Adresse œcuménique
à l’occasion de la COP27 sur le climat
et de la COP15 sur la biodiversité

 

A Paris, le 28 octobre 2022

Monsieur le Président de la République,

À la sortie d’un été où la morsure du bouleversement climatique a bousculé de
nombreuses consciences et à la veille de COP onusiennes sur le climat et sur la
biodiversité aux enjeux cruciaux, nous souhaitons contribuer à la mobilisation vers une transformation écologique ambitieuse et juste, en vous adressant l’interpellation des Églises chrétiennes de France.

Entendant la clameur de la Terre, celle des plus pauvres, mais aussi les cris des autres êtres vivants, nous nous réjouissons des perspectives que vous ouvrez lorsque vous promettez que l’écologie constituera votre « politique des politiques » et esquissez une  « révolution écologique » assumant d’être « radicale ». Nous accueillons positivement l’attribution de la planification écologique à Matignon. Des éléments de la méthode de   « France Nation verte » nous semblent prometteurs, dont notamment la logique de transversalité, l’implication de tous les acteurs et l’attention portée aux plus fragiles.

Cependant, nous craignons qu’au-delà d’une écologie reposant avant tout sur une
approche technique, ces premiers pas ne prennent pas le chemin d’un véritable et
nécessaire changement de paradigme, d’une mutation culturelle qui changerait notre rapport utilitaire à la nature, notre définition économiciste du progrès et notre
compréhension matérialiste du bien-vivre.

L’enjeu est plus profond. Pour que l’influence aujourd’hui première de l’être humain sur son environnement, notamment sur le climat et la biosphère, puisse contribuer à
préserver une Terre habitable, pour respecter l’accord de Paris et son objectif de rester sous les 1,5 °C de réchauffement, pour arrêter la sixième extinction de masse des espèces, une vraie « conversion » écologique est requise.

Si ce mot vient de l’Évangile, vous en saisirez l’esprit, qui parle à tous : changer de
regard, retourner l’être, transformer le système et les modes de vie. S’il serait absurde de se priver de l’intelligence et de l’efficacité, il serait tout aussi vain de rester sourd au rappel à la finitude que nous adresse la nature avec le dépassement des limites planétaires. Nous devons embrasser la révolution de la sobriété.

Le Pape François, pour sa part, défend que « l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance »[1]. Le Conseil œcuménique des Églises, rassemblant plus de 580 millions de protestants, d’orthodoxes, d’anglicans et d’autres Églises au niveau mondial, appelle, de son côté, à l’« application d’indicateurs de prospérité et de bien-être alternatifs, qui prennent en compte l’intégralité des conditions économiques, sociales et écologiques »[2].

Nous vous appelons à promouvoir la sobriété, non comme une pause exigée par le
contexte géopolitique et une tension sur les ressources, mais comme une vision et une partie intégrale de la conversion, au visage vertueux, bénéfique et désirable.

La sobriété est promesse de nouvelles abondances. En inventant, dans un mouvement libre, des formes de frugalité choisies, responsables et solidaires, qui commencent avec ceux dont l’empreinte écologique est la plus lourde, nous trouverons un enthousiasme fécond. Car savoir jouir des choses simples, ralentir, partager, rendre des espaces, du silence et la nuit aux plantes et aux animaux, en cela résident plus de créativité, plus de liens, plus de profondeur, plus de gratitude, plus de vivants, plus de beauté, et au total, plus de joie. La modération n’est pas l’autre nom de la frustration, mais la chance de nouveaux épanouissements.

Plusieurs rendez-vous offriront à la France l’opportunité de faire ce pas historique.

En vue de la COP27, nous soulignons que la meilleure adaptation est celle dont nous n’aurions pas besoin, car nous aurions baissé, à temps, les émissions de gaz à effet de serre. Or, la science nous rappelle que les objectifs nationaux et les trajectoires actuels demeurent insuffisants. Nous appelons à la rehausse de l’ambition et à la réalisation effective des objectifs. Pour les plus vulnérables, nous demandons l’atteinte et surtout le dépassement sans délai des 100 milliards de dollars annuels, promis il y a plus de dix ans déjà.

Nous en appelons aussi à un engagement fort de la France à la COP15 sur la
biodiversité. Elle doit faire date et relever le défi d’une urgence, alors que tous les
indicateurs sont au rouge.

Nous, Églises chrétiennes, sommes nous-mêmes en chemin. En cinq ans, 800
communautés ont adhéré au label œcuménique « Église verte » ; elles témoignent d’un engagement croissant, spirituel et concret. Une voie d’approfondissement, que nos communautés sont invitées à considérer sérieusement, est de désinvestir nos actifs financiers des énergies fossiles, pour les réinvestir dans des solutions d’avenir, en confiance et dans l’espérance que nous portons par notre foi en Jésus-Christ, pour l’humanité tout entière et l’ensemble du monde créé.

Nous nous réjouirions de l’opportunité d’un dialogue à ces sujets. Dans cette attente, et espérant une bonne réception de ce texte, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

Monseigneur Éric de
Moulins-Beaufort

Coprésident du CÉCEF

Conférence des évêques de France

Le Pasteur Christian
Krieger

Coprésident du CÉCEF

Fédération protestante
de France

Le Métropolite
Dimitrios
 

Coprésident du CÉCEF

Assemblée des évêques orthodoxes de France

[1] Pape François, Encyclique Laudato Si’, paragraphe 193, 2015.

[2] Conseil oecuménique des Églises, The Living Planet: Seeking a Just and Sustainable Community, 2022.