Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/Qui-sont-les-baptistes.html
    Qui sont les baptistes ?

Qui sont les baptistes ?

Le mouvement baptiste est né au sein du protestantisme entre 1609 et 1612 entre Londres et Amsterdam.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 12 avril 2018
  • 0 vote

Des anglais à Amsterdam et jusqu’au Nouveau Monde

Le mouvement baptiste est né au sein du protestantisme entre 1609 et 1612 entre Londres et Amsterdam. L’Angleterre est alors agitée par le courant non-conformiste au sein d’une société dans laquelle l’Église anglicane, séparée de Rome depuis 1534, hésite entre son aile protestante et le retour au catholicisme. Les non-conformistes se libèrent de l’institution établie dans une multitude de courants d’inspiration clairement protestante. Persécutés, certains vont chercher refuge à Amsterdam, cité libre où se sont déjà retrouvés huguenots, réformés et autres mennonites issus de la branche dite radicale des réformes luthériennes et zwingliennes. De la rencontre d’un groupe de réfugiés anglais conduits par le pasteur John Smyth, prêtre anglican dissident et d’un boulanger mennonite nait en 1609 la première Église baptiste. Sa principale particularité : le refus du baptême de nourrisson et la conviction que le véritable baptême est un baptême de croyants.

L’un des membres de ce groupe, Thomas Helwys fonde la première Église baptiste à Londres en 1612. Dans son célèbre A Short Declaration of the Mistery of Iniquity il réclame la séparation entre les Églises et l’État et explique au roi Jacques qu’il n’a aucune autorité sur les consciences de ses sujets. « La religion est une affaire entre Dieu et les hommes. » Il réclame ainsi la liberté non seulement pour lui-même et les siens mais aussi pour les catholiques, musulmans [1], les juifs, « ou qui que ce soit ». Il mourra en prison en 1616 pour ses idées subversives.

C’est dans une certaine diversité organisationnelle et théologique que le baptisme se développe ensuite parmi les courants non-conformistes anglais tout au long du XVIIe et du XVIIIe siècle. On trouve parmi ses grandes figures d’alors, John Bunyan l’auteur du célèbre Voyage du Pèlerin.

Avec l’arrivée d’exilés dans le Nouveau Monde, le mouvement croît doucement en Amérique. Il profite à plein de la déferlante spirituelle et religieuse des Grands Réveils des XVIIe et XIXe siècles qui le propulsent jusqu’à devenir au XXe siècle une confession religieuse dominante aux USA où entre 15 et 20 % de la population américaine s’identifie aujourd’hui comme baptiste.

L’esprit missionnaire

JPEG - 8.8 ko
William Carey
© FEEBF

Depuis la fin du XVIIIe siècle le baptisme a développé son esprit missionnaire. Tout d’abord avec William Carey, cordonnier devenu linguiste qui fonde en Angleterre vers 1792 ce qu’il est admis de reconnaître comme la première société de mission moderne : la Baptist Missionnary Society. Lui-même part en mission en Inde où il prêche l’Évangile et enseigne les langues jusqu’à sa mort en 1834. À sa suite, en Grande Bretagne puis petit à petit aux États-Unis les baptistes développent un sens très fort de la mission jusqu’à généraliser l’affirmation que « chaque baptiste est un missionnaire ».

En France, à partir des années 1810, c’est sous l’influence de pasteurs anglais, que les premières Églises baptistes se développent dans le Nord de la France et la Picardie ainsi qu’en Bretagne et dans le Sud de la France. La fin du XIXe siècle voit l’arrivée des premiers missionnaires américains envoyés par les Églises baptistes du Nord des États-Unis. Ils implantent en particulier la première Église baptiste de Paris, rue de Lille au début des années 1870.

JPEG - 24.2 ko
Concert à l’église évangélique baptiste (48 rue de Lille, Paris 7e)
© FEEBF

Au début du XXe siècle trois grands mouvements se structurent : la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France, fondée en 1910 et membre de la Fédération protestante de France [FPF] depuis 1916, l’Association évangélique d’Églises baptistes de langue française (qui rassemble aussi des Églises suisses et belges) et la Communion évangélique des baptistes indépendants (particulièrement marquée par le souci d’indépendance de l’Église locale). Avec l’essor des missions évangéliques américaines le baptisme français passe de quelques milliers avant 1945 à au moins 35 000 fidèles au début du XXIe siècle.

Dynamisme chaleureux

Au sein du Baptisme français, la Fédération baptiste compte aujourd’hui entre 120 et 130 Églises locales. Comme dans l’ensemble du protestantisme évangélique ses membres sont des militants, tous missionnaires comme nous l’avons dit. Les communautés qu’ils forment sont dynamiques et chaleureuses. Le culte chrétien qu’elles célèbrent met en avant la fraternité et l’attention à chaque personne accueillie. La « liturgie » (les baptistes emploient rarement le terme) n’est pas fixe et laisse une grande place à la prière spontanée ainsi qu’au chant avec une forte dominante de cantiques contemporains.

JPEG - 56.8 ko
Une célébration de louange
© FEEBF

Comme dans l’ensemble du protestantisme, la lecture des Écritures et la prédication occupent la place centrale du culte. Cette dernière est souvent assez pratique et illustrée. Les Églises de la Fédération baptiste accueillent à la Sainte Cène tous les chrétiens.

Fidèles à leurs origines les Églises baptistes pratiquent le baptême de croyant par immersion complète. Le plus souvent elles ne reconnaissent pas comme valide le baptême de nourrissons ou de petits enfants. Cependant c’est la foi personnelle et engagée de chaque chrétien qui est primordiale pour elles, bien plus que les modalités du baptême. Ainsi, bien que le sujet fasse débat, plusieurs de ces Églises accueillent en leur sein des personnes baptisées enfant et ne souhaitant pas être « re-baptisées » [2]. Les baptistes sont très attachés à l’autonomie de chaque communauté comprise comme l’expression plénière de l’Église universelle (catholique oserais-je dire) dans un lieu et un temps donnés. Leur mode de gouvernance est congrégationaliste, c’est-à-dire qu’il y est compris que la volonté de Dieu doit être discernée par l’ensemble de la communauté des croyants rassemblés et non par le pasteur ou autre conseil. C’est par exemple à la suite d’une décision en Assemblée générale que l’Église fait appel à son pasteur.

Pourtant, ces Églises autonomes ne sont pas isolées. Elles sont en communion avec les autres Églises de la fédération, association ou autre union à laquelle elles se rattachent. Elles sont aussi en lien avec les autres Églises chrétiennes avec plus ou moins d’affinités selon les personnes et les histoires locales. Le lien est souvent fort avec les autres Églises évangéliques et l’ensemble du protestantisme. Mais on remarque ces dernières décennies un plus fort engagement dans le dialogue oecuménique et plus encore dans l’action commune.

Une identité entre lien et tension

La Fédération baptiste, ses Églises et ses pasteurs se pensent souvent comme le lien entre différentes composantes du christianisme. Entre évangéliques et luthéro-réformés d’abord. L’attachement à la FPF depuis plus d’un siècle et donc la fréquentation des différentes sensibilités au sein du protestantisme en font un partenaire privilégié du dialogue. D’un point de vue oecuménique, un dialogue officiel Baptiste-Catholique en France depuis 1983 a ainsi ouvert la voie dans les milieux évangéliques traditionnellement réticents à l’œcuménisme. Le pasteur baptiste Étienne Lhermenault, président depuis sa fondation du Conseil national des évangéliques de France [CNEF] est ainsi un fervent partisan du dialogue oecuménique et tire sensiblement l’institution qu’il préside dans ce sens. Enfin le fort engagement social baptiste depuis l’origine de leur mouvement en France facilite les rencontres sur ce terrain.

Dans une société française largement sécularisée et déchristianisée les baptistes apportent à l’ensemble du christianisme leur culture de l’engagement personnel du croyant dans l’Église et dans la cité appuyé sur une foi vivante et qui n’a pas peur de s’exprimer. Leur pratique du baptême de croyant est certainement un modèle dans une société où il est de moins en moins compréhensible qu’un choix religieux soit imposé à l’individu par tradition ou par décision de son entourage (tout comme il ne serait pas acceptable que des parents imposent un conjoint ou un métier à leurs enfants). Ils ont cependant à découvrir que d’autres pratiques, y compris du baptême, ne sont pas des aberrations théologiques et ne sont pas incompatibles avec l’Évangile de Jésus Christ et donc s’ouvrir à une plus grande reconnaissance d’autres expressions chrétiennes.

Il me semble aussi qu’elles sont aujourd’hui en tension entre la nécessité vitale de s’ouvrir aux autres et la tentation du repli. Comme l’ensemble des communautés religieuses en France les Églises baptistes sont traversées par des tentations identitaires. Le modèle congrégationaliste peut pousser certains au séparatisme. Cependant les acquis en matière d’ouverture aux autres Églises chrétiennes me paraissent fermes et la conscience qu’on ne peut plus être chrétien seul dans son coin est suffisamment forte pour que les liens perdurent et se renforcent. Des clarifications doivent certainement se faire de ci et de là, en particulier sur les questions d’éthique familiale et sexuelle auxquelles les baptistes sont particulièrement sensibles. Cependant,en parallèle une diversité d’opinions voit aussi doucement le jour en leur sein et mériterait une plus grande reconnaissance.

Pierre de Mareuil,
Pasteur de la Fédération baptiste,
Aumônier de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle



Photo en haut de page : © FEEBF
Confession de foi, avant le baptême.

Notes

[1Qu’il nomme hérétiques et turcs (sic).

[2Voir à ce sujet mon article « Les évangéliques et les autres chrétiens : pratiques et reconnaissance de baptême » dans Unité des Chrétiens, n° 172, octobre 2013, p. 15-18.


Document