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    Sœur Bénédicte

Sœur Bénédicte

Rendez-vous avec Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly

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  • 1er janvier 2017

Sœur Bénédicte, diaconesse de Reuilly et membre de la fraternité œcuménique de Lomme (Lille), également une des chevilles ouvrières de la Maison d’Unité à Paris, nous présente ici son itinéraire œcuménique. Elle nous offre la clé de sa joie : les béatitudes.

Née dans la période de l’après-guerre, j’étais la dernière de trois enfants. À la maison, il n’y avait aucun signe de foi et je n’ai jamais entendu prier ou vu ouvrir la Bible. Mes parents étaient négociants en tissus. Leur vie était happée par les difficultés financières engendrées par la guerre. Maman, par conséquent assez peu présente à la maison, m’a pris un jour dans ses bras et m’a dit : « tu vois il y a des protestants, il y a des catholiques… et toi, tu choisiras ». J’avais cinq ou six ans. Sa tendresse enlevait ma crainte devant la mission qu’elle venait de me confier dont j’avais du mal à mesurer la portée. J’ai mis du temps pour comprendre que ce geste œcuménique de sa part allait orienter ma vie. J’ai confié cela à mes frères il n’y a pas si longtemps et ils furent très étonnés. En effet, nous avons été élevés dans le même milieu, quelque peu protestant par maman (papa était catholique, mais ne parlait jamais de Dieu à la maison) mais celle-ci avait spontanément orienté mes frères vers un catéchisme protestant, alors qu’elle m’invitait moi-même à suivre un autre chemin, non balisé par avance, et par là-même source de grâce.

Un jour, lorsque j’avais sept ans, je me suis retrouvée seule de ma classe sans avoir robe blanche ni couronne sur la tête. Ce n’est plus du tout le contexte actuel mais à l’époque toutes mes camarades (on était une quarantaine) faisaient leur première communion catholique à sept ans. Ce qui m’a choquée le plus était le fait que ma meilleure amie n’ait pas su m’expliquer pourquoi elle était habillée ainsi, et elle m’a renvoyée vers la maîtresse. Après ses explications, je n’ai su que me réfugier dans les toilettes pour pleurer. Ainsi, c’est finalement par la douleur que j’ai perçu, pour la première fois, le scandale de la séparation des disciples du Christ.

Lorsque j’avais treize ans, j’ai vécu un moment difficile à la maison et j’étais fatiguée des discussions des adultes liées à l’argent et au commerce qui se portait mal. Dans ce désarroi, je suis partie dans la rue où ma vie a tout à coup basculé. Je ne connaissais pas la prière, car je n’avais jamais prié, mais au bout d’un quart d’heure de marche, j’ai senti comme une main posée sur mon épaule. Il s’agissait bien d’une sensation physique et incarnée car j’ai cru qu’il y avait quelqu’un près de moi. Immédiatement je me suis retournée et j’ai vu que j’étais seule sur le trottoir, alors que je ne me sentais pas seule : une grande paix m’envahissait. Une paix tout aussi indescriptible que réelle - que je retrouve presque chaque fois que j’évoque ce moment - où j’ai davantage senti que compris que Dieu existait vraiment. C’était l’aboutissement de ma recherche, qui a commencé avec les paroles de maman et a été aussi marquée par le suicide d’une camarade de classe. Ainsi, lorsque je suis revenue à la maison, je n’étais plus la même, car désormais je savais qu’Il est avec moi.

Mon frère aîné, qui aimait beaucoup faire du théâtre, s’est mis à déclamer un jour dans sa chambre la Passion de Jésus. J’étais surprise par sa démarche et je suis allée le voir. Il m’a expliqué qui était Jésus. C’était ma première catéchèse… Dans mon cheminement, j’ai également été épaulée par une amie catholique, que j’ai rencontrée pendant mes études secondaires et avec qui je garde toujours une vraie amitié. Elle qui voulait être religieuse, est devenue mère de cinq enfants, alors que moi je suis devenue religieuse ! Elle fréquentait la Jeunesse étudiante catholique. Je suis allée avec elle à plusieurs rencontres et j’ai été un peu déconcertée lorsque le prêtre a parlé de la Trinité, qui jusqu’à alors était un mot inconnu de moi. Quand je lui ai fait part de mes interrogations, il a essayé de m’expliquer ce mystère par le paradigme du triangle. Je n’étais pas convaincue du tout. L’adolescente, que j’étais, n’arrivait pas à concevoir Dieu en triangle ! C’est ainsi, sans doute à cause d’une sottise, que mon engagement dans le protestantisme s’est précisé.

J’ai décidé d’aller rencontrer un pasteur. C’est un grand âne, en feutrine découpée sur le mur du couloir, au-dessous duquel figurait l’inscription : « bien faire et laisser braire », qui m’a accueillie. J’étais toute seule face à cette inscription, je ne voyais plus le pasteur… je venais de comprendre le sens de ma vie : « arriver à clarifier son être profond et poser des actes de liberté, en ne se souciant que de Dieu ». Il s’agissait pour moi d’une sorte de réponse à la mission que maman m’avait confiée. Le pasteur m’a invitée au catéchisme qu’il animait, au cours duquel non seulement j’ai pu poser toutes mes questions, mais encore je me suis sentie écoutée. Cette écoute a été décisive dans mon choix.

Je voulais consacrer ma vie à Dieu, je désirais Lui donner tout. Il ne s’agissait pas du tout de fuir le mariage, car à l’époque je connaissais et j’étais proche d’un jeune. Je voulais poser ma vie en Dieu. Or, j’avais le sentiment de Le connaître si peu. Je ne savais pas, en revanche, si des sœurs protestantes existaient. Une fois, lorsque j’étais chez mes grands-parents - mon grand-père protestant, ma grand-mère catholique, tous les deux engagés dans la vie de leurs Églises – j’ai trouvé un journal protestant Le christianisme au XXe siècle. Une double page était dédiée à deux consécrations de diaconesses. Je l’ai lue très attentivement et j’ai senti que peut-être c’était ma voie. Je n’avais que seize ans. Sans doute s’agissait-il d’une vocation précoce, la certitude que je ne pouvais pas incarner autrement la présence de Dieu, présence si profondément ressentie à l’âge de treize ans. Cela en fait a été une merveilleuse grâce pour moi. J’ai tant d’amis qui ont cherché longtemps sans trouver vraiment leur chemin. Personnellement, je n’ai pas eu une vie toujours facile, mais une ligne droite avec Dieu m’a toujours gardée que je n’ai jamais contestée. Mon cher frère, celui qui récitait la Passion du Christ, cherche toujours un sens à sa vie. « Tu as de la chance » me dit-il souvent. C’est une chance que je reçois gratuitement et pour laquelle je n’ai rien fait, à part peut-être de mettre en route mon énergie dans la quête de Dieu.

Mes parents m’ont alors interrogée sur la poursuite de mes études après le baccalauréat. Mes frères étaient à la Fac et il fallait que je suive leur exemple, alors que moi je voulais … chercher Dieu, même si je ne savais pas encore comment. J’ai dit à mes parents que je m’absentais 48 heures, sans leur préciser où j’allais. Ils ont cru que je rejoignais un garçon alors que j’étais partie pour rencontrer les sœurs de Reuilly ! Je fus très bien accueillie. Curieusement, le peu que j’ai perçu m’inspirait une grande liberté qui me rejoignait. La supérieure m’a toutefois dit que la communauté ne pouvait pas me recevoir en septembre et elle me conseillait de continuer des études. Parmi les différentes options qu’elle énumérait, figuraient la théologie et les études d’infirmière. J’ai choisi l’école d’infirmière, et non pas le parcours théologique que j’ai accompli plus tard dans la communauté, car je ne m’y sentais pas prête. Durant ma formation d’infirmière, qui à l’époque ne durait que deux ans, j’ai découvert dans le milieu hospitalier une misère humaine que je ne connaissais pas du tout. J’ai vu des gens mourir. Il s’est agi d’une expérience décapante, mais aussi d’une école de vie, dans laquelle Dieu commençait à être présent, malgré tout.

Le soir du diplôme d’État d’infirmière, je suis arrivée pour un postulat chez les Diaconesses de Reuilly. Sur la place de Reims, la ville où je suis née et dans laquelle j’ai suivi mes études, un monôme s’est organisé et moi je disais à mes camarades en riant : « Je rentre au couvent, je rentre au couvent… ». Inutile de vous dire qu’ils n’en revenaient pas : quatre d’entre eux sont venus vérifier si c’était bien vrai ! J’avais dix-neuf ans. Mes parents étaient très opposés à ma démarche. Durant la première année du postulat, je devais m’assurer que ma place serait bien dans cette communauté. Il s’agissait d’un temps de formation biblique et de partage de la vie communautaire durant laquelle on avait, entre autres, un excellent cours sur l’Évangile de Jean, assuré par la maîtresse des novices, qui m’a fait entrer pleinement dans une merveilleuse compréhension de la Bible. À vingt ans, je suis entrée au noviciat, où, cinq ans durant, j’ai bénéficié d’une formation humaine, biblique, spirituelle, théologique, culturelle en partageant la vie de la communauté. Ainsi à vingt-cinq ans, j’ai prononcé mes vœux définitifs. Ces six années m’ont permis non seulement de répondre aux interrogations de mes parents qui voulaient toujours que je revienne à la maison, mais aussi de m’assurer que c’était ma voie. À mes yeux, il est indispensable qu’un futur religieux prenne le temps nécessaire pour discerner s’il est appelé à cette vie : envisager par exemple le célibat ne signifie pas vouloir comme déraciner ses forces affectives, mais apprendre à les vivre en vérité, les sublimer d’une certaine manière en les comblant, en les laissant être renouvelées par le Dieu Vivant. Personnellement, cela m’a permis toute une créativité, l’exploration de chemins divers au service de l’intériorité, de la beauté, tels la poésie, la musique, les arts… pour rejoindre Dieu et mon prochain. J’ai eu également la chance de suivre une formation d’éducatrice spécialisée et d’exercer ce métier à la fois difficile et existentiel. À ce titre, je devais faire face à des jeunes qui avaient touché le fond, commis un acte délictueux, approché la prostitution… J’apprenais à rejoindre l’autre dans sa souffrance.

C’est Isabelle de Soyres, mère de famille et catéchète catholique d’une cinquantaine d’années, qui a, en quelque sorte, initié la Maison d’Unité. Participant à une rencontre au Centre charismatique œcuménique de Gagnières, elle y a reçu l’intuition d’une Maison d’Unité où des jeunes de toute confession chrétienne habiteraient ensemble en colocation. Mue par le désir qu’une telle initiative voie le jour à Paris, elle a rencontré la supérieure des sœurs de Sainte Clotilde, (101 rue de Reuilly), qui y ont un collège de six cents élèves, ainsi que la prieure des Diaconesses de Reuilly, dont l’Institut de formation en soins Infirmiers est au 95 de la même rue. Ces rendez-vous ont donné naissance non pas au compagnonnage de nos deux communautés catholique et protestante, qui existent de longue date et dont la genèse est explicitée plus en détail dans mon livre sur l’engagement œcuménique de la communauté des diaconesses de Reuilly : À la recherche de la grande couleur chrétienne [1], mais à la Maison d’Unité. Outre l’accord préalable des deux supérieures, elle a rencontré les autorités religieuses respectives : le cardinal André Vingt-Trois, qui, à l’époque, présidait la Conférence des évêques de France, le métropolite Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et le pasteur Claude Baty, président, à l’époque, de la Fédération protestante de France. Tous les trois ont donné leur bénédiction à ce projet. Une association loi 1901 a été très vite mise en place à cet effet avec un conseil d’administration dans lequel siègent des membres des trois Églises. Les sœurs de Sainte-Clotilde ont mis à disposition la salle dans laquelle se déroulent les enseignements ainsi que leur chapelle pour la prière qui suit, et les diaconesses de Reuilly prêtent un amphithéâtre pour accueillir deux ou trois fois par an une grande conférence œcuménique. C’est la quatrième promotion de jeunes de 20 à 35 ans, de tous pays, étudiants et professionnels, catholiques et protestants aussi bien de l’Église protestante unie qu’évangéliques, baptistes, mennonites… enrichis un jour, peut-être, par anglicans et orthodoxes ! Cette année, ils sont quinze. Quatre colocations sont proposées, une cinquième pour les anciens de l’année 2015-2016. L’association est maintenant présidée par Bruno Deledalle, avocat catholique, sa femme étant protestante. Il a succédé à la fondatrice Isabelle de Soyres, qui s’est retirée lors de la mutation de son mari à Bordeaux.

C’est par un repas convivial, apporté par chacun, que nos soirées commencent tous les mardis (hors vacances scolaires) à 18h00. La conférence, assurée par de fins connaisseurs du mouvement œcuménique, occupant souvent de hautes responsabilités dans leur propre Église, est donnée de 19h00 à 20h20. À 20h30, une prière œcuménique est ouverte à quiconque entre autres aux jeunes qui peuvent, s’ils le souhaitent, rejoindre la soirée dès 18h00 pour participer à la découverte des différentes facettes du christianisme. Aujourd’hui, il y a une vingtaine de participants. Cette année, un week-end en septembre à la communauté des Diaconesses de Reuilly a permis aux colocataires, à l’équipe d’accompagnement ainsi qu’aux amis gravitant autour de la Maison d’Unité de se connaitre mutuellement.

Mais la plus grande partie de ma vie est à la Fraternité œcuménique de Lomme située dans le nouveau quartier « Humanicité » jouxtant Lille. Créé par l’Institut catholique de Lille, il regroupe plusieurs établissements médico-sociaux dans lesquels vivent des personnes avec de lourds handicaps ainsi que deux mille appartements loués ou achetés par des locataires intéressés. Avec une sœur protestante de la communauté de Grandchamp, près de Neuchâtel, et des sœurs de deux congrégations catholiques - les Oblates de l’Eucharistie, à l’origine de ce projet œcuménique et les Sœurs du Carmel de Saint Joseph - nous formons une petite communauté de six sœurs. C’est un lieu de prière et d’écoute dont la vocation est entre autres de prier pour les joies et les détresses humaines de ceux qui nous entourent. Nous y proposons aussi deux jeudis par mois, des soirées ouvertes à des groupes de jeunes et animées par eux.

Les sœurs Oblates de l’Eucharistie ont cédé, dans un geste œcuménique, aux Diaconesses de Reuilly la Maison de soins palliatifs Jean XXIII, qui se trouve juste à côté de la fraternité œcuménique. Une réunion, toutes les six semaines, regroupe les différents acteurs de l’aumônerie œcuménique. Je me tiens essentiellement à la disposition des bénévoles dans leur besoin d’écoute car visiter des mourants est exigeant. L’objectif est de soutenir chacun dans ce moment de la mort en répondant avec respect à ses attentes. En effet souvent dans les hôpitaux, une fois que le verdict de mort est posé, le patient n’est plus traité avec la même attention, faute du peu de temps qu’a le personnel. À Jean XXIII, chacun est là pour soutenir avec respect le malade dans la fin de sa vie. Quand, par exemple, un aumônier entre dans une chambre, il demande toujours à la personne si elle désire s’entretenir avec lui et, si elle accepte, c’est parfois lors d’une quatrième visite que la question de Dieu sera soulevée quand un lien personnel en toute liberté a pu s’établir. Parfois, au contraire la mort est très proche et les patients demandent à voir un prêtre et à recevoir la communion ou à s’entretenir avec un pasteur. Des demandes d’euthanasie peuvent s’exprimer. Dans ce cas, la personne est écoutée en essayant de cerner les raisons qui l’ont amenée à formuler ce souhait. La demande d’euthanasie est souvent un cri, venu d’une personne qui est désemparée par sa souffrance. Il s’agit de Job dans sa détresse et c’est bien naturel de demander à mourir lorsqu’on souffre trop. La vocation des soins palliatifs est de diminuer le plus possible chez le patient le seuil de sa souffrance physique bien sûr, mais autre peut-être aussi, d’où l’importance d’un accompagnement attentif. Certes, c’est un art exigeant qui sollicite la mobilisation d’équipes médicales et soignantes formées, ce qui signifie un budget nécessaire important. Cependant, nous continuons à penser que la vie humaine est un don divin qui n’a pas de prix et donc de permettre que ce moment du passage soit le plus digne possible.

Dans le christianisme, on n’a pas à choisir entre la croix et la résurrection, la joie et l’épreuve, à moins de choisir les deux à la fois… La joie est toujours à refaire surgir. C’est le mystère pascal. J’aime beaucoup la fête de Pâques et j’ai assisté, à plusieurs reprises, à des célébrations pascales orthodoxes qui véhiculent, à mes yeux, la splendeur de Pâques, en nous offrant une clé d’entrée dans ce mystère. Force est de reconnaître que le dialogue œcuménique, s’il a beaucoup avancé, a encore à progresser. Notre vie fraternelle est tissée de simplicité, de belles rencontres, d’une prière très unitive avec bien sûr des moments exigeants. Je peux avoir une perception de la vérité et de la liberté parfois différente de celle de mes sœurs catholiques, plus habituées à une longue tradition, une hiérarchie, valeurs qui manquent à nos Églises protestantes. Dans la vie de tous les jours, des réactions peuvent surgir, des souffrances, la plus grande pour moi étant l’impossibilité actuelle de partager le sacrement de l’unité : l’Eucharistie. Parfois j’en pleure. Néanmoins, on est appelé à traverser les épreuves non seulement sans perdre de vue la joie, mais aussi grâce à elle.

Les béatitudes, chantées par ailleurs dans la prière quotidienne des diaconesses, sont, si j’ose dire, le secret de ma joie. J’ai bien mis quinze ans, d’une part pour apprendre à louer, autrement dit à prier Dieu gratuitement, et d’autre part pour commencer à appréhender ce texte avec lequel je prie en communauté tous les jours. « Heureux les pauvres…heureux ceux qui pleurent… ». Sincèrement j’avais du mal à concilier le bonheur et la pauvreté, la joie et l’affliction. Dans ma jeunesse, les béatitudes me révoltaient même. Or à présent, elles me font vivre, d’où l’importance de creuser les textes bibliques qui vous perturbent ! Les béatitudes prennent en considération la douleur présente que Dieu ne nie pas : celui qui pleure, il pleure, mais ce Dieu de Jésus-Christ est consolation, rassasiement, justice, paix, pacification, douceur vraie. Jésus-Christ est près des martyrs et des persécutés, y compris ceux qui pour Son nom meurent aujourd’hui, non seulement en vertu de Son amour divin, mais aussi puisque Lui-même a vécu l’abandon et le martyre jusqu’à la croix. À l’entrée du monastère de Bose, lieu monastique œcuménique italien, sont inscrits les noms de témoins catholiques, protestants, orthodoxes… qui ont payé leur fidélité au Christ de leur sang. Devant ces confesseurs, nous ne cherchons plus ce qui fait l’unité des chrétiens. Dans mon Église, je reconnais bien des martyrs et s’ils ne sont pas canonisés, je peux tout autant les suivre comme compagnons de route qui nous ouvrent le chemin. J’ai par ailleurs tant de compagnons dans toutes les Églises !

La joie ne peut pas éviter la souffrance : elle la sublime. À Lille, par exemple trois familles ont été touchées par les attentats au Bataclan et je n’ai pu que pleurer, communier à la souffrance de cette chère maman qui perd sa fille. Devant le mystère de la mort, au fond de moi je sais que Jésus lui-même a pleuré devant la tombe de son ami Lazare... Je sais la promesse divine : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu » (Ap 21,4). Je sais que les béatitudes ont été annoncées par le Christ au présent, mais aussi au futur proche ou plus lointain et ainsi je sais que je ne dois pas fuir le présent, mais au contraire l’incarner pleinement, avancer malgré tout, avec cette confiance et cette joie que Dieu seul peut donner… à condition que je veuille bien l’accueillir.

Propos recueillis
par Ivan KARAGEORGIEV

Photo : © I.K.

Notes

[1Soeur Bénédicte, À la recherche de la grande couleur
chrétienne
, Lyon, éd. Olivétan, 2015, p. 56-58, 148-149.


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