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        L’assemblée de la KEK à Budapest

L’assemblée de la KEK à Budapest

La 14e assemblée générale de la Conférence des Églises européennes a adopté une nouvelle constitution.

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  • 7 juillet 2013
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Budapest, dimanche 7 juillet 2013, tard dans la soirée… les 220 délégués de la 14e assemblée générale de la Conférence des Églises européennes (KEK) adoptent, à l’issue de quatre ans de travaux préparatoires depuis la dernière assemblée à Lyon et de cinq journées de délibérations intenses, la nouvelle constitution de cette institution, avec une très large majorité.

Née en contexte de guerre froide du désir de plusieurs Églises d’Europe de créer une plateforme œcuménique leur permettant de devenir des instruments de paix et de meilleure compréhension réciproque, la KEK avait tenu sa toute première assemblée en 1959. Depuis, même si le contexte politique, religieux et socio-économique a considérablement évolué en Europe (comprise dans le sens géographique de la Méditerranée à l’Oural et non de la seule Union Européenne), les Églises membres de la KEK veulent rester fidèles à la mission qu’elles se sont donnée dans ce cadre, énoncée ainsi dans le préambule de la nouvelle constitution : « La Conférence cherche à aider les Églises européennes à partager leur vie spirituelle, à fortifier leur témoignage et service communs et à promouvoir l’unité de l’Église et la paix dans ce monde. »

La 14e assemblée générale de la KEK s’est donc consacrée à l’adoption d’une nouvelle constitution afin de mener à bien cette mission dans les décennies à venir. Cette nouvelle constitution, pour reprendre une image employée dans le message final de l’assemblée, ressemble à l’outre dans la parabole de Jésus : par cette constitution, le vin nouveau a été mis dans des outres neuves et ainsi, le vin comme les outres se conservent (Mt 9,17).

Parmi les changements les plus visibles de cette restructuration : le resserrement du nombre de membres du conseil de direction de 40 à 20 ainsi que du nombre de délégués lors des assemblées générales, le déplacement du secrétariat de Genève à Bruxelles, un suivi plus encadré encore des finances, l’élection du président par l’assemblée générale directement, la réorganisation des commissions (notamment « Église et Société »), afin de mieux les intégrer.

Voter ce texte, même avec la centaine d’amendements adoptés, n’est toutefois pas la fin du débat : reste à voir comment le nouveau conseil de direction et le secrétaire général Guy Liagre vont mettre en œuvre cette constitution, devant veiller notamment à la représentativité de tous. Des quotas imposant un certain nombre de jeunes, de laïcs et de femmes dans les instances seront intégrés dans le règlement intérieur, mais non dans la constitution, comme le souhaitaient certains (reflet de l’intensité des débats, cette décision ne l’a emporté que d’une seule voix). Le conseil de direction avec son nouveau président, l’évêque anglican Christopher Hill, devra particulièrement rester vigilant dans l’écoute des Églises dites « minoritaires » (minoritaires dans leur pays, comme les protestants en France), dans l’intégration des associations œcuméniques travaillant avec la KEK, et surtout, permettre à la KEK de rester une plateforme œcuménique dynamique, moteur pour l’ensemble de la vie œcuménique en Europe.

À cette fin, la Conférence a également voté un texte d’orientation (une road-map) précisant les priorités pour les années à venir, notamment pour le travail du secrétaire général. On retiendra particulièrement le désir de renforcer la collaboration avec le Conseil œcuménique des Églises et le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE). Il faut en effet rappeler que la KEK, si elle rassemble une large palette de la diversité chrétienne confessionnelle d’Europe (anglicanisme, vieux-catholicisme, protestantisme dans sa diversité – avec des réformés, luthériens, baptistes, méthodistes –, et orthodoxie – tant orientale qu’occidentale) ne comprend pas l’Église catholique romaine de par le choix de cette dernière. Toutefois, les liens entre la KEK et le CCEE témoignent d’une belle vitalité comme l’avait attesté la signature ensemble de la Charte œcuménique en 2001.

Si la plus grande partie du programme de la 14e assemblée a dû être consacrée à ces changements structurels profonds, d’autres aspects méritent aussi d’être rapportés : outre les 220 délégués des Églises, ce sont en tout 470 participants qui ont partagé une semaine intense de réflexions, débats, temps de prière. Le thème de l’assemblée générale, reprenant une parole d’Ananias pour Paul, « et maintenant pourquoi attendre encore » (Ac 22,16) a résonné à travers les chants, les études bibliques, les échanges, incitant chacune/chacun à ne plus attendre, mais à se mettre en marche sur la route du pèlerinage œcuménique.

Pour terminer par une note plus personnelle, il me faut évoquer la joie des rencontres que permet une telle assemblée et la chance de pouvoir ainsi « élargir l’espace de sa tente » : rencontres des autres Français de diverses confessions, rencontres d’autres baptistes européens, rencontres d’autres chrétiens, notamment toute la diversité orthodoxe. Mais l’assemblée de la KEK, ce sont aussi quelques échardes, des réalités plus douloureuses qu’on emporte avec soi comme autant de sujets de réflexion et de prières. J’en citerai deux : d’abord l’absence de mes frères et sœurs catholiques : étant habitué, dans notre contexte français à principalement dialoguer et œuvrer avec les catholiques, j’avoue que leur (quasi) absence à la KEK m’est pénible. Le projet de la KEK d’organiser un nouveau rassemblement œcuménique avant la fin de la décennie (comme à Sibiu en 2007) pourrait contribuer à rapprocher tous les chrétiens d’Europe en vue d’un témoignage commun. La deuxième écharde fut les temps de prière du matin, animés chaque jour par une confession différente, où mes convictions baptistes, plus largement protestantes évangéliques, ont parfois été heurtées de plein front, sans ménagement de nos différences. C’est sans doute un chantier bien plus large que celui de la KEK que de réussir à vivre ensemble la tension mais aussi la beauté des spécificités de nos spiritualités. En tous cas cette 14e assemblée générale de la KEK a sans nul doute constitué un beau jalon sur cette route vers l’unité visible et le témoignage commun.

Valérie DUVAL-POUJOL
Déléguée de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France


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