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    Du conflit à la communion

Du conflit à la communion

Réflexions luthéro-catholiques sur l’historiographie de la Réforme en vue des célébrations de 2017

Un document de la Commission internationale de dialogue entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale.

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  • 2 janvier 2015
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Pour les préparatifs du 500e anniversaire de la Réforme (qu’on date symboliquement au 31 octobre 1517 lorsque Luther afficha ses 95 thèses à Wittemberg), la Commission internationale de dialogue entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale [1] a publié en juin 2013 un document intitulé Du conflit à la communion [2]. On en trouvera ci-dessous le plan et quelques extraits significatifs de l’esprit de réconciliation des mémoires dans lequel les deux familles ecclésiales souhaitent vivre cette commémoration commune.

Chapitre I : Commémorer la Réforme dans le contexte de l’œcuménisme et de la mondialisation

« Il n’est plus satisfaisant de se contenter de répéter sur la Réforme les récits d’autrefois, qui présentaient les points de vue luthériens et catholiques séparément, et souvent en opposition. La mémoire historique sélectionne toujours à partir d’une grande abondance de faits historiques et construit les éléments sélectionnés en un tout significatif. Comme ces récits du passé racontaient pour la plupart des confrontations, il n’était pas rare qu’ils renforcent le conflit entre les confessions, et parfois qu’ils mènent à une hostilité ouverte. » (n° 8)

Chapitre II : Perspectives nouvelles sur Martin Luther et la Réforme

« Le dialogue œcuménique entraîne à se convertir à partir de schémas de pensée qui ont leur origine dans les différences entre les confessions, et les font ressortir. Tandis que dans le dialogue, les partenaires regardent d’abord ce qu’ils ont en commun et évaluent seulement ensuite la signification de leurs différences. Cependant, ces différences ne sont ni négligées, ni traitées avec désinvolture, car le dialogue œcuménique est la recherche en commun de la vérité de la foi chrétienne. » (n° 34)

Chapitre III : Aperçu historique de la Réforme luthérienne et de la réaction catholique

« Aujourd’hui nous pouvons raconter ensemble l’histoire de la Réforme luthérienne. Même si luthériens et catholiques ont des points de vue différents, grâce au dialogue œcuménique ils peuvent dépasser les herméneutiques traditionnelles, anti-protestante ou anti-catholique, pour trouver une façon commune de se remémorer les événements passés. » (n° 35)

Chapitre IV : Thèmes fondamentaux de la théologie de Martin Luther à la lumière des dialogues luthéro-catholiques

« Dans ce chapitre, catholiques et luthériens présentent ensemble quelques-unes des principales affirmations théologiques développées par Martin Luther. Cette présentation en commun ne veut pas dire que les catholiques sont d’accord avec tout ce qu’a dit Martin Luther, tel que nous le présentons ici. Il est nécessaire de poursuivre le dialogue œcuménique et la recherche d’une compréhension mutuelle. Mais nous avons atteint une étape dans notre cheminement œcuménique qui nous permet de présenter ensemble ce récit. » (n° 92)

Chapitre V : Appelés à la commémoration commune

« Puisque catholiques et luthériens sont liés entre eux dans le Corps du Christ en tant que membres de ce Corps, ce que Paul dit d’eux en 1 Cor 12,26 est vrai : “Si l’un des membres souffre, tous partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.” Ce qui affecte un membre du Corps affecte aussi les autres. C’est pour la raison pour laquelle, lorsque les luthériens font mémoire des événements qui ont conduit à la formation de leurs Églises, ils ne veulent pas le faire sans leurs frères catholiques. En faisant mémoire ensemble des débuts de la Réforme, ils prennent leur baptême au sérieux. » (n° 221)

Chapitre VI : Cinq impératifs œcuméniques

« Catholiques et luthériens comprennent qu’ils appartiennent, avec les communautés dans lesquelles ils vivent leur foi, à l’unique Corps du Christ. Chez les luthériens et les catholiques, la conscience se fait jour que les luttes du XVIe siècle sont terminées. Les raisons de condamner mutuellement la foi les uns des autres ont été abandonnées en chemin. » (n° 238)


Extrait : Évaluer le passé

228. Alors que joie et reconnaissance marquent la commémoration de 2017, elle doit également faire place, chez les luthériens comme chez les catholiques, à la douleur devant les échecs et les abus, la culpabilité et le péché présents dans les personnes et les événements dont on fait mémoire.

231. Quand catholiques et luthériens font mémoire ensemble des controverses théologiques et des événements du XVIe siècle dans cette perspective, il faut qu’ils tiennent compte du contexte du XVIe siècle. Luthériens et catholiques ne peuvent être blâmés pour tout ce qui s’est produit, certains événements du XVIe siècle n’étant pas de leur responsabilité. Au XVIe siècle, il y avait souvent des interférences entre convictions théologiques et pouvoir politique. Beaucoup d’hommes politiques utilisaient d’authentiques concepts théologiques pour atteindre leurs buts, et beaucoup de théologiens assuraient la diffusion de leurs conceptions théologiques par des canaux politiques. Dans ce champ complexe où de nombreux facteurs étaient en jeu, il est difficile d’attribuer la responsabilité des conséquences de tel ou tel événement à des individus en particulier, et de les désigner comme coupables.

232. Les divisions du XVIe siècle tiraient leurs racines de compréhensions différentes de la foi chrétienne, et étaient particulièrement porteuses de litiges puisqu’on pensait que c’était le salut qui était en jeu. Des deux côtés, les gens avaient des convictions théologiques qu’ils ne pouvaient abandonner. On ne peut pas blâmer quelqu’un de suivre sa conscience quand elle est formée par la Parole de Dieu et a atteint ses conclusions après une discussion sérieuse avec d’autres.

233. Tout autre chose est la façon dont les théologiens exposaient leurs convictions dans la bataille pour gagner l’opinion publique. Au XVIe siècle, bien souvent les catholiques et les luthériens ont mal compris leurs adversaires, ils ont exagéré ou caricaturé leurs propos afin de les rendre ridicules. À maintes reprises, ils ont violé le huitième commandement qui interdit de porter un faux témoignage contre son prochain. Même si les opposants ont parfois été honnêtes intellectuellement, leur volonté d’écouter l’autre et de prendre au sérieux son point de vue a été insuffisante. Dans les controverses on cherchait à réfuter ses adversaires et à être le vainqueur, en exacerbant souvent les conflits de manière délibérée plutôt que de chercher les points communs. Les préjugés et les incompréhensions ont joué un rôle important dans la manière de présenter l’autre partie. Ces oppositions ont été formalisées et transmises aux générations suivantes. On a ici de part et d’autre à regretter et à déplorer la manière dont les débats ont été menés. Aussi bien les luthériens que les catholiques sont responsables et cette culpabilité doit être confessée ouvertement lorsque l’on commémore les événements d’il y a 500 ans.

© Traduction : Unité des Chrétiens

Notes

[1Cette commission rassemble des théologiens luthériens et catholiques. Il est intéressant de noter que celui qui l’a présidée du côté catholique, l’évêque Gerhard Müller, est devenu préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le P. Michel Fédou, sj, est le seul théologien français de cette commission.

[2Publication en anglais et en allemand : Evangelische Verlagsanstalt (Leipzig) et Bonifatius (Paderborn).


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