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    Qu’est-ce que l’Église orthodoxe ?

Qu’est-ce que l’Église orthodoxe ?

L’archiprêtre Nicolas Kazarian présente l’Église orthodoxe entre tradition et modernité, symboles et réalités, communion et éternité.

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  • 12 octobre 2018
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L’archiprêtre Nicolas Kazarian, professeur à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, est auteur de plusieurs articles et livres sur le monde orthodoxe et la géopolitique. S’appuyant sur l’expérience liturgique véhiculée et incarnée dans la spiritualité, il présente l’Église orthodoxe entre tradition et modernité, symboles et réalités, communion et éternité.

La liturgie
Il n’existe pas de meilleur moyen pour connaître l’orthodoxie que par sa liturgie. La liturgie n’est autre que de la théologie en actes. C’est un rapport au sacré à la fois tangible, mais qui nous dépasse. C’est un avant-goût du Royaume qui n’a de sens que parce qu’elle nous unit à Dieu à la seule condition qu’elle nous unisse aussi les uns aux autres. Car la prière et le culte sont une œuvre commune. Il faut alors passer les portes de l’église, pour y découvrir un univers symbolique, un monde iconique où l’image et le sujet représenté (les saints, les scènes de la vie du Christ, etc.) ne font plus qu’un.

L’orthodoxie est orientale par ses racines historiques et par sa sensibilité théologique, mais elle est universelle comme l’appel du Christ lui-même : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mat 28,19-20), Mais cette universalité est souvent remise en question par les tropismes ethniques, voire nationalistes.

La réponse à cette tentation se trouve dans l’équilibre interne articulant unité et diversité. Car l’Église orthodoxe se considère selon le Symbole de foi de Nicée-Constantinople (325-381) comme « une, sainte, catholique et apostolique ». Mais elle est une communion de quatorze Églises autocéphales, indépendantes, ayant la charge de 350 millions de fidèles à travers le monde. Cette communion s’exprime notamment par la participation à l’Eucharistie.

L’Église est une parce que Dieu est un. L’Église est une parce qu’il n’y a qu’un seul corps du Christ. Le principe qui maintient l’unité visible de l’Église pour l’orthodoxie s’enracine dans la communion sacramentelle au corps et au sang du Christ rendue manifeste au cours de la célébration de la divine liturgie. La koinonia, communion, se réalise dans chaque communauté locale, dans chaque assemblée eucharistique réunie autour de l’évêque qui, en cas d’absence, délègue le prêtre pour célébrer la divine liturgie. L’évêque préside l’eucharistie à laquelle les fidèles participent par la communion. La communion des évêques entre eux et des fidèles à l’eucharistie présidée par l’évêque manifeste l’unité de l’Église.

La tradition
L’orthodoxie possède un sens très poussé de la tradition. En grec, le mot « tradition » veut aussi dire « transmission ». Mais attention, tradition n’est pas traditionalisme au sens d’une fixation du passé dans le présent. Bien au contraire, pour l’orthodoxie, la tradition est un processus dynamique qui se réalise en Église par l’inspiration de l’Esprit-Saint. Mais qu’est-ce à dire exactement ?

La tradition est assimilée à une direction et à un cheminement. Aussi, le caractère archaïque de l’orthodoxie dans ses formes liturgiques, son organisation institutionnelle et ses pratiques sacramentelles est en fait l’expression d’une continuité dans le temps et l’Histoire. Il faut y voir un processus de développement ecclésial qui est assimilable à la foi et non à une simple opinion. La foi se fonde sur la révélation du Nouveau Testament d’un Christ réalisant l’Ancienne Alliance et qui, compris comme un Dieu Sauveur, a sacrifié sa divinité et sa propre vie pour la vie du monde. Cette foi que représente la tradition se fonde sur l’héritage du Christ et des apôtres, de l’Église primitive autour de laquelle est façonnée toute l’expérience de la spiritualité orthodoxe.

Saint Jean Chrysostome (du grec ancien chrysóstomos, littéralement « bouche d’or »), ayant vécu entre 347/350 et 407 est l’auteur de la liturgie la plus souvent célébrée dans l’Église orthodoxe.
D.R.

C’est aussi dans ce contexte de transmission de la foi que les Pères de l’Église participent au développement des dogmes de l’Église en prenant part aux Conciles, notamment œcuméniques, mais aussi à travers leur production personnelle. Il n’y a pas de liste précise des Pères – voire des Mères – de l’Église, si ce n’est que l’orthodoxie se fonde sur leur sainteté et sur l’impact qu’ils ont pu avoir dans l’histoire de l’Église. L’existence des Pères de l’Église n’est pas limitée dans le temps, même si son âge d’or se concentre autour des 4e et 5e siècles. De grandes figures jalonnent l’histoire de l’orthodoxie, de Basile le Grand au 4e siècle à Grégoire Palamas au 14e siècle, en passant par Jean Chrysostome, Maxime le Confesseur et tant d’autres.

Une spiritualité enracinée dans l’expérience
La spiritualité orthodoxe se fonde avant tout sur l’expérience monastique, la vie ascétique et la vie de prière. Les monastères jouent un rôle fondamental dans la vitalité des communautés aujourd’hui, comme en témoigne parfaitement le rayonnement du Mont Athos. Elle se fonde sur l’expérience de la vie chrétienne et la mise en application des principes décrits dans la Bible.

Le baptême dans l’Église orthodoxe est pratiqué par triple immersion, symbole de la participation du chrétien à la mort et à la résurrection du Christ.
D.R.

C’est portée par sa spiritualité que l’orthodoxie continue d’être une Église engagée avec le monde, et par conséquent une Église vivante. Cette vitalité se manifeste grâce notamment au renouveau théologique qui s’est développé tout au long du 20e siècle au contact de la modernité. L’orthodoxie étant une religion de l’incarnation, la vie chrétienne s’enracine dans la vocation du baptisé.

L’idéal du monachisme figure dans son nom même. Le mot découle du terme grec monos qui signifie « seul ». Cet idéal se vit donc dans la solitude et le silence. Même communautaire, la vie spirituelle du moine s’organise dans la quiétude de la prière personnelle. La participation aux offices liturgiques rythme la vie du moine ou de la moniale. Au sein des communautés, des figures d’anciens (gerondes en grec, startsi en russe) émergent. Ils dirigent et assistent les autres frères ou sœurs à réaliser les vœux autant de vertus : le jeûne et le célibat, la chasteté et la pauvreté. D’ailleurs, il n’y a pas d’ordre dans le monachisme orthodoxe, même si des règles ont existé – celles de Pacôme (292-348) reprises par Benoît (480-547), ou encore celles, plus connues, de Basile le Grand (329-379).

La déification
Les Pères de l’Église insistent sur le fait que « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ».

Cette vision de l’unité, c’est ce qu’elle appelle aussi la sainteté, dans le domaine spirituel, une expérience du message évangélique qui se réalise comme l’union avec le divin dans la personne humaine. Les théologiens parlent de déification (en grec, théosis). Cette idée est largement liée au salut apporté par Jésus-Christ et vécu à travers la participation aux sacrements dans le contexte communautaire de l’Église.

Le Christ réalise en lui l’union de l’humanité tout entière et du divin, rétablissant la relation originelle offerte au jour de la Création et donnant à cette union une dimension encore plus totale, voire totalisante, de la rédemption et du salut à la déification, c’est-à-dire la vocation de l’humanité à devenir Dieu par grâce.

L’humanité est incorporée au divin. Elle ne porte pas seulement en elle l’image du Dieu unique, mais aussi l’image du Dieu trinitaire. Car la divinisation de l’humanité n’est rien d’autre que l’union avec le divin. Cette union est néanmoins dite « mystique » à la différence de l’union des trois personnes de la Trinité, en raison de la distinction qui reste claire entre le créé et le créateur. L’humanité ne disparaît donc pas au plus fort de sa relation avec Dieu. La personne humaine reste autre que Dieu, distincte par sa nature, tout en participant à la grâce divine. Pour le dire autrement, en devenant Dieu par grâce, la personne humaine n’en reste pas moins homme par nature. La déification est offerte à tous.

Les icônes deviennent alors le signe de cette déification. Nous représentons le Christ parce que, selon la théologie attestée par le 7e concile oecuménique de Nicée II (787) l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité, son union à la nature humaine, rend désormais possible la représentation du Dieu fait homme.

Le saint et grand concile
Le saint et grand concile de l’Église orthodoxe, qui s’est tenu en Crète en juin 2016, est de loin l’un des événements les plus importants de l’orthodoxie du 21e siècle et cristallise nombre de ses enjeux contemporains.

Le Message du concile se conclut de la manière suivante : « Le Saint et Grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples » (par. 12).

Nicolas Kazarian

Photo en haut de page : © JOHN MINDALA / holycouncil.org
Liturgie panorthodoxe lors de la clôture du saint et grand concile le 26 juin 2016.


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