Unité des chrétiens
http://unitedeschretiens.fr/La-reconciliation-des-memoires.html
      La réconciliation des mémoires

La réconciliation des mémoires

N° 171 (juillet 2013) : sommaire et éditorial.

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 17 juin 2013

Sommaire

ÉDITORIAL : Enjeux mémoriels de l’œcuménisme (Franck Lemaître)

ESSENTIEL : Naissance de l’Église protestante unie de France (Laurent Schlumberger – Christian Baccuet)

LECTURES : Du conflit à la communion. Réflexions luthéro-catholiques sur l’historiographie de la Réforme en vue des célébrations de 2017

DOSSIER : Pour la réconciliation des mémoires

Histoire et mémoire. Approche philosophique (Gérard Malkassian)

Professeur de philosophie , Gérard Malkassian s’interroge sur la manière dont l’histoire pourrait contribuer à réconcilier des mémoires antagonistes et rapprocher des communautés où s’affrontent des enjeux de mémoire.

Réconciliation et guérison des mémoires (Michael Lapsley)

Prêtre anglican, Michael Lapsley a payé le prix fort dans son combat contre l’apartheid en Afrique du Sud. Il a fondé l’Institut pour la guérison des mémoires pour aider les victimes de traumatismes à se réconcilier avec leur histoire.

Construire ensemble un récit et une liturgie de réconciliation. L’expérience luthérienne et mennonite (Larry Miller)

Pour favoriser leur rapprochement, luthériens et mennonites ont cherché à réconcilier des souvenirs opposés en construisant un récit commun. Aujourd’hui secrétaire du Forum chrétien mondial, le pasteur Larry Miller était secrétaire général de la Conférence mennonite mondiale pendant ce processus de réconciliation avec la Fédération luthérienne.

La réconciliation des anglicans et des réformés en Angleterre (Fleur Houston)

Pasteure de l’Église réformée unie en Angleterre, Fleur Houston retrace les démarches de réconciliation et de guérison des mémoires qui ont favorisé le rapprochement des anglicans et des réformés en Grande Bretagne.

Catholiques et orthodoxes vingt ans après Balamand (Borys Gudziak)

Évêque de l’éparchie des ukrainiens gréco-catholiques à Paris, Mgr Borys Gudziak livre son point de vue sur l’histoire récente des relations entre catholiques et orthodoxes en Europe de l’Est, en pointant les comportements anti-œcuméniques qui persistent de part et d’autre.

RENCONTRE avec John Gibaut

CONSEIL D’ÉGLISES CHRÉTIENNES EN FRANCE : Message du CÉCEF en vue de la Rencontre européenne de Taizé à Strasbourg

JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février, mars & avril 2013

AGENDA

Editorial

Enjeux mémoriels de l’œcuménisme

Quatrième croisade, Saint-Barthélemy… des événements douloureux du passé continuent de marquer l’aujourd’hui des relations inter-ecclésiales. En œcuménisme comme dans toute démarche de réconciliation, les enjeux liés à l’Histoire sont donc d’une grande importance. Au fil des siècles, certains peuvent avoir oublié ou même refoulé les épisodes violents qui ont émaillé l’histoire du christianisme ; d’autres au contraire peuvent faire d’une persécution ancienne un élément nodal de leur identité confessionnelle. Cette insuffisance dans la connaissance de nos histoires ou la manière biaisée de les relire nécessitent une purification de la mémoire historique. Celle-ci comporte « la franche reconnaissance des torts réciproques et des erreurs commises dans la manière de réagir les uns envers les autres » [1].

On peut donc se réjouir des travaux qui, dans les dernières années, ont permis à des commissions bilatérales d’historiens et de théologiens de reconsidérer ensemble « ces passés qui ne passent pas ». Dans les articles ici rassemblés, il est par exemple question de la réconciliation entre anglicans et réformés en Grande Bretagne ; ou encore de la relecture historique qui a permis le rapprochement des luthériens et des mennonites, en évitant le double écueil de l’oubli et de l’hypermnésie.

Si ce numéro veut souligner les progrès œcuméniques que ces travaux historiques communs [2] ont permis, il pointe aussi des chantiers qui demeurent. Dans la relation entre orthodoxes et catholiques la reprise du dialogue avait été rendue possible en décembre 1965 par le geste solennel du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras ôtant « de la mémoire et du milieu de l’Église » les sentences d’excommunication de 1054. Des recherches historiques ont ensuite permis d’aboutir à la publication du rapport de Balamand en 1993 sur l’uniatisme « méthode d’union du passé » ; un document majeur pour la guérison des mémoires, dont pourtant la réception doit se poursuivre, notamment en Europe de l’Est. À l’autre extrémité de notre continent, nos regards se tournent vers l’Irlande du Nord où des murs continuent de défigurer Belfast en séparant quartiers catholiques et protestants.

Les anniversaires constituent des moments particulièrement sensibles des relations œcuméniques. C’est la raison pour laquelle, dans la perspective du 500e anniversaire de la Réforme en 2017, on accueillera avec gratitude le dernier document de la Commission internationale de dialogue entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale [3]. Du conflit à la communion – dont on trouvera ici des extraits – offre une relecture commune de la Réforme. On y reconnaît officiellement qu’au XVIe siècle catholiques et luthériens ont fréquemment exagéré ou caricaturé les propos de leurs adversaires afin de les rendre ridicules ; qu’à maintes reprises a été violé « le huitième commandement qui interdit de porter un faux témoignage contre son prochain » ; que de manière délibérée les conflits ont été exacerbés (n° 233). Les catholiques d’aujourd’hui montrent par exemple les limites de la bulle Exsurge Domine [4] (1520) du pape Léon X qui condamnait des propositions théologiques empruntées à plusieurs publications de Luther (n° 50) ; tandis que de leur côté, les luthériens estiment devoir « rejeter la manière dont Luther a identifié le pape à l’Antichrist » (n° 229).

Parce qu’aujourd’hui encore l’histoire de nos relations interconfessionnelles est parfois lue de manière sélective ou polémique, parce qu’elle reste encombrée de caricatures ou d’approximations partiales, le Conseil d’Églises chrétiennes en France encourage [5] les communautés chrétiennes à travailler ensemble l’histoire locale de leurs relations ; avec la conviction qu’on ne peut changer le passé, mais qu’on peut changer la façon dont on s’en souvient aujourd’hui.

fr. Franck LEMAÎTRE

Notes

[1Jean-Paul II, Discours aux membres du Conseil de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, 14/06/1984.

[2Au plan méthodologique, on peut mentionner les principes historiographiques préconisés dans Telling the Churches’ Stories. Ecumenical Perspectives on Writing Christian History (Timothy J. WENGERT & Charles W. BROCKWELL Jr, éds), Grand Rapids, Eerdmans, 1995.

[3On peut renvoyer également aux travaux de la Commission internationale de dialogue réformé/catholique, Vers une compréhension commune de l’Église (1990).

[4Lève-toi Seigneur… car un renard ravage ta vigne : c’est bien sûr Luther qui y était décrit comme le renard ravageant l’Église.

[5Cf. Message du CÉCEF aux communautés chrétiennes à l’occasion de ses vingt-cinq ans, 13 décembre 2012, in Unité des Chrétiens, n° 170, p. 8-9.


Document