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    Une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun

Une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun

Commémoration commune luthéro-catholique de la Réforme

Stephen Brown, représentant Unité des Chrétiens à la commémoration de la Réforme protestante à Lund, décrypte ici cet événement oecuménique majeur.

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  • 1er janvier 2017

En Suède, dans la cathédrale de Lund, autrefois catholique, maintenant luthérienne, s’est déroulée le 31 octobre 2016 la première commémoration commune luthéro-catholique de la Réforme au niveau mondial [1]. Intitulée « Du conflit à la communion – ensemble dans l’espérance », la commémoration s’inscrivait dans le sillage de cinquante ans de dialogue international entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale [FLM], et la publication (2013) du rapport « Du conflit à la communion » par la Commission internationale luthérienne-catholique pour l’unité.

Le pape François a rejoint l’évêque Munib Younan et le pasteur Martin Junge – respectivement président et secrétaire général de la FLM – dans la cathédrale pour une prière commune. Elle ouvrait le 500e anniversaire du jour où Martin Luther aurait affiché ses 95 thèses dénonçant la corruption au sein de l’Église à la porte de l’église de Wittenberg, en Allemagne, le 31 octobre 1517. Après avoir refusé d’abjurer, Luther fut excommunié en 1521 par le pape Léon X.

Dans son homélie, le pape François prononça des paroles inédites de la part du souverain pontife à l’égard de Luther, autrefois « hérétique ». La Réforme, selon François, « a contribué à mettre davantage au centre la Sainte Écriture dans la vie de l’Église », et « l’expérience spirituelle de Martin Luther nous interpelle et nous rappelle que nous ne pouvons rien faire sans Dieu ». Luther, a poursuivi le pape, a trouvé le Dieu miséricordieux « dans la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ incarné, mort et ressuscité. Par le concept ‘uniquement par la grâce divine’, on nous rappelle que c’est toujours Dieu qui prend l’initiative et qu’il précède toute réponse humaine, en même temps qu’il cherche à susciter cette réponse. La doctrine de la justification, par conséquent, exprime l’essence de l’existence humaine face à Dieu. »

Le pape François faisait ainsi référence à la doctrine de la justification, centrale pour la Réforme luthérienne du XVIe siècle, point clé de contestation avec l’Église catholique d’alors, mais qui fut l’objet d’un consensus différencié entre les deux traditions en 1999 lors de la signature de la « Déclaration commune sur la doctrine de la justification » . Ce texte est la « pierre angulairede la commémoration commune à Lund, selon le pasteur Junge.

« À présent, dans le contexte de la commémoration commune de la Réforme de 1517, nous avons une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun », a lancé le pape François dans son homélie. Pour sa part, le secrétaire général de la FLM a appelé catholiques et luthériens à « prendre [leurs] distances avec un passé terni par le conflit et la division et à prendre les chemins de la communion. » Ce qui unit catholiques et luthériens l’emporte largement sur ce qui les divise, selon le pasteur Junge.

Dans une déclaration conjointe, signée lors de la prière commune par le pape François et l’évêque Younan, les responsables catholique et luthérien ont demandé pardon pour les divisions et conflits les ayant opposés dans le passé. Ils se sont engagés à approfondir leur communion et leur témoignage commun en faveur de la justice.

« Bien qu’il ne soit pas possible de changer le passé, on peut transformer ce dont on se souvient et la façon de s’en souvenir », y est-il écrit. « Nous prions pour la guérison de nos blessures et des mémoires qui obscurcissent notre perception l’un de l’autre. Nous rejetons catégoriquement toute manifestation de haine et de violence, passée et présente, en particulier quand elles sont exprimées au nom de la religion. »

Le service liturgique à la cathédrale de Lund a été suivi d’un rassemblement public à la Malmö Arena, où le pape François et l’évêque Younan ont réagi aux témoignages présentés par des luthériens et catholiques défendant la justice sociale et climatique.

La présence du pape François à la commémoration à Lund s’inscrit dans son approche œcuménique relationnelle avec laquelle il a réussi des « gestes œcuméniques spectaculaires » [2]. Pourtant, il y eut une certaine déception perceptible à Lund quant à la question de l’intercommunion entre luthériens et catholiques, ou au moins l’hospitalité eucharistique pour des couples mixtes. À l’approche de la commémoration de Lund, il y avait des spéculations concernant un geste important sur l’intercommunion, spéculations nourries par le coprésident catholique de la Commission internationale luthérienne-catholique pour l’unité, Mgr William Kenney. Certes, dans leur déclaration conjointe, le pape François et l’évêque Younan se sont référés au fait que beaucoup de membres de leurs communautés « aspirent à recevoir l’Eucharistie à une même table, comme expression concrète de la pleine unité » et à la « souffrance de ceux qui partagent leur vie tout entière, mais ne peuvent pas partager la présence rédemptrice de Dieu à la table eucharistique. » Pourtant, au lieu des engagements concrets, la déclaration ne parle que de « l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser », même si les deux responsables ont également souligné leur « responsabilité pastorale commune pour répondre à la soif et à la faim spirituelles de nos fidèles d’être un dans le Christ. »

À la conférence de presse qui a suivi les évènements à Lund et Malmö, le pasteur Junge et le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, ont souligné la nécessité d’une réflexion théologique approfondie pour arriver à la pleine communion eucharistique entre les deux traditions. Néanmoins, a lancé le secrétaire général de la FLM, la situation des couples mariés qui ne peuvent pas partager l’Eucharistie ensemble « exige une réponse de notre part ».

Est-ce que la « responsabilité pastorale commune », dont on a parlé dans la déclaration conjointe, peut faire avancer les choses ? Même si le cardinal Koch se montrait sceptique sur la possibilité de trouver une telle solution « au niveau universel » à cause des situations et contextes très différents, il encourage les Églises, au niveau local et régional, à trouver des « solutions pastorales » pour ces couples.

Autre geste remarquable : en partageant la paix à la prière commune à la cathédrale de Lund, le pape François et la primat de l’Église de Suède, l’archevêque Antje Jackelén se sont donné mutuellement une accolade fraternelle. Cette image a traversé le monde, faisant la « une » du journal berlinois Die Tagesspeigel sous le titre « Wir sind Geschwister » (« Nous sommes frère et sœur »).

Si Lund fut un centre catholique important au Moyen Âge, la FLM y fut fondée en 1947. Mais cette ville est également connue pour le « principe de Lund » une formule œcuménique trouvée lors de la troisième Conférence mondiale de « Foi et Constitution » en 1952. On y interpelle vivement et clairement les Églises. Elles sont invitées à se demander « si elles ne devraient pas agir ensemble en toutes matières sauf en celles où des différences de conviction profondes les obligent à agir séparément ». Lors de son retour de Suède, le pape François évoqua cette formule dans son discours aux membres du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens . « Ma récente visite à Lund, a-t-il fait remarquer, m’a rappelé combien est actuel ce principe œcuménique formulé par le Conseil œcuménique des Églises. »

Stephen BROWN

Photo : © lund2016.svenskakyrkan.se
L’évêque Munib Younan et le pape François, après avoir signé la déclaration commune.

Notes

[1Voir également l’article de Stephen Brown publié sur le site du Conseil oecuménique des Églises : « Ce qui nous unit l’emporte sur ce qui nous divise », affirment catholiques et luthériens lors de la commé-moration de la Réforme.

[2Martin BRÄUER, « Papst Franziskus und die Ökumene », Materialdienst des Konfessionskundlichen Instituts Bensheim, 02/2016, p. 32.


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