle pourrait leur assurer la prospérité continuent d’alimenter un marché religieux florissant. Le message de la justification par la foi seule n’est pas évident et ne devrait jamais être considéré comme un acquis, même dans les Églises issues de la Réforme, car elles aussi doivent lutter pour laisser la justice divine l’emporter sur notre conception humaine de la justice. Le salut et la plénitude, la guérison des relations, la dignité de la vie, l’aspiration à la prospérité – rien de tout cela n’est à vendre.

Les êtres humains ne sont pas à vendre.

Une étude sur les conditions de vie des ouvriers étrangers sur les grands chantiers de construction a été récemment rendue publique. Les résultats de cette étude suscitent une question consternante : en a-t-on vraiment fini avec l’esclavage ? […] L’Évangile libérateur de Jésus Christ s’adresse à ces réalités et à ces personnes aussi, en exprimant une position solide et claire : les êtres humains, leurs droits et leur dignité ne sont pas des marchandises qui peuvent être négociées. Rien de tout cela n’est à vendre.

La création n’est pas à vendre.

[…] Au cours de mes récents voyages auprès des Églises membres de la FLM en Afrique, j’ai pris conscience de la pression considérable exercée par le manque d’eau potable, ainsi que par la vente et la location de vastes superficies de terrains communautaires. L’eau et la terre – des biens que les communautés villageoises agricoles détenaient en commun – sont de plus en plus soumis aux lois du marché. Elles sont devenues des marchandises, contraignant ces populations à émigrer et à s’établir dans des bidonvilles. La protestation « pas à vendre » de la Réforme pourrait contribuer de manière importante au débat public dans le monde, car elle rappellerait à la famille humaine qu’il existe des éléments et des aspects de la vie et du monde qui – dans l’intérêt non seulement de la vie éternelle mais aussi de la vie terrestre – ne doivent jamais devenir des marchandises.

Le message de la justification par la foi seule a un pouvoir de libération. Il a la capacité d’aller bien au-delà des cœurs des croyants et des murs de l’Église. Cependant, il exigera des Églises de pratiquer un authentique service pastoral et diaconal en veillant à ce qu’on écoute les récits de vie et les expériences des femmes, des hommes, des jeunes et des enfants et à ce que soit reçu ce message libérateur que tout n’est pas à vendre.

Martin JUNGE


Document