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    Synode romain sur la famille

Synode romain sur la famille

Les enjeux pour l’unité des chrétiens

Valérie Duval-Poujol a été la « déléguée fraternelle » de l’Alliance baptiste mondiale au Synode extraordinaire des évêques qui s’est tenu à Rome en octobre 2014.

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  • 1er janvier 2015
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Valérie Duval-Poujol a été désignée par l’Alliance baptiste mondiale pour répondre à l’invitation au Synode extraordinaire des évêques qui s’est tenu à Rome en octobre 2014. Avec sept autres « délégués fraternels » – un anglican, un luthérien, un réformé et quatre orthodoxes : un représentant du Patriarcat de Constantinople, un pour celui de Moscou et deux orthodoxes orientaux –, elle a participé aux deux semaines de réflexion sur « les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ».

Représentant l’Alliance baptiste mondiale, j’ai eu le grand privilège de participer au Synode extraordinaire sur la famille au Vatican en tant que « déléguée fraternelle » – une appellation qui met l’accent sur la fraternité spirituelle qui nous unit. Ma présence même en tant que protestante évangélique est un signe de l’avancée des dialogues : à l’époque de Vatican II, l’Alliance baptiste mondiale avait été invitée mais n’avait délégué personne au Concile. Depuis, trente ans de dialogues théologiques féconds entre nos Églises ont dissipé certains malentendus et permis une meilleure compréhension mutuelle.

Bien que ce synode n’ait pas eu l’unité de chrétiens pour objet premier, on peut y repérer des enjeux importants dans ce domaine. Ce qui m’a d’abord frappée, c’est que l’œcuménisme institutionnel n’est pas qu’une question de textes entre Églises : il se traduit aussi par des gestes, des symboles et j’en retiendrai deux.

L’emplacement des délégués fraternels.

En tant que délégués fraternels, nous ne disposions pas du droit de vote comme les Pères synodaux, ce qui est parfaitement légitime ! Mais dans le lieu de réunion du synode, nous étions placés exactement entre les cardinaux et les évêques, ce qui nous incluait complètement dans l’assemblée. Et même, lors de la messe d’ouverture du synode, nous étions au tout premier rang dans l’impressionnante basilique Saint-Pierre. L’apôtre Paul écrit que lorsqu’un membre du corps est honoré, tous sont honorés (1 Co 12,26). Ce jour-là, en nous honorant ainsi, c’est comme si, à travers nous, les autorités catholiques honoraient tous les chrétiens d’autres confessions, témoignant de l’importance des relations avec ses « frères séparés ».

La participation active des délégués fraternels.

Nous avons été officiellement invités par le secrétaire général du synode, le cardinal Baldisseri, à prendre pleinement notre part. Outre notre présence à chaque séance, nos nombreux échanges avec les Pères synodaux notamment lors des pauses-café, notre rencontre avec le pape, notre participation active lors des circuli minores (groupes de travail linguistiques), chacun de nous a aussi eu l’occasion de prononcer un discours à l’ensemble du synode lors d’une des congrégations générales qui nous fut consacrée. Ce n’était donc pas une invitation « pour la forme », mais bien un désir d’avoir une dimension œcuménique à la réflexion synodale.

La question des « mariages mixtes ».

Pour en venir aux discussions synodales, je citerai, parmi les questions abordées par les Pères synodaux présentant une dimension directement œcuménique, celle des « mariages mixtes ». L’Instrumentum laboris (le document de travail pour le synode, rédigé à partir des réponses envoyées par les diocèses du monde entier) mentionnait déjà les problèmes juridiques engendrés par certaines de ces unions entre chrétiens de différentes confessions, ce qui est repris dans le paragraphe 54 de la Relatio synodi (le texte final voté par les Pères synodaux, qui va servir de base pour préparer le prochain synode en octobre 2015). On y indique que cette question épineuse mérite d’être creusée. Même si ce texte vise surtout les difficultés juridiques inhérentes aux unions catholiques/orthodoxes, la réflexion devrait sans doute englober plus largement tous les mariages mixtes et en montrer aussi les dimensions positives.

La méthode synodale, un modèle pour l’œcuménisme ?

Pour conclure, j’aimerais dire un mot sur la méthode choisie pour le synode. « L’arbre est dans la graine » et la méthodologie choisie influencera sans doute les résultats. Face à des questions compliquées de la pastorale familiale, l’Église catholique a opté pour une approche qui prend le temps, en toute vérité (ou comme l’a annoncé le pape François au début du synode, avec parresia, en toute franchise), avec une réflexion collégiale impliquant chacun à son niveau : l’Instrumentum laboris synthétisant les réponses des diocèses, le synode extraordinaire avec notamment l’audition de couples laïcs, l’année de réflexion en cours dans les Églises particulières jusqu’au prochain synode des évêques, puis ultimement une exhortation du pape. Il est tentant de répondre aux défis que pose notre société à la famille, au couple, avec des slogans ou en répétant machinalement ses croyances traditionnelles. Par cette démarche longue, approfondie, l’Église catholique encourage chacun à oser se donner les moyens de la réflexion face à des sujets difficiles.

Cette manière de faire – s’écouter, prendre le temps, intégrer chacun – me paraît essentielle pour la promotion de l’unité des chrétiens. Et si en œcuménisme, où les lieux de tension et les conflits ne manquent pas, nous osions impliquer chacun, avec plus de collégialité et de parresia ? L’un des problèmes récurrents n’est-il pas la non-réception des accords, des textes signés entre responsables d’Églises ? Pourrions-nous envisager une autre manière de réfléchir les défis de l’unité des chrétiens que celle partant du haut vers le bas ? Les différents types d’œcuménisme (spirituel, social, théologique…) ne pourraient-ils s’associer pour panser/penser ensemble l’unité des chrétiens au XXIe siècle ?

Le mot grec de « synode » évoque un bout de chemin parcouru ensemble. Cette avancée sur le chemin commun de la fraternité spirituelle est mon désir le plus profond.

Valérie DUVAL-POUJOL
Fédération des Églises évangéliques baptistes de France
Présidente de la Commission œcuménique de la Fédération protestante de France
Enseignante à l’Institut catholique de Paris


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