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      Urgence de l’espérance

Urgence de l’espérance

N° 184 (octobre 2016) : sommaire et éditorial

N° 184 (octobre 2016) : sommaire et éditorial

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  • 26 septembre 2016

Revue Unité des Chrétiens, n° 184 (octobre 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Être pressé ? (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Le saint et grand concile, un œcuménisme (inter-)orthodoxe ? (Nicolas KAZARIAN)

Les chrétiens unis par le sang du père Jacques Hamel

Semaine de Prière pour l’unité chrétienne 2017 (Anne-Noëlle CLEMENT)

DOSSIER : Urgence de l’éspérance

L’attente eschatologique du Christ au fondement de notre espérance (François DURAND)
Vicaire général du diocèse catholique de Mende, le père François Durand invite à initier de nouvelles représentations de la venue eschatologique du Christ, seules à même de répondre à la crise spirituelle de nos contemporains.

Église et Eschata (Jean ZIZIOULAS)
Métropolite de Pergame, Jean Zizioulas nous offre ici une contribution majeure sur la prégnance d’une redécouverte de la constitution fondamentalement eschatologique de l’Église.

L’avenir de la théologie (Jürgen MOLTMANN)
Professeur émérite de la faculté de théologie de Tübigen, Jürgen Moltmann nous livre un témoignage très personnel sur l’avenir de la théologie, qui devra fondamentalement être une théologie de la venue de Dieu.

Le présent de l’attente eschatologique (Richard LEHMANN)
Pasteur, missionnaire et théologien adventiste, Richard Lehmann nous offre une solide analyse exégétique de l’espérance chrétienne à travers le témoignage néotestamentaire des premières communautés.

RENDEZ-VOUS avec Jean-François Colosimo

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin, juillet, août 2016

AGENDA


Editorial

Être pressé ?

Nous venons de vivre un été particulièrement douloureux, marqué par le déchaînement de la haine. Si la violence symbolique des actes terroristes commis en France leur donne une très forte acuité, nous sommes évidemment en communion avec toutes les victimes de la barbarie terroriste. L’horreur nous saisit quand nous découvrons jusqu’à quel degré d’ignominie l’être humain peut sombrer. Nous avons d’autant plus besoin d’entendre la parole de réconciliation du Christ ! Plus que jamais, « l’amour du Christ nous presse », selon l’exclamation de l’apôtre Paul en 2 Co 5,14. S’inspirant de ce verset, les chrétiens allemands adressent à tous les baptisés cet appel, le choisissant pour thème de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne du 18 au 25 janvier 2017. Unité des Chrétiens souhaite faire résonner ici les dimensions eschatologiques du thème de la réconciliation, vous offrant les exposés de théologiens de différentes confessions chrétiennes dans l’analyse de leurs traditions. « L’amour du Christ nous presse » et nous invite à exister en hommes renouvelés. Paul vivait exclusivement dans l’urgence de ces temps nouveaux et l’irruption du Royaume de Dieu dans son existence à tel point que sa vie et sa prédication témoignent de la foi au Christ comme d’une ontologie eschatologique. À l’inverse, ne sommes-nous pas sans cesse tentés de repousser le Royaume de Dieu à la fin chronologique de l’histoire ? Les Églises risquent toujours d’embourgeoiser le Christ, selon Karl Barth et beaucoup d’autres, donc de sombrer dans la mondanité spirituelle, pour reprendre une expression chère au pape François. Simultanément, nous nous posons la question : qu’est-ce qui nous presse aujourd’hui ? Au nom de l’homonymie du verbe « presser », nous nous hâtons pour des choses qui, en définitive, nous fatiguent et nous usent. Lorsque l’amour du Christ ne nous presse plus, perdant le caractère eschatologique de la foi chrétienne, nous sommes alors pressés. Tels des agrumes, le coeur de notre existence semble nous être enlevé.

En pensant au père Jacques Hamel, nous revient en mémoire aussi frère Roger, lui aussi assassiné, le 16 août 2005 à la prière du soir à Taizé. Jusqu’au bout, frère Roger a vu l’unité des chrétiens comme une question de réconciliation entre les Églises mais aussi entre chacun de nous et les autres et surtout de nous avec nous-mêmes. Jésus n’est pas venu fonder une religion de plus mais simplement apporter la possibilité d’une grande communion avec Dieu, avec les autres et avec nous-même, répétait-il inlassablement. Le christianisme a toujours vécu dans des mondes en crises. Il a les ressources pour nous aider à dépasser celles-ci. Face aux évolutions techniques, sociales et sociétales, nous pouvons nous lamenter, nous désespérer, nous raidir, nous plaindre de vivre une période terrible dans une tentation de victimisation paroxystique un peu mâtinée d’elle-même. Au contraire, nous sommes invités à nous convertir au Christ une fois de plus en acceptant que Jésus soit notre identité véritable. Le mouvement oecuménique nous apporte la richesse de son expérience. Acceptant un mouvement de conversion permanente, l’oecuménisme contemple le Christ comme le centre. Les particularités confessionnelles des Églises mènent à lui et sont offertes aux autres. Alors que la société française se questionne de plus en plus sur son identité, le chrétien ne craint pas la pluralité des identités. Le Christ est le début et la fin de son être et sa vie, non seulement pour lui mais
pour chaque être humain.

L’accomplissement que le Christ inaugure est d’abord celui du temps. La foi chrétienne n’apporte pas la fin de l’histoire, ni un surcroît quantitatif de temps. Le Seigneur initie un processus qui donne au temps une qualité nouvelle et plénière. « Chaque instant devient une porte par où entre le Messie, une porte du Royaume », selon la belle formule de Giorgio Agamben [1]. L’amour du Christ nous presse. Il ne nous fait pas échapper à l’histoire pour rêver d’un empyrée aseptisé ou nous réfugier dans une citadelle doctrinale assiégée. Au contraire, il nous donne d’accepter que nos histoires singulières, dans leurs paradoxales banalités et même précarités, soient le lieu où Dieu se presse à notre rencontre pour nous réconcilier.

Père Emmanuel Gougaud

Notes

[1Giorgio Agamben, Le Temps qui reste. Un commentaire de l’Épître aux Romains, Payot Rivages, 2000, p. 10.


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