L’unité, une œuvre communautaire

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L’unité, une œuvre
communautaire

Par le Père Miguel Desjardins,
directeur du Service national pour l’unité des chrétiens
à la Conférence des évêques de France

Nos Églises reconnaissent de plus en plus que l’œcuménisme est un chemin incontournable. Cela se voit en particulier dans le choix de certains chrétiens de vivre l’aventure œcuménique au quotidien dans le contexte d’une vie communautaire. Certains lieux, certaines communautés, optent pour un cadre de vie privilégiant le désir de faire grandir l’unité en partageant les différents aspects de la vie chrétienne. Ce sont ces communautés que ce numéro d’Unité des chrétiens voudrait faire connaître ou découvrir, pour celles qui sont moins connues.

Comme pour la vie religieuse dans la tra­dition de la vie ecclésiale, les communautés à vocation œcuménique ne prétendent pas avoir choisi une voie supérieure. Cependant, par leur témoignage enthousiaste d’un enga­gement radical dans la durée, d’autres peuvent être interpellés et renouvelés dans leur propre appel à œuvrer pour l’unité des chrétiens. Prendre conscience que le baptême qui nous unit est plus fort que les conséquences des blessures de la désunion ouvre un chemin de conversion, de vie fraternelle et d’hospitalité (voir pages 4-6).

La vie commune et l’accueil de l’autre avec ses différences nécessite un approfondissement des connaissances de ses repères ecclésiaux. De là naît le souci de la formation, non seulement pour les membres des com­munautés à vocation œcuménique et ceux qui séjournent chez eux, mais pour tout chré­tien qui vit ou voudrait vivre de cette grâce de l’ouverture à sa sœur, à son frère en Christ. D’où la présentation de certaines proposi­tions de formation pour la rentrée prochaine, en présentiel ou en ligne (voir pages 8-9).

Toutefois, même en étant bien formés et éveillés à nos sensibilités ecclésiales respec­tives, conscients de tout ce qui est inscrit dans nos cœurs, dans nos mémoires et dans nos habitudes, le chemin d’un humble quo­tidien interconfessionnel partagé conduit nécessairement à conjuguer œcuménisme et réconciliation. Le courage et la créativité, que l’Esprit Saint donne à ceux qui vivent la com­munion fraternelle au quotidien entre chré­tiens de différentes confessions, est inspirant. Dans les pages qui suivent, les membres des communautés de Pomeyrol, Taizé, du Chemin Neuf, Reuilly, Bose, Grandchamp, et des sœurs du Cénacle témoignent, chacun à leur manière, de la recherche d’une vie plus fidèle à l’appel du Christ, mettant en avant le souci œcuménique en lien avec une réalité incar­née. Il s’agit de « l’œcuménisme de vie », qui n’est « pas moins important que les grandes déclarations théologiques » qui demeurent nécessaires mais qui n’atteindront leur but réel que si l’on se préoccupe de leur appli­cation concrète (voir pages 27-29). C’est une démarche exigeante qui, si nous la prenons au sérieux, nous implique personnellement et communautairement. En effet, comment pouvons-nous vivre concrètement l’unité promue par les déclarations et accords œcuméniques et pas seulement les étudier ?

Le flambeau de l’œcuménisme, initiale­ment porté par quelques pionniers, se trouve aujourd’hui largement partagé par nos Églises. Or, si nous percevons quelque réticence de la part de la jeunesse à s’y engager, l’exemple lu­mineux des communautés à vocation œcuménique ne manquera pas de nous encourager. Leur engagement est le signe que l’Esprit de Dieu poursuit son œuvre en vue d’un monde réconcilié. Au fond, il ne s’agit pas de l’affaire que de quelques-uns, mais d’un témoignage pour toute l’Église du Christ. N’est-ce pas là une invitation à mettre nos pas dans les leurs, avec audace et persévérance, sur les chemins de l’unité ?