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      Se reconnaître mutuellement

Se reconnaître mutuellement

N° 172 (octobre 2013) : sommaire et éditorial.

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  • 1er octobre 2013

Revue Unité des Chrétiens, n° 172 (octobre 2013)

Sommaire

ÉDITORIAL : Œcuménisme et reconnaissance mutuelle (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

L’Assemblée de la KEK à Budapest (Valérie Duval-Poujol)

Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2014 (Anne-Noëlle Clément)

DOSSIER : Se reconnaître mutuellement

Chemins de reconnaissance (Marguerite Léna)

Membre de la Communauté Saint-François-Xavier, la philosophe Marguerite Léna explore la polysémie du mot « reconnaissance ». Pour chacune des quatre acceptions qu’elle identifie, elle montre quelles exigences demeurent pour notre recherche de l’unité de tous les chrétiens.

De la reconnaissance des États en géopolitique. La question chypriote et le paradoxe européen (Nicolas Kazarian)

Chercheur à l’Observatoire géopolitique du religieux de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Nicolas Kazarian enseigne à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge ainsi qu’à l’Institut supérieur d’études œcuméniques à Paris. En s’appuyant sur l’exemple de Chypre, divisée en deux entités politiques (grecque et turque), il montre la place centrale de la « reconnaissance mutuelle » entre États dans les relations internationales.

Les évangéliques et les autres chrétiens : pratiques et reconnaissance de baptême (Pierre de Mareuil)

La reconnaissance mutuelle du baptême constitue un point douloureux du dialogue entre les Églises évangéliques et d’autres Églises qui pratiquent le pédobaptisme. Pasteur de la Fédération baptiste et aumônier de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, Pierre de Mareüil analyse les positions en présence et ouvre des pistes de dialogue.

La reconnaissance des ministères et l’unité chrétienne. Un point de vue anglican (Paul Avis)

Figure majeure de la théologie anglicane contemporaine , Paul Avis est chanoine théologien de la cathédrale d’Exeter et rédacteur en chef de la revue Ecclesiology. Il analyse ici les conditions nécessaires pour que les anglicans puissent reconnaître les ministères dans d’autres Églises.

La reconnaissance mutuelle entre Églises (Hervé Legrand)

Professeur émérite à la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, le théologien dominicain Hervé Legrand montre comment la reconnaissance mutuelle entre Églises connaît à la fois des avancées et des reculs.

RENCONTRE avec Louis Schweitzer

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin & juillet 2013

LECTURES

AGENDA

Editorial

Œcuménisme et reconnaissance mutuelle

En vue de la prochaine Semaine de prière pour l’unité chrétienne, les Canadiens qui en ont préparé le thème proposent à notre méditation le début de la Première Épître de Paul aux Corinthiens : l’apôtre y reconnaît que les destinataires de sa lettre ont été « comblés de toutes les richesses du Christ », qu’ils invoquent le nom de Jésus – « leur Seigneur et le nôtre » – ; il peut aussi reconnaître la communauté naissante qu’ils forment comme « l’Église de Dieu qui est à Corinthe ».

C’est cette question de la « reconnaissance » qu’Unité des Chrétiens a choisi d’explorer dans ce numéro : un thème central en œcuménisme, pour lequel la littérature théologique est étonnamment réduite : ce mot – avec la riche polysémie qu’il a dans le champ philosophique ou diplomatique – n’aurait-il pas mérité une entrée dans le Dictionnaire du mouvement œcuménique [1] ?

C’est pourtant toute l’histoire des divisions confessionnelles qu’on peut écrire comme une suite de ruptures dans la reconnaissance mutuelle : une communauté ecclésiale n’en reconnaît plus une autre comme Église, elle ne reconnaît plus la validité des sacrements qui y sont célébrés, elle n’y reconnaît plus une prédication fidèle à la foi apostolique, elle n’en reconnaît plus les membres comme d’authentiques disciples du Christ…

L’histoire douloureuse de cette absence de reconnaissance pourrait être abondamment illustrée. Pour ne prendre que l’exemple des couples mixtes interconfessionnels, on se rappelle que l’Église catholique ne reconnaissait pas le baptisé d’une autre Église comme un(e) époux(se) légitime et considérait ce type d’unions comme « prohibé par la loi divine elle-même » en raison du « danger de perversion du conjoint catholique et des enfants » ; et si la « dispense de l’empêchement de religion mixte » était accordée, la partie catholique restait tenue « par l’obligation de travailler prudemment à la conversion du conjoint acatholique » [2].

À l’inverse l’histoire du mouvement œcuménique depuis environ un siècle peut être lue comme celle d’une reconnaissance mutuelle restaurée progressivement. À la Conférence d’Édimbourg en 1910, des missionnaires se reconnaissent mutuellement comme disciples du Christ, animés du même zèle pour l’annonce de l’Évangile au monde entier. Après la Seconde Guerre mondiale, les membres du Conseil œcuménique naissant – anglicans et protestants, bientôt rejoints par les orthodoxes – reconnaissent qu’ils « confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures ». En 1964, le concile Vatican II déclare à son tour que les fidèles d’autres familles ecclésiales « portent à juste titre le nom de chrétiens » et que les « fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur » [3]. En 2010, au Congrès du Cap, les évangéliques du Mouvement de Lausanne reconnaissent officiellement qu’il y a « de nombreux disciples du Seigneur Jésus-Christ » dans d’autres traditions chrétiennes.

Certes, en matière de reconnaissance mutuelle, bien des chantiers demeurent. Peut-on en effet s’en tenir à cette reconnaissance des autres chrétiens à titre individuel ? Qu’en est-il des communautés qu’ils forment ? des sacrements qu’ils célèbrent ? Trois articles viennent ici éclairer les débats en cours, pour la reconnaissance mutuelle du baptême, pour celle des ministères et pour celle de l’ecclésialité. Enregistrant les progrès déjà accomplis et les questions épineuses qui demeurent, des théologiens identifient « les conditions, les processus et les situations qui mènent à ce que Ego et Alter se considèrent comme égaux » [4].

Bien d’autres déclarations de reconnaissance mutuelle auraient pu être présentées ici. Pour ne prendre là encore qu’un exemple, en matière eucharistique cette fois, on peut mentionner le dialogue assyrien-catholique. L’enjeu portait sur l’anaphore d’Addai et Mari que, depuis des temps immémoriaux, l’Église assyrienne de l’Orient utilise sans récit de l’Institution. Rome ayant reconnu en 2001 cette prière eucharistique comme valide, les catholiques chaldéens peuvent désormais recevoir la communion au cours d’une célébration assyrienne de l’eucharistie, et réciproquement.

On le voit donc, ces discussions théologiques pointues sur la « reconnaissance mutuelle » ne sont pas sans impact pastoral : pour les fidèles chaldéens et assyriens qui ont dû émigrer en Occident dans des circonstances dramatiques, en leur donnant désormais un accès plus large à l’eucharistie ; et pour les couples mixtes bien sûr. Elles favoriseront aussi la collaboration de tous ceux qui veulent « travailler ensemble à l’œuvre de Dieu ».

frère Franck LEMAÎTRE

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Notes

[1Il ne figure pas dans le Dictionary of the Ecumenical Movement (Genève, WCC Publications, 1991/20032). On ne le trouve pas davantage dans l’Encyclopédie du protestantisme (coll. Quadrige, Paris, PUF, 2006), ou dans le Dictionnaire critique de théologie (coll. Quadrige, Paris, PUF, 2002).

[2Code de droit canonique de 1917, canons 1060-61.

[3Décret Unitatis redintegratio, n° 3.

[4Le récent Dictionnaire encylopédique d’éthique chrétienne (Paris, Cerf, 2013) – bel exemple de collaboration œcuménique – consacre un article à la « reconnaissance » et son usage en philosophie morale (p. 1713-1722).


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