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      Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée

Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée

9-13 octobre 2019 / Trebinje (Bosnie-Herzégovine)

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  • 9 octobre 2019
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Le groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée s’est réuni à Trebinje du 9 au 13 octobre 2019 pour sa seizième rencontre annuelle. Vingt-six théologiens (13 de chaque famille) ont réfléchi sur les différentes composantes de l’unité et du schisme, abordées aux points de vue biblique, historique et systématique 1, en y présentant des cas, dont celui de la situation contemporaine en Ukraine. Depuis la chute du communisme, un schisme s’est instauré en Ukraine au sein de l’orthodoxie. Pour le résoudre, le patriarcat oecuménique a établi une Église autocéphale dans ce pays que le patriarcat de Moscou continue à considérer comme son territoire canonique propre. Cela a conduit Moscou à rompre la communion eucharistique avec Constantinople. Les autres Églises orthodoxes locales restent en communion tant avec Moscou qu’avec Constantinople. En même temps, plusieurs de ces Églises ont critiqué les actions unilatérales de ces deux Églises qui ont mis l’unité orthodoxe à l’épreuve. Il ne s’en est pas suivi, au moins pour le moment, un schisme touchant l’ensemble de l’orthodoxie. Pour une part, la résolution définitive du problème dépendra des consultations et du dialogue menés entre les Églises de Moscou et de Constantinople. Ce dialogue pourra impliquer d’autres Églises et devra affronter non seulement les tensions actuelles, mais aussi des questions ecclésiologiques fondamentales comme la nature du schisme et de l’unité orthodoxe.

La prochaine rencontre a été fixée au mois d’octobre 2020 à Rome.
Source : Hervé Legrand, o.p.

Photo : © christianunity.va


Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée
Communiqué de presse : la rencontre de Trebinje en 2019

À l’invitation de l’Église orthodoxe serbe, le Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée s’est réuni à Trebinje (Bosnie-Herzégovine), du 9 au 13 octobre, pour sa seizième rencontre annuelle. Elle fut présidée par son coprésident catholique, le Dr Gerhard Feige, évêque de Magdebourg, et son coprésident orthodoxe, le métropolite Serafim (Joantă) d’Allemagne, d’Europe centrale et d’Europe du Nord (de l’Église orthodoxe roumaine).

Au début de ses travaux, le mercredi 9 octobre après-midi, Son Excellence l’évêque Dimitrije (Radjenović), évêque de Zahum, d’Herzégovine et du Littoral, souhaita chaleureusement la bienvenue au Groupe. Le jeudi 10 octobre, les participants visitèrent le monastère de Tvrdoš, où l’abbé Sava les accueillit. Pendant leur rencontre, les participants furent présents aux prières du matin des deux traditions. Le samedi 12 octobre, le Groupe visita Dubrovnik et participa à la messe présidée par l’évêque catholique du lieu, Mate Uzinić, avant d’être reçu à sa résidence.

Après la publication la première étude commune du Groupe de travail, intitulée Au service de la communion, la rencontre de cette année a inauguré une nouvelle phase de la recherche. Elle se concentre sur les différentes composantes de l’unité et du schisme, abordées aux points de vue biblique, historique et systématique. On y présenta des études de cas, dont celui de la situation contemporaine en Ukraine.

Les réflexions de cette année donnèrent lieu aux thèses suivantes, rédigées par les participants.

Thèses générales
(1) Il est trop simple d’opposer radicalement les concepts d’unité et de séparation. Il faut plutôt les situer dans un cadre plus large qui permet de voir qu’elles recèlent des proximités et des différences plus ou moins grandes. L’unité elle-même n’est pas l’uniformité, car la communion peut s’exprimer selon des registres très variés, qui peuvent être conceptualisés différemment.

(2) Lorsque l’on réfléchit au sens que l’on donne à l’unité, on doit tenir compte de plusieurs registres : un registre essentiel, celui de la nature de l’Église ; un registre structurel qui concerne les aspects empiriques et organisationnels de l’Église ; un registre potentiel qui décrit les moyens pour parvenir à l’unité. On ne doit pas confondre ces trois registres ni les traiter indépendamment les uns des autres.

(3) L’unité ne peut pas être déterminée seulement à partir de critères formels et coutumiers ; elle peut aussi être l’objet d’une expérience commune qui peut, dans une certaine mesure, dépasser les limites confessionnelles.

(4) Le thème de l’unité et du schisme doit encore faire l’objet d’une recherche très approfondie. Pour commencer cette étude, une remarque d’Yves Congar se révèle bien pertinente quand il observe que la séparation de l’Orient et de l’Occident réside « dans l’acceptation d’une situation où chaque partie de la chrétienté vit, se comporte, et juge sans tenir compte de l’autre » (« Neuf cents ans après », dans L’Église et les Églises , Chevetogne, 1954, p.7). On trouve dans cette remarque une illustration des aspects sociologiques, psychologiques et imaginaires du schisme.

Thèses issues de la Bible et de la Tradition
(5) L’unité ne va pas de soi déjà dans l’Ancien Testament qui présente un grand nombre de modèles d’unité et de résolution des conflits (Par exemple dans les récits relatifs à David, Samuel et Jonathan, dans lesquels conflits et réconciliations prennent diverses formes). Jean 17, 21-22 se concentre sur l’étroite relation entre Jésus et son Père, qui fonde l’appel à l’unité entre chrétiens. Alors qu’il est « inévitable qu’il y ait des divisions parmi vous » (I Co 11, 19), l’Ecriture nous apprend que certaines d’entre elles peuvent favoriser la croissance spirituelle tandis que d’autres conduisent à des ruptures durables.

(6) Dans la tradition ecclésiale, le concept d’unité se révèle dépendant d’un certain nombre de présupposés philosophiques, culturels et historiques qui ne sont pas toujours ceux de l’Église primitive. En fait, le concept d’unité a connu des variations parce que ses fondements métaphysiques ont été ébranlés par des questionnements historiques et existentiels.

(7) Le concept de « schisme » recouvre un large spectre d’événements historiques qui, assez tôt ou plus tardivement, se sont durcis en division de l’Église. Le terme schisme désigne des phénomènes très différents suscités par des controverses au sein d’une Église locale (celle des Novatiens à Rome), par des conflits entre deux Églises locales (comme le conflit entre Rome et Carthage au sujet du baptême des hérétiques), par des divisions au sein d’un patriarcat et entre patriarcats (comme dans l’interminable controverse au sujet de Chalcédoine), et aussi celles qui ont conduit à la rupture de communion entre l’Orient et l’Occident.

(8) Durant les premiers siècles, les concepts de schisme et d’hérésie apparaissent souvent comme interchangeables. C’est seulement à partir de l’Empire chrétien que l’on a distingué les deux concepts plus nettement. Le terme d’hérésie fut compris avant tout comme une atteinte à un article de foi, tandis que le schisme résultait, entre autres, du refus d’obéissance à l’autorité ecclésiale. Du fait de la concentration sur le ministère papal à la suite de la Réforme grégorienne, on a eu tendance, en Occident, à qualifier d’hérésie toute forme de désobéissance à l’autorité du pape.

Thèses relatives à des schismes particuliers
(9) En 1974 et en 1995, l’archevêque grec catholique de Baalbek Elias Zoghby avait proposé de rétablir la communion entre les Églises grecque-catholique et orthodoxe du patriarcat d’Antioche. Cette initiative a montré combien le local et l’universel s’entrecroisent. Ce fait est précieux car il facilite, par exemple, la réception des documents de consensus entre nos Églises. Mais il peut aussi retarder une dynamique de rapprochement, dans la mesure où des avancées locales dans le dialogue dépendent des progrès du dialogue à l’échelle universelle.

(10) Les conflits entre catholiques de rite latin et de rite grec, dans la Pologne et l’Ukraine du XXe siècle, montrent le poids que l’histoire, la politique et les identités font peser sur les relations mutuelles au sein d’une seule et même Église. Les propriétés ecclésiastiques, le célibat, le langage liturgique et le sens des rites donnèrent lieu à des polémiques. L’appartenance nationale et les expériences historiques y jouèrent un rôle plus important que le christianisme qu’ils avaient en commun.

(11) Depuis la chute du communisme, un schisme s’est instauré en Ukraine au sein de l’Orthodoxie. Pour le résoudre, le patriarcat œcuménique a établi une Église autocéphalie dans ce pays que Moscou continue à considérer comme son territoire canonique propre. Cela a conduit Moscou à rompre la communion eucharistique avec Constantinople. Les autres Églises orthodoxes locales restent en communion tant avec Moscou qu’avec Constantinople. En même temps, plusieurs de ces Églises ont critiqué les actions unilatérales de ces deux Églises qui ont mis l’unité orthodoxe à l’épreuve. Il ne s’en est pas suivi, au moins pour le moment, un schisme touchant l’ensemble de l’Orthodoxie. Pour une part, la résolution définitive du problème dépendra des consultations et du dialogue mené entre les Églises de Moscou et de Constantinople. Ce dialogue pourra impliquer d’autres Églises et devra affronter non seulement les tensions actuelles mais aussi des questions ecclésiologiques fondamentales comme la nature du schisme et de l’unité orthodoxe.

Thèses sur le travail à faire
(12) L’unité et la séparation se situent à divers registres et comportent des degrés. Nous nous proposons d’élaborer une définition opérationnelle de ces registres d’unité et de séparation. Et aussi de formuler quelques suggestions pour arriver par étapes à une reconnaissance mutuelle.

(13) Nous serons particulièrement attentifs aux divers facteurs (théologiques, historiques, politiques, etc.) qui ont contribué à la naissance des schismes. Mais pas seulement, nous prêterons attention aussi aux mécanismes (spécialement sociologiques, psychologiques et de ordre de l’imaginaire) qui rendent les schismes effectifs et les renforcent, car ces mêmes mécanismes peuvent contribuer à les surmonter.

(14) Nous continuerons à prendre en compte les dimensions concrètes et les conditions requises pour arriver à une guérison mutuelle des mémoires. Nous nous proposons en particulier de repenser à nouveaux frais la séparation entre catholiques et orthodoxes. Ce qui demandera une recherche approfondie sur le point où nous en sommes, en pratique, dans la reconnaissance de l’autre Église (pour ce qui est des sacrements, du culte des saints, etc.)

Au début de la nouvelle phase de notre dialogue, les deux co-secrétaires ont offert leur démission. Les membres du Groupe ont élu Assaad Elias Kattan comme nouveau co-secrétaire orthodoxe et renouvelé Johannes Oeldemann dans sa charge de co-secrétaire catholique. Ils ont remercié Nikolaos Loudovikos pour son activité de co-secrétaire orthodoxe pendant quinze ans. Au terme de la rencontre, les membres du Groupe de travail ont également remercié l’évêque Dimitrije de Zahum, d’Herzégovine et de la Côte, pour l’hospitalité dont ils ont bénéficié pendant leur séjour.

Le Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint Irénée rassemble 26 théologiens, 13 orthodoxes et 13 catholiques de divers pays d’Europe, du Proche-Orient, d’Amérique du Nord et du Sud. Fondé à Paderborn en 2004, il s’est ensuite réuni à Athènes, Chevetogne (Belgique), Belgrade, Vienne, Kiev, Magdebourg (Allemagne), Saint Pétersbourg, Bose (Italie), Thessalonique, Rabat (Malte), Halki/Istanbul, Taizé (France), au Monastère de Caraiman (Roumanie), et à Graz (Autriche). La prochaine rencontre a été fixée au mois d’octobre 2020 à Rome.


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