Unité des chrétiens
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Institut de Tantur



Institut d’études œcuméniques de Tantur

 

4 décembre 2017 2017

L’Institut d’études œcuméniques de Tantur accueillit de nombreux pasteurs/prêtres et théologiens pour des séjours de formation et de recherche.

L’Institut de Tantur doit son origine au désir des observateurs non-catholiques au Concile Vatican II de perpétuer la vision de l’unité qu’ils y ont trouvée. En réponse à ce souhait, le pape Paul VI a encouragé la création d’un institut d’études œcuméniques en Terre Sainte. Depuis son ouverture en 1972 à Tantur, sur la route entre Jérusalem et Bethléem, l’Institut, qui est placé sous la responsabilité académique de l’université Notre-Dame aux États-Unis, a accueilli de très nombreux pasteurs/prêtres et théologiens pour des séjours de formation et de recherche, dans un climat interconfessionnel d’étude et de prière. La langue de travail est l’anglais.

L’Association pour l’unité des chrétiens soutient l’Institut de Tantur, en accordant des bourses à des chercheurs francophones pour un séjour d’étude à Tantur et en envoyant les livres importants pour l’œcuménisme en langue française pour enrichir la bibliothèque de l’Institut.



 


Formations à l’Institut de Tantur

 

26 avril 2016 2016

Plusieurs parcours de formation continue sont proposés.

L’Institut d’études œcuméniques de Tantur - près de Jérusalem - propose plusieurs formations à ceux qui veulent approfondir leurs connaissances du pays, de son histoire, de sa culture, de sa population et des religions.

Plusieurs parcours de formation continue sont proposés, de durée variable :
+ trois semaines (autour de Pâques)
+ un mois (en juin ou en juillet)
+ six semaines (en février/mars)
+ trois mois (à l’automne)

Les universitaires ou doctorants peuvent faire un séjour de recherche à Tantur.

Dates des prochaines formations :

Formation de six semaines :
du 15 février au 28 mars 2017

Formation de Pâques :
du 6 au 27 avril 2017

Formations d’un mois :
du 1er au 28 juin 2016
du 2 au 29 juillet 2016
du 1er au 28 juin 2017
du 2 au 29 juillet 2017

Formations de trois mois :
du 7 septembre au 2 décembre 2016
du 6 septembre au 1er décembre 2017



 


Interview du P. Tom Stransky, ancien directeur de l’Institut de Tantur

 

26 avril 2016 2016

Parmi les instituts de formation œcuménique, Tantur est unique par son origine et ses buts, son emplacement et son contexte, ses programmes et ses participants.

Parmi les instituts de formation consacrés à l’œcuménisme, Tantur est unique par son origine et ses buts, son emplacement et son contexte, ses programmes et ses participants. Tantur a ouvert en 1972 : depuis, plus de 5 000 catholiques, orthodoxes, anglicans, protestants, musulmans et juifs ont pris part à toutes sortes de formations. Père Tom Stransky, père pauliniste, présente cet institut qu’il a dirigé entre 1987 et 1999.

Origines

C’est par des actes officiels au concile Vatican II que l’Église catholique romaine est entrée dans le mouvement œcuménique comme partenaire actif et à part entière.

Au cours de la seconde session, au mois d’octobre 1963, le pape Paul VI nouvellement élu a rencontré les observateurs et invités envoyés par les autres confessions. Il a entendu le professeur Krister Skysgaard, de l’université de Copenhague, délégué de la Fédération luthérienne mondiale, lui faire une proposition qu’il était difficile de refuser : la nécessité de mener en commun des recherches théologiques complémentaires et l’intérêt œcuménique de mettre l’accent sur l’histoire du salut par une méthode d’approche « concrète et historique » : il fallait donc que quelqu’un quelque part fonde un institut œcuménique international de recherches théologiques. Des chercheurs en différentes disciplines pourraient y faire l’expérience d’une vie commune de prière, d’étude et de dialogue sur « le mystère du salut révélé par les Saintes Écritures, enseigné par l’Église primitive indivise, et exprimé dans l’expérience vécue des diverses communautés chrétiennes au fil du temps » (Oscar Cullmann, hôte du Secrétariat pour l’unité).

D’accord, mais qui, et où ? Le pape Paul VI reprit l’idée et envisagea Jérusalem après son pèlerinage en Terre Sainte en janvier 1964. La « cité élue de Dieu » (Ps 48,2) avait été témoin de la passion et de la mort, de la résurrection et de l’ascension de Jésus Christ, de la naissance de la foi. C’est à Jérusalem que Jésus, dans l’Esprit, a donné naissance à l’Église Mère, l’Église unique et indivise qui est devenue la mère de toutes les Églises de tous les pays. « Tout chrétien est né à Jérusalem. Pour tout chrétien, être à Jérusalem c’est être chez soi ».

Comme c’est le cas dans l’ensemble de la Terre Sainte, les chrétiens ne forment à Jérusalem que 2% de la population. Ils sont en petit nombre, mais répartis en de nombreuses Églises, dont les schismes et les divisions n’ont pas leur origine dans la Mère-Église, mais sont d’importation, ancienne ou récente : orthodoxes grecs, russes et roumains ; orthodoxes syriens, arméniens, coptes et éthiopiens ; catholiques en communion avec le siège de Rome : melkites, maronites, syriens, coptes et éthiopiens, latins ; anglicans, luthériens, baptistes, pentecôtistes, juifs messianiques, et sionistes fondamentalistes étrangers. 80% appartiennent aux Églises orientales (orthodoxes et catholiques) ; 15% à l’Église catholique latine.

Les chrétiens sont une petite minorité au sein de deux groupes majoritaires, les juifs et les musulmans. Les trois religions abrahamiques ont les yeux fixés sur une cité divisée et conflictuelle, mais sont appelées à devenir la cité unique de la paix de Dieu.

La vocation de Jérusalem est donc à la fois œcuménique et interreligieuse, celle d’une cité qui est une sorte de résumé des principaux conflits, des tensions qui existent dans le monde, au plan religieux aussi bien que culturel et politique.

Paul VI concrétisa le projet. Un conseil scientifique composé de théologiens catholiques, orthodoxes, protestants et anglicans (parmi eux un bon nombre avait été observateurs délégués et hôtes invités à Vatican II) fut constitué. Le pape mit à la disposition de l’institut un terrain de 11 hectares, au lieu-dit Tantur, qui signifie « lieu élevé », ou « monticule », en arabe ancien.

Le nouveau bâtiment, avec ses extensions, installé confortablement au sommet de la colline, a été construit pour répondre à des besoins précis : des quartiers d’habitation confortables (50 chambres avec salle de bains, plusieurs appartements, entièrement équipés, pour des familles ; une grande salle à manger, une grande chapelle ; des salles de classe, une salle de conférences, une bibliothèque.)

Cette bibliothèque est le plus beau capital de Tantur. 90% de ce qu’elle contient (60 000 ouvrages, 450 périodiques) ne peut être trouvé ailleurs à Jérusalem, ni probablement dans aucune des bibliothèques du Proche Orient. L’Association pour Tantur (basée à Paris) sélectionne et achète en permanence de nouveaux livres et périodiques en français.

Vivre ensemble et être « chez soi » tous ensemble, c’est qualitativement autre chose, dans le cadre d’une formation œcuménique, que d’être dispersés dans Jérusalem et de se retrouver à Tantur seulement pour les cours et les conférences.

À la suite de la guerre de 1967 entre Israéliens et Arabes, Tantur se trouve aujourd’hui exactement à la frontière, au-dessus du poste de contrôle entre la partie israélienne de Jérusalem et Bethléem la palestinienne. Comme un Janus, Tantur regarde les deux à la fois. C’est une sorte de « Suisse religieuse », neutre, mais ni froide ni indifférente aux hommes et à leurs conditions de lutte personnelles et collectives.

A l’origine l’un des buts était d’encourager les chrétiens du Moyen Orient – orthodoxes, catholiques, protestants – à participer aux sessions de Tantur. Ce rêve a été brisé pour tous ceux qui ne peuvent actuellement entrer en Terre Sainte parce qu’on leur refuse un visa, même quand ils viennent d’Égypte et de Jordanie qui ont des accords de paix avec Israël.

Formations

Depuis la fin des années 1980, Tantur a créé toute une série de formations qui d’année en année a augmenté le nombre de participants (jusqu’à 45-55, et 80-90 en juillet). Mais les quatre dernières années du conflit, avec l’inflation d’images dans les media, et la perception faussée d’une insécurité permanente, tous les jours et partout en Terre Sainte, ont abouti à faire baisser ce nombre jusqu’à une quinzaine de personnes. Une nouvelle augmentation progressive est cependant prévisible dès l’automne 2005.

Les chercheurs

La priorité de Tantur reste le dialogue interconfessionnel et interculturel par le biais des études supérieures et de la recherche. Tantur favorise les recherches sur les relations entre religion, culture et société ( politique religieuse et religion politique) ; sur les fondements bibliques et la pratique de l’œcuménisme dans la vie des Églises ; et celles qui concernent les relations des chrétiens avec les croyants d’autres religions, en particulier les juifs et les musulmans.

Le clergé, les missionnaires, les enseignants et autres collaborateurs d’Église

Pour ceux qui désirent approfondir leur engagement œcuménique dans leurs ministères religieux ou laïcs par la formation continue et le ressourcement spirituel, à travers l’expérience unique de la Terre Sainte (le « 5e Évangile ») : le programme-clé consiste en une session de trois mois (de septembre à mi-décembre, ou de mi-janvier à avril), comprenant études et spiritualité bibliques dans le contexte, excursions guidées dans la géographie et l’archéologie bibliques ; les Églises orientales, catholique et orthodoxes ; la spiritualité et la piété juive et islamique ; la situation sociale, politique et religieuse en Terre Sainte ; les fondements et la pratique des relations œcuméniques et interreligieuses.

L’été, deux sessions de quatre semaines (juin et juillet) mettent l’accent sur la Bible dans son contexte : lire et vivre la Bible au pays de la Bible.

Les cours sont donnés (en anglais) par le corps enseignant de Tantur et des enseignants chrétiens, musulmans et juifs d’universités de pays voisins.

Chaque candidat reçoit avec sa demande d’admission un document qui précise qu’il doit « avoir une certaine expérience œcuménique et souhaiter élargir sa vision et approfondir son engagement ». Trois profils principaux se présentent : ceux qui ont déjà une bonne expérience dépassant le niveau local et sont assez bien informés sur l’œcuménisme, sa nature et ses objectifs ; ceux qui ont eu des expériences pastorales limitées dans des rapports avec d’autres Églises mais ne savent pas comment les relier à la théologie œcuménique et aux traditions des diverses Églises ; le troisième profil n’a pour but avant l’arrivée qu’un long pèlerinage sur la terre de Jésus et des études bibliques en Terre Sainte. En fait, certains étudiants arrivent avec un intérêt limité pour l’œcuménisme pastoral, et avec moins d’information encore sur l’histoire et les objectifs du mouvement œcuménique.

Je suis à Tantur depuis 1987 (comme recteur jusqu’en 1999), j’ai enseigné à plus de 2000 personnes. J’ai rencontré une grande variété de chrétiens engagés. Ils témoignent de la fêlure principale du mouvement œcuménique d’aujourd’hui : une grande variété de visions, souvent limitées et contradictoires, de ce qu’est l’unité de l’Église, et une grande variété d’opinions sur la situation présente de l’œcuménisme. Résultat : un pot pourri de critères selon lesquels les avancées et les percées, les arrêts et les reculs sont perçus. Un « succès » pour l’un peut être considéré comme un « échec » pour un autre. Prenons, par exemple, les réactions opposées aux femmes prêtres et évêques, à l’autorisation donnée à l’avortement, à l’homosexualité active, au partage eucharistique.

L’avantage de cette expérience de vie en commun est que ces différentes visions et opinions font rapidement surface. Le temps ne manque pas pour des dialogues encadrés ou informels, des lectures en commun de textes-clé comme Ut unum sint de Jean Paul II, Baptême, Eucharistie, Ministères du Conseil œcuménique des Églises, ou Pour la conversion des Églises du Groupe des Dombes.

Tantur élargit et enrichit ses formations en invitant des professeurs du pays ou de passage, des personnalités, des responsables de communautés et des journalistes à participer à des discussions informelles après le repas, et à des forums ouverts. Les résidents peuvent s’ils le souhaitent rencontrer les indigènes et les étrangers qui se retrouvent chaque mois pour de courts exposés et discussions : la Fraternité œcuménique pour la recherche, le Club Arc-en-Ciel (chrétiens et juifs), le Groupe interreligieux (chrétiens, juifs et musulmans).

Tantur nourrit la vie des résidents par une prière en commun d’une demi-heure tous les jours avant le dîner. Chaque semaine une équipe de trois personnes de différentes confessions planifie la structure et le contenu de la prière quotidienne et des actions de grâces à table. Des Eucharisties sont organisées par ceux qui le désirent. Mais le dimanche, les résidents font connaissance avec les liturgies des paroisses et des monastères en Israël et en Palestine. La majorité d’entre eux connaissent mal les Églises orientales, qu’elles soient orthodoxes ou en communion avec Rome. Après cela ils connaissent d’expérience des chrétiens d’Orient, chez eux ou dans leurs églises.

Les groupes

Tantur collabore à la réalisation de programmes pour des groupes particuliers venus du monde entier. Par exemple, des mennonites nord-américains et leurs représentants au Proche Orient ; des journalistes de la presse chrétienne ; des scandinaves, luthériens et catholiques, participant aux fêtes de la Pâque juive dans des synagogues, et aux jours saints dans des mosquées.

Tous les ans en juillet, la Fondation britannique pour Tantur (homologue de l’Association française) finance une formation de trois semaines pour quarante étudiants en théologie sélectionnés (avant leur ordination) – anglicans, réformés, baptistes, méthodistes et catholiques – venant de séminaires et d’universités de Grande Bretagne (Oxford, Cambridge, Bristol, Edimbourg, Londres, Liverpool).

Au prochain semestre d’automne (2005) une douzaine d’étudiants diplômés du Peace Study Program (M.A.) de l’université Notre Dame (Etats Unis), venus de différentes zones de conflits dans le monde, se joindront aux étudiants juifs de l’université hébraïque et aux étudiants musulmans et chrétiens de l’université de Bethléem.

Les groupes locaux

Différents groupes mixtes d’Israéliens et de Palestiniens se rencontrent à Tantur – rarement avec beaucoup de publicité. Par exemple : des lycéens avec leurs enseignants ; ou des directeurs de camps d’été de jeunes ; ou des parents qui s’inquiètent des généralisations et des caricatures concernant « les Juifs » ou « les Arabes » ; des juristes que préoccupent les droits de l’homme. Les bureaux du Centre de recherche et d’information israélo-palestinien, qui étudie le contenu éducatif des manuels scolaires israéliens et palestiniens, se trouvent à Tantur même.

Ces groupes, qui sont de vrais signes d’espoir, qualifient Tantur d’« oasis de parole sensée » pour les juifs d’Israël, les musulmans et les chrétiens palestiniens.

Les conférences « Religion et culture »

Ces conférences annuelles, très populaires, réunissent des participants venus des pays environnants ou de bien plus loin, afin d’étudier ensemble les influences (positives ou négatives) de la religion sur les cultures, et celle des cultures sur les religions. On met l’accent, dans la perspective de l’objectif poursuivi, sur la relation entre les disciplines scientifiques et les diverses expériences de vie. Les thèmes de récentes conférences : la montée des fondamentalismes religieux ; femmes de foi (juives, chrétiennes, musulmanes) dans les cultures et les communautés religieuses du Moyen Orient ; liberté religieuse et prosélytisme : aspects politiques et juridiques ; « Qui dites-vous que je suis ? » ; témoignage commun des saints de Jérusalem (mai 2005).

Traduit de l’anglais par Catherine Aubé-Elie

Photo : D.R.



 


Interview du P. Timothy Lowe, ancien directeur de l’Institut de Tantur

 

30 avril 2015 2015

Le Père Timothy Lowe, ancien recteur de l’Institut œcuménique de Tantur, souligne les enjeux d’une formation œcuménique universitaire en Terre Sainte.

Le Père Timothy Lowe a été recteur de l’Institut œcuménique de Tantur de mai 2010 à octobre 2013. Rencontre avec ce prêtre orthodoxe américain qui souligne ici les enjeux d’une formation œcuménique universitaire en Terre Sainte.

Unité des Chrétiens : Comment est né Tantur ? Dans quelle intention l’institut a-t-il été créé ?

Timothy Lowe : Pour faire simple, on peut répondre que Tantur est né dans l’esprit du pape Paul VI après Vatican II et les rencontres que le concile avait permises avec les observateurs orthodoxes, anglicans et protestants. C’était le début d’une ère nouvelle d’ouverture et de dialogue, il fallait saisir cette occasion.

Mais il y a aussi des aspects plus personnels. Il y a des moments dans la vie qui sont lourds de sens ; des « instants sacrés » où la lucidité vous est donnée, et le pape Paul VI a vécu un de ces moments sur le Mont des Oliviers quand le patriarche Athénagoras et lui se sont embrassés. Pour n’importe quel responsable d’Église qui porte avec sérieux le poids de l’Évangile, la division du Corps du Christ est une expérience crucifiante. C’est tout simple, le pape Paul VI a eu la vision d’un lieu à Jérusalem même, où des intellectuels chrétiens pourraient vivre en communauté, mener leurs recherches, dialoguer et se rencontrer au quotidien, chacun demeurant fidèle à sa confession chrétienne, dans l’espoir que cela constituerait un terreau fertile pour la compréhension de l’unité chrétienne et son développement. C’était une vision de Pentecôte et il fallait que Jérusalem soit le lieu historique d’un tel projet. Dans le monde chrétien, il n’y a pas aujourd’hui de ville plus divisée que Jérusalem. Nous sommes un laboratoire vivant de la division, de l’esprit de clocher, et des guerres de territoires.

Bien évidemment, s’est alors posée une question pratique : qui allait « donner corps » à cette vision ? Le pape Paul VI s’adressa au P. Ted Hesburgh, qui était alors président de l’Université Notre Dame [aux États-Unis], et il lui confia cette mission ; finalement je crois qu’on peut dire qu’il est le fondateur de Tantur, sa force motrice.

Ce projet initial a-t-il connu des évolutions ?

Pour moi, le mot « évolution » n’a que des connotations positives. La création de Tantur était marquée par l’idéalisme ou si vous préférez, en termes théologiques, par l’espérance eschatologique. Deux personnes tombent amoureuses, se marient, ont une brève lune de miel et puis commence la vie réelle ensemble. Les transformations arrivent après une longue vie conjugale, des enfants, puis des petits-enfants, si l’on a cette grâce. En tant qu’institution, Tantur a changé et s’est adapté au long des années, aux difficultés et aux défis soulevés par sa localisation, et par l’intérêt variable qu’a suscité le mouvement œcuménique chez les chrétiens. Prenons un exemple : les mandats cumulés des deux derniers recteurs couvrent une période de 21 ans. Ils ont été recteurs pendant la première et la deuxième Intifada. Ils ont vécu par moments des interruptions complètes d’activité, comme d’autres institutions chrétiennes à la même époque. Le problème était alors simplement de survivre, de garder les portes ouvertes alors que les étudiants et les chercheurs avaient cessé de venir. D’autres recteurs antérieurs avaient élargi la mission de Tantur au dialogue interreligieux en proposant des parcours de formation sur cette question, distincte du dialogue strictement interconfessionnel. Le problème du conflit israélo-palestinien ne pouvait être passé sous silence dans les dialogues et les rencontres, d’autant moins que Tantur a cette chance et cet inconvénient d’être situé sur la frontière entre les deux. Au fond, tous les recteurs ont compris que l’appel vraiment œcuménique pour Tantur était d’exister au milieu de toutes ces tempêtes, sans chercher à se retirer dans un lieu plus sûr, ou plus gratifiant, mais bien d’être – en dépit de nos faiblesses, de nos défauts, de nos péchés – une présence et un appel prophétiques, d’abord pour tous les chrétiens, et même peut-être pour les juifs et les musulmans.

Pourriez-vous présenter dans leurs grandes lignes les différents parcours de formation ?

Tantur propose deux formations d’un mois pour ceux qui prennent un temps sabbatique, une formation de six semaines et une formation de trois mois pour le clergé et les laïcs. Chacune des formations est pensée pour permettre de vivre une expérience unique avec le peuple de Terre Sainte et dans ses lieux saints. Nous proposons des conférences sur la Bible, la spiritualité du désert, des introductions au judaïsme et à l’islam, des excursions guidées sur le terrain, mais aussi une rencontre au sens large des peuples de Terre Sainte. Et puis il y a bien sûr l’expérience quotidienne de vivre et de prier ensemble.

Il y a en plus deux formations similaires de trois semaines, mais situées pendant la période de Noël et celle de Pâques, avec un programme moins intensif de cours et de prière ; elles conviennent mieux aux personnes qui disposent de moins de temps.

Mais ce qui fait le cœur de Tantur, c’est vraiment ce que nous proposons aux chercheurs : à tous ceux qui désirent venir pour des périodes variables travailler et mener leurs recherches, nous mettons à leur disposition une bibliothèque théologique exceptionnelle, un hébergement de grande qualité, et une communauté scientifique. Nous leur demandons de prendre part à la vie communautaire, de partager le fruit de leurs recherches, et à l’occasion de donner des conférences, ouvertes au public ou réservées à l’institut. Nous avons à tenir ensemble tous ces parcours de formation, tout en cherchant à en créer de nouveaux.

Qui sont vos étudiants ? d’où viennent-ils ?

C’est une question simple, mais la réponse ne l’est pas tant que cela. Les cours sont donnés en anglais, il faut donc que les candidats parlent anglais couramment. Les étudiants viennent de toutes les parties du monde, mais certains pays sont davantage représentés que d’autres : l’Australie, par exemple. En Grande-Bretagne on a toujours fait beaucoup de publicité pour Tantur et on l’a davantage utilisé. Nous avons toujours des étudiants d’Amérique du Nord bien entendu. Dans les premières années il y avait davantage de chercheurs français et allemands qu’en ce moment ; à l’occasion on peut avoir un chercheur d’Europe de l’Est. Nous avons accueilli des personnes venues d’Inde et d’Afrique ; il est temps maintenant de s’intéresser aux chercheurs d’Amérique du Sud.

Pouvez-vous nous parler des enseignants. D’où viennent-ils ?

Il y a une plaisanterie qu’on entend fréquemment – c’est aussi un fait réel – qui dit que, si vous creusez un trou où que ce soit à Jérusalem, vous tombez sur un site archéologique. On peut dire la même chose des chercheurs chrétiens, juifs et musulmans : on en trouve partout. Nous planifions nos formations et nos conférences, et nous faisons venir des chercheurs de la région qui sont spécialistes de ces questions. C’est de loin l’aspect le plus facile dans l’organisation et la gestion de nos formations. À tout moment de l’année, on trouve en plus de nombreuses conférences publiques données à Jérusalem, ça fait partie de la vie de la cité. Par exemple, cette semaine il y a une conférence scientifique sur les manuscrits de la Mer morte et la période du Deuxième temple, donnée par un chercheur de passage, ou par un autre qui vit ici. Actuellement nous avons parmi nous des chercheurs venus des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Israël, de Palestine, des Pays-Bas et d’Allemagne. Nous sommes très gâtés.

Pourriez-vous nous parler de la bibliothèque de Tantur ?

Dès le tout début, tout le monde était d’accord pour penser qu’un Institut œcuménique d’études supérieures théologiques ne pouvait se concevoir sans une bibliothèque scientifique de haut niveau. Nous avons donc une des meilleures bibliothèques de Jérusalem dans les domaines de la patristique, de la théologie (avec toutes ses branches), de l’œcuménisme et des relations interconfessionnelles, de l’histoire de l’Église et des études bibliques. Notre institution mère, l’Université Notre Dame, a fidèlement soutenu financièrement le développement de notre bibliothèque – qui se poursuit encore – pour la maintenir au niveau des normes requises pour des chercheurs qui vivent et travaillent sur place. C’est également l’Université Notre Dame qui numérise notre catalogue pour ensuite le mettre en ligne, afin que nous entrions pour de bon dans le XXIème siècle. Nous allons bientôt recevoir en legs les livres et papiers personnels d’Oscar Cullmann. Il a joué un rôle déterminant aux origines de Tantur et Karl Barth a fait remarquer un jour malicieusement qu’on aurait dû écrire sur sa tombe : « conseiller de trois papes ». Ce fonds Cullmann va grandement augmenter nos collections en langues allemande et française et nous sommes très reconnaissants pour ce cadeau qui est fait à Tantur.

Tous ceux qui vivent à Tantur y ont accès 24h/24 et 7j/7, avec des bureaux personnels. Nous avons de plus des relations avec d’autres institutions académiques qui nous permettent d’utiliser leurs propres fonds.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous-mêmes ?

Parler de soi est toujours un peu risqué. J’ai grandi à Lincoln (Nebraska), dans une famille protestante et ne savais rien de l’Église orthodoxe jusqu’à ce qu’un été, je fasse un voyage à Jérusalem avec un groupe d’étudiants. À la fin de l’été j’ai décidé de quitter l’université et de rester à Jérusalem pour apprendre l’hébreu moderne. C’était en 1973 ; j’ai donc vécu au Mont des Oliviers pendant la guerre du Kippour. J’ai alors fait la connaissance d’un prêtre orthodoxe qui m’a introduit à la lecture des Pères de l’Église, et je me suis intéressé à toute cette littérature historique et traditionnelle du christianisme dont j’ignorais même l’existence. Quelques années plus tard je me suis converti à Jérusalem après un ou deux voyages aux États-Unis ; je m’étais marié et nous avions eu notre première fille, née à Jérusalem. À ce moment-là, j’étais devenu « accro » au Moyen-Orient. Par la suite j’ai appris l’arabe, j’ai élevé une famille nombreuse, j’ai passé deux années sabbatiques à Jérusalem, en 1997 et en 2005, et j’y ai fait plusieurs voyages, avec l’espoir de pouvoir revenir un jour, d’une façon ou d’une autre, pour y travailler pendant une période longue. Parfois nos souhaits se réalisent ! Le 1er avril 2010, ma femme et moi nous sommes officiellement installés à Tantur.

Quelle a été votre formation ?

Après mon premier séjour en Terre Sainte, je ne suis pas retourné aux États-Unis, pour finir mes études, avant mes 23 ans ; j’étais alors marié, avec deux enfants. J’ai une licence d’anglais de Concordia College à Bronxville (New York) ; j’ai aussi une maîtrise en théologie obtenue au Séminaire Saint Vladimir en 1983. Tous mes espoirs de commencer un doctorat ont été anéantis à cause de notre famille qui s’agrandissait et du fait que j’avais commencé mes études assez tardivement. J’ai continué mes recherches à l’École biblique pendant ma première année sabbatique, j’ai enseigné la Bible hébraïque dans un séminaire catholique, en même temps que les langues bibliques, tout en étant prêtre dans une paroisse.

En quoi consiste votre mission en tant que recteur de Tantur ?

Jérusalem est en endroit très complexe. Ou plutôt : Jérusalem est un endroit très complexe quand il s’agit d’y diriger et d’y faire fonctionner une institution chrétienne.

En plus des parcours de formation et des finances, il faut s’occuper de problèmes pratiques pour lesquels beaucoup s’arracheraient les cheveux. Par exemple, la plupart de nos employés sont des Palestiniens qui viennent de la région de Bethléem. À tout moment on peut les empêcher de se rendre à leur travail, ils peuvent perdre leur autorisation de passer au poste de contrôle qui est à 200 mètres de l’institut. L’attribution par les Israéliens de notre terrain à telle ou telle zone nous pose des problèmes et les visées politiques ne manquent pas concernant la propriété d’un terrain aussi prisé. On ne peut jamais rien prévoir, ce qui demande flexibilité et adaptation constante.

Je ne souhaite certainement pas être recteur pendant une 3ème Intifada, mais on ne peut jamais savoir. En tant que recteur, même si vous déléguez beaucoup, vous êtes toujours responsable de la décision finale. Pour faire ce travail il faut aimer cette terre, les peuples de cette terre, ne pas trop simplifier les questions complexes ici ou dans le monde chrétien en général, prendre des décisions stimulantes qui reflètent la volonté du Christ telle qu’elle peut être comprise dans les Évangiles, et laisser le reste se faire comme on peut. Pour employer une métaphore, le terrain politique, social et œcuménique est miné partout, et à chaque instant on peut perdre un bras ou une jambe. Je fais confiance à ma femme pour « recoller les morceaux » chaque fois que je perds un membre. Je suis le premier recteur orthodoxe : c’est un vrai défi – que je veux relever – de rendre Tantur et sa mission à nouveau présents dans tout un secteur de la chrétienté qui en est parfois absent ou qui s’est réfugié dans son cocon. La famille orthodoxe constitue un chantier permanent, et la confusion règne souvent dans nos maisons.

Est-ce un avantage de vivre en Terre Sainte pour étudier les questions œcuméniques ?

C’est une bonne question. En théologie orthodoxe nous disons qu’il y a deux façons de parler de Dieu : en positif et en négatif, et que les deux sont nécessaires. Eh bien, à Jérusalem nous avons un attrait pour le discours en négatif. Comme je l’ai déjà dit, Jérusalem, rien que pour les chrétiens, est la ville la plus divisée au monde. Si vous parlez à un chrétien occidental du concile de Chalcédoine et de sa pertinence aujourd’hui, au mieux on vous fera une drôle de tête. Ici, il suffit que je vous envoie au Saint Sépulcre où chrétiens chalcédoniens et non-chalcédoniens prient côte à côte depuis des siècles. Ici vous voyez à la fois les divisions anciennes et d’autres plus récentes, vécues non pas comme les débats théologiques abstraits d’une période révolue depuis longtemps, mais comme des débats actuels qui ont comme conséquence la déchirure du Corps du Christ. Si vous voulez comprendre le christianisme, mettez de côté tous vos a priori, venez à Jérusalem et écoutez. Évidemment vous aurez la tête qui tourne, le désespoir vous envahira et vous vous mettrez à crier dans un élan d’espoir eschatologique « Viens vite, Seigneur Jésus ». Donc si vous voulez vraiment comprendre les questions œcuméniques, venez à Jérusalem ; mais : âmes sensibles, s’abstenir. C’est un défi pour la foi, une vraie croix à porter, comme l’est en général toute démarche œcuménique.

Comment décririez-vous vos relations personnelles avec les Églises locales ?

C’est une question complexe à cause de la diversité des Églises locales. La plus grande est l’Église grecque orthodoxe. Ses portes me sont automatiquement ouvertes puisque je suis prêtre orthodoxe. C’est là que je peux célébrer la liturgie, et communier. Je suis accepté comme un frère, sans hésitation, parmi les orthodoxes locaux, et chez les Palestiniens il y a une tradition de chaleur et d’hospitalité dont je n’ai pas rencontré d’équivalent ailleurs dans le monde. Quant aux Églises catholiques, latine et de rite melkite, je suis automatiquement reçu avec chaleur et intérêt chez elles, puisque je travaille au sein d’une institution catholique au service de l’œcuménisme, et je bénéficie des dizaines d’années de travail œcuménique avant moi. Sans doute serai-je vu un temps comme une anomalie, étant le premier recteur orthodoxe de Tantur. Mais il se pourrait que mes rapports les plus difficiles soient finalement ceux que j’aurai avec l’administration du patriarcat grec orthodoxe, où existe une tradition d’anti-œcuménisme. Ce serait un bon exemple de ce que je disais tout à l’heure : la nécessité de venir et d’écouter les autres pour voir ce qui s’est passé dans le passé, pour au moins comprendre leurs points de vue qui peuvent être différents des nôtres. À Jérusalem vous pouvez avoir des relations avec des responsables d’Églises qui sont plus officielles et formelles, et puis des relations avec les paroisses locales, qui peuvent être très différentes.

Comment évaluez-vous la situation œcuménique en général ? Quel rôle peut y jouer Tantur ?

Par nature, je suis optimiste et idéaliste. Mais plus je vieillis, plus je trouve qu’il est facile de s’en tenir au pragmatisme et au cynisme. Le monde est dur. Le christianisme est une religion âpre, et les hommes de religion sont souvent des êtres complexes qui déconcertent les psychologues eux-mêmes. L’œcuménisme en général semble en déclin. Était-ce une vision erronée de la génération précédente ? Était-ce déraisonnable de penser que des siècles de division avec leurs strates sans fin de « matériaux » bloquant le chemin vers l’unité pouvaient être déblayés ? Quelqu’un a-t-il la force intérieure de s’atteler à cette tâche ? Par ailleurs, l’œcuménisme relève-t-il seulement des théologiens et des évêques ? Sur cette terre, il y a un œcuménisme au quotidien, que personne ne voit. C’est le travail en commun pour les pauvres, l’amour du voisin, la chaleur de l’hospitalité et la compassion, qui sont les fruits véritables de l’Esprit Saint. Ce sont des « instants sacrés » d’humanité et de foi partagées. Jérusalem est une cité de démons et de vauriens, mais c’est aussi une cité de saints authentiques, la plupart inconnus ou non reconnus. Dieu les connait et c’est probablement suffisant. Ce que Tantur peut faire, c’est être, comme le font les gens eux-mêmes, un lieu de rencontre, de dialogue, d’hospitalité, d’étude, d’érudition, de prière et de calme. Ce qu’en feront les gens, nos responsables d’Églises, les chercheurs et les autres, c’est leur affaire. Saint Jean Chrysostome a dit dans une homélie pascale : « la table est richement dressée ; festoyez royalement, vous tous ! le veau est engraissé ; que personne ne s’en aille affamé ! Que tous prennent part au festin de la foi. Que tous reçoivent les richesses de la bonté. Que personne n’ait peur de la mort, car la mort du Sauveur nous a rendus libres ». Les portes de Tantur sont donc grandes ouvertes !

Propos recueillis et traduits par Catherine Aubé-Elie



 


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