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Rendez-vous avec frère Alain, moine du prieuré Saint Benoît de Chauveroche

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  • 1er juillet 2016

Moine du prieuré Saint Benoît de Chauveroche, le frère Alain nous présente ici son itinéraire œcuménique, marqué par un séjour en Allemagne et la théologie de Martin Luther, mais aussi par trois décennies d’enseignement de la philosophie et de la théologie au studium de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire.

Né en 1938, j’ai failli mourir à trois reprises dans mon enfance. Fragilisé par ces épreuves de santé, j’avais des difficultés à faire un travail en temps limité. C’est pourquoi j’ai fait trois premières. Même si ma famille me soutenait, je me suis senti rejeté par la société, car je n’arrivais pas à faire ce qui me tenait tant à cœur : poursuivre mes études. La vie était absurde : donner la vie revenait pour moi, à l’époque, à donner la mort en différé. J’ai même dit un jour à ma mère : « Tu m’as mis au monde, mais tu aurais mieux fait de t’abstenir »… Je ne sais pas comment je m’en serais sorti, si je n’avais pas découvert la Bible (Saint Paul en particulier) grâce à un aumônier de lycée, et bénéficié des homélies d’un jeune prêtre.

Je suis rentré à l’âge de 21 ans à l’abbaye de la Pierre-qui-Vire, fondée en 1850, qui fait partie de l’ordre de Saint-Benoît. Après une année « propédeutique » à la Sorbonne, j’ai fait la rencontre bouleversante de la vie monastique. Je n’ai jamais douté une seconde que ma place était là. C’était comme un coup de foudre, une évidence. La vie monastique m’a permis de me reconstruire et de creuser ma foi.

Les études en philosophie et théologie achevées au studium du monastère, le père abbé m’a proposé plusieurs possibilités concernant mon avenir : poursuivre ma formation en dehors du monastère pour y enseigner la philosophie, recevoir l’ordination presbytérale en vue d’assumer une certaine charge dans la communauté… Contrairement aux idées reçues, nous sommes très libres dans la vie monastique. Je lui ai donc répondu que ce qui m’intéressait, c’était la théologie, et que je souhaitais rester au monastère ; quant à l’ordination, ce n’était pas opportun. Je tiens beaucoup à l’esprit du monachisme primitif, qui distinguait bien la vocation monastique du ministère. Une longue réflexion sur ce dernier sujet était déjà engagée en communauté. Il a donc été décidé que je poursuivrais mes études pendant deux ans chez les jésuites à Chantilly, juste avant la fondation du centre Sèvres, issue de l’union des Facultés jésuites de Chantilly et de Lyon Fourvière. Mais que je ne serai pas ordonné prêtre.

Ainsi, j’ai eu la chance d’explorer plus amplement la philosophie moderne, surtout d’expression allemande. J’ai alors réalisé qu’il fallait, non pas chercher chez les auteurs ce qu’on désire y trouver, mais les lire, en essayant d’entendre leur message. Ce principe m’a beaucoup servi, aussi bien dans le dialogue œcuménique que dans l’enseignement de la philosophie et de la théologie, assuré pendant plus de trois décennies au studium de la Pierre-qui-Vire. Petite structure liée à l’Institut catholique de Paris, qui nous laissait une grande liberté.

Après ce premier contact avec la philosophie allemande, le désir m’est venu de l’étudier en Allemagne. Mon abbé de l’époque a voulu établir des contacts avec ce pays. Il fallait vivre la réconciliation, aussi bien entre les peuples qu’entre les Églises. J’ai donc passé 2 semestres sabbatiques à Tübingen au milieu des années 70, pour continuer mes études en philosophie auprès de Josef Simon. Ayant vécu durant le nazisme, il enseignait une lecture antitotalitaire de la philosophie moderne, en s’appuyant notamment sur Descartes, Leibniz, Kant, Hegel et la philosophie du langage. Mais j’ai suivi aussi les cours de Jürgen Moltmann et d’Eberhard Jüngel à la Faculté de théologie protestante, ce qui m’a éveillé à l’œcuménisme. J’ai fréquenté le séminaire de Walter Kasper à la Faculté de théologie catholique. Et à Fribourg en Brisgau, j’ai écouté Otto Hermann Pesch qui reste, à mes yeux, le meilleur spécialiste catholique de Luther. En effet, Jüngel et Pesch ont été les chevilles ouvrières de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée à Augsbourg en 1999 entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique.

On croit souvent que l’espérance du monde à venir est une fuite par rapport au présent. Grâce à Moltmann, j’ai pu comprendre que c’est exactement l’inverse. En effet, l’attente eschatologique du Christ, si importante pour la transmission de la foi, nous permet d’habiter le présent autrement, en surmontant les frustrations qui lui sont inhérentes. Sans cette espérance, nous pouvons faire l’expérience de l’absurde.

À Tübingen, je logeais dans la paroisse étudiante catholique, fréquentée aussi par des étudiants luthériens. En semaine, je participais à l’eucharistie catholique, et souvent le dimanche au culte luthérien. Là j’ai découvert ce que je n’ai jamais vécu en France : un quart d’heure d’orgue, avant et après la célébration, présidée parfois par des femmes pasteurs, et des homélies d’une demi-heure. Après mon séjour sabbatique, l’allemand est devenu ma langue habituelle de lecture, et l’Allemagne ma seconde patrie. Aussi, avec une théologienne allemande qui m’a fait découvrir Lacan, Hadwig Müller, nous avons organisé des congrès théologiques œcuméniques franco-allemands (Fribourg, Magdebourg, Brésil). Au Brésil, j’ai rencontré des théologiens catholiques et protestants de valeur, mais ma vision positive de la modernité a été bousculée par l’histoire de l’esclavage et les traces qu’elle a laissées.

Plusieurs traits me rendent proche de Luther. Non le Luther de la légende protestante, ou celui de la controverse anti-luthérienne. Mais le théologien, façonné par la culture monastique, qui nous parle encore aujourd’hui.

Luther pense à partir de son expérience du combat spirituel : « C’est l’expérience qui fait le théologien ». Ce qui est extraordinaire chez lui, ce n’est pas son épreuve personnelle, mais son acharnement à refuser les solutions trop faciles. Il va jusqu’au bout de son impasse, ou il y est mené. Comment être sauvé quand on se heurte à l’impossibilité d’aimer Dieu par-dessus tout, conformément à la loi, résumant le décalogue : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même » (Lc 10,27) ? Quand le repentir est toujours l’expression d’un orgueil blessé ? La question qui tourmente Luther ne porte donc pas sur la foi, mais sur l’amour.

La réponse lui vient de sa lecture des Écritures qui ne sépare pas lectio monastique et travail exégétique. Il retrouve ainsi l’Écriture avec un regard neuf. Avec l’évidence que Dieu commence par détruire ce qui nous détruit, avant de tout reconstruire autrement. Car « c’est le propre de Dieu de créer à partir de rien, et tant qu’un homme n’est pas réduit à rien, Dieu ne peut rien en faire ».

En cette vie, nous ne pouvons pas aimer Dieu par-dessus tout, mais ce n’est pas dramatique, car c’est la foi qui nous justifie. Elle nous permet de croire à l’amour que Dieu nous a manifesté dans le Christ crucifié. L’amour ne se mérite pas, il se donne, gratuitement. Il suffit de l’accueillir dans la foi. Car que l’on soit aimé, on ‘ne’ peut ‘que’ le croire. Non seulement la foi accomplie peut cohabiter avec un amour encore imparfait, mais si notre foi est pleine et entière, Dieu nous donnera le temps de grandir dans l’amour. Présentement, nos imperfections demeurent, mais noyées dans la confiance.

La crise spirituelle de Luther et ses recherches bibliques débouchent ainsi sur une expérience de libération. Ce que Dieu nous demande, c’est de reconnaître notre péché et de croire en son amour. Si nous accueillons le don de la foi, nous pouvons cheminer avec Dieu sans nous torturer la conscience. C’est ainsi que la Réforme naît dans l’amphithéâtre de l’université, et non d’abord à partir de l’affaire des indulgences qui expose Luther au choc d’un événement extérieur. Si Luther s’y engage, c’est pour prendre au sérieux sa responsabilité de théologien. La tâche des exégètes et des théologiens, c’est de « faire mûrir le jugement de l’Église », dit le concile Vatican II, repris par le pape François. C’est exactement ce que Luther veut faire. Car il est davantage préoccupé par notre relation à Dieu que par les abus de la papauté et les questions institutionnelles.

Mais Luther se heurte à un mur. Pourquoi ? L’Église cléricale du sacerdoce et de l’empire bloquait tout désir de réforme depuis deux siècles. La théologie du jeune Luther était presque inconnue, et son génie théologique prenait tout le monde au dépourvu. Certaines questions n’étaient pas mûres, et le pluralisme n’avait pas droit de cité en régime de chrétienté. L’affaire Luther apparaissait comme une menace sur la papauté. On redoutait les complications politiques.

Il aurait fallu s’expliquer, mais les finances ne pouvaient pas attendre. Rome exigea une rétractation pure et simple. Mais comment rétracter une expérience de libération au terme de longues années de lutte et de recherches exégétiques ? Faute de débat doctrinal, le discernement fit défaut. Ce fut la rupture… Mais cette expérience de libération garde une valeur permanente, surtout dans notre société qui nous juge souvent selon nos œuvres. Une expérience dans laquelle je peux me reconnaître, comme des millions d’hommes et de femmes, même si je suis sensible à d’autres accents.

On ne sait ce que l’on doit le plus regretter. L’antijudaïsme du dernier Luther ? La division de l’Église ? Les souffrances d’un siècle de guerres de religion, où des chrétiens se sont assassinés au nom d’un Évangile invitant à aimer son prochain comme soi-même ? Le discrédit jeté sur un modèle théologique qui a prouvé sa prodigieuse fécondité en dehors de l’Église catholique ?

Nous ne pouvons pas en rester à ces regrets. Au fil des siècles, les Églises catholique et protestantes ont beaucoup reçu les unes des autres, au point que nous pouvons nous interroger sur la place de la Réforme dans la tradition chrétienne, et même dans le plan de Dieu, comme l’a fait jadis Jean Paul II à Augsbourg. Que serait aujourd’hui le catholicisme sans Luther ? Personne ne peut le dire... Reste que si beaucoup a été fait, il reste beaucoup à faire. C’est l’enjeu du travail œcuménique.

J’ai beaucoup écrit sur ce sujet, mais peu publié. Pour réussir un projet de vie communautaire de type monastique, il faut renoncer parfois à ses projets personnels. Dans ce contexte, l’obéissance ne s’oppose pas à la liberté, mais devient libératrice. Le fait d’être accompagné ne me limitait pas, mais m’aidait à me surpasser, en prenant des risques que je n’aurais pas pu prendre tout seul, dans la recherche intellectuelle comme dans l’expérience de l’amitié. Le livre d’Aelred de Rievaulx (un moine anglais du XIIe siècle) sur l’amitié spirituelle [1] a joué un grand rôle dans la vie de la Pierre-qui-Vire. La parole vécue dans le cadre de l’obéissance monastique nous oblige à renoncer aux stéréotypes figés que nous pourrions avoir de nous-mêmes. Je suis plus grand que ce que je pense de moi, et l’autre est capable aussi bien de me le dire, que de faire le chemin avec moi pour me le prouver.

J’ai été envoyé à Chauveroche il y a 10 ans. Petit prieuré, fondé en 1980 par l’abbaye de la Pierre-qui-Vire dans le Territoire de Belfort. La région est fortement marquée par le protestantisme, en raison de la proximité géographique de Montbéliard, de l’Allemagne et de la Suisse. Entre le diocèse de Belfort-Montbéliard et la région Est de l’Église protestante unie de France, les relations sont excellentes, à plus forte raison depuis l’arrivée de notre nouvel évêque, le père Dominique Blanchet. J’ai trouvé en certains pasteurs de vrais frères. Ma pratique de l’œcuménisme en a été transformée.

À Chauveroche, il fallait relancer la librairie, un lieu à la fois culturel, commercial, pastoral, et un enjeu œcuménique. Des catholiques et des protestants y viennent pour parler, les livres n’étant parfois qu’un prétexte. Aujourd’hui, on a tendance à ne voir que les difficultés de nos Églises et du monde contem¬porain. On oublie qu’il y a des secteurs ecclésiaux qui sont exponentiels. Nous vivons, par exemple, une période extraordinaire quant à l’avancement de la recherche théologique et aux publications d’ouvrages. C’est une richesse à laquelle nous essayons de faire écho dans la librairie du monastère. Elle se porte bien, car elle peut proposer des ouvrages bibliques et théologiques de haut niveau.

Au monastère nous organisons chaque année, avec des pasteurs, des sessions retraites œcuméniques sur trois jours. Six fois par an, ont lieu également des samedis bibliques et théologiques. Nous y intervenons, mais aussi des théologiens invités pour l’occasion. L’année prochaine nous allons fêter le cinquantième. Ces temps œcuméniques réunissent une trentaine de personnes et répondent à une demande de formation que les paroisses ne peuvent pas assumer.

Il n’existait pas dans la région de groupe de recherche théologique œcuménique. Nous en avons fondé un avec le pasteur Pascal Hubscher il y a neuf ans. Ce groupe réunit une fois par mois une dizaine de théologiens et théologiennes, dont l’inspecteur ecclésiastique de la région Est Montbéliard, Fabrice Pichard. Nous travaillons des textes œcuméniques (comme le document Du conflit à la communion et ceux relatifs à la concorde de Leuenberg), mais aussi des textes de Luther (tel que les thèses de Heidelberg), ou encore des écrits catholiques (comme La joie de l’Évangile du pape François). Notre liberté de parole est totale, nous pouvons donc nous permettre d’aborder des sujets délicats en toute franchise, comme la question des ministères, sur laquelle la recherche a beaucoup progressé depuis le concile Vatican II. Qu’il suffise de citer les noms de quelques théologiens catholiques, Raymond Brown aux USA, Otto Hermann Pesch en Allemagne, Christoph Theobald en France. Actuellement, notre groupe termine une note sur le projet de la déclaration de foi de l’Église protestante unie de France.

Je participe à plusieurs commissions œcuméniques, dont la commission œcuménique mixte de Montbéliard. Elle désirait faire connaître la Charte œcuménique, signée le 12 avril 2001 à Strasbourg [2]. Mandatés par cette commission, le pasteur Éric Demange et moi, nous avons pris notre bâton de pèlerin. Nous sommes allés dans cinq doyennés catholiques, en invitant à chaque fois les consistoires protestants les plus proches. Nous avons repris la même démarche, le pasteur Pascal Hubscher et moi, pour le document Du conflit à la communion, en s’appuyant cette fois-ci sur les consistoires, qui étaient les hôtes de ces rencontres. Pour préparer le cinquième centenaire de la Réforme en 2017. Il faudra revenir, d’une manière ou d’une autre, sur le procès Luther.

Par ailleurs, le « colloque pour l’évangélisation » de Montbéliard, un groupe dénommé ainsi depuis trente ans, auquel je participe avec le frère Basile et au sein duquel il y a une forte présence évangélique, prépare une exposition œcuménique au temple Saint-Martin de Montbéliard pour la fin de l’année 2016.

Il y aurait beaucoup à dire sur les chances et les difficultés de l’œcuménisme. Je m’en tiens à ce que m’inspire ma petite expérience.

Qu’est-ce qui motive l’œcuménisme ? Le désir de Dieu, bien sûr. Mais ce désir nous rejoint à travers notre propre désir, que nous recevons des autres, de leur altérité. C’est vrai dans toute relation humaine : Qui y a-t-il derrière ces deux yeux qui me regardent, ces deux oreilles qui m’écoutent ? C’est vrai aussi dans la rencontre œcuménique de personne à personne. Se laisser fasciner par l’altérité de l’autre, voilà le ressort de l’œcuménisme, car à travers cette altérité, Dieu nous dit des choses décisives, pour notre vie et celle de nos Églises.

Pour honorer cette altérité, il convient d’habiter la tradition de l’autre. L’œcuménisme suppose ainsi l’apprentissage d’une autre tradition, qui permet à chacun d’approfondir ses propres racines. Il s’agit de porter dans notre chair la souffrance de nos divisions, pour travailler, de l’intérieur, au rapprochement des Églises. Sans nous en tenir à des demi-mesures, où chacun ne fait qu’une partie du chemin, dans la liturgie ou en théologie.

Il m’est arrivé de travailler avec des théologiens allemands dans des rencontres où chacun parlait sa propre langue, sans que l’on ait besoin de traduire. Quelle joie d’entendre l’autre s’exprimer dans sa langue ! La limite, c’est que chacun ne fait que la moitié du parcours. Ce serait tellement mieux si chacun pouvait parler couramment la langue de l’autre ! Petite parabole qui peut d’abord éclairer notre rapport au culte ou à la liturgie.

Participer à une liturgie œcuménique est une chose. Fréquenter la liturgie d’une autre Église en est une autre. Dans une liturgie œcuménique, chacun accomplit la moitié du parcours, et encore, car la tentation est alors de gommer les différences. Mais en participant à la liturgie de l’autre, chacun fait la totalité du chemin et accepte de se laisser transformer. Une participation qui ne pose aucun problème, mis à part l’hospitalité eucharistique du point de vue catholique.

De même, faire une session avec un pasteur sur des documents œcuméniques, ne permet de se retrouver qu’à mi-parcours, car ces textes éliminent les arêtes vives. Et si, autre cas de figure, chacun parle de sa propre tradition dans l’espérance de susciter un débat, la rencontre reste fragile… Mais il y a mieux à faire. Par exemple, si je parle de Luther et le pasteur de la théologie catholique, c’est que nous avons fait la totalité du parcours. Que nous apprenons à vivre et à exprimer la tradition spirituelle et théologique de l’autre, de sorte qu’il se sente compris, reconnu et aimé. Car si nos divisions sont un scandale, nos différences sont une richesse qui devrait être davantage valorisée dans un partage des dons. Nous avons tout à y gagner, même l’approfondissement de notre identité et de notre foi, dans un profil confessionnel renouvelé.

Je crois beaucoup à un œcuménisme de la rencontre. Au fait de nous dire ce qui nous porte dans notre tradition, et ce qui nous fait difficulté ; comme ce qui nous fascine dans la tradition de l’autre Église et ce qui nous rebute. L’œcuménisme commence à partir du moment où nous comprenons pourquoi nous pourrions vivre dans une autre confession chrétienne, et pourquoi nous restons dans la nôtre.

Je crois qu’il convient de nous interroger sur le but du mouvement œcuménique. Est-ce de former une seule et unique Église aux dimensions du monde ? N’est-ce pas plutôt de rechercher une pleine communion entre des Églises dont chacune a son charisme particulier et ses risques ? On n’efface pas d’un trait de plume des siècles et des siècles d’histoire qui ont façonné des identités.

Je crois à l’importance décisive de l’œcuménisme théologique, en procédant pas à pas. La prochaine étape pourrait être l’élaboration d’une déclaration commune entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique sur l’interprétation des Écritures, en prenant modèle sur la Déclaration commune sur la doctrine de la justification.

Je crois enfin à ce grand principe de l’œcuménisme,
constamment transgressé : ne pas faire séparément, ce que nous pouvons déjà faire ensemble.

Propos recueillis par
Ivan KARAGEORGIEV

Notes

[1Cf. L’amitié spirituelle, Bégrolles-en-Mauges : Abbaye de Bellefontaine, 1994.

[2Cf. Unité des Chrétiens n° 123 (juillet 2001), p. 6.


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