Unité des chrétiens
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Revue Unité des Chrétiens



Justices...

 

4 octobre 2018

N° 192 (octobre 2018) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 192 (octobre 2018)

Sommaire

ÉDITORIAL : Justices... (Emmanuel GOUGAUD)

ABÉCÉDAIRE ŒCUMÉNIQUE : Qu’est-ce que l’Église orthodoxe ? (Nicolas KAZARIAN)

ESSENTIEL : Le pape François à Genève : « Un voyage vers l’unité » (Stephen BROWN)

Le rassemblement à Bari

Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2019 (Anne-Noëlle CLÉMENT)

CÉCEF : Offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2019

DOSSIER : Justice...

La justice divine dans l’Ancien Testament (Jean-Marie CARRIÈRE)
Pour Jean-Marie Carrière, religieux jésuite et professeur d’exégèse biblique au Centre Sèvres, la justice sociale revendiquée par les prophètes d’Israël découle de l’alliance avec Dieu. La dignité du pauvre est la première théologie de l’histoire.

Le déploiement de la justice divine et son interaction avec la justice humaine au sein du Nouveau Testament (Jack KHALIL)
Professeur d’exégèse biblique à l’université de Balamand, l’archimandrite Jack Khalil déploie l’action du Christ et la participation des hommes dans l’enseignement de l’apôtre Paul. L’être humain doit consentir, par ses actions, à devenir ce qu’il est déjà par grâce.

Justice humaine – Justice divine, en République centrafricaine (Jean-Arnold DE CLERMONT)
Ancien président de la Fédération protestante de France et président de l’observatoire Pharos, Jean-Arnold de Clermont explique les différences entre amnistie, justice distributive et justice restaurative dans ce pays ravagé par la violence.

Le vœu de pauvreté : un signe fécond au cœur de l’injustice ? (Stéphane HUARD et Jean-Pierre GODDING)
Deux membres de la Communauté du Chemin Neuf, le père Stéphane Huard, délégué provincial, et frère Jean-Pierre Godding racontent leurs initiatives pour venir en aide aux enfants des rues de Kinshasa. Chasteté, pauvreté, obéissance, ouverture oecuménique ne sont pas seulement des options préférentielles pour les plus pauvres mais d’abord des signes du Royaume de Dieu !

Rendre justice au moment (Daniel DERAJINSKI)
Daniel Derajinski est photographe. Sa foi anime son travail. Ses photographies lui permettent de rendre justice toujours avec justesse.

Interaction entre la justice divine et la justice humaine (Roberto MORENO-CHEVAIXS)
Expert-comptable, Roberto Moreno-Chevaix est membre du conseil presbytéral et trésorier de la paroisse protestante de Paris-Montparnasse. La Bible ne cesse de rassasier et creuser son désir de justice, à la maison ou au travail.

RENDEZ-VOUS avec Michel Mallèvre

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Juin-août 2018

LECTURE

AGENDA


Editorial

Justices...
Dans l’actualité de cet été 2018, les drames à répétition en Méditerranée, liés aux phénomènes migratoires, suscitent simultanément chez les Européens compassion et solidarité mais aussi inertie et inquiétude. Devant la récurrence de ces images, nous risquons d’être blasés, nous enfonçant dans l’indifférence mais aussi dans la crainte.

Cette crise des migrants est une excellente illustration de la différence entre la justice distributive et la justice commutative. La première est une justice au mérite, selon l’effort de chacun, leur ancienneté dans le pays, leur apport à celui-ci. La seconde ignore les différences entre les individus et donne à chacun la même part. Quelle justice pratiquer ? De plus, la solidarité des Européens envers les migrants n’est-elle pas un frein au développement de leurs patries ou un paravent commode au statu quo des injustices ? La véritable justice ne passe-t-elle pas par un partage plus équitable des ressources et des richesses entre les pays développés et en voie de développement ? Devant ces problématiques, beaucoup se contentent d’éviter l’injustice. Ils s’inspirent de l’aphorisme d’Héraclite d’Éphèse, philosophe du VIe siècle avant Jésus-Christ : « s’il n’y avait pas d’injustice, on ignorerait jusqu’au nom de la justice ! » [1].

La quête de la justice est donc une question complexe. Pour la rechercher, il importe de la définir. Les croyants d’Israël et les chrétiens à la suite de Jésus n’ont de cesse, cependant, d’agir pour la justice. Dans le mouvement oecuménique, on a même coutume de dire que si la foi divise encore les disciples du Christ, l’action les unit. Nous sommes admiratifs des nombreuses initiatives interconfessionnelles pour la défense des droits humains, l’option préférentielle pour les plus pauvres, la sauvegarde de la création. Les chrétiens ne se contentent pas d’attendre passivement « la terre nouvelle et les cieux nouveaux où la justice habitera » (2 P 3,13 reprenant Es 65,17 ; Es 66,22). Par le baptême, ils habitent déjà cette terre. Ils s’engagent pour la justice humaine conscients que Dieu a déjà rendu sa justice divine. Dans la résurrection du Crucifié, le mal et toutes les forces d’oppression de l’être humain, des pauvres surtout, ont été condamnés et vaincus. Loin de se résigner à la cohabitation précaire entre une justice humaine et les différentes formes d’injustice, ils sont plus que jamais affamés et assoiffés de cette justice divine inaugurée à Pâques.

Animés par ces perspectives, les chrétiens d’Indonésie ont relu le verset du Deutéronome « Tu rechercheras la justice, rien que la justice… » (Dt 16,20). Ils y ont trouvé un appel particulièrement prégnant pour eux et tous les chrétiens. Ils l’ont choisi pour thème de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne du 18 au 25 janvier 2019. Ils nous proposent donc les versets 11 à 20 de ce chapitre 16 du Deutéronome. Si « la paix est un des fruits de la justice (cf. Es 32,17), nous savons que « le fruit de la justice est semé dans la paix » (Jc 3,18). Aussi, en France, le Centre Unité Chrétienne de Lyon propose de développer sous cet angle le thème choisi en Indonésie. Nos prières, actions et efforts pour l’unité des chrétiens s’organiseront donc cette année autour de : « Justice et paix s’embrassent : chemin d’unité ».

Nous lirons le passionnant dossier réalisé par le Centre Unité Chrétienne de Lyon, en même temps que nous commanderons le matériel pédagogique. En vue de préparer la Semaine 2019, Unité des Chrétiens souhaite exposer ici les interactions entre la justice humaine et divine. Votre revue vous offre des récits d’affamés et assoiffés de justice. Que toutes les actions de cette Semaine de prière pour l’unité chrétienne fassent apparaître, au milieu d’une humanité encore gangrenée par l’injustice, l’unique Église du Christ comme lieu de vérité et de liberté, de justice et de paix, pour que tous renaissent à l’espérance !

Père Emmanuel Gougaud


[1Héraclite d’Éphèse, Fragments, traduction et présentation par Marcel Conche, Collection Épiméthée, PUF, Paris, 2011, fragment 23.

 


Évangéliser ensemble ?

 

2 juillet 2018

N° 191 (juillet 2018) : sommaire et éditorial

Œcuménisme et mission se stimulent

Revue Unité des Chrétiens, n° 191 (juillet 2018)

Sommaire

ÉDITORIAL : Évangéliser ensemble (Emmanuel GOUGAUD)

ABÉCÉDAIRE ŒCUMÉNIQUE : Où en est l’Église catholique ? (Sr Nathalie BECQUART)

ESSENTIEL : Vingt ans de conversations catholiques-évangéliques

Rassemblement du Forum chrétien mondial

États généraux de la bioéthique 2018

DOSSIER : Évangéliser ensemble

L’œcuménisme et l’évangélisation : une histoire de tables ouvertes ! (Anne SCHWEITZER)
Selon Anne Schweitzer, membre de l’Église Baptiste, l’évangélisation et l’unité des chrétiens se fécondent mutuellement. Le Forum chrétien francophone de Lyon prévu en octobre 2018 en est un parfait exemple.

La famille – disciple missionnaire (Vincent LE CALLENNEC)
Vincent Le Callennec est diacre et membre de la communauté du Chemin Neuf. Avec sa famille et ses enfants, il est missionnaire du Christ mais aussi son disciple.

Être missionnaire dans un monde sécularisé (Mgr JOSEH (POP))
Selon Mgr Joseph (Pop), archevêque de la métropole roumaine orthodoxe d’Europe occidentale, le disciple de Jésus ne serait se dispenser de la mission, loin d’être impossible, notamment grâce au repentir, l’aumône, le jeûne, la compassion pour le monde…, sans oublier l’exemple de la sainteté à la suite du Seul Saint.

Évangéliser par le cinéma, une expérience de l’unité (Hubert DE TORCY)
Catholique, Hubert de Torcy est directeur de la société SAJE Distribution qui évangélise par le cinéma et la diffusion numérique ou télévisuelle. Cette initiative missionnaire portée par la Communauté de l’Emmanuel se développe grâce à un partenariat avec des évangéliques.

Ensemble vers la vie et Evangelii gaudium : la mission et l’évangélisation vers les marges et depuis les marges (Jane STRANZ)
Ancienne responsable des relations oecuméniques à la Fédération protestante de France, pasteure Jane Stranz compare deux documents sur la mission à partir de la place qu’ils accordent au périphérie dans l’évangélisation.

Nouvelles formes d’Église : mettre du vieux vin dans des outres nouvelles ? (Claire SIXT-GATEUILLE)
Responsable des relations internationales de l’Église protestante unie de France, pasteure Claire Sixt-Gateuille nous raconte l’expérience passionnante des « Fresh Expressions of Church ».

RENDEZ-VOUS avec Matthew Harrison

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mars - juin 2018

AGENDA


Editorial

Évangéliser ensemble ?
Œcuménisme et mission se stimulent

Dans la promotion de l’unité des chrétiens, les missions occupent une place particulière. Les historiens datent la naissance du mouvement oecuménique contemporain à la Conférence missionnaire d’Edimbourg en 1910. Pourtant, œcuménisme et mission sont-ils vraiment en phase ? En théorie, les engagements, missionnaire et oecuménique, des Églises se conjuguent aisément. Jésus commande l’amour fraternel afin que le monde croie (Jn 17,21). Dans les faits, le témoignage de l’histoire montre les critiques et même les combats entre chrétiens. On pourrait croire ces conflits justement dépassés. Or, les rassemblements œcuméniques récents, comme le Forum chrétien mondial de Bogotá en avril 2018 ou la Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation du Conseil œcuménique des Églises à Arusha en mars 2018, déplorent encore le prosélytisme agressif. D’où vient la récurrence de cette concurrence entre ceux qui devraient être au service d’un même objectif ?

Le thème des relations entre évangélisation et œcuménisme déploie des problématiques variées. Il s’agit d’abord de la vision que les Églises ont d’elles-mêmes. Cela inclut leur image de l’unité, en leur sein et entre elles, leur dynamisme et leur capacité à sortir d’elles-mêmes. À partir de là, la vitalité missionnaire engendre un renouvellement de l’engagement œcuménique. Tous deux nous invitent à redevenir nous-mêmes disciples, à accepter le principe d’une conversion permanente, à entrer dans le désir d’unité du Christ pour ses amis en le laissant unifier notre vie. Dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 28,19-20), les apôtres, hésitants, reçoivent cet ordre de Jésus : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit ». Même sans lire le texte original grec, nous remarquons que cette phrase comprend des participes présents (« baptisant » et « apprenant ») et un verbe conjugué (« faites des disciples »). Un verbe conjugué est toujours le moteur d’une phrase. Le participe présent vient souligner une action. Dans cette phrase, un seul verbe est le centre grammatical, donc le lieu théologique. Il s’agit de faire des disciples, de proposer aux êtres humains de rencontrer Jésus, et de le suivre. Devenir disciples engage dans un réel processus de conversion permanente. On ne peut faire des disciples sans renouveler sa propre expérience de disciple. En ce sens, le pape François lie indissolublement le missionnaire et le disciple.

L’œcuménisme invite les disciples à s’enrichir des autres traditions dans leur compagnonnage avec le Christ. La mission rappelle aux Églises de ne pas exister pour leurs structures ou affaires internes mais pour faire rencontrer Jésus. Tous deux signifient aussi aux Églises leur caractère provisoire en vue de hâter le Royaume de Dieu. Ainsi, mission et œcuménisme sont invités à se nourrir mutuellement car ils nous amènent au cœur de la foi.

Père Emmanuel Gougaud


 


Devenir ministre

 

5 avril 2018

N° 190 (avril 2018) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 190 (avril 2018)

Sommaire

ÉDITORIAL : Jésus, Premier Ministre ! (Emmanuel GOUGAUD)

ABÉCÉDAIRE ŒCUMÉNIQUE : Qui sont les baptistes ? (Pierre de MAREUIL)

ESSENTIEL : Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2018

Institut supérieur d’études œcuméniques : 50 ans de dialogue

DOSSIER : Devenir ministre

Un regard catholique sur la liturgie d’ordination d’un prêtre orthodoxe (Luc FORESTIER)
Luc Forestier repère des convergences fortes entre les visions catholique et orthodoxe du sacrement de l’ordre. Son regard croisé sur une ordination orthodoxe lui permet même de questionner les catholiques sur leur fidélité au concile Vatican II.

Regard d’un chrétien orthodoxe sur une liturgie d’ordination-reconnaissance de ministère d’un pasteur (André LOSSKY)
André Lossky livre ses impressions sur l’ordination-reconnaissance de ministère d’un pasteur protestant. Il interroge la révision périodique des liturgies et l’engagement personnel du pasteur face à la communauté.

Un regard protestant sur la liturgie d’ordination d’un prêtre catholique (Christian BACCUET)
Selon Christian Baccuet, les convergences et différences entre les traditions protestante et catholique expriment le lien entre les ministères et la vision des Églises sur elles-mêmes. Ces divergences deviennent un programme œcuménique pour une réflexion commune.

RENDEZ-VOUS avec le métropolite Kallistos (Ware)

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Décembre 2017 - février 2018

LECTURE

AGENDA


Editorial

Jésus, Premier Ministre !

Dans le christianisme, le ministère est le service accompli par un chrétien ou une chrétienne, selon un appel particulier de Dieu et une mission confiée par sa communauté. Ministre ou ministère vient du latin minister, qui accomplit une tâche au service, lui-même dérivé de minus, inférieur. Il s’agit d’une référence directe à Jésus, le Seigneur fait serviteur. Les ministères continuent ainsi l’œuvre du Christ. Ils ne sont pas des pouvoirs mais des services de Dieu, des chrétiens, de tout être humain. Chacune des Églises déploie une vision particulière des ministères en son sein. Ils structurent la communauté chrétienne. Ils s’organisent autour de la communion et du gouvernement mais aussi de la mission et de la charité. Les ministères sont au service de la communion au sein de chacune des familles ecclésiales. Pour ainsi dire, ils constituent l’ADN des Églises. La compréhension des ministères est en interaction avec la réflexion que les Églises nourrissent sur elles-mêmes. Ils sont donc révélateurs de leur ecclésiologie, c’est-à-dire la façon dont les Églises se pensent et se définissent. Dans nos efforts pour la promotion de l’unité des chrétiens, la réflexion sur les ministères est donc nécessaire et stimulante. Au service de la communion à l’intérieur des confessions chrétiennes, ils les aiguillonnent dans leur marche vers l’unité.

« Les ministères aujourd’hui : nouveau contexte, nouveaux débats, dans nos Églises et entre nos Églises » fut le thème du colloque triennal organisé conjointement par la Faculté de théologie de Lyon et le Centre Unité Chrétienne les 21 et 22 novembre 2017 au Domaine Lyon Saint-Joseph. Une fois de plus, la revue Unité des Chrétiens est heureuse de vous offrir un avant-goût des Actes de ce passionnant colloque [1]. Après avoir évoqué dans une première partie l’évolution des ministères et de leur exercice dans nos Églises puis les ministères dans les écrits de Saint Paul, une deuxième partie examinait les liturgies d’ordination ou de reconnaissance de ministère dans nos Églises. Enfin, une dernière partie examinait les documents publiés sur les ministères pour y repérer des perspectives d’avenir. Les trois articles reproduits ici reprennent de larges extraits de la deuxième partie du colloque. En effet, la forme originale des regards croisés a servi de méthodologie à l’analyse des liturgies. Un pasteur luthéro-réformé analysait une ordination catholique romaine. Un théologien catholique étudiait une ordination orthodoxe. Enfin, un théologien orthodoxe relisait une ordination – reconnaissance de ministère luthéro-réformée.

Chacun vient à la table du dialogue avec sa vision des ministères, régulant en interne son Église. De tels regards croisés sont particulièrement fructueux pour l’unité des chrétiens. En effet, l’œcuménisme se manifeste singulièrement par l’échange des dons. Chacun veut enrichir l’autre chrétien par les trésors et les ressources de sa tradition particulière. Ainsi, ces regards croisés témoignent du souci de comprendre l’autre et de l’aider à mieux se comprendre lui-même. Les remarques et les questions des auteurs sont autant d’invitations, pour les Églises, à toujours entrer dans une conception renouvelée de leur beauté propre.

L’œcuménisme est une richesse ! Fort de cette conviction, notre revue est heureuse de vous offrir une nouveauté. Ce nouveau rendez-vous s’intitule « ABC des Églises ». Un court article donnera la parole à un chrétien pour présenter son Église. Dans ce numéro, le pasteur Pierre de Mareuil nous présente la tradition protestante baptiste. Cette nouvelle rubrique est le signe de notre volonté de rendre toujours plus accessible la diversité des traditions chrétiennes, au service de notre union avec le Christ. Avec la Lettre aux Hébreux, nous le contemplons dans l’accomplissement du seul véritable ministère. Il nous apprend à nous mettre au service les uns des autres avec humilité, patience, disponibilité. Ce sont bien là des caractéristiques des serviteurs de l’unité !

Père Emmanuel Gougaud


[1Les 21 & 22 novembre 2017 : « Les ministères aujourd’hui : nouveau contexte, nouveaux débats, dans nos Églises et entre nos Églises ». Ce colloque universitaire constituait la partie théologique de la Rencontre nationale des délégués à l’œcuménisme. Dans l’attente des Actes à paraître dans les prochains mois (aux éditions Profac, Lyon), Unité des Chrétiens se réjouit de pouvoir partager à ses lecteurs quelques contributions.

 


Œcuménisme et dialogue interreligieux : enjeux et défis

 

4 janvier 2018

N° 189 (janvier 2018) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 189 (janvier 2018)

Sommaire

ÉDITORIAL : Œcuménisme et dialogue interreligieux : de la possibilité d’une interaction (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Rencontre nationale des délégués à l’œcuménisme

DOSSIER : Œcuménisme et dialogue interreligieux : enjeux et défis

Dialogue interreligieux et œcuménisme : interactions sans confusion (François BOUSQUET)
Recteur de Saint Louis des Français à Rome, Monseigneur François Bousquet définit les spécificités de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux pour élucider leurs interactions réciproques.

Dialogues croisés – œcuménisme et interreligieux. Enjeux et défis (Emmanuel de France)
Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AÉOF), Mgr Emmanuel fait l’apologie du dialogue, présenté comme une manifestation de la vérité chrétienne.

L’interaction entre les dialogues oecuménique et interreligieux : Un point de vue protestant (Shafique KESHAVJEE)
Pasteur réformé. Shafique Keshavjee défend la thèse que le dialogue interreligieux nourrit et accélère l’unité chrétienne.

Œcuménisme et dialogue interreligieux en conversations (Clare AMOS)
À partir de sa riche expérience de terrain, Dr Clare Amos, ancienne directrice des études théologiques de la Communion anglicane, nous raconte tout le bénéfice d’une saine articulation entre œcuménisme et dialogue interreligieux.

Dialogue oecuménique et rencontre interreligieuse. Comment se situent-ils aujourd’hui dans nos relations ? (Sœur Dominique DEVILLERS)
Soeur Dominique Devillers, religieuse dominicaine, nous livre une magnifique méditation spirituelle.

Dialogue interreligieux : la contribution de la Communauté de Sant’Egidio dans
« l’esprit d’Assise »
(Jérôme THUAULT)
Prêtre de la Communauté de Sant’Egidio, Jérôme Thuault nous raconte l’histoire des rencontres interreligieuses d’Assise, initiée par le pape Jean-Paul II en 1986 et poursuivie par sa Communauté.

RENDEZ-VOUS avec Anne-Cathy Graber

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Septembre - Novembre 2017

LECTURE

AGENDA


Editorial

Œcuménisme et dialogue interreligieux : de la possibilité d’une interaction

Il faut le reconnaître : ce numéro d’Unité des Chrétiens procède de l’audace ! Il pose la question du lien entre l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Nous connaissons la tendance contemporaine à confondre ces deux notions. Il s’agit souvent d’un défaut d’explications ou de simplifications commodes. Le dialogue oecuménique repose sur l’union au Christ par le baptême. Membres du Corps du Christ, les chrétiens sont déjà un seul et même Corps. Celui qui les rassemble est plus grand que tout ce qui peut les séparer. L’unité voulue par le Christ a été blessée au cours des âges. L’œcuménisme agit pour l’unité des Églises chrétiennes. Il n’est pas une option mais une composante de la foi. La promotion de l’unité chrétienne est l’affaire de tous les baptisés. Le dialogue interreligieux, lui, offre aux religions de se rencontrer. Cherchant à se comprendre, elles n’envisagent évidemment pas de s’unifier. Elles se proposent de travailler ensemble à la paix et au bien commun de l’humanité.

Ces rappels faits, la question perdure. Ne risque-t-on pas d’accentuer la confusion ? Une seconde question s’esquisse, liée à la première. Nous connaissons bien la rengaine qui dit que l’œcuménisme n’intéresserait plus les jeunes chrétiens. L’intérêt pour l’œcuménisme se serait émoussé devant l’arrivée de l’Islam en Europe occidentale et la nécessité d’initier un dialogue islamo-chrétien. Ce numéro ne vient-il pas accréditer implicitement cet état d’esprit ?

Ces deux questions sont importantes. Elles revêtent même une acuité renouvelée. Aussi, nous devons les étudier avec précision, rigueur et détermination. Ce numéro entend définir clairement l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Des théologiens de différentes confessions chrétiennes y réfléchissent sur leurs points communs, leurs interactions, leurs limites. Il s’agit de montrer les opportunités à saisir et les dangers à éviter. Plus encore, il ose poser la question d’une possible fécondité du dialogue interreligieux pour la promotion de l’œcuménisme. Le dialogue interreligieux interroge sur l’unicité du salut, totalement donné en Jésus Christ, et sur le mode de participation à celui-ci. L’œcuménisme, lui, interroge sur l’unicité de l’Église du Christ, et sur le mode de participation des communautés chrétiennes à celle-ci. Ces interrogations peuvent-elles, sans confusions ni simplifications, se féconder mutuellement ? La rencontre avec les croyants d’autres religions peut-elle accélérer l’unité des disciples du Christ ? Nous savons la complexité des réponses à ces questions. Si nous n’avons pas la prétention d’y répondre, nous souhaitons humblement aider à bien les poser. Ainsi, ce numéro se propose d’initier une réflexion, pas de la conclure.

Le cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, évoque l’action en faveur de l’unité en une métaphore très intéressante. L’œcuménisme ressemble à un avion. Les passagers ressentent fortement le décollage. Une fois en vol, l’avion semble avancer lentement, alors que sa vitesse est colossale. Au début du mouvement oecuménique, les chrétiens ont vécu de grandes évolutions, tel un décollage. Aujourd’hui, il continue d’avancer malgré les apparences [1]. En filant la métaphore, nous assistons au décollage du dialogue interreligieux, tandis que l’œcuménisme, en vitesse de croisière, poursuit son parcours. Dans les deux cas, l’unique pilote est l’Esprit Saint. Nous savons qu’il nous mènera à bon port.

Père Emmanuel Gougaud


[1Cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano du 8 juillet 2016.

 


Libertés

 

26 septembre 2017 2017

N° 188 (octobre 2017) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 188 (octobre 2017)

Sommaire

ÉDITORIAL : Libérer la liberté ! (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Le Groupe national de conversations catholiques-évangéliques invite à l’évangélisation commune

« Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur » (Ex 15,1-21) (Anne-Noëlle CLÉMENT)

CÉCEF : Offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2018

DOSSIER : Libertés

Le Christ : quelle libération ? (Etienne GRIEUI)
Père jésuite et président du Centre Sèvres, Etienne Grieu fait dialoguer exégèse, philosophie et théologie pour montrer que la liberté prend sa source dans le dialogue authentique avec l’autre.

« C’est pour la liberté… » (Jacques BUCHHOLD)
Commentant différents textes du Nouveau Testament, Jacques Buchhold, professeur de la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, présente le christianisme comme la religion de la liberté.

Vous avez dit « liberté » ? Quelques réflexions (Katharina SCHÄCHL)
Responsable de « Théovie », service de formation biblique et théologique à distance de l’Église protestante unie de France, pasteure Katharina Schächl nous invite à lire la Bible comme des récits d’expériences libératrices.

Être libéré et vivre pour le Seigneur (Serge HOLVOET)
Serge Holvoet, enseignant à la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Lille, nous livre une magnifique présentation de la conception paulinienne de la liberté exposée dans la lettre aux Romains.

Liberté chrétienne comme être ecclésial (Constantin DELIKOSTANTIS)
Professeur à l’Université d’Athènes et au Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique à Chambésy-Genève, Constantin Delikostantis nous offre une belle méditation sur l’interaction entre l’idée de liberté et la vie communautaire en Église.

La liberté chrétienne des entrepreneurs (Anne DUTHILLEUL & Gérard LACOUR)
Anne Duthilleul, présidente de la Commission Repères des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens [EDC] et Gérard Lacour, membre des EDC en Poitou Charentes, chef d’entreprise et conseiller spirituel protestant au sein du mouvement, témoignent de la beauté et de l’efficacité de la notion de liberté chrétienne lorsqu’elle est développée dans le monde de l’entreprise.

RENDEZ-VOUS avec le cardinal Kurt Koch

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai - août 2017

AGENDA


Editorial

Libérer la liberté !

Environ 92 400 000… C’est le nombre d’occurrences proposées par le moteur de recherche internet Google pour le mot « liberté » ! Dans notre société de démocratie libérale et d’économie de marché, cette notion est plus que jamais exaltée comme la réalisation plénière de l’être humain. La liberté est désirée, promue, recherchée, objet de tous les efforts et de tous les désirs. On la rêve, on la chérit, on l’espère, on la regrette, on la préfère à tout, on lui sacrifie beaucoup. La liberté est devenue l’étalon de notre degré d’épanouissement. Son contraire est la dépendance, crainte et refusée car identifiée à une perte d’autonomie. Bref, jamais Paul Éluard n’aurait imaginé pouvoir vraiment partout écrire son nom [1]. Cette omniprésence, et omni-prégnance, de la liberté pose la question de sa signification. Devant tant d’engouements, il est important de la définir. Plus encore, il convient que cette définition recueille l’approbation de tous. Sinon, une telle quête peut devenir le blanc-seing de l’égoïsme de chacun. Nous savons bien que la liberté ne saurait se confondre avec l’assouvissement de ses envies, sous peine de subir l’asservissement à ses instincts. La liberté peut aussi souvent être confondue avec le libre arbitre, cette possibilité de choisir entre le bien et le mal. Or le mal engendre la dépendance donc l’aliénation de la liberté. Si beaucoup d’expériences modernes de la libération ont abouti à de nouvelles formes d’esclavage social et psychologique, c’est d’abord parce que la vérité humaine de la liberté n’a pas été reconnue, au départ, selon sa juste mesure.

Nous le voyons : la définition de cette notion est complexe. De plus, il convient de se poser sans cesse la question de Georges Bernanos : la liberté, pour quoi faire [2] ? En effet, la liberté n’est jamais un en-soi, c’est-à-dire une idée se suffisant à elle-même de manière abstraite. Notre désir d’être libre nous limite souvent à cette perspective réductrice. Nous pensons à la libération de quelque chose, beaucoup moins à la liberté en vue de quelque chose.

Dans le livre de l’Exode, le peuple d’Israël est libéré de l’esclavage d’Égypte. Cependant, il se détourne du vrai Dieu pour adorer le veau d’or, salivant au souvenir des fritures égyptiennes. Le don de la Torah inscrit la liberté dans l’alliance avec Dieu. À cet effet, la tradition judéo-chrétienne prend soin de distinguer la liberté et la libération. L’être du Dieu vivant et aimant est un être de liberté. Dieu seul est libre. En Dieu, liberté et souveraineté sont intimement liées. Il lui plaît d’être notre Dieu et de prendre notre cause en main. Fragile, l’être humain doit toujours devenir libre, être libéré de ce qui lui fait du mal. Aussi, si la liberté est le propre de Dieu, la libération nous concerne tous profondément. Jésus-Christ vient libérer la liberté !

Plus que jamais, nous faisons nôtre l’exclamation de Moïse et des fils et filles d’Israël : « Le Seigneur est ma force et ma louange. Il mon libérateur ! […] Ta main droite, Seigneur, éclatante de puissance » (Ex 15,2 ; 6). S’inspirant de ce verset, les chrétiens des Caraïbes adressent à tous les baptisés cet appel. Ils l’ont choisi pour thème de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne du 18 au 25 janvier 2018. Durablement traumatisés par l’esclavage colonial, les chrétiens saluent leur délivrance comme l’action de la main de Dieu. Nous lirons le passionnant dossier réalisé par le Centre Unité Chrétienne de Lyon, en même temps que nous commanderons le matériel pédagogique. En vue de préparer la Semaine 2018, Unité des Chrétiens souhaite faire résonner ici les différentes dimensions théologiques du thème de la liberté, vous offrant les exposés de théologiens de différentes confessions chrétiennes dans l’analyse de leurs traditions.

Dans son mystère pascal, le Christ fait tomber tous nos jougs. Il ne nous appelle plus serviteurs mais amis (Jn 15,15). Nous ne sommes plus liés les uns aux autres par les chaînes des esclaves mais par le lien de l’amour fraternel. L’unité des chrétiens devient signe de cette libération !

Père Emmanuel Gougaud


[1Paul Éluard, Œuvres complètes, tome 1, Bibliothèque de la Pléiade, 1968, p. 1608. Il s’agit du célèbre poème : « Liberté, j’écris ton nom ».

[2Georges Bernanos, La liberté, pour quoi faire ?, Paris, 1953

 


Invitation aux voyages

 

28 juin 2017 2017

N° 187 (juillet 2017) : sommaire et éditorial

N° 187 (juillet 2017) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 187 (juillet 2017)

Sommaire

ÉDITORIAL : Invitation aux voyages (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Carême et Pâques à Lille (Anne-Laure de La RONCIÈRE)

CÉCEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : Invitation aux voyages

Le don de l’hospitalité (Adalberto MAINARDI)
Moine du monastère de Bose, Adalberto Mainardi nous offre une très belle méditation biblique sur les figures de l’étranger, du pèlerin, de l’hospitalité.

Vacances œcuméniques (Sœur FRANÇOISE)
Sœur Françoise, de la Communauté de Grandchamp, nous invite à entrer dans le repos en Dieu, en contemplant particulièrement l’icône des Trois Visiteurs.

D’étape en étape, de visite en visite : le voyage œcuménique (Anne-Marie PETITJEAN)
Sœur Anne-Marie Petitjean nous fait partager son expérience de voyages et de pèlerinages œcuméniques sur les pas de Luther puis en Chypre.

L’auberge de jeunesse Adveniat (Milad YACOUB)
Au cœur de Paris, l’auberge de jeunesse Adveniat est un lieu dynamique et original pour favoriser les rencontres œcuméniques à travers des activités spirituelles, touristiques et conviviales !

Ephatta : l’hospitalité pour provoquer des rencontres œcuméniques… et authentiques (Thomas TEILHET)
Vous partez en vacances et vous cherchez un lieu d’hébergement ? Une seule adresse : Ephatta.com .Deux jeunes chrétiens nous expliquent comment est né le premier AirBnB à vocation chrétienne oecuménique !

La figure de l’hôte dans notre hospitalité monastique (Sœur NATHALIE)
Sœur Nathalie nous parle de son expérience de sœur hôtelière dans sa communauté. Accueillir les hôtes, c’est accueillir le Christ.

L’accueil de l’Autre par l’icône (Jean-Baptiste GARRIGOU)
L’atelier Saint Jean-Damascène a été créé pour transmettre l’iconographie aux occidentaux. Il nous plonge dans la théologie orthodoxe de l’icône, mystère de la rencontre entre Dieu et l’homme et renouvellement de l’Incarnation.

Une collaboration dans la fidélité et la confiance (Nicole DEHEUVELS (La Cause) et Vincent HEULIN (Fondacio))
Le mouvement Fondacio et la fondation La Cause nous racontent leur action en faveur des couples à travers leurs sessions d’été. C’est un magnifique exemple d’œcuménisme spirituel !

La charte des pèlerinages (Jacques DUCHENE)
Diacre permanent du Diocèse de Belfort-Montbéliard, Jacques Duchêne nous invite à la grande expérience spirituelle du pèlerinage dont il nous rappelle les temps forts.

RENDEZ-VOUS avec Étienne Lhermenault

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février - mai 2017

LECTURE

AGENDA


Editorial

Invitation aux voyages

Il faut le reconnaître : la Bible ne nous raconte pas de départs en vacances ! Pourtant, nous connaissons bien le commandement du repos du sabbat. Il est initié par Dieu lui-même au commencement (Gn 2,2-3). Le repos sabbatique est inscrit dans la Loi reçue par Moïse (Ex 35,2). Au temps du travail, succède celui de la « vacance », temps de ce qui est libre et disponible. L’anthropologie biblique évoque ainsi la finalité de l’être humain. Seul Dieu est source de vie et épanouissement de nos existences. Si essentiel soit-il, le travail ne saurait constituer le sens ultime et définitif de la vie. L’homme de la Bible est invité à se reposer, plus encore à entrer dans le repos donné par Dieu. Ce repos est polysémique. Il prend différentes formes. Il ne s’agit plus d’avoir ni de faire mais d’être avec Dieu, ses proches, soi-même, le monde. Nous pouvons alors facilement faire l’expérience que le plus court chemin pour aller de soi à soi passe par l’autre, selon la belle formule du philosophe Paul Ricoeur [1].

Le récit biblique de la vie des croyants nous raconte des rencontres. Certaines sont inédites, imprévues tandis que d’autres sont organisées et institutionnelles. Elles peuvent être désirées et souhaitées ou, à l’inverse, craintes et repoussées. Certaines portent immédiatement du fruit alors que d’autres paraissent stériles. En même temps que des rencontres, la Bible nous parle de voyages. De l’ordre de Dieu à Abraham : « Va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12,1) jusqu’à l’appel final de l’Apocalypse : « Amen, viens, Seigneur Jésus » (Ap 21,20), le déplacement est au cœur de la révélation divine. Dieu Lui-même se fait voyageur au milieu de l’humanité. Nous pouvons même regarder la vie de Jésus sous l’angle du voyage. Jésus part de la Galilée pour monter à Jérusalem. Plus tard, les Apôtres quittent Jérusalem pour aller au bout du monde, symbolisé par Rome. Les chrétiens se savent pèlerins sur cette terre. Ils sont des voyageurs en transit vers le Royaume. Cette situation pérégrinante est assurément plus inconfortable que la position statique. Il est tentant de rester à ce que l’on connaît. Ainsi, le choix de quitter sa zone de confort est toujours à renouveler. De plus, la rencontre de l’autre, différent, étrange, incompréhensible ne peut que nous transformer intérieurement. Nous sommes toujours altérés par l’altérité. Cela ne doit pas nous faire peur. Si la rencontre peut occasionner une part de mort à nous-mêmes, elle génère également à profusion de nouvelles potentialités, des opportunités, des renouveaux.

En ce sens, le mouvement pour l’unité des chrétiens s’inscrit profondément dans cette perspective biblique de rencontres et de déplacements. L’œcuménisme est ainsi invitation au voyage ! Il invite à bouger aux marges et aux frontières de son Église, de sa communauté, de sa tradition chrétienne. Il offre de rejoindre des chrétiens différents pour les découvrir et s’enrichir de leurs traditions spirituelles. Ce numéro d’Unité des Chrétiens se propose d’envisager les vacances, le repos, le tourisme comme des lieux œcuméniques. Autre fois, le pèlerinage était bien souvent la seule occasion pour les chrétiens de découvrir une autre tradition spirituelle. Sans être délaissé, cet itinéraire spirituel n’est plus le seul moyen. Aujourd’hui, de nombreuses propositions de retraites, de détentes, d’hospitalité, de stages culturels sont au service du dialogue oecuménique. Plus encore, la mondialisation de nos conditions de vies a raccourci nos distances. Les voyages, les séjours à l’étranger, les « co » working, voiturage, location sont devenues des modes de vie et pas seulement des plus jeunes générations. Là aussi, les occasions de contacts œcuméniques se multiplient. Nous sommes heureux de vous les présenter et de leur donner la parole.

Dans la langue française, le mot « hôte » possède une double acception. Il signifie à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Cette homophonie est hautement significative, particulièrement au niveau spirituel. Les disciples d’Emmaüs en font une brûlante expérience. Le Christ est l’Hôte intérieur par excellence. Que ce temps de l’été soit pour nous tous une occasion de L’accueillir !

Père Emmanuel Gougaud


[1Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, 19972, p. 134.

 


Identité chrétienne

 

16 juin 2017 2017

N° 186 (avril 2017) : sommaire et éditorial

N° 186 (avril 2017) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 186 (avril 2017)

Sommaire

ÉDITORIAL : Qui suis-je ? (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Deux semaines de prière au mois de janvier en ignorance mutuelle, en échange de dons ou en compétition ? (Jane STRANZ)

DOSSIER : Identité chrétienne

Incertitudes ultramodernes et responsabilité des Églises (Jean-Paul WILLAIME)

Le sociologue Jean-Paul Willaime livre un panorama passionnant de la société française à l’aune du rapport entre religions, vie sociétale et laïcité. Il introduit la théorie de l’ultra-modernité, comme paradigme du rapport du christianisme au monde.

Face au défi de l’heure (Jean-François COLOSIMO)
Essayiste, éditeur, Jean-François Colosimo répond et prolonge la réflexion de Jean-Paul Willaime. Analysant les origines des nihilismes contemporains, il les associe aux nouveaux fondamentalismes religieux. Il invite à retrouver la spécificité de l’eschatologie chrétienne pour repenser le rapport au monde du christianisme.

Imaginer la mission de l’Église dans la société actuelle (Henri-Jérôme GAGEY)

Recevant lui aussi l’intervention de Jean-Paul Willaime, le théologien Henri-Jérôme Gagey répond en désignant les ambiguïtés de la société contemporaine. Il appelle de ses vœux l’émergence d’une nouvelle apologétique, en son sens le plus noble. Il la fonde sur l’expérience de la rencontre du Christ dans l’évangile de la marche sur les eaux.

RENDEZ-VOUS avec Dagmar Heller

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2016 - janvier 2017

LECTURE

AGENDA


Editorial

Qui suis-je ?

Il y bientôt trente ans, les responsables des principales Églises et communautés chrétiennes de France ont créé le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF). Sa vocation est de promouvoir toutes les démarches et initiatives favorisant l’unité des chrétiens. Ainsi, par exemple, notre revue est placée sous son patronage. De même, le CÉCEF permet à ses membres de se rencontrer et de prier ensemble en se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu. Sans se substituer aux instances décisionnelles des Églises et communautés, il offre un espace de réflexions, d’analyses et de débats. Il prend régulièrement des initiatives comme par exemple l’attribution d’un prix œcuménique à un jeune théologien [1]. Dans ce numéro, nous lirons le message du CÉCEF pour Pâques. Il invite les chrétiens à se rassembler pour proclamer ensemble la Résurrection du Seigneur puisque nous fêtons Pâques le même jour : le 16 avril 2017.

Régulièrement, les membres du CÉCEF invitent et écoutent des intervenants, théologiens, philosophes, universitaires, pasteurs de terrain, acteurs de la société civile. Il s’agit de toujours mieux connaître le monde contemporain, ses beautés et ses complexités, pour mieux lui proposer la foi chrétienne. En vue des échéances électorales de 2017 et à l’aune de leurs expériences locales concrètes de pasteurs, les participants à l’assemblée du CÉCEF, le 11 mai 2016 ont invité le sociologue Jean-Paul Willaime. Il y a dressé un vaste panorama de la sociologie religieuse française contemporaine. Il l’a confrontée à sa théorie de « l’ultra-modernité ». Le 16 novembre 2016, l’assemblée du CÉCEF s’est à nouveau réunie autour de deux théologiens : Henri-Jérôme Gagey, catholique et Jean-François Colosimo, orthodoxe. Ils étaient invités à commenter et à répondre à l’intervention de Jean-Paul Willaime. Ils ont fait résonner, dans les harmoniques de leurs traditions, des propositions spirituelles et pastorales. Un débat riche et fécond s’en est suivi autour du thème de l’identité chrétienne, unique et plurielle.

Notre revue Unité des Chrétiens est heureuse et fière de vous offrir ce numéro exceptionnel. En effet, notre dossier est constitué de ces trois contributions. Il ne s’agit pas seulement d’honorer les riches débats du CÉCEF ni même de faire connaître la teneur de ses assemblées. Plus fondamentalement, nous sommes invités à nous interroger sur notre identité. Depuis 2000 ans, les chrétiens ont toujours été confrontés au pluralisme religieux, éthique, culturel. À l’instar de chaque être humain, nous sommes sans cesse invités à conjuguer la multiplicité de nos identités familiales, professionnelles, relationnelles, matérielles, spirituelles, affectives. Offrant de nouvelles possibilités de dissociation, les nouvelles technologies, internet, les réseaux sociaux confèrent à cette perspective une acuité toute particulière. À la suite de la Lettre aux Éphésiens, les premiers chrétiens évoquaient déjà l’œuvre de récapitulation du Christ. Le Fils de Dieu est venu achever toute l’aventure humaine. Plus tard, les théologies des différentes confessions se proposeront de construire une relation harmonieuse entre la grâce divine et la nature humaine. Aujourd’hui, beaucoup de nos contemporains semblent désorientés. Les sociétés sont marquées par le désir de mondialisation et la protection de leurs racines. Les options politiques reflètent cette ambivalence. Plus que jamais, les chrétiens proposent le Christ à leurs contemporains comme la réponse à ces problématiques. Jésus n’abolit pas nos identités. Il les accomplit. Il les structure. Il les unifie. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie !

Père Emmanuel GOUGAUD


[1Le prix, crée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du CÉCEF, a été attribué jusqu’à présent à trois lauréats : le père Christophe Delaigue pour son mémoire Le pape, évêque de Rome, successeur de Pierre, patriarche d’Occident ?, le pasteur Jean Renel Amesfort pour son master intitulé Légitimité et fondements théologiques du ministère d’épiscopè dans une ecclésiologie d’Églises de professants et le père Olivier Nguyen pour son étude Intégration du concept théologique de missio Dei dans l’implantation d’églises évangéliques au XXIe siècle. Quelques passerelles avec la missiologie catholique.

 


La joie chrétienne

 

23 janvier 2017 2017

N° 185 (janvier 2017) : sommaire et éditorial

N° 185 (janvier 2017) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 185 (janvier 2017)

Sommaire

ÉDITORIAL : L’humour du fol (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun (Stephen BROWN)

L’archevêque de Canterbury Justin Welby : docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris

CÉCEF : Remise du Prix 2016 du Conseil d’Églises chrétiennes en France

Message du Conseil d’Églises chrétiennes en France - Avent 2016

DOSSIER : La joie chrétienne

La joie chrétienne, selon le quatrième évangile (Yves-Marie BLANCHARD)
Prêtre de Poitiers, professeur honoraire à l’ICP, membre du Comité mixte catholique/luthéro-réformé,le professeur Yves-Marie Blanchard est le meilleur exégète francophone de la littérature johannique. Il déploie ici un magnifique panorama exégétique, aussi dense qu’accessible.

La joie (Bertrand VERGELY)
Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie, enseignant en classe préparatoire et aussi à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, le professeur Bertrand Vergely déploie une admirable contemplation phénoménologique sur la joie du Christ. Il montre la spécificité de la joie manifestée par l’Église orthodoxe, particulièrement dans la liturgie.

Les chemins de la joie (Louis SCHWEITZER)
Pasteur baptiste et théologien, Louis Schweitzer enseigne l’éthique. À partir de différents itinéraires bibliques autour des notions de joie, de paix et de bonheur, Louis Schweitzer nous offre une synthèse théologique de la joie, associée aux vertus théologales de foi, d’espérance et de charité.

La joie de s’engager à vivre l’oecuménisme au quotidien à Lambeth Palace (Agnès VANHEMS)
Agnès Vanhems nous raconte ici la joyeuse expérience de colocation oecuménique vécue entre 15 jeunes chrétiens fondant une communauté de foi, de vie, de prière au cœur de la résidence de l’archevêque de Canterbury.

La joie dans Glorius (Benjamin POUZIN)
Benjamin Pouzin relit l’aventure de Glorious, groupe musical de pop louange qu’il a fondé et qu’il anime. En proposant la prière de louange comme site natif et
constitutif de la prière chrétienne, Glorious entend remettre la joie au centre de la vie spirituelle comme don de Dieu et réponse humaine.

La joie de l’Évangile (Jean VANIER)
Fondateur d’organisations internationales consacrées aux personnes handicapées : l’Arche et Foi et lumière, Jean Vanier nous propose de contempler la
transfiguration du Christ, déployée dans les faiblesses humaines.

La joie de célébrer Dieu dans d’autres Églises que la sienne, témoignage (Pierre de MAREUIL)
Pasteur de la Fédération Baptiste et aumônier de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, Pierre de Mareuil témoigne de la joie reçue lors des célébrations des autres Églises chrétiennes, à la fois par la prière commune mais aussi par la découverte joyeuse des liturgies des autres fidèles du Christ.

« Voyez comme il est bon de vivre ensemble » en frères pourtant séparés ! (Matthias WIRZ)
Frère de la communauté monastique et oecuménique de Bose (Italie), Matthias Wirz nous fait part de son expérience de la vie communautaire comme source incommensurable de joie.

RENDEZ-VOUS avec Soeur Bénédicte

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Septembre, octobre 2016

AGENDA


Editorial

L’humour du fol [1]

Existe-t-il une joie chrétienne ? Nous connaissons tous le reproche récurrent, fait à certain chrétiens, de ne pas exulter de joie sans cesse, toujours et partout. Nous ressentons bien, cependant, que notre foi n’est pas un opiacé analgésique ou une échappatoire vers un empyrée spirituel ataraxique ! Nous savons bien que le Christ, dès sa naissance, rencontre contradiction et souffrance. Il apporte aussi délivrance et consolation. Cette perspective évangélique semble avoir cependant beaucoup perdu de sa prégnance dialectique devant la vision du bonheur de nos sociétés contemporaines. Qui d’entre nous n’a jamais éprouvé un certain malaise en lisant et méditant les Béatitudes ? Nous avons peut-être trop intériorisé la posture hédoniste réservant le sens de la vie aux gens heureux, riches, bien-portants, beaux et abonnés à Unité des Chrétiens ! Les Béatitudes de Jésus génèrent en nous un hiatus, décliné en deux dimensions. Sa vision du bonheur nous apparaît souvent comme une épreuve ou une souffrance. Qui pourrait être heureux d’être pauvre, de pleurer, de lutter pour la justice, de faire miséricorde ? Nous expérimentons la distance entre d’un côté les choix de vie vécus par Jésus et ses disciples et, de l’autre, notre souhait, inscrit dans nos cœurs, de ne connaître ni la pauvreté, ni la persécution, ni la calomnie !

Cependant, cette apparente différence d’être au monde nous fait entrer dans un lieu de salut parce que pénultième. Il nous offre d’y déployer notre liberté humaine. Cet espace se situe entre notre identité de fils de Dieu, depuis notre baptême, et la conversion plénière de notre cœur. Dieu nous fait la grâce de pouvoir comprendre, acquiescer et désirer ce qu’Il veut nous donner. Dans les situations, heureuses ou malheureuses de notre vie, nous expérimentons la joie du Christ ! Elle n’est pas seulement une consolation pour le futur mais déjà une réalité dans notre présent. Le présent numéro d’Unité des Chrétiens invite à accueillir cette allégresse. Sans se confondre avec l’euphorie artificiellement entretenue ou le bonheur des marchands, notre joie se nourrit, par anticipation proleptique, de l’accomplissement des promesses de Pâques. Il ne convient pas d’oublier que le ressuscité est le crucifié portant dans sa chair les stigmates de la Croix. Il est cependant possible de vivre nos vendredis saints déjà traversés par l’exultation pascale. Ainsi, le christianisme est source d’une joie paradoxale, donc performative pour notre vie actuelle. Sans en attendre le dernier mot, impossible à prononcer tant que la mort exerce son emprise sur nous, nous en recevons l’avant-dernier mot de notre existence. S’il est trop tôt pour que nous entrions dans une anthropologia gloriae, les réalités mondaines et matérielles ne sont plus pour nous les sources uniques de la joie. À la suite du Christ, cette joie paradoxale devient la tonalité la plus propre de notre existence terrestre. Voilà pourquoi, nous pouvons cultiver cet « humour du fol » que Jean-Yves Lacoste identifie à la figure mystique, byzantine ou russe, du « fol en Christ ». Son existence, parsemée d’humiliations ou d’épreuves, est pourtant constellée de joie. Les expériences vécues à l’ombre de la Croix nous impèrent de transgresser la frontière où se cantonne habituellement la joie.

Alors notre question initiale trouve maintenant une réponse dans sa reformulation, audacieuse, certes, mais réaliste. Le christianisme est source de joie pour l’homme décidant de devenir disciple du Dieu qui prend notre existence, qui traverse l’humiliation, qui vainc la mort. Lorsqu’il engage sa vie comme étant donnée, à la manière et comme le Dieu de l’autodonation. Lorsque l’homme accepte d’exister kénotiquement.

Père Emmanuel GOUGAUD



[1Jean-Yves LACOSTE, Expérience et absolu, Paris, 1994, p. 216.

 


Urgence de l’espérance

 

21 décembre 2016 2016

N° 184 (octobre 2016) : sommaire et éditorial

N° 184 (octobre 2016) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 184 (octobre 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Être pressé ? (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Le saint et grand concile, un œcuménisme (inter-)orthodoxe ? (Nicolas KAZARIAN)

Les chrétiens unis par le sang du père Jacques Hamel

Semaine de Prière pour l’unité chrétienne 2017 (Anne-Noëlle CLEMENT)

DOSSIER : Urgence de l’éspérance

L’attente eschatologique du Christ au fondement de notre espérance (François DURAND)
Vicaire général du diocèse catholique de Mende, le père François Durand invite à initier de nouvelles représentations de la venue eschatologique du Christ, seules à même de répondre à la crise spirituelle de nos contemporains.

Église et Eschata (Jean ZIZIOULAS)
Métropolite de Pergame, Jean Zizioulas nous offre ici une contribution majeure sur la prégnance d’une redécouverte de la constitution fondamentalement eschatologique de l’Église.

L’avenir de la théologie (Jürgen MOLTMANN)
Professeur émérite de la faculté de théologie de Tübigen, Jürgen Moltmann nous livre un témoignage très personnel sur l’avenir de la théologie, qui devra fondamentalement être une théologie de la venue de Dieu.

Le présent de l’attente eschatologique (Richard LEHMANN)
Pasteur, missionnaire et théologien adventiste, Richard Lehmann nous offre une solide analyse exégétique de l’espérance chrétienne à travers le témoignage néotestamentaire des premières communautés.

RENDEZ-VOUS avec Jean-François Colosimo

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin, juillet, août 2016

AGENDA


Editorial

Être pressé ?

Nous venons de vivre un été particulièrement douloureux, marqué par le déchaînement de la haine. Si la violence symbolique des actes terroristes commis en France leur donne une très forte acuité, nous sommes évidemment en communion avec toutes les victimes de la barbarie terroriste. L’horreur nous saisit quand nous découvrons jusqu’à quel degré d’ignominie l’être humain peut sombrer. Nous avons d’autant plus besoin d’entendre la parole de réconciliation du Christ ! Plus que jamais, « l’amour du Christ nous presse », selon l’exclamation de l’apôtre Paul en 2 Co 5,14. S’inspirant de ce verset, les chrétiens allemands adressent à tous les baptisés cet appel, le choisissant pour thème de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne du 18 au 25 janvier 2017. Unité des Chrétiens souhaite faire résonner ici les dimensions eschatologiques du thème de la réconciliation, vous offrant les exposés de théologiens de différentes confessions chrétiennes dans l’analyse de leurs traditions. « L’amour du Christ nous presse » et nous invite à exister en hommes renouvelés. Paul vivait exclusivement dans l’urgence de ces temps nouveaux et l’irruption du Royaume de Dieu dans son existence à tel point que sa vie et sa prédication témoignent de la foi au Christ comme d’une ontologie eschatologique. À l’inverse, ne sommes-nous pas sans cesse tentés de repousser le Royaume de Dieu à la fin chronologique de l’histoire ? Les Églises risquent toujours d’embourgeoiser le Christ, selon Karl Barth et beaucoup d’autres, donc de sombrer dans la mondanité spirituelle, pour reprendre une expression chère au pape François. Simultanément, nous nous posons la question : qu’est-ce qui nous presse aujourd’hui ? Au nom de l’homonymie du verbe « presser », nous nous hâtons pour des choses qui, en définitive, nous fatiguent et nous usent. Lorsque l’amour du Christ ne nous presse plus, perdant le caractère eschatologique de la foi chrétienne, nous sommes alors pressés. Tels des agrumes, le coeur de notre existence semble nous être enlevé.

En pensant au père Jacques Hamel, nous revient en mémoire aussi frère Roger, lui aussi assassiné, le 16 août 2005 à la prière du soir à Taizé. Jusqu’au bout, frère Roger a vu l’unité des chrétiens comme une question de réconciliation entre les Églises mais aussi entre chacun de nous et les autres et surtout de nous avec nous-mêmes. Jésus n’est pas venu fonder une religion de plus mais simplement apporter la possibilité d’une grande communion avec Dieu, avec les autres et avec nous-même, répétait-il inlassablement. Le christianisme a toujours vécu dans des mondes en crises. Il a les ressources pour nous aider à dépasser celles-ci. Face aux évolutions techniques, sociales et sociétales, nous pouvons nous lamenter, nous désespérer, nous raidir, nous plaindre de vivre une période terrible dans une tentation de victimisation paroxystique un peu mâtinée d’elle-même. Au contraire, nous sommes invités à nous convertir au Christ une fois de plus en acceptant que Jésus soit notre identité véritable. Le mouvement oecuménique nous apporte la richesse de son expérience. Acceptant un mouvement de conversion permanente, l’oecuménisme contemple le Christ comme le centre. Les particularités confessionnelles des Églises mènent à lui et sont offertes aux autres. Alors que la société française se questionne de plus en plus sur son identité, le chrétien ne craint pas la pluralité des identités. Le Christ est le début et la fin de son être et sa vie, non seulement pour lui mais
pour chaque être humain.

L’accomplissement que le Christ inaugure est d’abord celui du temps. La foi chrétienne n’apporte pas la fin de l’histoire, ni un surcroît quantitatif de temps. Le Seigneur initie un processus qui donne au temps une qualité nouvelle et plénière. « Chaque instant devient une porte par où entre le Messie, une porte du Royaume », selon la belle formule de Giorgio Agamben [1]. L’amour du Christ nous presse. Il ne nous fait pas échapper à l’histoire pour rêver d’un empyrée aseptisé ou nous réfugier dans une citadelle doctrinale assiégée. Au contraire, il nous donne d’accepter que nos histoires singulières, dans leurs paradoxales banalités et même précarités, soient le lieu où Dieu se presse à notre rencontre pour nous réconcilier.

Père Emmanuel Gougaud



[1Giorgio Agamben, Le Temps qui reste. Un commentaire de l’Épître aux Romains, Payot Rivages, 2000, p. 10.

 


Migrations : lieu œcuménique

 

19 juillet 2016 2016

n° 183 (juillet 2016) : sommaire et éditorial

N° 183 (juillet 2016) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 183 (juillet 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Migrations : lieu œcuménique ! (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Les chrétiens unis par et pour les migrants

DOSSIER : Migrations : lieu œcuménique

La migration comme lieu théologique (Francesco MONTENEGRO)

Archevêque d’Agrigente et de Lampedusa (Italie), le cardinal Francesco Montenegro, publie son intervention remarquée lors de l’Assemblée plénière des Évêques de France le 5 novembre 2015. À partir de son expérience concrète de pasteur à Lampedusa, il déploie une analyse particulièrement pertinente des enjeux économiques, politiques, culturels de l’accueil des migrants en Europe. Inspiré par la doctrine sociale de l’Église catholique, le cardinal insiste sur les bénéfices pour le bien commun européen d’une juste intégration des migrants. Plus encore, il définit la migration comme un authentique lieu théologique où le Dieu de Jésus se donne à voir et constitue son Peuple.

En direct d’Alep (Jean-Clément JEANBART)

Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec melkite catholique d’Alep, qui continue à résider en Syrie a reçu en avril 2016, un chèque de 150 000 euros levé par l’association SOS Chrétiens d’Orient à l’occasion du semimarathon de Paris. Il a répondu aux questions portant sur la situation des chrétiens au Moyen Orient.

Théologie de la migration
Quelques éléments de compréhension de la situation en Grèce
(EMMANUEL de France)

Co-président du Conseil d’Églises Chrétiennes de France et président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, le métropolite Emmanuel a prononcé la présente conférence à Metz le 14 novembre 2015 dans le cadre de l’assemblée de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Nous le remercions chaleureusement de nous permettre de la reproduire. Déployant la riche tradition patristique de l’Église orthodoxe, il nous livre ici une théologie de la migration qu’il associe à l’ontologie eschatologique comme marque du christianisme. Il fait aussi mention de l’action de l’Église de Grèce dans sa mission d’accueil des réfugiés en lien avec les services de l’État mais aussi des autres confessions chrétiennes.

Fidélités et fluidités : la migration, l’identité religieuse et le bidonville de Calais (Alexis ARTAUD DE LA FERRIÈRE)

Alexis Artaud de La Ferriere est membre post-doctorant du Groupe Religions Sociétés et Laïcités (CNRS). Son projet de recherche actuel porte sur l’accueil des migrants dans les communautés religieuses en France et sur l’interface entre la religion et la condition d’exil. Il est aussi chargé de mission au Service national de la pastorale des migrants à la Conférence des évêques de France. Auparavant, Alexis était doctorant à l’Université de Cambridge, où il a écrit sa thèse doctorale sur la politique scolaire en Algérie pendant la guerre d’indépendance. Il nous livre une enquête de sociologie religieuse sur les populations de la « jungle » de Calais.

Un pasteur évangélique dans la « jungle » (Fabien BOINET)

Le pasteur évangélique de l’Église des Deux Caps de Calais, Fabien Boinet, nous témoigne son admiration devant la puissance de la foi des réfugiés de Calais. Au cœur de la détresse et de la précarité, ils veulent continuer à rencontrer le Christ. Ils nous interpellent sur notre capacité à être le corps du Christ dans l’accueil de ses membres les plus faibles.

Soigner en zone de guerre (Élise BOGHOSSIAN)

Chaque mois, l’acupunctrice Élise Boghossian rejoint les équipes de son association EliseCare au Kurdistan Irakien à la rencontre des minorités chrétiennes persécutées. L’ONG apporte de l’aide médicale aux populations déplacées, éloignées des principaux camps secourus par les structures internationales. Ici, Élise nous parle de populations qui ont tout perdu. Refusant de les abandonner, elle témoigne pour Unité des Chrétiens.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39) (Doris PESCHKE)

Secrétaire générale de la Commission des Églises auprès des Migrants en Europe, Doris Peschke confronte la tradition biblique d’accueil des migrants et des étrangers, inhérente à la révélation et à la mission chrétiennes, aux politiques migratoires en Europe. Elle montre les ressources insoupçonnées que la foi fait jaillir.

Un drame humanitaire
Urgence Méditerranée : l’Ordre de Malte au secours des migrants naufragés (Lucie FEUTRIER-COOK)

Lucie Feutrier-Cook, directrice adjointe et chargée de pôle « migrants » en France, porte son regard sur le Corps Italien de Secours de l’Ordre de Malte : un organisme recommandé par le Conseil d’Églises chrétiennes en France comme destinataire des offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2016 et qui, à ce titre, a récolté 62 000 euros.

RENDEZ-VOUS avec frère Alain

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février - mai 2016

LECTURES

AGENDA


Editorial

Migrations : lieu œcuménique !

Depuis plusieurs années, nous assistons à une résurgence de l’émigration de populations du Moyen-Orient vers les pays de l’Union européenne. Ce phénomène n’est pas en soi une nouveauté. De nombreux historiens, en effet, font dépendre une part de la prospérité de l’Europe d’un renouvellement bénéfique des populations à l’occasion des mouvements migratoires [1]. Le christianisme est ainsi devenu un creuset d’intégration réussie des populations immigrées passant du paganisme à la foi chrétienne en y intégrant leurs spécificités culturelles. Devant les flux migratoires actuels, les chrétiens ne sont pas inactifs ! Ils agissent pour prendre soin de toutes ces personnes déplacées et en situation de précarité. Ces actions les conduisent aussi à se rencontrer et à mutualiser les efforts des Églises et des communautés. Nous consacrons ce numéro aux liens féconds entre la migration et l’œcuménisme.

Les chrétiens ont le devoir moral et spirituel de prendre soin des immigrés. L’étranger a acquis une place centrale dans la Bible. Le peuple de la première alliance a souvent vécu comme un immigré, un peuple en chemin, voire en exil. Jésus lui-même parcourut la terre d’Israël sans même avoir une pierre pour reposer sa tête. Il a suivi un chemin qui fut de plus en plus celui de l’incompréhension, de l’exclusion et de l’Exode. En cela, Israël et le Fils de Dieu incarné ont ressenti dans leur chair le malheur et la force de la vie de l’étranger. Aussi les chrétiens prennent-ils très à cœur l’hospitalité et l’accueil. Devant cette exigence de solidarité, nous sommes admiratifs de la force d’engagements et de collaborations des chrétiens entre eux. À l’aune du principe de Lund, l’accueil des personnes immigrées est une authentique manifestation de l’œcuménisme pratique [2]. La collaboration oecuménique entre les différentes Églises et communautés ecclésiales est ainsi renouvelée et refondée à la lumière des grands défis de notre temps, comme l’engagement en faveur des pauvres et de la sauvegarde de la création, la promotion de la paix et de la justice sociale. La mondialisation croissante devient pour les chrétiens une raison supplémentaire pour affermir et accroître la collaboration oecuménique au service du bien commun de l’humanité.

Plus encore, ce numéro d’Unité des Chrétiens nous invite à considérer la migration comme un véritable lieu théologique et oecuménique. Plus que jamais, nous sentons l’actualité de la Lettre à Diognète. Elle nous invite à nous considérer comme des étrangers sur la terre en raison même de notre foi chrétienne. Au XXe siècle, Karl Barth et Jürgen Moltmann, entre autres, déploraient le deuil de l’eschatologie chez les disciples du Christ. Ils stigmatisaient les totalitarismes athées comme des messianismes de remplacement face à l’embourgeoisement des Églises et à la perte de l’ontologie eschatologique. Plus récemment encore, la publication en français du livre Resident Aliens : Life in the Christian Colony de Stanley Hauerwas et William H. Willimon illustre l’acuité de ces problématiques [3]. De Lampedusa à Calais, les migrants rappellent que les chrétiens sont eux aussi en chemin sur la terre parce que déjà citoyens du Royaume du ciel. L’œcuménisme, vécu comme l’échange des dons, renforce cette conviction. Nous recevons les richesses spirituelles des autres traditions chrétiennes. Nous reconnaissons donc que nos Églises ne sont pas arrivées à la plénitude de la stature de l’église du Christ. Elles sont encore en mouvement. L’accueil des personnes immigrées nous fait prendre conscience du caractère transitoire de nos propres institutions ecclésiales, toutes appelées à se réformer sans cesse. En définitive, l’hospitalité avec les étrangers renforce, parce qu’elle en procède, notre « hospitalité langagière » à l’égard des confessions de foi des autres Églises [4].

Père Emmanuel GOUGAUD


[1Nous renvoyons par exemple à : Jared Mason Diamond, Guns, Germs, and Steel : The Fates of Human Societies, NYC, 1997 ; traduit en français : De l’inégalité parmi les sociétés, Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, Paris, 2000.

[2Cf. Morris West, « Lund Principle » in Nicholas Lossky, José Miguel Bonino, John S. Pobee, Tom F. Stransky, Geoffrey Wainwright, Pauline Webb (ed. by), Dictionnary of the ecumenical movement, Geneva – Grand Rapids, 1991, pp. 633-634.

[3Stanley Hauerwas et William H. Willimon, Étrangers dans la cité, Paris, 2016.

[4Paul Ricoeur, « Du Concile de Trente au Colloque de Trente » in Beate Bengard, « L’herméneutique oecuménique de Paul Ricoeur selon la ‘Conférence de Trente’ » in Istina, LXI, 2016/01, janvier-mars 2016, p. 41.

 


La miséricorde dans les Églises

 

1er juillet 2016 2016

N° 182 (avril 2016) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 182 (avril 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Miséricorde et œcuménisme (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Convocation du concile panorthodoxe

Pape François et patriarche Cyrille se rencontrent à Cuba

DOSSIER : La miséricorde dans les Églises

Sa Miséricorde s’étend d’âge en âge
Le renouvellement de la vie chrétienne à travers la redécouverte de la miséricorde (Cardinal BARBARIN)

Archevêque de Lyon et primat des Gaules depuis 2002, le cardinal Philippe Barbarin est un des fondateurs des Congrès de la Miséricorde, tenus tous les trois ans depuis la mort de Jean-Paul II. À partir de son expérience spirituelle et pastorale, il expose d’abord les racines bibliques de la miséricorde avant d’analyser les raisons d’une année sainte extraordinaire en forme de jubilé. Il déploie aussi la pertinence, dans le dialogue oecuménique, de cette notion.

La miséricorde : mot, doctrine et appropriation émotionnelle (Douglas J. DAVIES)

Douglas James Davies est professeur de théologie à l’université de Durham, dans le nord-est du Royaume-Uni. Il inscrit la miséricorde au cœur de la relation entre christologie, sotériologie et ecclésiologie. À partir du Book of common prayer de 1662, il expose l’appropriation anglicane de la miséricorde dans toutes ses acceptions. Unifiant psychologie et spiritualité, elle offre des ressources particulières pour rendre compte de la force créatrice et libératrice de Dieu.

De la miséricorde à la réconciliation, quelle pratique de la confession du péché ?
Perspective protestante et oecuménique (Pierre de MAREUIL)

Pasteur de la Fédération baptiste, vice-président de l’Association internationale des aumôniers de l’aviation civile, Pierre de Mareuil est aumônier protestant de l’aéroport de Roissy - Charles de Gaulle et aussi membre du comité de rédaction d’Unité des Chrétiens. Dans cette contribution, il explique les évolutions de la confession des péchés dans la pensée de la Réforme. Analysant les réflexions de Luther, Calvin, Bonhoeffer mais aussi du pape François, il réfléchit à l’intérêt de la miséricorde pour renouveler la mission de réconciliation confiée aux chrétiens.

Entrer dans le mystère de la miséricorde divine : le message de l’orthodoxie (Michel STAVROU)

Historien du monde byzantin et professeur de théologie dogmatique à l’Institut orthodoxe Saint-Serge de Paris, Michel Stavrou participe au comité de rédaction d’Unité des Chrétiens. Dans son article, il resitue la miséricorde dans la plénitude du dessein divin. À travers les exemples de la liturgie orthodoxe, des Pères de l’Église et des auteurs mystiques, il présente la miséricorde comme le lieu théologique articulant par excellence la création et le salut, l’amour de Dieu et l’amour des autres.

EN MARCHE VERS 2017 :

La Réforme dépasse la seule personne de Luther
Préparer 2017 – Suite. Une relecture luthérienne des regards non-luthériens sur Luther (Martin JUNGE)

Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, le Révérend Martin Junge a lu avec attention le numéro 181 d’Unité des Chrétiens sur la postérité de Luther chez tous les chrétiens. Après avoir rappelé l’opportunité de la commémoration de 2017 et explicité les préparatifs, il commente les analyses sur Luther d’auteurs d’autres confessions. Il remarque leur pertinence et le profit pour un luthérien d’entrer dans leurs perspectives afin d’être renouvelé dans sa confession.

RENDEZ-VOUS avec John Murray

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2015 - janvier 2016

LECTURES

AGENDA


Editorial

Miséricorde et œcuménisme

Du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016, l’Église catholique célèbre une année sainte. Ce jubilé extraordinaire propose de « fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » [1]. Par-là, la réception de Vatican II entend aussi se poursuivre. La révélation au monde de la miséricorde trinitaire est la mission principale de l’Église. C’est l’herméneutique la plus ajustée au concile et sa principale clé de lecture [2]. À l’avant-veille de l’ouverture du jubilé, François en donne les prolégomènes œcuméniques : « Le 7 décembre 1965, veille de la clôture du Concile Vatican II, étaient effacées de la mémoire, par une déclaration commune du Pape Paul VI et du patriarche œcuménique Athénagoras, les sentences d’excommunication échangées entre l’Église de Rome et celle de Constantinople en 1054. Il est vraiment providentiel que ce geste historique de réconciliation, qui a créé les conditions pour un nouveau dialogue entre les orthodoxes et les catholiques dans l’amour et dans la vérité, soit rappelé précisément au début du jubilé de la miséricorde » [3].

Ce préambule explicite la congruence entre la miséricorde et l’œcuménisme. Incluant mais dépassant la réconciliation, le mouvement oecuménique ne peut se déployer en plénitude que sous l’égide de la miséricorde divine. Les thématiques de l’échange des dons, du consensus différencié, de l’œcuménisme spirituel thématisé par le « Principe de Lund » en 1962, le dernier document de Foi et Constitution « L’Église. Vers une vision commune », les interventions du pape en faveur d’un œcuménisme de la rencontre et du cheminement avec l’autre sont en profonde résonance avec les représentations des Églises chrétiennes sur la miséricorde. Unité des Chrétiens, dans ce numéro, fait résonner ces dimensions œcuméniques, vous offrant les commentaires des théologiens de différentes confessions chrétiennes dans l’analyse de leurs traditions. L’année sainte, propre à l’Église catholique, devient un excellent exemple de toute la potentialité de l’œcuménisme quand il se fait conversation et communication de l’expérience confessionnelle concrète. Interrogeant les autres traditions chrétiennes, nous nous apercevons que sa réduction en une initiative divine post-lapsaire lui a fait perdre sa performativité pour la vie chrétienne. En amont même de son pardon, Dieu est miséricordieux. La miséricorde divine est la capacité d’auto-donation de Dieu, en lui-même dans les relations trinitaires, et ad extra, dans l’unique mouvement de l Exitus Filii. La miséricorde comme la source et le sommet de toutes les œuvres divines.

L’icône de notre couverture illustre la riche polysémie de la miséricorde dans l’interaction oecuménique. Au centre, le Christ, habillé de blanc comme un nouveau-né, raconte l’histoire du bon Samaritain. La victime, en blanc, rappelle que le Seigneur s’identifie à l’homme blessé. L’agression évoque la trahison de la provenance trinitaire de la communauté humaine. Dans l’auberge, les trois personnes assises évoquent l’icône de saint André l’Iconographe. L’harmonie trinitaire a été rétablie. La miséricorde, accomplie par le bon Samaritain, restaure l’humanité à la ressemblance de Dieu.

Dans ce numéro, enfin, Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, commente les cinq contributions consacrées à Luther dans le numéro 181. Notre revue poursuit ainsi la préparation de la commémoration du cinquième centenaire de la Réforme en 2017. Par analogie, l’expérience spirituelle de Luther devient nôtre. Fruits de la miséricorde, nous ne cessons de tendre vers elle, en dépit de nos paradoxales précarités. Avec la miséricorde, nous acceptons d’être acceptés quoique l’on soit inacceptable, selon l’extraordinaire formule de Paul Tillich [4].

Père Emmanuel GOUGAUD


[1Pape François, Bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la miséricorde Misericordiae vultus, 3.

[2Ibid., 4.

[3Pape François, Angélus du 6 décembre 2015.

[4Paul Tillich, Le courage d’être, trad. franç. par Jean-Pierre Lemay, Laval-Québec, 1998, p. 131.

 


Postérité de Luther chez tous les chrétiens

 

1er juillet 2016 2016

N° 181 (janvier 2016) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 181 (janvier 2016)

Sommaire

ÉDITORIAL : Se réformer (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Synode romain sur la famille

CÉCEF : Célébration œcuménique à Notre-Dame à l’occasion de la COP 21

DOSSIER : Postérité de Luther chez tous les chrétiens

Luther et le catholicisme : Fécondités de la rencontre (Michel DENEKEN)

Premier vice-président de l’Université de Strasbourg, ancien doyen de la Faculté de théologie catholique, professeur de théologie dogmatique, le père Michel Deneken se livre à un éloge de la rencontre entre la théologie catholique et le geste christologique de Martin Luther. Sans complaisance ni abdication de sa tradition, il expose les questions existentielles sur Dieu et sur l’homme que le Père de la Réforme ne cesse de poser à tout chrétien.

Luther et l’Église d’Angleterre (Charlotte METHUEN)

Professeur en histoire de l’Église à l’Université de Glasgow et prêtre anglican, Charlotte Methuen, membre de la commission internationale anglicane – luthérienne de 2005 à 2011, esquisse ici l’itinéraire mouvementé de l’héritage luthérien dans l’Église d’Angleterre.

Un regard orthodoxe sur Martin Luther (Constantin DELIKOSTANTIS)

Professeur de philosophie et théologie systématique à l’Université d’Athènes et au Centre orthodoxe de Patriarcat oecuménique à Chambésy-Genève, Constantin Delikostantis nous offre une description de l’évolution de la vision orthodoxe sur Luther. À travers l’exemple de la compréhension de Luther de la liberté chrétienne, il montre la dimension ecclésiale de cette notion dans la pensée orthodoxe : l’œcuménisme, loin d’être une « pseudomorphose », devient un enrichissement mutuel.

Luther, un réformateur stimulant
Quatre aspects de l’actualité de Luther (James WOODY)

Théologien, pasteur à l’Oratoire du Louvre à Paris et président d’ « Évangile et Liberté », mouvement du protestantisme libéral de France, James Woody évoque la pertinence contemporaine de Luther, à travers le point de vue d’un réformé. Par la relativisation de la ritualité et de l’institution, la primauté insubstituable de l’expérience subjective du chrétien et la valorisation du métier comme vocation, la théologie de Martin Luther demeure particulièrement prégnante tandis que l’intra lutheranum ne peut que stimuler le dialogue interreligieux.

Luther vu par les mennonites (Neal BLOUGH)
Directeur du Centre mennonite de Paris, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, le Professer Neal Blough relate les relations du mouvement anabaptiste et mennonite avec Luther. Simultanément inspirateur et persécuteur, Luther fut aussi critiqué pour ne pas être allé assez loin. Neal Blough appelle de ses vœux une purification de la mémoire à l’occasion de 2017, moins pour changer le passé que la façon dont on s’en souvient.

RENDEZ-VOUS avec Élisabeth Parmentier

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : août, septembre, octobre 2015

LECTURES

AGENDA


Editorial

Se réformer

Chaque année, les Archives de France publient la liste des commémorations nationales particulièrement mises en valeur par la République française. Dans sa présentation des anniversaires retenus pour 2015, Jean-Noël Jeanneney, membre du Haut comité des commémorations nationales, explique que « la commémoration ne pourra jamais se prétendre une science exacte » « «  [1]. Nous ne savons pas si le cinquième centenaire du début de la Réforme protestante sera inscrit au nombre des commémorations nationales en France. En effet, la publication par Luther de ses fameuses 95 thèses fut un évènement d’une portée mondiale, concernant aussi bien le christianisme que la vie culturelle et les États. S’il ne nous appartient pas de décider à la place du Haut comité, ce numéro 181 d’Unité des Chrétiens nous invite cependant à faire nôtre, mutatis mutandis, la réflexion de M. Jeanneney.

En effet, lorsque les chrétiens commémorent un évènement, ils ne regardent jamais en arrière vers un passé à jamais révolu. Ils ne se veulent pas des archéologues ou des gardiens de musées. Ils ne s’évadent pas du monde actuel en se rappelant un hypothétique âge d’or du christianisme. Dans les traditions juives et chrétiennes, la commémoration oriente vers le futur. La foi chrétienne est engendrée par cette mémoire de l’avenir ! Nous rappelons devant Dieu des actions du passé à la fois pour le remercier et aussi pour reconnaître que nous n’avons pas toujours été fidèles à l’Évangile. Cependant, la mémoire du passé est aussi simultanément prophétique. À la suite de Jésus dans son repas pascal, les chrétiens ne remercient pas le Père uniquement pour les événements déjà survenus. En rappelant le passé, nous vivons aussi notre avenir comme la manifestation de la victoire de la résurrection du Christ. Dans cet esprit, la commémoration des évènements de 1517 se présente à nous riche d’opportunités, invitant à la redécouverte de la figure de Martin Luther, dans toutes ses acceptions.

Poursuivant la réception du Rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité : Du conflit à la communion, Commémoration luthéro-catholique commune de la Réforme en 2017 [2], cet anniversaire est paradigmatique de cette vision chrétienne de la mémoire mais aussi du mouvement œcuménique lui-même. Sur nos propres itinéraires de foi, nous sommes invités à recevoir de Luther la question, force motrice de toute sa vie : comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ? Si elle revêt une acuité particulière pour les catholiques romains, en raison de l’année sainte à venir, elle reçoit toute sa pertinence dans le monde occidental contemporain. Notre continent est aussi prompt à vivre comme si Dieu n’existait plus qu’à tout permettre, relativiser, auto-justifier. En outre, le processus historique de la Réforme de Luther rappelle le besoin permanent de réforme de l’Église. Il nous aide à comprendre que la vie chrétienne est fondamentalement une conversion permanente jamais achevée. Une telle démarche spirituelle invite à discerner les ruptures nécessaires avec des habitudes seulement humaines et les continuités indispensables avec toute la tradition de l’Église universelle. Ici, Unité des Chrétiens souhaite faire résonner les dimensions œcuméniques de la préparation de 2017, vous offrant les commentaires de théologiens de différentes confessions chrétiennes dans leur regard sur Luther et leur appréciation de son apport à leur tradition. Ce numéro 181 montre comment Luther aide les réformés, les mennonites, les anglicans, les orthodoxes, les catholiques à devenir, dans leur confessions respectives, davantage disciples du Christ. Dans le numéro 182, un théologien luthérien livrera ses impressions quant à ces regards croisés. Plus que jamais, l’œcuménisme est ainsi compris comme un échange de dons pour faire grandir dans la foi. L’unité des chrétiens réside dans cette volonté de pardonner et de guérir les mémoires, d’entrer dans cette admiration mutuelle de l’action de la grâce chez l’autre et aussi d’agir pour la restauration de l’unité chrétienne. Voilà pourquoi cette commémoration de 2017 ne sera pas une science exacte ! Elle ne relève d’abord pas de nos efforts humains mais de notre docilité à l’Esprit de Dieu. Et, Celui-ci ne souhaite que se donner. Sans compter.

Père Emmanuel GOUGAUD


[2Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité, Du conflit à la communion, Commémoration luthéro-catholique commune de la Réforme en 2017, Lyon, 2014. Une version de cette traduction a été publiée par Istina, LVIII (2013), p. 269-332.

 


Le salut pour tous. Élection et mission des chrétiens

 

1er juillet 2016 2016

N° 180 (octobre 2015) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 180 (octobre 2015)

Sommaire

ÉDITORIAL : L’Église, ses raisons et ses buts (Emmanuel GOUGAUD)

ESSENTIEL : Protestantisme et vie monastique (Jane STRANZ)

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2016 (Anne-Noëlle CLÉMENT)

CÉCEF : Offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2016

DOSSIER : Un salut pour tous ?
Élection et mission des chrétiens

Une lecture catholique de 1 P 2,9
« Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis… » (Benoît-Dominique de LA SOUJEOLE)

Professeur de théologie dogmatique à la Faculté de Fribourg et prieur du couvent dominicain Saint Albert le Grand de cette ville, le père Benoît-Dominique de La Soujeole développe la relation ontologique entre la primauté de l’action christologique, fondatrice de l’Église, et la responsabilité singulière du disciple en son sein.

L’Église, Israël (1 P 2,9)
Réception par un baptiste (Henri BLOCHER)

Dogmaticien et professeur de théologie systématique à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, dont il est doyen honoraire, Henri Blocher expose l’ecclésiologie initiée par 1 P 2,9 à partir de ses références vétérotestamentaires. La relation ainsi définie entre l’Église et Israël révèle la fécondité des interactions entre l’universalité, l’élection et la mission.

Le sacerdoce universel : un point de vue luthéro-réformé
La raison d’être de l’Église est constituée par le témoignage, la mission et le service (Guilhen ANTIER)

Maître de conférences en théologie systématique à la Faculté de théologie protestante de Montpellier, Guilhen Antier propose un éclairage protestant de 1 P 2,9. Pour lui, seul un mutuel esprit de service articule convenablement le sacerdoce universel et la diversité des ministères dans la perspective d’une Église qui n’existe que pour sortir d’elle-même et témoigner du Christ.

Le sacerdoce de l’Église
De l’unique sacrifice du Christ à la solidarité dans le salut (Alexandre SINIAKOV)

Recteur du Séminaire orthodoxe russe (Patriarcat de Moscou) d’Épinay-sous-Sénart, le père Alexandre Siniakov se concentre sur la figure du sacerdoce dans la tradition byzantine. Inspirant une acception peu connue en Occident du concept de « hiérarchie », le sacerdoce royal des baptisés est une synergie entre les chrétiens : la divinisation de chacun profite à tous.

L’Église - Vers une vision commune : pour un travail en groupe (Marie-Christine MICHAU et Dominique BANET)

Lors de la rencontre nationale de Lyon de novembre 2014, Marie-Christine Michau et père Dominique Banet ont animé un atelier sur le document « L’Église - Vers une vision commune ». Ils nous en livrent une grille de lecture permettant l’étude de ce texte dans les groupes œcuméniques.

Lire cette grille de lecture.
Lire le document de Foi et Constitution, L’Église - Vers une vision commune.

RENDEZ-VOUS avec Martin Hoegger

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin, juillet 2015

LECTURES

AGENDA


Editorial

L’Église, ses raisons et ses buts

Ce numéro 180 de la revue Unité des Chrétiens est consacré à la Semaine de prière pour l’unité du 18 au 25 janvier 2016. Les Églises de Lettonie en ont préparé le thème, « Appelés à proclamer les hauts faits de Dieu », adopté à partir de 1P 2,9. S’inspirant de ce verset, les chrétiens lettons adressent à tous les baptisés cet appel à être « la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ». Dans ce verset, l’auteur rend compte de la nouvelle identité chrétienne. Réarticulant des notions vétérotestamentaires, il entend déployer la nouvelle dignité anthropologique acquise au baptême, la connectant à une authentique responsabilité des fidèles. Les dons incommensurables, que le Père ne cesse d’offrir en son Fils, n’existent que pour le témoignage d’une existence d’offrande de soi. En ce sens, la Prima Petri 2,9 unifie l’élection et la mission comme les deux moments d’un seul évènement. De même, elle associe irréductiblement l’exclusivisme christologique le plus explicite à l’universalité la plus large.

La Semaine de prière permettra de réfléchir à la part que nous prenons dans la mission. Unité des Chrétiens souhaite faire résonner ici les dimensions ecclésiologiques du thème de l’élection, vous offrant les commentaires de 1 P 2,9 des théologiens de différentes confessions chrétiennes dans leur analyse de leurs traditions. En définitive, nous sommes ainsi conviés à progresser dans notre réception du document n° 214 de 2013 : L’Église - Vers une vision commune, fruit du travail de la Commission Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises.

Avec ce texte nous sommes devant « un progrès œcuménique extraordinaire » au vu « de la convergence à laquelle la commission est parvenue » [1]. Sans exprimer un consensus total, il expose « dans quelle mesure les communautés chrétiennes sont parvenues à une conception commune de l’Église […], les progrès réalisés […] et le travail qui reste à faire » [2].

Dès lors, le travail de réception d’un tel document est un chantier prioritaire.
Le dossier du présent numéro est une aide précieuse pour percevoir sa richesse, notamment dans son chapitre II « L’Église du Dieu trine » et III « L’Église. Croître en communion ». Quatre articles viennent ici susciter de nouvelles pistes de complémentarité entre le sacerdoce des baptisés et les responsabilités des ministres. Dans leurs traditions respectives, ils invitent à repenser le rapport, fait d’identités et de différences, entre l’action de Dieu et l’Église, communauté de pécheurs sanctifiés en Jésus. À leur lecture, nous envisageons la pertinence de poser, mutatis mutandis à la problématique du sacerdoce des baptisés, la question initiée par le texte de Foi et constitution à l’idée de l’Église, sacrement du salut : « Pourrait-on considérer cela comme une question à propos de laquelle des différences légitimes de formulation sont compatibles et mutuellement acceptables ? » [3]. À l’instar de l’homophonie du titre du colloque de l’ISÉO cette année, les commentaires de 1P 2,9 nous font mieux percevoir les raisons et les buts de l’Église, inscrits dans une perspective fondamentalement missionnaire.

***

Au début de mon mandat de directeur du Service national pour l’unité des chrétiens à la Conférence des évêques catholiques et de ma responsabilité éditoriale pour cette revue, je veux rendre hommage et remercier le Frère Franck Lemaître, mon prédécesseur qui m’a transmis tous les dossiers avec la rigueur et les compétences que vous lui connaissez. Passionné de la cause œcuménique, il a œuvré, pendant six ans, avec enthousiasme et dévouement. D’autres qualificatifs élogieux me viennent mais je me limite volontairement … eu égard à la façon dont il a voulu remplir ses fonctions. Au nom de tous les lecteurs, du comité de rédaction et en mon nom personnel, je veux exprimer notre gratitude au Frère Franck et former pour l’unité des chrétiens le vœu qu’il ne cesse d’en être le serviteur dans toutes ses futures missions !

Père Emmanuel GOUGAUD


[1Conseil œcuménique des Églises - Commission Foi et Constitution, L’Église. Vers une vision commune, Genève, 2014, Préface, p. V.

[2Ibid., Introduction p. 1.

[3Ibid., p. 13.

 


Les Églises et le réchauffement climatique

 

31 août 2015 2015

N° 179 (juillet 2015) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 179 (juillet 2015)

Sommaire

ÉDITORIAL : Un climat de confiance (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL : Le comité mixte anglican-catholique en France invite
à la prière commune

CÉCEF : Le Conseil national des évangéliques de France rejoint le CÉCEF

DOSSIER : Les Églises et le réchauffement climatique

Sensibiliser les chrétiens aux questions environnementales
En chemin vers Paris Climat 2015 (David SHREEVE)

David Shreeve est l’expert de l’Église (anglicane) d’Angleterre pour les questions environnementales. Il souligne le rôle que peut avoir son Église pour lutter contre le réchauffement climatique, en montrant ce qui a déjà été entrepris et les obstacles à surmonter.

Consommer sobrement (JOB de TELMESSONS)

Mgr Job de Telmessos est archevêque des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale (Exarchat du Patriarcat de Constantinople). Il analyse la contribution que les chrétiens pourraient apporter pour lutter contre la surconsommation.

Respecter le sabbat
Pour vivre en harmonie avec la création (Gabriel MONET)

Professeur de théologie pratique à la faculté de théologie adventiste de Collonges-sous-Salève, Gabriel Monet rappelle l’importance du sabbat, qui permet d’établir un juste rapport à la création.

Jeûner pour le climat
Le chemin d’une double conversion ? (Martin KOPP)

Doctorant à faculté de théologie protestante de Strasbourg, Martin Kopp est chargé de plaidoyer pour la justice climatique de la Fédération luthérienne mondiale. Il présente une initiative originale – un Jeûne pour le Climat – qui peut favoriser la conversion de nos modes de vie.

Prier pour la sauvegarde de la création
Vie spirituelle et souci de l’environnement (Sœur DOMINIQUE, Taulignan)

Sœur Dominique est moniale dominicaine au monastère de Taulignan, dans la Drôme. Elle montre comment, par la louange et l’intercession, dans la prière liturgique ou personnelle, peut être porté, le souci de la sauvegarde de la création.

Prêcher la justice écologique
Le respect de l’environnement au fil de l’année liturgique (David FINES)

Pasteur de l’Église unie du Canada, David Fines montre comment la réflexion sur la Création et sa sauvegarde peut marquer chaque temps liturgique (Avent, Noël, Carême, Pâques…).

Semer l’espérance
Les « Églises vertes » au Canada (Norman LÉVESQUE)

Norman Lévesque est directeur d’un Réseau d’ « Églises vertes » qui a démarré en 2006 au Québec et qui s’étend progressivement à toutes les provinces du Canada, dans les différentes confessions chrétiennes.

RENDEZ-VOUS avec Yves-Marie Blanchard

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février, mars, avril 2015

LECTURES

AGENDA


Editorial

Un climat de confiance

Sécheresse, inondations, cyclones, élévation du niveau de la mer… il va beaucoup être question de réchauffement climatique dans les prochains mois ; et la France sera en première ligne, puisque c’est à Paris que se tiendra en décembre 2015 la conférence des Nations unies sur le climat (COP 21). Les Églises se mobilisent progressivement : les articles de ce numéro sont l’occasion de mesurer ce que des chrétiens entreprennent déjà, avec créativité, et ce que les Églises peuvent préconiser : pour la sensibilisation des fidèles, pour la prière et pour l’action individuelle et collective…

Sur ce terrain, le mouvement œcuménique n’a pas été en retard. On se souviendra par exemple du Rassemblement de Bâle, en 1989, qui encourageait les Églises de l’ouest et de l’est de l’Europe, au moment de leurs retrouvailles, à œuvrer à la sauvegarde de la création [1], en conjuguant celle-ci avec la recherche de la justice et de la paix.

De manière plus lointaine, on pourrait aussi rappeler que le pionnier de l’œcuménisme que fut l’abbé Paul Couturier développait déjà une vision cosmique de « l’unité chrétienne », en ne la limitant pas à la réconciliation des chrétiens, mais en inscrivant celle-ci dans la communion de toutes les créatures en Christ, le « divin Rassembleur » [2], car en Lui sont réunies toutes choses, celles du ciel et celles de la terre (Ép 1,10 et Col 1,20).

Voilà la bonne nouvelle que les Églises sont appelées à annoncer ensemble. « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15) ; sans être à la remorque des discours scientifiques, et sans se fondre dans des déclarations « interconvictionnelles » aux rapprochements de circonstance hasardeux [3]. Dans les changements climatiques actuels, les « gémissements de la création » qui se font entendre (Rm 8,22) ne relèvent pas que de problèmes techniques ou politiques, et la théologie chrétienne doit contribuer à la réflexion générale avec ses ressources spécifiques [4].

On ne peut donc que se réjouir de la saine émulation entre chrétiens de différentes confessions pour lutter contre le réchauffement climatique, et des étonnantes consonances qu’on peut entendre, y compris pour des questions comme le jeûne à propos desquelles, dans le passé, les Églises ont pu se diviser, ou du moins se démarquer. Ici ou là on peut bien sûr discerner quelques insistances plus confessionnellement typées, ou des préférences de vocabulaire. Il n’empêche : sur cette question du réchauffement de notre planète, un climat de confiance marque les relations entre Églises, favorisant une mobilisation conjointe.

***

Ce climat de confiance, il a prévalu au fil des dernières années dans le comité de rédaction de la revue Unité des Chrétiens, et j’en remercie vivement les membres. Au terme de mon mandat de directeur du Service national pour l’unité des chrétiens à la Conférence épiscopale, et par conséquent de ma responsabilité éditoriale pour cette revue, je passe le relais à Emmanuel Gougaud en toute confiance.

fr. Franck LEMAÎTRE


[1On lira p. 8 quelques extraits du message final de ce Rassemblement œcuménique européen.

[2Cf. « Un aspect cosmique de la prière », in Maurice VILLAIN (éd), Œcuménisme spirituel. Les écrits de l’abbé Paul Couturier, Tournai, Casterman, 1963, p. 164-173.

[3Sur ce point, on lira avec intérêt le document de la Fédération protestante de France, Les changements climatiques (2014), qui développe les spécificités d’une approche chrétienne, et protestante : « La société laïque – tout comme les grandes religions – oscille entre la peur devant la fragilité du vivant, qui tourne à la résignation apocalyptique ou au cynisme, et une confiance absolue dans les ressources du vivant, qui tourne au panthéisme d’une Vie sacralisée (Gaïa) ne connaissant ni début, ni fin, et encore moins de résurrection » (cf. l’extrait de ce document en p. 12 de ce numéro).

[4Dans un précédent numéro d’Unité des Chrétiens, le métropolite Jean de Pergame dénonçait l’autodivinisation de l’homme, en rappelant que « la crise écologique n’est pas seulement, ni même d’abord un problème moral. Ce n’est pas seulement la conséquence de la prospérité, de l’individualisme, du consumérisme, etc. mais c’est d’abord la conséquence d’une distorsion de l’identité de l’homme qui a oublié ce qu’il est » (n° 157, juillet 2007 : Les Églises et le défi écologique).

 


La communion à l’intérieur des Églises

 

1er avril 2015 2015

N° 178 (avril 2015) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 178 (avril 2015)

Sommaire

ÉDITORIAL : Que de fois ! (Franck LEMAÎTRE)

CÉCEF : Remise du deuxième prix du Conseil d’Églises chrétiennes en France

Décision du bureau du Conseil d’Églises chrétiennes en France sur Notre Père

DOSSIER : Communion à l’intérieur des Églises

« Une et indivisible ». Comment l’Église catholique vit son unité (Jean-François CHIRON)

Professeur à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, le père Jean-François Chiron précise comment l’unité est comprise par l’Église catholique et la manière dont la communion est y concrètement vécue, entre idéal et réalité.

La communion au sein de l’Église orthodoxe : confession et réalité (Michel STAVROU)

Professeur à l’Institut orthodoxe Saint-Serge (Paris), Michel Stavrou rappelle les fondements trinitaires et eucharistiques de l’ecclésiologie orthodoxe et illustre les décalages entre la communion confessée et sa mise en œuvre concrète.

La communion au sein des Églises luthéro-réformées (Gill DAUDÉ)

À partir de son expérience à l’Église protestante unie de l’Annonciation (Paris XVIe) dont il est le pasteur, Gill Daudé rappelle les principes qui ont permis l’union entre luthériens et réformés français. Il montre aussi les difficultés à vivre en interne une communion respectueuse de la diversité.

« Au risque du bon vouloir ». La communion entre les Églises évangéliques (Étienne LHERMENAULT)

Président du Conseil national des évangéliques de France, le pasteur Étienne Lhermenault enseigne à l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne. Il montre la manière dont se vit l’unité au sein des fédérations d’Églises évangéliques et entre elles, en pointant aussi les difficultés que peut générer le congrégationalisme pour la communion ecclésiale.

RENDEZ-VOUS avec Alain NISUS

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2014 – janvier 2015

AGENDA


Editorial

Que de fois !

Comment l’unité est-elle vécue à l’intérieur de chacune de nos Églises ? Quels liens y a-t-il entre les communautés de différentes villes ou nations ? Quelle(s) instance(s) de communion trouve-t-on au plan national ou au niveau universel ? Ce sont les réponses confessionnelles – catholique, orthodoxe, luthéro-réformée et évangélique – à ces questions qui sont au cœur de ce numéro.

Les quatre articles reproduits ici reprennent des interventions faites au colloque organisé à Lyon en novembre 2014 par la faculté de théologie et le centre Unité Chrétienne [1]. Avant de discuter de la communion entre les différentes Églises dans une perspective œcuménique, une première partie permettait de mieux comprendre la manière dont la communion est vécue au sein de chacune des familles ecclésiales. Car chacun vient à la table du dialogue avec son modèle d’unité : celui qui régule en interne son Église.

Ce modèle confessionnel, les quatre auteurs en proposent une analyse tout en nuances. Une première étape du dialogue œcuménique consiste en effet à le présenter avec honnêteté, avec ses avantages et ses inconvénients, en pointant lucidement les écarts entre théorie et pratique. Qu’un colloque rassemblant deux cents participants ait permis ces propos de grande franchise – sans orgueil confessionnel – est réjouissant : il marque la maturité des relations œcuméniques en France aujourd’hui.

Même si les travaux de la commission Foi et Constitution ont permis de dégager des convergences [2], il est encore difficile aujourd’hui de s’accorder sur une image de l’Église qui fasse consensus. Dans une revue œcuménique, même le choix d’une illustration de couverture pour un numéro traitant de la communion ecclésiale s’avère périlleux : optera-t-on pour un navire ? ou fera-t-on le choix d’une icône manifestant la communion des personnes de la Trinité ? préférera-t-on une (s)cène de partage eucharistique entre fidèles de plusieurs Églises ? ou encore, sélectionnera-t-on symboliquement la photo d’une toile d’araignée ? – pour ne prendre que quelques exemples que suggèrent les articles de ce numéro. Immanquablement les choix opérés pourront être perçus comme (trop) confessionnellement marqués.

« Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ». Pour illustrer ce numéro, Unité des Chrétiens a opté pour une image biblique de l’unité, celle de la poule rassemblant sa couvée, qu’on trouve dans la bouche même de Jésus [3]. De manière large, on peut y entendre le désir de l’unité de tous les enfants de Dieu – du peuple élu, des disciples du Christ, et peut-être même de toute l’humanité. Sans doute cette image avicole de Dieu – qui plaira aux théologiennes féministes – a-t-elle, elle aussi, ses limites. Du moins fait-elle comprendre que l’unité est l’initiative de Dieu : « que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants... ». Du moins dit-elle clairement une impatience, entre regret de l’unité toujours pas réalisée, et désir de ne pas se satisfaire de la division.

fr. Franck LEMAÎTRE


[1Les 18 & 19 novembre 2014 : Communion dans nos Églises, communion entre nos Églises. Ce colloque universitaire constituait la partie théologique de la Rencontre nationale des délégués à l’œcuménisme.
Dans l’attente des Actes à paraître dans les prochains mois (aux éditions Profac, Lyon), Unité des Chrétiens se réjouit de pouvoir partager à ses lecteurs quelques contributions.

[2Cf. L’Église. Vers une vision commune (2013), Document de Foi et Constitution n° 214 ; version française éditée par la Fédération protestante de France et Unité chrétienne.

[3Mt 23,37 & Lc 13,34 ; avec reprise de 4 Esd 1,30 (ce livre deutérocanonique en usage dans la liturgie des Églises orthodoxes a été inséré dans l’édition 2010 de la TOB).

 


Les Églises orthodoxes orientales en France

 

31 août 2015 2015

N° 177 (janvier 2015) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 177 (janvier 2015)

Sommaire

ÉDITORIAL : 1915 – 2015 : Tsavet tanem (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL : Le Synode romain sur la famille (Valerie DUVAL-POUJOL )

CÉCEF : Message du Conseil d’Églises chrétiennes en France pour l’Avent 2014

DOSSIER : Les Églises orthodoxes orientales en France

Les communautés orthodoxes orientales en France : un regard transversal (Thomas WALLUT)

Journaliste chrétien, Thomas Wallut est le producteur et présentateur de l’émission télévisée « Chrétiens orientaux. Foi, Espérance et Traditions » (France 2). Il montre la proximité des questions qui se posent aux communautés orthodoxes orientales en France.

L’Église syriaque orthodoxe d’Antioche en France (Jean HABIL)

Moine de l’Église syriaque orthodoxe, le père Jean Habil officie dans les paroisses françaises de son Église. En janvier 2014, il a soutenu à Paris une thèse de doctorat en théologie et en histoire des religions.

L’Église éthiopienne orthodoxe en France (Zedingle NURBEGIN)

Le père Zedingle Nurbegin est responsable de l’Église éthiopienne orthodoxe à Châtenay-Malabry. Doctorant à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, il présente l’histoire et les spécificités de son Église.

L’Église copte orthodoxe en France (Guirguis LUCAS)

Doyen des prêtres coptes orthodoxes en France, le père Guirguis Lucas est responsable de la paroisse Sainte-Marie-et-Saint-Marc à Châtenay-Malabry, après avoir mené une carrière au laboratoire Sanofi Pasteur comme chef de service de virologie-diagnostic. Il précise les spécificités de son Église, tout en présentant la manière dont elle est implantée en France.

L’Église apostolique arménienne en France (Philippe SUKIASYAN)

Directeur de la Maison des étudiants arméniens à la Cité internationale universitaire (Paris 14e), Philippe Sukiasyan est diacre de l’Église apostolique arménienne. Doctorant à l’Université de Paris VIII, il rappelle l’histoire de l’implantation des communautés arméniennes en France et les défis qu’elle doit relever aujourd’hui.

RENDEZ-VOUS avec Jacques-Noël Pérès

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2014

LECTURES

AGENDA


Editorial

1915 – 2015 : Tsavet tanem

En octobre dernier, le patriarche Karékine II, catholicos de tous les Arméniens, et le patriarche d’Antioche Ignace-Éphrem II de l’Église syriaque orthodoxe ont appelé l’ensemble des chrétiens à s’unir aux commémorations du génocide qui frappa les fidèles de leurs Églises il y a un siècle dans l’Empire ottoman [1].

Ce sinistre anniversaire peut être l’occasion pour les chrétiens d’Occident de mieux connaître ces communautés arméniennes et syriaques, et plus largement toutes les Églises dites « orthodoxes orientales ». À la différence de l’anglais, la langue française ne permet pas de bien distinguer les Eastern Churches – à savoir les Églises orthodoxes « des sept conciles » [2] : grecque, russe, roumaine, etc – des Oriental Churches, c’est-à-dire les Églises qualifiées de « non-chalcédoniennes », pour signifier qu’elles n’ont pas reçu les décisions du concile de Chalcédoine [3] (451).

Ce sont donc ces chrétiens – arméniens, coptes, éthiopiens, syriaques [4] – qui sont présentés dans les articles de ce numéro. Délibérément on a donné la parole à quatre ministres de ces Églises en France. Leur implantation dans notre pays [5] enrichit beaucoup le paysage ecclésial mais leur présence souvent discrète reste insuffisamment connue [6]. Il s’agit d’abord de découvrir l’histoire et les spécificités de chacune d’entre elles [7] ; de repérer aussi, même si les contextes d’origine – de l’Arménie à l’Éthiopie – sont bien différents, quelques traits communs.

Pour ces Églises en France, les défis restent immenses, et assez proches : le clergé, son recrutement, sa rémunération [8] ; les liens de la diaspora avec l’Église-mère ; les relations entre générations successives de migrants ; la nécessité de passer d’un statut socialement majoritaire – ou du moins significatif – dans le pays d’origine, au pluralisme de la société française où elles ne représentent qu’une petite minorité.

Comment ne pas lire l’appel commun des patriarches Karékine II et Ignace-Éphrem II à commémorer ensemble l’un et l’autre génocides comme une volonté de coopération entre ces Églises orthodoxes orientales, et l’invitation faite à tous les chrétiens à s’y associer comme un désir de rapprochements œcuméniques ?

Évoquer le souvenir douloureux de la tragédie de 1915 (Seyfo, « l’année de l’épée »), ce n’est bien sûr pas oublier les terribles événements qui frappent aujourd’hui les chrétiens orthodoxes orientaux, et d’autres, dans certains pays du Moyen-Orient. Oppression, spoliation, éradication, émigration, disparition… cette macabre litanie est aujourd’hui associée aux chrétiens de plusieurs Églises orthodoxes orientales pour dire le dramatique déchaînement de violence qu’ils subissent.

Les Arméniens ont une belle expression – Tsavet tanem – pour dire la compassion : laisse-moi prendre ta douleur. Pour les massacres de 1915 comme pour ceux de 2015 : Tsavet tanem.

fr. Franck LEMAÎTRE


[1Outre l’article de Raymond Kévorkian consacré au génocide arménien (p. 26-27), on pourra lire : Joseph YACOUB, Qui s’en souviendra ? 1915 : le génocide assyro-chaldéo-syriaque, Paris, Cerf, 2014.

[2Cf. Kalistos WARE, L’orthodoxie. L’Église des sept conciles, Paris, Cerf, 2002.

[3Au bénéfice des dialogues théologiques des dernières années sur la christologie, on ne qualifie plus ces Églises de « monophysites ».

[4Il conviendrait d’y ajouter les Érythréens et les Malankars d’Inde.

[5Nos lecteurs de Suisse romande et de Belgique reconnaîtront bien des traits de ces Églises dans leur pays.

[6En souhaitant que les chrétiens français réservent un accueil généreux à leurs frères et sœurs d’Églises orthodoxes orientales, il faut toutefois inviter à la prudence avec certains groupes qui se disent syriaques, coptes, etc… mais qu’aucune Église canonique ne reconnaît comme Églises. Sur ces « Églises parallèles », on consultera les travaux du père Bernard VIGNOT (Le phénomène des Églises parallèles, Paris, Cerf, 2010).

[7On a fait le choix de ne pas traiter dans ce numéro des Églises orientales catholiques en France. Même si leurs fidèles portent les mêmes soucis que ceux des Églises orthodoxes orientales concernant leurs pays d’origine, la situation de ces Églises en pleine communion avec le Siège apostolique romain est bien différente.

[8Cf. Naures ATTO, « The Myth of an Ideal Leader : The Case of the Orthodox Syriac Community in Europe », in Maria HÄMMERLI & Jean-François MAYER, Orthodox Identities in Western Europe. Migration, Settlement and Innovation, Farnham, Ashgate, 2014, p. 51-66.

 


Renouvellements œcuméniques

 

17 mars 2015 2015

N° 176 (octobre 2014) : sommaire et éditorial

Revue Unité des Chrétiens, n° 176 (octobre 2014)

Sommaire

ÉDITORIAL : Paradis perdu ? (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL : Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2015 (Anne-Noëlle CLÉMENT)

CÉCEF : Offrandes de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2015

DOSSIER : Renouvellements œcuméniques

La Semaine du Marais chrétien : un œcuménisme local (Alice QUILÈS et Gilles BOUCOMONT)

Une présence chrétienne sur le marché de Noël à Lucé (Vincent LE CALLENNEC)

« Les Voix de la Bible » à Périgueux (Pierrot MUNCH et Martin de LA RONCIÈRE)

Prier ensemble pour la sauvegarde de la création (Lucile et Sébastien DUMONT)

Vivre la Semaine sainte ensemble (Anne-Laure de LA RONCIÈRE)

Regard d’un nouveau délégué à l’œcuménisme sur sa mission (Nicolas LE BAS)

Une nouvelle association œcuménique en Normandie (Pierre ARGOUET)

Responsables ensemble de la catéchèse des enfants roms (Nathalie-Marie CHANTEPIE)

ZeBible : un projet d’annonce de la Parole qui unit (Marc SCHAEFER)

Un stage œcuménique Art & Foi pour les jeunes (Sébastien DIANCOFF)

Les week-ends de Jeunes chrétiens ensemble (Estelle de LAREMBERGUE et Guillaume de LA PORTE)

Un nouveau groupe de prière œcuménique à Toulouse : PsalliteDeo (Frédéric CHAVAUX)

Le Conseil d’Églises chrétiennes en France encourage les jeunes théologiens (Christophe DELAIGUE)

Les sessions œcuméniques à Hautecombe (Adam STROJNY)

De nouveaux experts pour les comités mixtes (Emmanuel GOUGAUD et Katharina SCHÄCHL)

Le Groupe des Dombes : un continuel renouvellement (Matthias WIRZ)

RENDEZ-VOUS avec Nicolas KAZARIAN

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin & juillet 2014

AGENDA


Editorial

Paradis perdu ?

Une fois n’est pas coutume, ce numéro d’Unité des Chrétiens trouve sa genèse dans un ras-le-bol des membres du comité de rédaction. Chaque année en effet, au moment de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne, des médias trop pressés pour un véritable travail d’enquête se contentent de répéter le sempiternel couplet désabusé sur l’hiver œcuménique actuel ; comme si un supposé âge d’or – après Vatican II ? – avait cédé la place à une ère glaciaire. Comment expliquer de telles affirmations que bien des acteurs actuels du mouvement œcuménique estiment erronées ?

On peut tout d’abord s’interroger sur certains diagnostics formulés hier ou avant-hier. Dans l’enthousiasme des commencements, on a pu minorer le temps nécessaire pour les percées œcuméniques. Les difficultés n’ont-elles pas été sous-évaluées ? Ne faut-il pas reconnaître que certains pronostics de rétablissement rapide de la pleine communion n’étaient pas justes ? qu’on ne réconcilie pas en cinq décennies des familles ecclésiales séparées depuis cinq siècles ? D’où certaines déceptions actuelles sur la lenteur des réconciliations.

Il ne s’agit bien sûr pas de nier que certaines instances œcuméniques autrefois florissantes sont aujourd’hui moribondes et qu’on peut légitimement regretter leur disparition. Encore faut-il les resituer dans un paysage d’ensemble bien plus contrasté. De fait, avec le mouvement œcuménique comme avec tout organisme vivant, il faut savoir vivre des deuils et se réjouir des naissances. Pour bien saisir la diversité du paysage œcuménique actuel, il faut donc aiguiser son regard pour discerner ces réalités nouvelles ou renouvelées qui existent bel et bien. La quinzaine d’articles brefs de ce numéro en présente quelques-unes, de genres très différents, qu’elles soient enracinées au plan local, ou d’envergure plus large. Il n’y avait que l’embarras du choix et bien d’autres y auraient eu leur place.

C’est parfois en réponse à des urgences sociales nouvelles que les chrétiens de plusieurs Églises commencent à collaborer. Mais si certains groupes font preuve de grande créativité, on ne cherchera pas uniquement dans ces pages des idées jusque là inconnues. Parfois des groupes régionaux revisitent à leur manière des formes qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs, depuis longtemps. C’est aussi l’appartenance ecclésiale des partenaires qui fait l’originalité d’initiatives nouvelles, lorsqu’y œuvrent des chrétiens d’autres confessions qu’on croisait peu jusque là dans les cercles interconfessionnels. Même si on ne saurait évaluer un groupe œcuménique à l’âge de ses membres, on observe aussi plusieurs initiatives destinées aux enfants et adolescents, ou suscitées par des jeunes. Dans des instances œcuméniques déjà anciennes, une nouvelle génération se met au travail. Notre revue elle-même connaît des renouvellements puisqu’y œuvre depuis le début de l’année 2014 un théologien orthodoxe bulgare – dix ans plus jeune que notre trimestriel déjà quarantenaire ! – avec un regard neuf sur les réalités œcuméniques et un souci de fidélité aux rubriques préférées de nos lecteurs.

Alors que se prépare une Rencontre nationale des délégués à l’œcuménisme (du 18 au 21 novembre 2014), on ne saurait donc disqualifier l’aujourd’hui de l’œcuménisme. Pour le dire de manière trop crue, les responsables nationaux à l’œcuménisme n’ont pas l’impression d’être les croque-morts de l’œcuménisme ; ni de vivre en enfer ou au purgatoire après le paradis.

Les Églises du Brésil qui ont préparé la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2015 ont proposé à notre méditation l’entretien de Jésus avec la femme de Samarie au puits de Jacob. En dépit de la fatigue de la route ou de la lassitude d’une vie compliquée, en dépit surtout de divisions multiséculaires entre Juifs et Samaritains, un dialogue en vérité s’instaure entre eux, sur Dieu, sur le culte à lui rendre, sur la vie de disciple… Il en va de même pour les chrétiens de toutes confessions : en dépit de la lassitude d’un chemin de réconciliation long et complexe, en dépit des méfiances interconfessionnelles qui persistent, ils ont soif de dialogues en vérité et savent trouver aujourd’hui encore ces puits d’eau fraîche à la margelle desquels retrouver ensemble la fraîcheur de l’Évangile.

fr. Franck LEMAÎTRE


 


Les comités mixtes de dialogue théologique en France

 

17 mars 2015 2015

N° 175 (juillet 2014) : sommaire et éditorial.

Revue Unité des Chrétiens, n° 175 (juillet 2014)

Sommaire

ÉDITORIAL : De Bethléem à Jérusalem (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL : Le pape François et le patriarche Bartholomée à Jérusalem (Serge SOLLOGOUB)

DOSSIER : Les comités mixtes de dialogue théologique en France

Les Conversations catholiques - évangéliques (Anne-Marie PETITJEAN)

Religieuse auxiliaire du sacerdoce, Anne-Marie Petitjean enseigne la théologie dogmatique au Centre Sèvres à Paris. Elle est membre du Groupe des Conversations catholiques-évangéliques en France dont elle présente les évolutions institutionnelles et les chantiers successifs.

Le Comité mixte baptiste - catholique (Louis SCHWEITZER)

Professeur à la faculté de théologie de Vaux-sur-Seine, le pasteur Louis Schweitzer copréside le Comité mixte de dialogue entre baptistes et catholiques en France. Il en décrit les chantiers anciens et actuels en précisant dans quel esprit ce groupe travaille.

Le Comité mixte catholique – orthodoxe (Christos FILIOTIS)

Archiprêtre de la Métropole grecque orthodoxe de France, Christos Filiotis est le recteur de la paroisse des Trois-Saints-Hiérarques de Strasbourg. Membre du Comité mixte catholiques-orthodoxe en France, il en présente les différentes facettes, pastorales et théologiques, avant de proposer une déontologie pour les relations entre ces deux familles d’Églises.

Le Comité mixte catholique/luthéro-réformé (Jean-Marc VIOLLET)

Pasteur de l’Église protestante unie de France, Jean-Marc Viollet a été coprésident du Comité mixte catholique/luthéro-réformé. Après en avoir rappelé les différentes publications, il montre les chances et les défis de ce dialogue dans la période durant laquelle il en a assuré la coprésidence.

RENDEZ-VOUS avec Joanne COYLE DAUPHIN

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février - mai 2014

LECTURES

AGENDA


Editorial

Lundi 6 janvier 1964 – début de matinée : pour démarrer la troisième journée de son pèlerinage en Terre sainte, Paul VI célèbre la messe à Bethléem en la fête de l’Épiphanie. Dans le discours qu’il prononce à l’issue de la célébration [1], le pape souligne la nécessité de l’unité des chrétiens. Évoquant les fidèles non catholiques, il déclare : « La porte du bercail est ouverte. L’attente de tous est loyale et cordiale. Le désir est fort et patient. La place disponible est large et commode. Le pas à franchir est attendu avec toute Notre affection et peut être accompli avec honneur et dans la joie mutuelle ».

Lundi 6 janvier 1964 – fin de matinée : Paul VI est reçu à la résidence du patriarche grec orthodoxe de Jérusalem sur le Mont des Oliviers. Dans le discours qu’il prononce [2], le pape souligne à nouveau la nécessité de l’unité des chrétiens. S’adressant au patriarche de Constantinople Athénagoras, il déclare : « Ce qui peut et doit progresser, dès maintenant, c’est cette charité fraternelle, ingénieuse à trouver de nouvelles manières de se manifester ; une charité qui, tirant les leçons du passé, soit prête à pardonner, encline à croire plus volontiers au bien qu’au mal, soucieuse avant tout de se conformer au divin Maître et de se laisser attirer et transformer par lui ».

La route entre Bethléem et Jérusalem n’est pas longue. Et pourtant tout a changé. À Bethléem, dans la ligne de l’encyclique Mortalium animos de Pie XI (1928), l’unité des chrétiens est encore présentée comme un retour des brebis égarées dans le bercail romain. À Jérusalem, elle est envisagée comme une réconciliation mutuelle, en réponse aux appels du Christ à l’unité « telle qu’Il la veut et par les moyens qu’Il voudra ». Avec la rencontre effective de l’évêque de Rome et de celui de Constantinople, cette matinée du 6 janvier 1964 marque donc un vrai tournant œcuménique, qu’enregistrera le décret Unitatis redintegratio du concile Vatican II quelques mois plus tard.

Ce passage « de Bethléem à Jérusalem », c’est symboliquement celui que font les experts nommés dans les comités bilatéraux de dialogue théologique. Chaque délégation a sa compréhension des problèmes doctrinaux qui séparent les deux familles ecclésiales et de la manière dont on pourrait les résoudre. Mais seule la rencontre effective avec les théologiens de l’autre délégation permet de relire ensemble l’histoire des divisions en « tirant les leçons » de ce passé. Seul un climat de « charité fraternelle » permet de discerner de manière « ingénieuse » des voies possibles pour restaurer la pleine communion.

Aujourd’hui, entre les différentes confessions chrétiennes en France, cinq dialogues bilatéraux officiels sont en cours [3]. L’importance accordée au dialogue théologique de haut niveau marque beaucoup l’œcuménisme français, et l’on peut se réjouir de la fidélité des Églises à ces dialogues depuis plusieurs décennies [4]. Elles ont le souci de dégager le budget nécessaire à la tenue des réunions et de constituer des délégations solides, en sollicitant leurs meilleurs théologiens [5].

On peut observer que le rôle des comités mixtes ne se limite pas aux recherches théologiques pointues qui y sont menées. Leurs documents font l’objet de conférences pour le grand public, de séances d’étude pour les groupes œcuméniques locaux ou encore de journées de formation permanente. Par ailleurs, sans qu’il soit possible de le mesurer, il est vraisemblable que cette recherche œcuménique marque l’enseignement des professeurs des facultés de théologie qui sont membres des comités.

Difficile donc d’imaginer ce que serait la vie œcuménique en France sans ces comités mixtes qui aident les chrétiens à faire, pour leur part, le passage « de Bethléem à Jérusalem ».

fr. Franck Lemaître



[1in Documentation catholique, 1964, col. 179

[2in Documentation catholique, 1964, col. 190-191.

[3D’autres dialogues officiels ont eu lieu dans le passé, d’autres encore pourraient se mettre en place. S’il n’est pas question ici du Groupe des Dombes, c’est pour respecter son caractère original, avec la liberté que ce comité pionnier a gardée depuis 1937 de choisir ses thèmes de travail sans mandat des Églises et de désigner ses membres par cooptation.

[4En complément des dialogues théologiques menés au plan international, des comités nationaux existent dans plusieurs pays.

[5Actuellement on dénombre une cinquantaine de membres dans les comités mixtes en France. Pour ne prendre que l’exemple de l’Église catholique, on compte dans ces dialogues cinq évêques coprésidents, une vingtaine d’experts et un secrétaire.

 


Les épisodes noirs des relations interconfessionnelles

 

18 juillet 2014 2014

N° 174 (avril 2014) : sommaire et éditorial.

Revue Unité des Chrétiens, n° 174 (avril 2014)

Sommaire

ÉDITORIAL : Le souvenir du sang versé (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Le patriarche œcuménique Bartholomée docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris

« Pas à vendre » : la Fédération luthérienne mondiale actualise le message de la Réforme (Martin Junge)

DOSSIER : Les épisodes noirs des relations interconfessionnelles

Le sac de Constantinople de 1204 et ses conséquences sur l’unité chrétienne (Michel Stavrou)

Professeur à l’Institut Saint-Serge (Paris) et chercheur au Centre d’histoire et civilisation de Byzance (Collège de France – CNRS), Michel Stavrou retrace l’histoire douloureuse de la quatrième croisade
(1204), un passé qui hante jusqu’à aujourd’hui les relations entre catholiques et orthodoxes.

La persécution, marqueur d’identité pour les Vaudois (Giorgio Tourn)

Pasteur vaudois, Giorgio Tourn a présidé la Société d’études vaudoises à Torre Pellice (Italie). Il montre comment, dans l’histoire des disciples de Pierre Valdo, la persécution a pu constituer un
élément essentiel de l’identité spirituelle des Églises vaudoises.

La persécution des anabaptistes en Suisse (Hans Ulrich Gerber)

Après avoir travaillé pour le Conseil œcuménique des Églises dans le cadre de la Décennie pour vaincre la violence, le théologien mennonite suisse Hans Ulrich Gerber est devenu président du Mouvement international de la réconciliation. C’est en raison de son engagement pacifiste qu’il a travaillé la question de la persécution des dissidents dans les Églises.

La persécution des catholiques en Angleterre au XVIe siècle (Norman Tanner)

Après avoir enseigné à l’université d’Oxford, le jésuite anglais Norman Tanner est professeur d’histoire de l’Église à l’université grégorienne à Rome. Précisant la situation des catholiques au cours des différents règnes qui ont marqué le XVIe siècle en Angleterre, il explique ce qui a motivé leur persécution et fait le point sur les récents débats dans l’historiographie de cette époque.

La Saint-Barthélémy : une mémoire douloureuse (Liliane Crété)

Spécialiste du protestantisme à l’époque moderne, Liliane Crété appelle les tragiques événements de la Saint-Barthélémy (1572) et montre pourquoi la mémoire des faits du passé est au cœur même de la culture des réformés français.

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre 2013 – février 2014

AGENDA


Editorial

Au terme d’un périple touristique en France, un ami
britannique s’étonnait des traces nombreuses que nos villes
gardent de l’histoire violente des relations entre confessions
chrétiennes dans notre pays. Lors de sa visite à la primatiale
Saint-Jean de Lyon, le guide avait signalé qu’au XVIe siècle, c’était le baron des Adrets, « un calviniste », qui avait détruit
toutes les statues des saints dans les niches de la façade,
défigurant à jamais le portail gothique de la cathédrale. Au gré d’une promenade dans le centre de Paris, cet ami avait découvert l’église Notre-Dame-des-Victoires : intrigué par cette appellation, il comprit que ce sanctuaire marial avait été ainsi nommé en action de grâces pour la bataille de La Rochelle et pour la protection de la Vierge à qui était attribuée la reddition des Huguenots en 1628. Nul besoin de multiplier les exemples : nos villes et nos campagnes portent encore – de bien des manières – les cicatrices d’un passé interconfessionnel douloureux qui a fait mugir de féroces soldats d’un camp ou d’un autre.

Ce sont ces pages sombres de l’histoire que ce numéro
permet de revisiter : des épisodes sanglants ou des persécutions plus durables qui ont marqué les relations entre catholiques et orthodoxes, entre vaudois et catholiques, entre mennonites et réformés suisses, entre anglicans et catholiques anglais, entre catholiques et réformés français. Les articles de nature d’abord historique permettent de mieux comprendre les facteurs culturels, politiques et théologiques qui ont pu générer de pareilles boucheries.
Ils offrent également une réflexion historiographique sur la manière dont ces événements violents ont été racontés au fil des siècles. Car, comme le rappelle le théologien réformé Henry Mottu, « l’histoire humaine se déroule, puis s’écrit sur le fond de grandes dates ou de gestes qu’on appelle précisément “symboliques” » [1].

Dans un document récent, la Commission théologique
internationale de l’Église catholique a rappelé qu’ « au
regard de la foi chrétienne, la violence “au nom de Dieu”
est une hérésie pure et simple » [2]. On peut certes estimer
qu’entre christianisme et violence il n’y a que des « liens accidentels ». Il n’empêche : dans la manière dont les chrétiens se sont comportés avec d’autres disciples du même Christ, il faut bien reconnaître – avec humilité – des « égarements coupables et répétés ».

Pourquoi traiter ainsi de ce passé d’hostilité dans une revue interconfessionnelle ? Le cheminement œcuménique ne demande-t-il pas d’être attentif à la route qui s’ouvre devant soi plutôt que de regarder dans le rétroviseur ? En attirant ainsi le regard sur ces siècles d’adversité, ce numéro est une invitation à la prudence. Car on pourrait naïvement croire que ces violences d’un si lointain passé sont sans impact sur l’aujourd’hui des relations interconfessionnelles.
Et pourtant, qu’un propos blessant ou un acte maladroit
vienne refroidir le climat relationnel, et voilà que, très vite,
l’histoire se réinvite dans les discussions.

Or on peut se demander si la papolâtrie médiatique que
suscite le pape actuel – « culture du vedettariat » [3] oblige – ne va pas réveiller la méfiance à l’égard d’une Église catholique toujours suspecte d’hégémonisme. Plus sérieusement encore, les débats anthropologiques et théologiques autour de la conjugalité qui s’annoncent dans des Églises
protestantes françaises dans les prochains mois ne vont-ils
pas générer de sérieux clivages confessionnels, au risque de
raviver le souvenir d’antagonismes passés ?

Les uns et les autres, nous pouvons vivre dans le souvenir du sang versé jadis par nos coreligionnaires, ici ou ailleurs. Mais des chrétiens sont d’abord fidèles au souvenir du sang versé par le Christ, en qui toute haine est abolie.

fr. Franck Lemaître



[1Henry Mottu, Le geste symbolique. Pour une pratique protestante des sacrements, coll. Pratiques, Genève, Labor & Fides, 1997, p. 1

[2Dio Trinità, unità degli uomini. Il monoteismo cristiano contro la violenza, 2014 ; traduction française à paraître sur www.vatican.va.

[3Cardinal André Vingt-Trois, à propos de l’attrait que suscite le pape François, in Le
Figaro
, 13/03/2014, p. 12.

 


Les Églises en Extrême-Orient

 

23 mai 2016 2016

N° 173 (janvier 2014) : sommaire et éditorial.

L’assemblée du Conseil oecuménique des Églises en Corée

Revue Unité des Chrétiens, n° 173 (janvier 2014)

Sommaire

ÉDITORIAL : Un visage pour l’Église universelle (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

L’assemblée du Conseil oecuménique des Églises à Busan (Stephen Brown)

Théologien réformé et journaliste, Stephen Brown a participé aux travaux de l’assemblée du Conseil œcuménique des Églises à Busan. Il analyse les enjeux de ce rassemblement.

CONSEIL D’ÉGLISES CHRÉTIENNES EN FRANCE

Publication d’une nouvelle Bible pour la liturgie catholique (Pasteur François Clavairoly, Métropolite Emmanuel, Mgr Georges Pontier)


DOSSIER : Les Églises en Extrême-Orient

L’œcuménisme en Corée (Min Heui Cheon)

Secrétaire générale du Service des relations œcuméniques de l’Église presbytérienne en République de Corée, la pasteure Min Heui Cheon retrace l’histoire des rapprochements entre Églises dans son
pays, en présentant les réussites et les difficultés actuelles.

Les défis du protestantisme en Chine aujourd’hui (Michel Chambon)

Après des études de théologie à l’Institut catholique de Paris et cinq ans à Hong Kong et Taiwan, Michel Chambon est actuellement doctorant en anthropologie à l’université de Boston (États-Unis).
En précisant les défis spécifiques au monde protestant en Chine, il montre ici pourquoi les étiquettes confessionnelles habituelles en Occident n’y sont pas opérantes.

L’œcuménisme au Japon. Pour une annonce commune de l’Évangile (Ken Yamamoto)

Théologien luthérien, Ken Yamamoto travaille au Service national pour l’unité des chrétiens de la Conférence des évêques de France à Paris. Il explique ce qui motive les relations œcuméniques dans son pays d’origine.

Le Forum chrétien mondial en Asie. Pour un œcuménisme de l’Esprit (Richard Howell)

Membre du comité international du Forum chrétien mondial, le pasteur Richard Howell est secrétaire général de l’Association évangélique de l’Inde et de l’Alliance évangélique d’Asie. Évoquant les recompositions du christianisme sur le continent asiatique, il exprime ses espérances pour l’unité de tous les chrétiens.

Les relations entre chrétiens et musulmans en Indonésie (Stephen Headley)

Professeur au séminaire orthodoxe d’Épinay/Sénart, le Père Stephen Headley est en charge de la paroisse de Vézelay (Patriarcat de Moscou). Chercheur en anthropologie au CNRS, il a publié
plusieurs études ethnographiques sur l’île de Java en Indonésie.

Les Églises chrétiennes en Asie et l’environnement (Martin Palmer)

Anglican britannique, Martin Palmer est sinologue. Il est secrétaire général de l’association Alliance of religions and Conservation, qui aide les religions dans leurs engagements en faveur de la sauvegarde de l’environnement.

RENCONTRE avec frère Alois

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2013

LECTURES

AGENDA

Editorial

Participer à une assemblée du Conseil oecuménique des Églises [COE] comme celle qui s’est déroulée à l’automne en Corée, avec des chrétiens venus du monde entier, c’est vérifier concrètement que l’Évangile a rejoint une incroyable diversité de « nations, races, langues et peuples » (Ap 14,6) jusqu’aux confins de la terre. En tournant nos regards vers la péninsule coréenne et d’autres pays d’Extrême-Orient, ce numéro permet de mieux comprendre comment la Bonne Nouvelle continue aujourd’hui d’être annoncée
dans des Églises très diverses par l’histoire, la taille ou les défis qu’elles rencontrent en Asie.

Participer à une assemblée comme celle de Busan – avec des centaines de délégués des familles ecclésiales membres du COE –, c’est nécessairement aussi s’interroger sur l’unité des chrétiens à l’échelle mondiale, sur les structures qui leur permettent de mener une réflexion commune, de prendre ensemble des décisions et de les exprimer. Une des tâches importantes d’une assemblée est la mise au point de déclarations publiques qui concernent aussi bien la vie des Églises que les grandes questions de société : élaborées par un comité de rédaction, elles sont ensuite patiemment votées, une à une, par les délégués. Tout observateur bienveillant mais lucide notera toutefois que ce travail minutieux n’a qu’un bien faible écho ; en regrettant que la voix prophétique que voudrait avoir le COE reste souvent inaudible. De fait, notre culture ultra médiatique rend indispensable pour toute institution un porte-parole repérable et repéré. C’est vrai pour le COE également. Avec huit présidents, une modératrice du Comité central (150 membres), deux co-modérateurs et un secrétaire général, le Conseil œcuménique n’en manque pas ; il en a même trop, et c’est bien là son problème.

Participer à une assemblée internationale d’Églises, c’est aussi s’interroger sur les absents : le monde pentecôtiste bien sûr, mais aussi l’Église catholique. On peut rappeler qu’elle est associée à plusieurs chantiers du COE, et non des moindres, dans le domaine spirituel, théologique, missionnaire… Elle ne boude du reste pas cette instance, comme le montrait la présence à Busan d’environ 70 catholiques, dont une délégation officielle emmenée par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens [1]. Sur le thème de l’assemblée – Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix –, on ne peut que constater une grande proximité de vues avec l’Église catholique, qui pourrait aisément signer les déclarations publiques sur la « paix juste » [2] adoptées à Busan ; il suffit de les comparer à certains paragraphes de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François, en matière environnementale [3], ou sur les questions économiques [4]. Dès lors, l’Église catholique pourrait-elle ou devrait-elle faire davantage avec le COE ?

Depuis les débuts du pontificat, on ne peut que constater l’impact médiatique du pape François, bien au-delà des cercles chrétiens : les propositions de son exhortation apostolique en matière de justice économique ont reçu rapidement un large écho, positif ou critique ; sur des sujets où précisément le COE peine tant à se faire entendre.
C’est bien la conviction des catholiques qu’il faut à l’Église universelle un visage ; qu’un ministère primatial d’unité est nécessaire ; que l’évêque de Rome pourrait être ce visage qui fait aujourd’hui défaut au christianisme mondial. Il y a vingt ans déjà, la commission Foi et Constitution du COE avait clairement posé la question d’un « ministère universel de l’unité chrétienne » [5]. En 1995 Jean-Paul II avait repris ce questionnement dans son encyclique Ut unum sint en invitant les responsables d’autres Églises et leurs théologiens à instaurer avec lui « un dialogue fraternel et patient » à propos de ce ministère (n° 96). Dans Evangelii gaudium, le pape François exprime sa déception en constatant que « nous avons peu avancé en ce sens » (n° 32). Il sait bien que, dans d’autres familles ecclésiales, on n’admet pas « qu’un ministère universel de primauté soit nécessaire ni même souhaitable » [6]. Il sait surtout que dans l’Église catholique est indispensable « une conversion de la papauté », mettant notamment fin à une « excessive centralisation », pour que ce ministère puisse être un authentique service de la communion au niveau mondial.

Un visage pour l’Église universelle ? Voilà un vrai chantier pour le Groupe mixte de travail entre l’Église catholique et le COE, ou pour une prochaine conférence mondiale de Foi et Constitution. Le COE se réunira de nouveau en assemblée en 2021. D’ici là le mouvement œcuménique aura-t-il fait quelques pas sur ce dossier pour que la parole commune de toutes les Églises soit davantage entendue ?

frère Franck LEMAÎTRE

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[1On lira en p. 12 d’UDC n° 173 le message de soutien sans ambiguïté qu’a adressé le pape François.

[2Statement on the Way of Just Peace, wcc2013.info.

[3n° 215, avec la citation de la lettre pastorale des évêques philippins.

[4n° 53-60 et n° 202-208 par exemple.

[5Thomas Best & Günther Gassmann (dir.), On the Way to Fuller Koinonia, Genève, COE, 1994, p. 243.

[6Cf. Foi et Constitution, L’Église. Vers une vision commune, 2013, n° 57.

 


Se reconnaître mutuellement

 

18 juin 2014 2014

N° 172 (octobre 2013) : sommaire et éditorial.

Revue Unité des Chrétiens, n° 172 (octobre 2013)

Sommaire

ÉDITORIAL : Œcuménisme et reconnaissance mutuelle (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

L’Assemblée de la KEK à Budapest (Valérie Duval-Poujol)

Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2014 (Anne-Noëlle Clément)

DOSSIER : Se reconnaître mutuellement

Chemins de reconnaissance (Marguerite Léna)

Membre de la Communauté Saint-François-Xavier, la philosophe Marguerite Léna explore la polysémie du mot « reconnaissance ». Pour chacune des quatre acceptions qu’elle identifie, elle montre quelles exigences demeurent pour notre recherche de l’unité de tous les chrétiens.

De la reconnaissance des États en géopolitique. La question chypriote et le paradoxe européen (Nicolas Kazarian)

Chercheur à l’Observatoire géopolitique du religieux de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Nicolas Kazarian enseigne à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge ainsi qu’à l’Institut supérieur d’études œcuméniques à Paris. En s’appuyant sur l’exemple de Chypre, divisée en deux entités politiques (grecque et turque), il montre la place centrale de la « reconnaissance mutuelle » entre États dans les relations internationales.

Les évangéliques et les autres chrétiens : pratiques et reconnaissance de baptême (Pierre de Mareuil)

La reconnaissance mutuelle du baptême constitue un point douloureux du dialogue entre les Églises évangéliques et d’autres Églises qui pratiquent le pédobaptisme. Pasteur de la Fédération baptiste et aumônier de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, Pierre de Mareüil analyse les positions en présence et ouvre des pistes de dialogue.

La reconnaissance des ministères et l’unité chrétienne. Un point de vue anglican (Paul Avis)

Figure majeure de la théologie anglicane contemporaine , Paul Avis est chanoine théologien de la cathédrale d’Exeter et rédacteur en chef de la revue Ecclesiology. Il analyse ici les conditions nécessaires pour que les anglicans puissent reconnaître les ministères dans d’autres Églises.

La reconnaissance mutuelle entre Églises (Hervé Legrand)

Professeur émérite à la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, le théologien dominicain Hervé Legrand montre comment la reconnaissance mutuelle entre Églises connaît à la fois des avancées et des reculs.

RENCONTRE avec Louis Schweitzer

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin & juillet 2013

LECTURES

AGENDA

Editorial

Œcuménisme et reconnaissance mutuelle

En vue de la prochaine Semaine de prière pour l’unité chrétienne, les Canadiens qui en ont préparé le thème proposent à notre méditation le début de la Première Épître de Paul aux Corinthiens : l’apôtre y reconnaît que les destinataires de sa lettre ont été « comblés de toutes les richesses du Christ », qu’ils invoquent le nom de Jésus – « leur Seigneur et le nôtre » – ; il peut aussi reconnaître la communauté naissante qu’ils forment comme « l’Église de Dieu qui est à Corinthe ».

C’est cette question de la « reconnaissance » qu’Unité des Chrétiens a choisi d’explorer dans ce numéro : un thème central en œcuménisme, pour lequel la littérature théologique est étonnamment réduite : ce mot – avec la riche polysémie qu’il a dans le champ philosophique ou diplomatique – n’aurait-il pas mérité une entrée dans le Dictionnaire du mouvement œcuménique [1] ?

C’est pourtant toute l’histoire des divisions confessionnelles qu’on peut écrire comme une suite de ruptures dans la reconnaissance mutuelle : une communauté ecclésiale n’en reconnaît plus une autre comme Église, elle ne reconnaît plus la validité des sacrements qui y sont célébrés, elle n’y reconnaît plus une prédication fidèle à la foi apostolique, elle n’en reconnaît plus les membres comme d’authentiques disciples du Christ…

L’histoire douloureuse de cette absence de reconnaissance pourrait être abondamment illustrée. Pour ne prendre que l’exemple des couples mixtes interconfessionnels, on se rappelle que l’Église catholique ne reconnaissait pas le baptisé d’une autre Église comme un(e) époux(se) légitime et considérait ce type d’unions comme « prohibé par la loi divine elle-même » en raison du « danger de perversion du conjoint catholique et des enfants » ; et si la « dispense de l’empêchement de religion mixte » était accordée, la partie catholique restait tenue « par l’obligation de travailler prudemment à la conversion du conjoint acatholique » [2].

À l’inverse l’histoire du mouvement œcuménique depuis environ un siècle peut être lue comme celle d’une reconnaissance mutuelle restaurée progressivement. À la Conférence d’Édimbourg en 1910, des missionnaires se reconnaissent mutuellement comme disciples du Christ, animés du même zèle pour l’annonce de l’Évangile au monde entier. Après la Seconde Guerre mondiale, les membres du Conseil œcuménique naissant – anglicans et protestants, bientôt rejoints par les orthodoxes – reconnaissent qu’ils « confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures ». En 1964, le concile Vatican II déclare à son tour que les fidèles d’autres familles ecclésiales « portent à juste titre le nom de chrétiens » et que les « fils de l’Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur » [3]. En 2010, au Congrès du Cap, les évangéliques du Mouvement de Lausanne reconnaissent officiellement qu’il y a « de nombreux disciples du Seigneur Jésus-Christ » dans d’autres traditions chrétiennes.

Certes, en matière de reconnaissance mutuelle, bien des chantiers demeurent. Peut-on en effet s’en tenir à cette reconnaissance des autres chrétiens à titre individuel ? Qu’en est-il des communautés qu’ils forment ? des sacrements qu’ils célèbrent ? Trois articles viennent ici éclairer les débats en cours, pour la reconnaissance mutuelle du baptême, pour celle des ministères et pour celle de l’ecclésialité. Enregistrant les progrès déjà accomplis et les questions épineuses qui demeurent, des théologiens identifient « les conditions, les processus et les situations qui mènent à ce que Ego et Alter se considèrent comme égaux » [4].

Bien d’autres déclarations de reconnaissance mutuelle auraient pu être présentées ici. Pour ne prendre là encore qu’un exemple, en matière eucharistique cette fois, on peut mentionner le dialogue assyrien-catholique. L’enjeu portait sur l’anaphore d’Addai et Mari que, depuis des temps immémoriaux, l’Église assyrienne de l’Orient utilise sans récit de l’Institution. Rome ayant reconnu en 2001 cette prière eucharistique comme valide, les catholiques chaldéens peuvent désormais recevoir la communion au cours d’une célébration assyrienne de l’eucharistie, et réciproquement.

On le voit donc, ces discussions théologiques pointues sur la « reconnaissance mutuelle » ne sont pas sans impact pastoral : pour les fidèles chaldéens et assyriens qui ont dû émigrer en Occident dans des circonstances dramatiques, en leur donnant désormais un accès plus large à l’eucharistie ; et pour les couples mixtes bien sûr. Elles favoriseront aussi la collaboration de tous ceux qui veulent « travailler ensemble à l’œuvre de Dieu ».

frère Franck LEMAÎTRE

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[1Il ne figure pas dans le Dictionary of the Ecumenical Movement (Genève, WCC Publications, 1991/20032). On ne le trouve pas davantage dans l’Encyclopédie du protestantisme (coll. Quadrige, Paris, PUF, 2006), ou dans le Dictionnaire critique de théologie (coll. Quadrige, Paris, PUF, 2002).

[2Code de droit canonique de 1917, canons 1060-61.

[3Décret Unitatis redintegratio, n° 3.

[4Le récent Dictionnaire encylopédique d’éthique chrétienne (Paris, Cerf, 2013) – bel exemple de collaboration œcuménique – consacre un article à la « reconnaissance » et son usage en philosophie morale (p. 1713-1722).

 


La réconciliation des mémoires

 

18 juin 2014 2014

N° 171 (juillet 2013) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Enjeux mémoriels de l’œcuménisme (Franck Lemaître)

ESSENTIEL : Naissance de l’Église protestante unie de France (Laurent Schlumberger – Christian Baccuet)

LECTURES : Du conflit à la communion. Réflexions luthéro-catholiques sur l’historiographie de la Réforme en vue des célébrations de 2017

DOSSIER : Pour la réconciliation des mémoires

Histoire et mémoire. Approche philosophique (Gérard Malkassian)

Professeur de philosophie , Gérard Malkassian s’interroge sur la manière dont l’histoire pourrait contribuer à réconcilier des mémoires antagonistes et rapprocher des communautés où s’affrontent des enjeux de mémoire.

Réconciliation et guérison des mémoires (Michael Lapsley)

Prêtre anglican, Michael Lapsley a payé le prix fort dans son combat contre l’apartheid en Afrique du Sud. Il a fondé l’Institut pour la guérison des mémoires pour aider les victimes de traumatismes à se réconcilier avec leur histoire.

Construire ensemble un récit et une liturgie de réconciliation. L’expérience luthérienne et mennonite (Larry Miller)

Pour favoriser leur rapprochement, luthériens et mennonites ont cherché à réconcilier des souvenirs opposés en construisant un récit commun. Aujourd’hui secrétaire du Forum chrétien mondial, le pasteur Larry Miller était secrétaire général de la Conférence mennonite mondiale pendant ce processus de réconciliation avec la Fédération luthérienne.

La réconciliation des anglicans et des réformés en Angleterre (Fleur Houston)

Pasteure de l’Église réformée unie en Angleterre, Fleur Houston retrace les démarches de réconciliation et de guérison des mémoires qui ont favorisé le rapprochement des anglicans et des réformés en Grande Bretagne.

Catholiques et orthodoxes vingt ans après Balamand (Borys Gudziak)

Évêque de l’éparchie des ukrainiens gréco-catholiques à Paris, Mgr Borys Gudziak livre son point de vue sur l’histoire récente des relations entre catholiques et orthodoxes en Europe de l’Est, en pointant les comportements anti-œcuméniques qui persistent de part et d’autre.

RENCONTRE avec John Gibaut

CONSEIL D’ÉGLISES CHRÉTIENNES EN FRANCE : Message du CÉCEF en vue de la Rencontre européenne de Taizé à Strasbourg

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février, mars & avril 2013

AGENDA

Editorial

Enjeux mémoriels de l’œcuménisme

Quatrième croisade, Saint-Barthélemy… des événements douloureux du passé continuent de marquer l’aujourd’hui des relations inter-ecclésiales. En œcuménisme comme dans toute démarche de réconciliation, les enjeux liés à l’Histoire sont donc d’une grande importance. Au fil des siècles, certains peuvent avoir oublié ou même refoulé les épisodes violents qui ont émaillé l’histoire du christianisme ; d’autres au contraire peuvent faire d’une persécution ancienne un élément nodal de leur identité confessionnelle. Cette insuffisance dans la connaissance de nos histoires ou la manière biaisée de les relire nécessitent une purification de la mémoire historique. Celle-ci comporte « la franche reconnaissance des torts réciproques et des erreurs commises dans la manière de réagir les uns envers les autres » [1].

On peut donc se réjouir des travaux qui, dans les dernières années, ont permis à des commissions bilatérales d’historiens et de théologiens de reconsidérer ensemble « ces passés qui ne passent pas ». Dans les articles ici rassemblés, il est par exemple question de la réconciliation entre anglicans et réformés en Grande Bretagne ; ou encore de la relecture historique qui a permis le rapprochement des luthériens et des mennonites, en évitant le double écueil de l’oubli et de l’hypermnésie.

Si ce numéro veut souligner les progrès œcuméniques que ces travaux historiques communs [2] ont permis, il pointe aussi des chantiers qui demeurent. Dans la relation entre orthodoxes et catholiques la reprise du dialogue avait été rendue possible en décembre 1965 par le geste solennel du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras ôtant « de la mémoire et du milieu de l’Église » les sentences d’excommunication de 1054. Des recherches historiques ont ensuite permis d’aboutir à la publication du rapport de Balamand en 1993 sur l’uniatisme « méthode d’union du passé » ; un document majeur pour la guérison des mémoires, dont pourtant la réception doit se poursuivre, notamment en Europe de l’Est. À l’autre extrémité de notre continent, nos regards se tournent vers l’Irlande du Nord où des murs continuent de défigurer Belfast en séparant quartiers catholiques et protestants.

Les anniversaires constituent des moments particulièrement sensibles des relations œcuméniques. C’est la raison pour laquelle, dans la perspective du 500e anniversaire de la Réforme en 2017, on accueillera avec gratitude le dernier document de la Commission internationale de dialogue entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale [3]. Du conflit à la communion – dont on trouvera ici des extraits – offre une relecture commune de la Réforme. On y reconnaît officiellement qu’au XVIe siècle catholiques et luthériens ont fréquemment exagéré ou caricaturé les propos de leurs adversaires afin de les rendre ridicules ; qu’à maintes reprises a été violé « le huitième commandement qui interdit de porter un faux témoignage contre son prochain » ; que de manière délibérée les conflits ont été exacerbés (n° 233). Les catholiques d’aujourd’hui montrent par exemple les limites de la bulle Exsurge Domine [4] (1520) du pape Léon X qui condamnait des propositions théologiques empruntées à plusieurs publications de Luther (n° 50) ; tandis que de leur côté, les luthériens estiment devoir « rejeter la manière dont Luther a identifié le pape à l’Antichrist » (n° 229).

Parce qu’aujourd’hui encore l’histoire de nos relations interconfessionnelles est parfois lue de manière sélective ou polémique, parce qu’elle reste encombrée de caricatures ou d’approximations partiales, le Conseil d’Églises chrétiennes en France encourage [5] les communautés chrétiennes à travailler ensemble l’histoire locale de leurs relations ; avec la conviction qu’on ne peut changer le passé, mais qu’on peut changer la façon dont on s’en souvient aujourd’hui.

fr. Franck LEMAÎTRE



[1Jean-Paul II, Discours aux membres du Conseil de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, 14/06/1984.

[2Au plan méthodologique, on peut mentionner les principes historiographiques préconisés dans Telling the Churches’ Stories. Ecumenical Perspectives on Writing Christian History (Timothy J. WENGERT & Charles W. BROCKWELL Jr, éds), Grand Rapids, Eerdmans, 1995.

[3On peut renvoyer également aux travaux de la Commission internationale de dialogue réformé/catholique, Vers une compréhension commune de l’Église (1990).

[4Lève-toi Seigneur… car un renard ravage ta vigne : c’est bien sûr Luther qui y était décrit comme le renard ravageant l’Église.

[5Cf. Message du CÉCEF aux communautés chrétiennes à l’occasion de ses vingt-cinq ans, 13 décembre 2012, in Unité des Chrétiens, n° 170, p. 8-9.

 


Le Conseil d’Églises chrétiennes en France

 

18 juin 2014 2014

N° 170 (avril 2013) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : De nouvelles pages pour le « Livre de l’unité » (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Échos de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2013 (Catherine Aubé-Elie)

Les nouvelles formes de religiosité en Europe nous interpellent Réunion du Comité mixte KEK-CCEE (Claire Sixt-Gateuille)

Rome a un évêque émérite. Réactions d’autres familles ecclésiales

CÉCEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : LE CONSEIL D’ÉGLISES CHRÉTIENNES EN FRANCE

Le Livre de l’unité. Message du CÉCEF aux communautés chrétiennes à l’occasion de ses vingt-cinq ans

Prix du CÉCEF pour un travail universitaire de recherche

La genèse du Conseil d’Églises chrétiennes en France (Michel Freychet)

Le CÉCEF au fil des ans (Michel Evdokimov)

Risquer des paroles. Un point de vue critique sur les déclarations publiques du CÉCEF (Michel Bertrand)

Les Conseils d’Églises chrétiennes dans la diversité des cultures politiques et ecclésiales

RENCONTRE avec Jean Tartier

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre & décembre 2012, janvier 2013

LECTURES

AGENDA

Editorial

C’est le 17 décembre 1987 qu’est né le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF). Pour marquer ce vingt-cinquième anniversaire, Unité des Chrétiens a fait le choix de consacrer un numéro à cette instance œcuménique qui constitue – aux côtés d’autres structures associatives ou institutionnelles (les comités mixtes de dialogue théologique par exemple) – le visage le plus officiel et le plus stable des relations œcuméniques en France.

On compte aujourd’hui environ 120 Conseils nationaux d’Églises [1] à travers la planète, et bien d’autres au niveau régional ou local. En lisant la présentation qui est faite de certains d’entre eux dans les pages qui suivent, on percevra bien ce qui fait l’originalité du Conseil français. Par exemple, les Églises y sont représentées à parité, même celles qui sont numériquement plus petites. Autre spécificité : alors qu’ailleurs les catholiques ont rejoint un Conseil associant déjà anglicans, protestants et orthodoxes, en France l’Église catholique a été partie prenante de la création du CÉCEF, grâce notamment à Mgr Jean Vilnet, qui vient de nous quitter. Parmi les traits distinctifs du CÉCEF, on notera encore qu’il réunit non pas des délégués mais les plus hauts responsables de nos Églises, notamment les présidents de la Conférence épiscopale catholique, de la Fédération protestante et de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

Tel que le formule désormais son règlement intérieur, le CÉCEF est un « lieu d’écoute mutuelle » qui permet aux responsables d’Églises de s’informer sur les événements qui marquent la vie des Églises ; « lieu d’initiative », il leur permet aussi de promouvoir des manifestations œcuméniques en les organisant ou en les parrainant ; « lieu de dialogue », il leur permet encore de se concerter sur les questions sociétales, et d’exprimer une position commune.

Les réalisations de toutes natures qui ont jalonné la vie du CÉCEF depuis vingt-cinq ans ont constitué, page après page, un « Livre de l’unité », qu’il est bon de feuilleter avec gratitude. Au fil des ans, le CÉCEF s’est préoccupé de pauvreté, d’immigration, de paix… cette attention spéciale aux enjeux sociaux se traduisant régulièrement par des déclarations publiques. Si aujourd’hui les politiques et les médias attendent plutôt une prise de parole commune de tous les chefs religieux – une évolution qui a contribué à la création de la Conférence des responsables de culte en France en 2010 –, le CÉCEF n’a pas pour autant renoncé à s’exprimer au nom de la foi chrétienne chaque fois que nécessaire.

Progressivement la vie œcuménique en France a pu faire l’objet d’une épiscopè partagée par les responsables d’Église. Le Prix du CÉCEF remis pour la première fois en décembre 2012 à un travail universitaire favorisant le rapprochement des chrétiens est un signe fort de cette vigilance commune et de l’encouragement donné ensemble à la formation et à la recherche en œcuménisme.

Il convient toutefois de signaler que le CÉCEF reste un Conseil d’ Églises, et non pas le Conseil des Églises chrétiennes en France. Cette subtilité que permet la langue française est d’une grande portée puisque le nom même enregistre – comme une blessure et un appel – l’incomplétude de ce Conseil dans lequel toutes les familles ecclésiales ne sont pas encore représentées.
Ni union d’Églises (comme peut l’être l’Église protestante unie de France en train de naître), ni même confédération (à l’image de la Fédération protestante), le CÉCEF est une instance commune que se donnent des Églises, encore séparées [2], pour manifester leur unité germinative.

Au terme du pontificat de Joseph Ratzinger, on pourra relire une recommandation qu’il formulait pour éclairer le cheminement long et complexe vers la pleine unité visible. Il rappelait que le devoir d’un responsable d’Église « est de créer un espace d’accueil pour ce qui est théologiquement possible [… et] de ne pas seulement se demander si l’union et la reconnaissance de l’autre sont justifiables, mais de se demander avec encore plus d’insistance si la permanence dans la division est justifiable, car ce n’est pas l’unité qui a besoin d’être justifiée, mais la division » . C’est bien dans cet esprit que le CÉCEF pourra écrire de nouvelles pages du « Livre de l’unité ».

frère Franck LEMAÎTRE



[1L’Église catholique est membre à part entière de 70 d’entre eux ; ailleurs elle a souvent le statut d’observateur.

[2En cohérence avec ce qui a été défini à l’assemblée de Toronto du Conseil œcuménique des Églises (1950), l’appartenance à un Conseil d’Églises n’implique pas nécessairement pour une Église qu’elle considère les autres membres « comme des Églises au sens propre », en respectant ainsi les différentes auto-compréhensions ecclésiologiques.

 


Des chrétiennes en œcuménisme

 

18 juin 2014 2014

N° 169 (janvier 2013) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Les chevilles ouvrières de l’œcuménisme (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Benoît XVI en visite au Liban (Franck Lemaître)

Septième assemblée de la Communion d’Églises protestantes en Europe (Laurent Schlumberger)

Évangélisation nouvelle et unité des chrétiens

CÉCEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : Des chrétiennes en œcuménisme

La Journée mondiale de prière. S’informer, prier, agir (Nicola Kontzi-Méresse)

« J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». La Journée mondiale de prière 2013 (Odile Leleu & Laurence Gangloff)

Lurana White. Aux sources de l’œcuménisme spirituel (Lorelei Fuchs)

Mère Geneviève de Grandchamp. La passion de l’unité ( Minke de Vries)

Élisabeth Behr-Sigel. Une théologienne engagée au cœur du mouvement œcuménique (Olga Lossky)

Chiara Lubich. Une vie pour l’unité (Martin Hoegger)

À la recherche d’une table ronde. Femmes et hommes en œcuménisme (Karin Achtelstetter)

RENCONTRE avec Jeanne Carbonnier

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

Lors de ses funérailles le 25 octobre 2012, il était impressionnant d’entendre la manière multiforme dont Suzanne Martineau avait œuvré à l’unité des chrétiens, à Poitiers, à Rome ou à Cantorbéry… Si parfois le rôle décisif d’une chrétienne est ainsi honoré, il faut bien reconnaître que souvent la contribution des femmes à l’œcuménisme gagnerait à être davantage reconnue et mise en valeur. La Journée mondiale de prière, préparée en 2013 par des femmes françaises, nous en donne l’occasion.

Parce que le recul historique assure une meilleure visibilité, Unité des Chrétiens a fait le choix de brosser le portrait de quelques pionnières de l’œcuménisme spirituel, doctorinal ou diaconal, de toutes confessions : Lurana White, Mère Geneviève de Grandchamp, Élisabeth Behr-Sigel, Chiara Lubich… Impossible, bien sûr, de viser l’exhaustivité. D’autres dimensions du mouvement œcuménique (missionnaire, institutionnelle…), qui ont eu elles aussi leurs maîtresses-femmes, auraient mérité un article : qu’on pense par exemple à Suzanne de Dietrich, première directrice de l’Institut œcuménique de Bossey en 1945 ; ou encore à Kathleen Bliss, qui rédigea à Amsterdam en 1948 le message de la première assemblée du Conseil œcuménique des Églises, avec son fameux « Nous sommes décidés à demeurer ensemble » [1].

Si ce numéro met ainsi en lumière ces matriarches de l’œcuménisme, remarquées et remarquables, on aurait tort d’oublier toutes les chevilles ouvrières qui œuvrent de manière moins visible et moins repérée : sans leur persévérance, bien des avancées œcuméniques n’auraient jamais lieu.

Il faut toutefois aussi reconnaître que la place des femmes dans l’Église reste un point difficile dans les débats interconfessionnels. Lors de la première Conférence de Foi et Constitution à Lausanne (avec sept femmes parmi les 400 délégués), ce sujet avait déjà été abordé. Depuis 1927, l’accession des femmes aux ministères ordonnés a constitué une nouvelle question séparatrice entre Églises.

En 2008, dans son intervention à la Conférence de Lambeth, le cardinal Kasper affirmait aux évêques de la Communion anglicane : votre décision d’ordonner des femmes empêche « réellement et définitivement une possible reconnaissance des ordres sacrés anglicans par l’Église catholique » ; et de conclure : « il semble maintenant que la pleine communion visible soit devenue un but plus lointain pour notre dialogue, que celui-ci aura des objectifs plus modestes et que sa nature en sera donc modifiée » [2].

Inversement la Fédération luthérienne mondiale estimait en 2007 que réserver le ministère de la Parole et des sacrements aux hommes « obscurcit la nature de l’Église en tant que signe de notre réconciliation et de l’unité en Christ par le baptême, par-delà les divisions que sont l’ethnicité, le statut social et le sexe (Ga 3,27-28) » [3].

Il serait toutefois injuste d’affirmer, en raccourci, que les femmes constituent aujourd’hui une menace pour l’œcuménisme. Ne faut-il pas plutôt reconnaître que ce débat sur la place des chrétiennes n’est que le révélateur d’autres questions non résolues (par les hommes notamment !) : comment les conditionnements culturels marquent-ils nos choix théologiques, passés et présents ? quelles limites donner à une authentique inculturation de l’Évangile ? Ou encore : quel lien juste établir entre un ministère compris comme service et l’exercice du pouvoir dans l’Église ?

En rendant grâce à Dieu pour « la qualité et la spécificité de l’apport massif des femmes » à la vie ecclésiale, Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, affirmait récemment : « Dans l’Église, les deux tiers des effectifs sont des femmes. Beaucoup, cependant, se sentent discriminées » [4]. Ces propos tenus au sujet de la nouvelle évangélisation ne pourraient-ils pas, mutatis mutandis, être appliqués au mouvement œcuménique ? De fait, il reste du travail pour éviter tout androcentrisme dans les aréopages inter-ecclésiaux.

À l’automne 2012, dans leur résistance au « mariage pour tous », les responsables d’Église ont beaucoup souligné l’importance de la différence sexuelle. Ne faudrait-il pas aussi veiller à cette nécessaire altérité dans la vie ecclésiale, notamment au sein des instances interconfessionnelles ? Non pour satisfaire à la mode, mais parce que le mouvement œcuménique aurait tout à gagner à mieux profiter de la contribution qualifiée de ses meilleures fidèles.

frère Franck LEMAÎTRE



[1Désordre de l’homme et dessein de Dieu, Delachaux & Niestlé 1949, vol. 5, p. 7-10.

[2« Réflexions catholiques sur la Communion anglicane » (30 juillet 2008), in Documentation catholique, n° 2410 (2008).

[3Le ministère épiscopal au sein de l’apostolicité de l’Église (Lund, 2007), n° 40.

[4Intervention à l’assemblée du Synode des évêques sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », Rome, 9 octobre 2012.

 


Églises et éthique sociale

 

18 juin 2014 2014

N° 168 (octobre 2012) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Que nous demande le Seigneur ? (Franck Lemaître)

ESSENTIEL :

Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2013 (Anne-Noëlle Clément)

Les évangéliques français rejettent la théologie de la prospérité (Franck Lemaître)

DOSSIER : Églises et éthique sociale

Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne (Louis Schweitzer)

Exclusion sociale. Penser les solutions avec les personnes concernées (Lambert van Dinteren)

Quelle présence auprès des plus pauvres aujourd’hui ? (Massimo Paone)

Apprivoiser le grand âge ? (James Woodward)

Prostitution. Mobiliser les consciences (Bernard Lemettre)

RENCONTRE avec le métropolite Emmanuel

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin et juillet 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

On t’a fait savoir, homme,
ce qui est bien,
ce que le Seigneur réclame de toi :
rien d’autre que d’accomplir la justice,
d’aimer la bonté
et de marcher humblement avec ton Dieu.

Pendant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne de janvier 2013 nous méditerons, à l’invitation des chrétiens de l’Inde, sur un verset du livre de Michée (Mi 6,8) qui nous recentre sur l’essentiel des requêtes divines à notre égard, individuellement et collectivement. Ce que Dieu attend de son peuple, en réponse aux bienfaits dont il l’a fait bénéficier, c’est la justice et le hèsèd, ce comportement multiforme fait de respect, de bienveillance et de générosité. Avec l’image de la marche avec Dieu, le prophète fonde cette éthique sociale sur une attitude théologale. Michée offre ainsi une vision dynamique de la vie morale dans laquelle la question fondamentale n’est pas « que devons-nous faire ? », mais plutôt « que sommes-nous appelés à devenir ? », l’horizon éthique étant bien pour les êtres humains d’avancer, pas après pas, dans la ressemblance avec Dieu à l’image de qui ils ont été créés.

Entre réussites et échecs, « marcher humblement avec Dieu », ce n’est pas chercher à imposer un ordre moral, même inspiré de l’Écriture Sainte [1]. C’est, comme le montre ce numéro d’Unité des Chrétiens, contribuer au bien commun en faisant des propositions nourries par la vision biblique de la destinée de l’humanité. Sans jamais faire de la Bible un livre de recettes, avec des réponses simples à des questions éminemment complexes, des chrétiens préconisent, dans leur domaine de compétence, d’autres manières de vivre avec nos frères et sœurs démunis et vulnérables : nos contemporains fragilisés par la pauvreté, marqués par le grand âge, ou prisonniers de l’esclavage prostitutionnel…

Certes, chacun des articles est ici signé d’un orthodoxe, d’un protestant, d’un anglican ou d’un catholique. Mais les préconisations qui y sont exprimées pourraient aisément être faites par tout chrétien, quelle que soit son appartenance confessionnelle. Et l’on pourrait montrer l’existence d’un large champ de conviction commune en éthique sectorielle à propos du travail, de l’économie, des relations internationales, de la santé, du handicap, de l’éducation… Du reste, avec l’article de morale fondamentale qui ouvre ce numéro, on pourra vérifier que les « lignes directrices d’une éthique chrétienne » présentées à partir de la tradition des Églises évangéliques consonent très largement avec la manière de concevoir l’éthique sociale dans d’autres familles ecclésiales.

Alors qu’on pourrait se réjouir que les chrétiens bénéficient d’un vaste patrimoine éthique commun, ce constat heureux est terni par une opinion très répandue selon laquelle ce sont les questions éthiques qui divisent aujourd’hui les Églises. Certes, sur certains dossiers concrets, en matière familiale par exemple, on ne peut nier que persistent entre confessions chrétiennes des positionnements apparemment inconciliables. Certains accentueront exagérément ces différences, en estimant que telle ou telle question constitue un point non négociable pour le rétablissement de l’unité, le désaccord éthique justifiant la persistance de la séparation des Églises. Mais en considérant l’éthos partagé par tous les chrétiens, on peut se demander si ce n’est pas la division des Églises qui génère les divergences éthiques non résolues ; et si la restauration de la communion ecclésiale ne permettrait pas aux chrétiens de se rapprocher sur le terrain éthique et d’élaborer plus facilement ensemble des positions communes.

Au moment où est célébré l’anniversaire du Conseil d’Églises chrétiennes en France, il est bon de rappeler l’expérience du témoignage commun que font, depuis vingt-cinq ans, les responsables d’Église dans notre pays : en prenant le temps et le soin d’écouter patiemment les autres chrétiens, nous pouvons comprendre par quels chemins ils ont abouti à certaines positions morales différentes des nôtres ; et acquérir la conviction qu’en éthique sociale il n’est pas d’irrémédiable divergence.

frère Franck LEMAÎTRE



[1Alors qu’est rappelée la conversion de l’empereur Constantin en octobre 312, on peut constater qu’aujourd’hui les Églises et les États ont très majoritairement renoncé à toute « symphonie des pouvoirs ». C’est bien cette « autonomie des réalités temporelles » (Gaudium et Spes) qui est au cœur des débats tumultueux entre l’Église catholique et les lefebvristes, pour qui l’erreur du Concile Vatican II est « la négation du Christ-Roi » (cf. Marcel LEFÈBVRE, Ils l’ont découronné, 1987).

 


Regards de théologiennes sur Marie

 

18 juin 2014 2014

N° 167 (juillet 2012) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Bienheureuse celle qui a cru (Franck Lemaître)

ESSENTIEL : Vatican II célébré de manière œcuménique

Ensemble pour l’Europe : une vision spirituelle pour le continent

DOSSIER : Bénie entre les femmes. Regards de théologiennes sur Marie

Épouse, mère, vierge. À propos des représentations mariales dans le catholicisme (Isabelle Chareire)

La Mère de Dieu et les femmes dans l’économie du salut. Un point de vue orthodoxe (Françoise Jeanlin)

Luther, les luthériens et Marie (Kirsi Stjerna)

La Mère de Dieu et l’Esprit Saint. Un point de vue arménien apostolique (Thamar Dasnabédian)

RENCONTRE avec Valérie Duval-Poujol

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février, mars et avril 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

Bienheureuse celle qui a cru

À l’occasion de grands rassemblements organisés à Lourdes, il me revient d’y accueillir des invités non catholiques, pour qui c’est la première visite dans la ville mariale. J’attends leurs commentaires avec curiosité et crainte : ils pourront souligner la beauté des liturgies dans les sanctuaires ou la surprise devant une « Vierge-baromètre » dénichée parmi les objets-souvenirs d’une boutique.
De fait, entre définitions dogmatiques et piété populaire, la question de Marie constitue toujours un point difficile des relations œcuméniques. Une controverse qu’on pourrait schématiquement résumer ainsi : Marie détourne-t-elle de son Fils, ou y conduit-elle ? Il faut bien reconnaître que peu de dialogues théologiques entre confessions chrétiennes ont osé s’aventurer sur ce terrain , même si les encouragements officiels ne manquent pas .
Pour contribuer à ce nécessaire débat, Unité des Chrétiens a choisi d’interroger cinq théologiennes : une arménienne, une baptiste, une catholique, une luthérienne et une orthodoxe – en France et bien au-delà – nous livrent leur regard sur la mère du Christ. Les traits de la figure de Marie qu’elles soulignent pourraient bien favoriser les rapprochements.

« Bienheureuse »
Nous sommes invités à nous arrêter sur le chant que le récit évangélique place dans la bouche et dans le cœur de la jeune fille de Nazareth. Loin d’une humilité affadissante, le Magnificat de Marie manifeste sa force de caractère, son audace et sa combativité. Si la Mère du Fils de Dieu se reconnaît « bienheureuse », n’interprète-t-elle pas le choix de Dieu à son égard comme le signe de son amour préférentiel pour ceux et celles qui, dans nos sociétés, n’occupent pas les premières places ?

« Celle qui a cru »
Nous sommes aussi invités à méditer sur l’itinéraire de foi qui a été celui de Marie, dans ses aspects lumineux ou plus obscurs , depuis l’Annonciation jusqu’à la Croix. Par delà le lien de la chair, Marie n’est-elle pas d’abord et avant tout disciple de Jésus et modèle de foi pour le croyant ?

Marie : pomme de discorde
En analysant la littérature polémique sur Marie, on peut noter que les remarques négatives concernant les dévotions mariales n’égratignent pas que les catholiques : les reproches formulés ne sont-ils pas perçus comme tels par les orthodoxes aussi ? On pourrait en dire autant à propos du goût du miraculeux chez les pèlerins des sanctuaires marials : les critiques n’agacent-elles pas bien au-delà des cercles catholiques, par exemple dans les milieux évangéliques eux aussi attachés aux guérisons physiques ?
De manière regrettable, le dialogue interconfessionnel sur Marie a été cantonné à des discussions bilatérales avec les catholiques. Ne gagnerait-il pas à être abordé de manière multilatérale, en tout cas en l’absence des catholiques ? Au plan théologique par exemple, faut-il considérer que Marie est comblée de grâce parce que « le Saint Esprit l’a couverte de son ombre » à l’Annonciation ? ou parce que « le Christ est mort pour elle sur la Croix » ? Entre insistance pneumatologique et théologie de la Croix, un dialogue entre orthodoxes et protestants à propos de Marie ne serait-il pas bénéfique pour tous ?
Sur l’épineuse question de la mariologie, des pas ont été faits, d’autres restent à faire et peuvent être faits. Entre le rude hiver des divisions et les réchauffements printaniers de la réconciliation, la question de Marie reste pour les relations œcuméniques un excellent baromètre.

frère Franck LEMAÎTRE



 


Le salut en Jésus Christ. Accords et désaccords

 

18 juin 2014 2014

N° 166 (avril 2012) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Sur le concept du visage du Fils de Dieu (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL : « Transformés par la victoire de Notre Seigneur Jésus Christ »

Les évangéliques de France en convention

DOSSIER : LE SALUT EN JÉSUS CHRIST. ACCORDS ET DÉSACCORDS

La déclaration commune luthéro-catholique sur la justification. Regard d’un théologien évangélique (Henri BLOCHER)

Le salut comme rédemption. Une lecture orthodoxe de la Déclaration commune luthéro-catholique sur la justification (Michel STAVROU)

Le dialogue luthéro-orthodoxe sur le salut. Un regard catholique (Anne-Marie PETITJEAN)

La présence agissante du Christ aujourd’hui. Regard luthérien sur le dialogue catholique - orthodoxe (Élisabeth PARMENTIER)

RENCONTRE avec Gérard Daucourt

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Novembre & décembre 2011, janvier 2012

LECTURES

AGENDA

Editorial

Sur le concept du visage du Fils de Dieu

Consacrer un numéro entier dans une revue œcuménique à ce thème du salut en Jésus Christ, c’est affirmer – s’il en est besoin – que les divisions ecclésiales n’ont pas concerné que des aspects périphériques de la vie chrétienne (des questions de discipline par exemple). Non, les séparations ont touché le cœur même de la foi. Au fil des siècles, les Églises ont mutuellement rejeté leurs manières de comprendre « l’événement Jésus Christ » : soit les conflits ont porté directement sur la doctrine du salut, soit l’estrangement provoqué par la rupture de communion a permis le développement parallèle de sotériologies très éloignées qui faisaient usage de concepts philosophiques différents… Lorsque la Croix du Christ elle-même est objet de divergences entre chrétiens, qui ne comprendrait que de telles oppositions constituent un lourd handicap pour l’annonce de l’Évangile ? Et pourtant il aura fallu attendre le dernier quart du vingtième siècle pour que viennent enfin les nécessaires réconciliations sur cette question centrale du salut.
C’est précisément sur cette thématique que portait en novembre 2011 le colloque triennal organisé à Lyon par le centre Unité Chrétienne et la faculté de théologie. Comme un avant-goût des Actes à paraître cet été, Unité des Chrétiens publie ici quelques interventions qui offrent des regards croisés sur les dialogues bilatéraux ayant porté sur la question du salut : entre catholiques et luthériens, entre orthodoxes et luthériens, entre catholiques et orthodoxes. Même si les documents étudiés ne sont pas de même nature , ces démarches concomitantes manifestent une réelle convergence. N’en déplaise aux champions de la morosité, sur cette question du salut l’œcuménisme a fait d’authentiques progrès et un consensus se dessine progressivement. Comme l’écrit ici le théologien baptiste Henri Blocher, avec le sens de la formule : « il ne faut pas mégoter »…
Sans vouloir bouder notre plaisir, il faut toutefois pointer qu’autour de cette question nodale du salut demeurent de vastes chantiers. Si, du côté protestant, on considère que ce consensus fondamental sur le cœur du message évangélique est suffisant pour la reconnaissance mutuelle comme Églises du Christ, d’autres familles ecclésiales – anglicane, catholique, orthodoxe… – souhaitent que le dialogue se poursuive sur des points épineux, quand elles estiment que les divergences qui demeurent ne constituent pas des différences légitimes. C’est bien pourquoi, début février 2012 à Trèves, le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, proposait la rédaction d’une nouvelle déclaration commune sur l’Église, l’eucharistie et le ministère.
Qui sauve ? Qui est sauvé ? De quoi est-on sauvé ? Comment est-on sauvé ? Ces questions plutôt absentes de nos préoccupations quotidiennes nous rattrapent parfois en des circonstances douloureuses de la vie, ou même à l’occasion d’une pièce de théâtre controversée qui interroge la finitude humaine . Mais à (re)lire les textes œcuméniques sur le salut, on ne peut qu’être frappé de leur technicité. C’est pourquoi, toujours à Lyon en novembre dernier, le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, mettait en garde contre les « messages religieux trop copieux » et rappelait que « la parole de salut en Jésus Christ, c’est d’abord celle dont nous avons besoin aujourd’hui, ici et maintenant » et il citait Olav H. Hauge, son compatriote norvégien :
Ne viens pas m’apporter toute la vérité,
Ni ne me donne l’océan lorsque j’ai soif,
Ni le ciel si je réclame de la lumière ;
Donne m’en une parcelle – une perle de rosée – une étincelle,
Comme les oiseaux cueillent des gouttes dans un lac,
Et le vent un grain de sel.
Ce caveat du poète sonne comme un rappel : par delà les concepts de leurs accords et désaccords, ce que les chrétiens de toutes confessions doivent offrir ensemble à leurs contemporains, c’est la joie de rencontrer un visage : celui du Fils de Dieu.

frère Franck LEMAÎTRE



 


Former des prêtres et des pasteurs

 

18 juin 2014 2014

N° 165 (janvier 2012) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Ceux de l’autre barque (Franck LEMAÎTRE)

ESSENTIEL  : Benoît XVI en visite en Allemagne (Franck LEMAÎTRE)

Deuxième rassemblement du Forum chrétien mondial (Victoria KAMONDJI-JOHNSTON)

CECEF : Actualité du Conseil d’Églises chrétiennes en France

DOSSIER : FORMER DES PRÊTRES ET DES PASTEURS AUJOURD’HUI

La formation des prêtres dans un séminaire catholique (Didier BERTHET)

Les évolutions de la formation aux ministères dans l’Église anglicane d’Angleterre (Timothy WATSON)

Prédicateurs-théologiens : la formation des pasteurs luthériens et réformés (Raphaël PICON)

La formation des ministres du culte en milieu évangélique (Étienne LHERMENAULT)

La formation des pasteurs adventistes (Bernard SAUVAGNAT)

RENCONTRE avec Nicolas Cernokrak

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Août, septembre, octobre 2011

LECTURES

AGENDA

Editorial

Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Depuis deux mille ans, beaucoup ont entendu ce même appel et y ont répondu, avec générosité. Si les pêcheurs de Galilée ont bénéficié d’une formation intensive aux côtés de Jésus pendant trois ans, les « pêcheurs d’hommes » aujourd’hui se préparent non moins sérieusement au ministère apostolique. Qu’on en juge !

École biblique, faculté de théologie, séminaire… ce numéro passe en revue les lieux et les modes de formation de ceux et celles qui deviendront ministres reconnus dans leur communauté : catholique, anglicane, luthérienne ou réformée, évangélique, adventiste, orthodoxe [1].

À la première lecture ces formations sembleront à bien des égards semblables, entre cours d’exégèse biblique, de théologie dogmatique, d’histoire de l’Église… et premiers apprentissages du ministère dans le cadre de stages pastoraux ; même si, bien sûr, nos théologies du ministère restent divergentes, la place accordée aux femmes en constituant le signe le plus repérable.

Dans les milieux œcuméniques, on s’interroge souvent sur la formation au ministère ecclésial : mais comment donc est formé un séminariste catholique ? un proposant réformé ? un pasteur évangélique ? un ordinand anglican ? un futur prêtre orthodoxe ? Des questions pas toujours dénuées de soupçons : ont-ils reçu une solide formation en œcuménisme ?

Il faut s’en réjouir : les cursus dispensés aujourd’hui rendent sensibles au drame de la division des chrétiens et cherchent à honorer la dimension œcuménique de chaque matière [2], tout en développant chez les étudiants les nécessaires qualités humaines pour le dialogue [3].

Pourtant, non sans raison, certains regretteront qu’en France les facultés et séminaires restent confessionnels, empêchant « l’élimination finale du confessionnalisme en théologie » [4]. Symptôme plutôt que cause de la division des chrétiens, cette ségrégation dans les cursus de formation pourrait tout de même être tempérée par quelques mesures simples : n’y aurait-il pas moyen de former davantage ensemble les futurs ministres de nos Églises ? Serait-il déraisonnable – à un stade déjà avancé de la formation – de proposer qu’un semestre au moins soit passé dans un institut d’une autre tradition ecclésiale ? À quand, sur une base volontaire, une sorte de « programme Erasmus » interconfessionnel ?

Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Il vaut la peine de regarder – dans l’évangile de Luc par exemple (5,1-10) – le profil de ceux que Jésus « recrute ». Passant au bord du lac, il repère ces deux barques auprès desquelles des artisans pêcheurs lavent leurs filets. Les quatre disciples de la première heure – Simon et Pierre, Jacques et Jean – sont déjà des collaborants. Et à peine ont-ils décidé de suivre Jésus, que la pêche abondante les incite à « faire signe aux camarades de l’autre barque de venir les aider », dans une collaboration fructueuse : les barques étaient remplies « au point qu’elles enfonçaient ».

Pour les « pêcheurs d’hommes » d’aujourd’hui, cette même capacité fondamentale à collaborer est un critère sûr dans le recrutement ; et c’est bien ce sens de la collaboration interconfessionnelle – d’une barque à l’autre – que doit développer la formation des ministres d’Église.

***

En novembre 2011 Mgr Maurice Gardès a achevé son mandat de président du Conseil pour l’unité des chrétiens (et les relations avec le judaïsme). Nous sommes nombreux – dans l’Église catholique et bien au-delà – à le remercier pour son engagement dans la collaboration œcuménique au cours des six dernières années, avec beaucoup de gratitude pour la manière dont il a su, en toute simplicité, « faire signe aux camarades de l’autre barque ».

frère Franck LEMAÎTRE



[1On n’a toutefois pas visé l’exhaustivité et on ne traite pas ici des religieux prêtres, des diacres, des baptisés engagés dans le service des communautés ecclésiales…

[2Dans l’Église catholique par exemple, c’est un principe clairement exprimé : « La théologie et les autres disciplines, surtout l’histoire, doivent être enseignées aussi dans un sens œcuménique pour mieux répondre à la réalité » (Unitatis redintegratio, n° 10) ; une exigence inscrite dans le code de droit canonique (CIC, can. 256).

[3On pourrait citer cette recommandation du Directoire œcuménique (publié par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens en 1993) : « le candidat au ministère doit pleinement cultiver les qualités humaines qui rendent une personne acceptable et crédible par les autres, surveillant son propre langage et ses propres capacités de dialogue, pour acquérir une attitude authentiquement œcuménique » (n° 70).

[4Jean ZIZIOULAS, L’Église et ses institutions, coll. Orthodoxie, Paris, Cerf, 2011, p. 440.

 


Les Églises appelées à la conversion

 

18 juin 2014 2014

N° 164 (octobre 2011) : sommaire et éditorial.

Sommaire

ÉDITORIAL : Infâme piquette ou grand cru ? (Franck Lemaître)

ESSENTIEL : Semaine de prière pour l’unité chrétienne 2012 (Anne-Noëlle Clément)

DOSSIER : LES ÉGLISES APPELÉES À LA CONVERSION

La prière du Notre Père, un fondement de l’appel à la conversion des Églises
(Jean-François Chiron)

« La conversion des Églises ». Une audace herméneutique (Gottfried Hammann)

Des conversions nécessaires pour les Églises orthodoxes aujourd’hui
(André Borrély)

« La conversion des Églises » : une option fondamentale à confirmer
(Catherine Clifford)

« La conversion des Églises ». Un point de vue anglican (Nicholas Sagovsky)

RENCONTRE avec : Gottfried Locher

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Mai, juin, juillet 2011

LECTURES

AGENDA

Editorial

En vue de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne de janvier 2012, les Églises de Pologne qui en ont préparé le thème ont souligné combien les traditions ecclésiales auxquelles nous appartenons ont besoin d’être « changées, transformées et rendues semblables au Christ ».

Il y a tout juste vingt ans, le Groupe des Dombes publiait son document intitulé Pour la conversion des Églises dans lequel il appelait, lui aussi, nos différentes familles ecclésiales à se laisser transformer par Dieu, dans une fidélité toujours plus grande au Christ. À cet effet on recommandait que chaque tradition confessionnelle passât « à l’aveu de ses limites et de ses insuffisances » en se purifiant de tous ses éléments non évangéliques ; en discernant aussi ces éléments de tradition chrétienne bien vivants dans d’autres familles ecclésiales « qu’elle est incapable, au moins pour le moment, de recevoir et d’intégrer à sa propre existence ».

Au fil des années, le Groupe des Dombes a lancé des appels très précis à la conversion des Églises, notamment à propos de Marie, ou sur l’épineuse question de l’autorité doctrinale dans l’Église [1] ; au risque de bousculer les habitudes et les sécurités acquises. Dans son dernier document – « Vous donc, priez ainsi ». Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Églises – publié au printemps dernier, ce groupe francophone de théologiens catholiques et protestants a de nouveau souligné la nécessité de ces conversions au sein de nos familles confessionnelles. Fidèle à sa compréhension exigeante de l’unité chrétienne, il a rappelé que les chrétiens ne sauraient se satisfaire d’un « œcuménisme de statu quo qui ne serait que tolérance ou bienveillance, simple coexistence pacifique, cohabitation dans l’indifférence ».

Pour vérifier l’écho que peut avoir ce thème de la « conversion des Églises » bien au-delà du cercle dombiste, ce numéro d’Unité des Chrétiens donne délibérément la parole à quatre théologiens qui n’appartiennent pas au Groupe des Dombes – dont un anglican et un orthodoxe, deux traditions ecclésiales qui ne sont pas représentées parmi les membres du Groupe.

Assurément un regard rétrospectif sur les dernières décennies permet déjà de repérer ces « nombreux fruits de la conversion commune à l’Évangile, dont le mouvement œcuménique a été l’instrument grâce à l’Esprit Saint » [2].

Mais dans l’infidélité de la désunion qui reste la nôtre – pour le dire avec les mots de l’abbé Paul Couturier –, Dieu peut encore donner à nos Églises « la loyauté de reconnaître et le courage de rejeter ce qui se cache en nous d’indifférence, de méfiance et même d’hostilité mutuelle ». Parce que « les identités confessionnelles se sont cristallisées dans l’histoire à partir d’événements de rupture » [3], il nous faut, avec lucidité, déceler toute agressivité vis-à-vis de la manière dont d’autres chrétiens vivent leur identité ecclésiale.

À cette saison de vendanges, on peut naturellement penser à la manière dont les Écritures saintes nous parlent de cette nécessaire métanoia. Le Dieu de la Bible nous est souvent présenté sous les traits d’un vigneron qui prend soin de sa vigne, image de l’Église : pour qu’ils portent des fruits abondants et de grande qualité, Dieu émonde les sarments. Sa vigne ne saurait produire une infâme piquette : aussi, sans complaisance, retranche-t-il toutes ces excroissances inutiles – l’exclusivisme identitaire, les complexes de supériorité… – pour qu’elles n’épuisent pas en vain la sève évangélique.

Dieu fasse à nos Églises séparées la grâce de la conversion : nos sarments émondés porteront alors des fruits de choix, gages certains d’un grand cru à savourer tous ensemble.

frère Franck LEMAÎTRE



[1Voir la liste des publications sur www.groupedesdombes.org.

[2JEAN PAUL II, Ut unum sint, 1995, n° 41.

[3Pour la conversion des Églises, n° 31.

 


Présentation

 

23 juillet 2018

Le comité interconfessionnel de rédaction de la revue se réunit chaque trimestre.

La revue Unité des Chrétiens est publiée chaque trimestre depuis 1972.

Rédaction

Comité interconfessionnel de rédaction :
- Anne-Laure Danet (protestante)
- Emmanuel Gougaud (catholique)
- Anne-Cathy Graber (mennonite)
- Matthew Harrison (anglican)
- Ivan Karageorgiev (orthodoxe)
- Pierre de Mareuil (évangélique)
- Serge Sollogoub (orthodoxe)
- Michel Stavrou (orthodoxe)

Directeur de la rédaction : Emmanuel Gougaud.

Directeur adjoint de la rédaction : Ivan Karageorgiev.

Membres du comité de relecture : Dominique Devillers, Claire Beraud-Sudreau, Thérèse-Marie Bloch, Patricia Ouin, Christine Roberge.

Administration

La revue est éditée par l’association UADF.

Directeur de la publication : Emmanuel Gougaud.

Diffusion : Ken Yamamoto.



 


La revue Unité des Chrétiens présentée dans le Magazine anglican

 

29 janvier 2016 2016

Entretien avec trois membres du comité de rédaction de la revue Unité des Chrétiens.

Animé par Laurence Moachon, le Magazine anglican est une émission mensuelle diffusée sur la radio Fréquence protestante

En septembre 2013, ce sont trois membres du comité de rédaction de la revue Unité des Chrétiens qui ont commenté l’actualité oecuménique et présenté leur périodique : Matthew Harrison (anglican), Jane Stranz (protestante) et Franck Lemaître (catholique). Ils ont notamment été interrogés sur les derniers numéros de la revue.

Chaque mois, le Magazine anglican traite d’un dossier en lien avec la Communion anglicane et l’actualité des Eglises.

Dans la région parisienne, on peut écouter l’émission en direct sur 100.7 FM. On peut également la télécharger sur le site internet de la radio.



 


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