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    Métropolite Kallistos (Ware)

Métropolite Kallistos (Ware)

Rendez-vous avec le métropolite Kallistos (Ware), théologien et patrologue orthodoxe.

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  • 1er avril 2018
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Ayant enseigné pendant trente-cinq ans les Pères de l’Église à l’université d’Oxford, et œuvré activement au sein des comités du dialogue bilatéral anglican-orthodoxe et catholique romaine-orthodoxe, le métropolite Kallistos (Ware), présente ici son itinéraire spirituel aussi riche que surprenant.

Je suis né en 1934 à Bath, une ville du comté de Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre. J’ai été élevé au sein de l’Église d’Angleterre où j’ai reçu une bonne partie de mon éducation. J’étais en outre élève à l’école de Westminster proche de l’abbaye : on assistait souvent aux offices religieux.

À l’âge de dix-sept ans, un samedi après-midi, je suis entré dans l’église orthodoxe russe à Londres, qui, à l’époque se trouvait près de Victoria station. Lorsque je pénétrai dans la chapelle, elle me parut entièrement vide. Je ne voyais pas de bancs, mais simplement de grands morceaux de planches cirées. Peu à peu mes yeux s’accoutumèrent à l’obscurité et j’ai commencé à deviner des personnes près des murs, où des icônes étaient accrochées. Une iconostase [1], éclairée par des veilleuses, se trouvait à l’intérieur de la paroisse ; il y avait même une petite chorale, qui chantait dans une langue inconnue ; par la suite j’appris que c’était du slavon [2]. Ainsi ma première impression était remplacée par une forte conviction : l’église n’était pas vide, mais remplie de célébrants invisibles, priant avec nous. J’ai eu le sentiment qu’en dehors de la toute petite communauté russe, se trouvaient également plusieurs anges et saints, la Mère de Dieu et Christ Lui-même. Les orthodoxes aiment décrire l’Église et en particulier la communauté des fidèles en prière comme « le ciel sur la terre ». C’est précisément ce que j’ai ressenti en cet instant.

Ainsi a débuté mon chemin vers l’Église orthodoxe, dont je suis devenu membre, six ans plus tard, en 1958. Il ne s’agissait pas d’une décision simple, car j’avais de très bons souvenirs de l’anglicanisme. Les orthodoxes eux-mêmes n’ont pas fait de prosélytisme à mon égard ! Au contraire, ils m’ont conseillé d’être très attentif et de prendre le recul nécessaire pour réfléchir. « Nous sommes une Église d’émigrés » me disaient-ils et même si aujourd’hui cela a beaucoup évolué en Angleterre, à l’époque c’était bien le cas. Pendant ces années, j’ai poursuivi mes études à l’Université d’Oxford. J’y ai fait connaissance de russes, grâce à la confrérie « Saint Albain-Saint Serge », constituée d’anglicans et de Russes. Son objectif était de promouvoir une meilleure compréhension entre les deux Églises. Dans le cadre de ces rencontres, j’ai assisté également à des liturgies orthodoxes en anglais. Je ne pourrais pas dire qu’en devenant orthodoxe, j’ai vraiment changé ma foi. En réalité, la haute Église d’Angleterre [3], au sein de laquelle j’ai grandi, confesse une foi très proche de l’orthodoxie, mais, dans l’orthodoxie, j’ai trouvé la ferme fondation de ma foi. Trois raisons principales m’ont conduit à entreprendre cette démarche. Premièrement, j’ai découvert dans l’Église orthodoxe la continuité vivante avec le christianisme du premier millénaire et la plénitude de la foi et de la célébration liturgique, trouvées jusqu’à présent nulle part ailleurs. Deuxièmement : son enseignement sur la prière intérieure et en particulier la courte invocation, connue sous le nom de « la prière de Jésus », sur laquelle nous allons revenir, m’ont beaucoup interpellé. Troisièmement : les martyrs de cette Église. J’ai été bouleversé, en particulier par les persécutions subies par l’Église orthodoxe russe notamment dans les années 1920-1930. Durant cette période sombre de l’histoire un grand nombre d’évêques, prêtres, clercs, moines, moniales et fidèles ont été persécutés pour leur foi en Christ. Dans la plupart des cas, ils sont morts en martyrs. Bien entendu, d’autres chrétiens au vingtième siècle ont également souffert de la persécution, mais heureusement pas à l’échelle impressionnante et horrible des chrétiens russes entre les deux guerres mondiales.

J’ai passé à Oxford, la plus grande partie de ma vie, étudiant au début les disciplines classiques et par la suite la théologie. J’ai commencé mes études non seulement avec les langues anciennes, le grec et le latin, mais aussi avec la philosophie ancienne et moderne. Ces domaines m’ont bien aidé pour l’œuvre principale de ma vie : l’étude des Pères de l’Église. Plusieurs années avant cela, à l’âge de quinze ans, j’ai trouvé un livre de Helen Waddell, intitulé The Desert Fathers ou « Les Pères du désert » [4]. J’ai été en particulier interpellé par leurs courtes phrases ou apophtegmes. Ainsi pour ma thèse de doctorat en philosophie et théologie à Oxford, j’ai choisi le domaine du monachisme primitif et plus particulièrement Marc le Moine, connu aussi comme Marc l’Ermite ou l’Ascète, vivant au début du cinquième siècle. Il nous a légué de très intéressants écrits, en particulier sur le baptême. À ses yeux, le sens tout entier de la vie ascétique et mystique est contenu dans le sacrement du baptême. Il le présente non pas avec des termes négatifs comme purification des péchés (actuels et/ou originel), mais comme l’inhabitation divine ou, plus précisément, comme l’entrée du Christ et du Saint-Esprit dans le sanctuaire de notre cœur. J’étais heureux d’avoir pu travailler ses œuvres et d’avoir ensuite enseigner les Pères de l’Église, essentiellement aux étudiants de deuxième et troisième cycle d’Oxford pendant trente-cinq ans.

Ma première vocation est celle de l’enseignement, mais je me réjouis également de pouvoir servir l’Église en tant que prêtre, liant ainsi mon travail académique à ma mission de pasteur. Ordonné diacre en 1965 et prêtre en 1966, j’ai prononcé mes vœux monastiques dans le monastère de Saint-Jean-le-Théologien sur l’île de Patmos en Grèce. Depuis, je suis frère de ce monastère, même si je n’habite pas sur place. En effet, selon le père supérieur et les autres frères, ma vocation était de rentrer à Oxford et d’y enseigner. J’y ai également desservi, pendant des années, la paroisse grecque orthodoxe de la Sainte Trinité. En 1982, j’ai été nommé évêque pour l’archidiocèse grec-orthodoxe de Grande-Bretagne, tout en poursuivant ma vocation d’enseignant. J’ai été par la suite élevé au rang de métropolite en 2007. À présent, je suis à la retraite.

Mon engagement œcuménique trouve ses racines, essentiellement dans mon ministère d’enseignement. Ce dernier m’a permis de comprendre que l’Église est foncièrement une société eucharistique. Qu’est-ce que l’Église peut accomplir que personne et rien d’autre au monde ne peut faire ? La réponse la plus courte est « de célébrer la sainte Eucharistie ». Ainsi la véritable vocation de l’homme est de devenir un être eucharistique. Nous sommes créés à l’image de la Trinité pour l’amour mutuel. Plus spécifiquement encore, nous sommes créés à l’image du Christ, le Logos. Par conséquent, les hommes sont logiki, des êtres dotés de raison, compréhension autonome, conscience, liberté…, mais aussi de gratitude et d’action de grâce. De là provient ma définition de la personne humaine comme un être eucharistique, au sens littéral de l’eucharistie [5] : l’action de grâce. Nous étions revêtus du pouvoir d’offrir en toute conscience la création à Dieu, en retour, en reconnaissance pour Ses bienfaits. C’est pourquoi il ne suffit pas de nous auto-définir comme des animaux raisonnables, mais plutôt comme des offreurs. Lors de la divine liturgie de saint Jean-Chrysostome nous disons durant l’anaphore [6] : « Tout ce qui est à Toi, nous l’offrons à Toi en tout et pour tout ». Ici nous avons une clé pour la compréhension de la personne humaine, créée à l’image divine. D’une manière consciente et par un choix délibéré, nous pouvons offrir le monde en retour à Dieu en gratitude et cela nous le faisons tous ensemble durant la divine liturgie, lorsque nous offrons les saints dons à Dieu. D’emblée nous n’offrons pas simplement du blé, mais du pain, nous ne présentons pas des grappes de raisin, mais du vin. Ainsi nous n’offrons pas les éléments en retour à Dieu dans leur état originel, mais transformés par les mains de l’homme, dans un acte de gratitude et en les rendant au Créateur, nous Le recevons par Son corps et Son sang.

L’objectif du dialogue œcuménique est la restauration de la communion eucharistique. Mais pour pouvoir communier ensemble à la table du Seigneur, nous devons partager la même foi. L’Eucharistie ne peut pas être séparée de notre foi. Aussi pour restaurer la communion eucharistique, nous devons chercher et approfondir nos chemins communs dans la foi commune. Cependant, devons-nous ajouter, il y a une distinction entre dogma et theologoumena ou entre la foi et les opinions théologiques. L’une des tâches les plus importantes des dialogues théologiques est de faire la part des choses. Il s’agit de discerner d’une part ce qui est essentiel et irréductible dans le domaine de la foi, où notre accord est indispensable. Ensuite, nous établissons des opinions théologiques où des différences peuvent être tolérées, dans la mesure où elles ne mettent pas en péril le dépôt commun de la foi. C’est bien ainsi que j’entends les expressions « l’unité dans la diversité » ou « la diversité réconciliée ». Les comités bilatéraux du dialogue théologique sont des structures particulièrement propices à cet exercice. Leur objectif final reste la restauration de la communion eucharistique. J’ai eu l’opportunité de participer au dialogue avec l’Église anglicane, dans un premier temps en tant que membre de 1973 à 1984 et puis en tant que co-président de 2007 à 2016. De 2006 à 2016, j’étais également membre de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe. En 2016, j’ai dû me retirer des deux pour des raisons de santé.

Le dialogue international anglican-orthodoxe a été consacré durant les années 1984 - 2006 à la doctrine de l’Église. En 2006, un très important document a été publié sous l’intitulé The Church of the Tri-Un God ou « L’Église de Dieu Un et Trine ». Depuis celui-ci a migré du champ de l’ecclésiologie, proprement dit, vers celui de l’anthropologie. Au lieu de nous demander ce qu’est l’Église, nous nous sommes posé la question : « qu’est-ce qu’une personne humaine ». Un texte saisissant - À l’image et à la ressemblance de Dieu [7] - en est sorti. À mes yeux, il s’agit d’un pas décisif, car à présent dans le monde chrétien dans son ensemble, la question « qui suis-je, qu’est-ce que je suis, que signifie être à l’image et à la ressemblance de Dieu ? » est fondamentale. La compréhension de la personne humaine doit y être beaucoup plus explorée, car parfois nous ne nous rendons pas compte de l’importance et de la profondeur abyssale du sujet. À présent, le dialogue anglican-orthodoxe étudie l’implication pratique de ce texte de convergence théologique. Tout d’abord, il y a la question de la naissance humaine et du début de la vie humaine dès la conception, et toutes les questions en découlant, notamment au sujet de la contraception, l’avortement et les expérimentations sur le fœtus… et la série de brûlants problèmes liés à eux. Il ne suffit pas bien entendu pour nous d’échanger des informations ou d’émettre des interdictions, mais d’approfondir les problèmes et de trouver des raisons pour agir dans telle ou telle direction. Ensuite, je dois clairement dire au sujet de la fin de vie que nous ne pouvons pas approuver l’euthanasie, tout en admettant, dans des situations spécifiques, l’arrêt des soins médicaux. Une autre question que nous avons longuement discutée est celle des ordinations des femmes au ministère de la prêtrise, qui, de mon point de vue, doit être considérée avec le sérieux requis. Elle doit être traitée à cet effet comme une question ouverte, afin que des arguments théologiques de part et d’autre puissent être exprimés et approfondis. Toutes ces interrogations sont liées à notre doctrine de la personne humaine. Elles concernent non seulement les relations inter-ecclésiales, mais aussi la position ou la voix de l’Église dans son ensemble à l’égard de la société contemporaine. C’est, à mes yeux, le programme du dialogue anglican-orthodoxe et il occupera les membres mandatés durant plusieurs années.

Quant au dialogue catholique-orthodoxe, il s’est penché, dans les années précédentes, sur la question cruciale entre nos deux Églises : la position de l’évêque de Rome dans la communion mondiale ou si vous préférez la relation entre primauté et synodalité. En 2016, le dialogue a produit un excellent accord à Chieti [8]. Ce document envisage l’Église comme image de la Sainte Trinité. Il souligne le lien entre Église et Eucharistie sans évoquer de « pouvoir juridictionnel ou de juridiction », en adoptant un langage beaucoup plus pastoral, caractéristique de l’Église ancienne. Le document de Chieti souligne que dans le premier millénaire, le pape n’a pas exercé d’autorité canonique sur l’Orient chrétien. Il admet, pour le reformuler dans notre langage moderne, sa juridiction universelle d’appel. Autrement dit, il s’agit de la possibilité des autres patriarcats de se tourner vers Rome, en cas de différends insurmontables par eux-mêmes. Ce document, d’une manière surprenante, n’a pas été adopté seulement par les orthodoxes, mais aussi par la délégation catholique et d’emblée d’une manière unanime. Ensuite comment pourrions-nous concilier cela avec, par exemple, les décisions du concile Vatican I, établissant, entre autres, une juridiction universelle et ordinaire du pape ? Pour l’heure le dialogue catholique-orthodoxe n’a pas travaillé sur le deuxième millénaire. À mon sens, le travail du groupe doit se poursuivre dans cette direction. Le concile de Vatican II doit être également étudié de près. Il se rapproche du document de Chieti, en affirmant que le pape n’intervient pas directement dans les relations des Églises de l’Orient chrétien.

La question des ministres reste à la fois difficile et importante sur le chemin de l’unité. Nous avons besoin, aussi bien les orthodoxes que les chrétiens d’Occident, d’une théologie beaucoup plus puissante et mieux articulée sur le ministère des laïcs. Par conséquent, nous devons approfondir la compréhension de notre théologie baptismale. L’important n’est pas ce que les laïcs ne peuvent pas faire, mais ce qui leur est offert. Tous les baptisés sont ordonnés pour être des missionnaires, des témoins de la foi. Nous ne faisons pas de distinction entre l’Église enseignante et l’Église enseignée. Chaque membre de l’Église est simultanément enseigné et témoin. Les laïcs, dans l’orthodoxie, sont les gardiens de la sainte tradition ou la conscience ecclésiale.

J’ai passé une grande partie de ma vie sur la traduction de la Philocalie (littéralement l’amour de la beauté) en anglais et, avec d’autres collaborateurs, nous avons pu éditer quatre volumes, le cinquième, et dernier, est sous presse. C’est une vaste anthologie d’auteurs grecs chrétiens du quatrième au quinzième siècle. Parmi eux, il n’y a qu’un seul Occidental : saint Jean Cassien. Le fil rouge du recueil est la prière et plus précisément la prière dite « de Jésus » : une courte invocation de Son nom, dans sa forme, communément admise : « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu aie pitié de moi » [9]. Personnellement, je préfère utiliser la version « aie pitié de nous ». On peut également utiliser la version « aie pitié de moi, pécheur », mais cela met un accent particulièrement pénitentiel sur la prière, alors que son essence est la présence du saint nom de Jésus-Christ, tel un signe sacramentel, revêtu de puissance. Cette prière peut être dite de deux manières : fixe, lorsque nous lui accordons une partie de notre temps, spécifiquement dédié à la prière, et libre, quand nous la disons une ou plusieurs fois, tout en vaquant à nos tâches quotidiennes. Naturellement, la prière de Jésus n’est pas un talisman magique. Elle doit être dite avec amour et foi. Il y a, bien entendu, plusieurs autres formes de prières et je ne suis pas en train d’affirmer que la prière de Jésus est la seule manière de prier ni qu’elle est la meilleure. Simplement, je peux dire qu’elle m’a beaucoup aidé dans mon cheminement spirituel, comme elle en aide d’autres. À ce titre elle pourrait peut-être vous être utile.

L’un des problèmes les plus importants du dialogue œcuménique est celui de la réception. Nous nous adressons mutuellement dans nos dialogues respectifs souvent en des termes très positifs. Nous devenons de vrais amis. Peut-être ne nous adressons-nous pas suffisamment à l’Église dans son ensemble. Il faut le reconnaître : les documents des différents dialogues œcuméniques sont lus par une poignée de personnes. Aussi les avancées sont ignorées par la plupart des fidèles. Or, à présent, le vrai enjeu est de transférer les discussions œcuméniques du haut niveau théologique des groupes internationaux au niveau paroissial. Il s’agit de prendre davantage en considération le contexte spécifique de nos communautés locales. Nous devons poursuivre et approfondir ces démarches, car elles sont essentielles pour la réussite du dialogue.

Dans mon travail œcuménique, deux idées maîtresses m’ont beaucoup inspiré. La première est du patriarche œcuménique Athénagoras, décédé en 1972, un pionnier pour la réconciliation des chrétiens. Il nous a légué cette pensée : « L’unité sera un miracle, mais un miracle dans l’Histoire ». L’unité sera un miracle ! Même si nos communautés chrétiennes se réunissent d’une manière visible avant la deuxième Parousie, ce sera un miracle de Dieu et non pas simplement un résultat des efforts humains. Cela sera l’œuvre du Saint-Esprit. En même temps, Athénagoras disait « un miracle dans l’Histoire ». Nous avons notre rôle à jouer et nous ne pouvons pas rester purement passifs en disant « laissons l’Esprit Saint agir ». Dieu demande notre coopération, comme saint Augustin l’affirmait : « Dieu, qui nous a créés sans nous, n’a pas voulu nous sauver sans nous » [10]. Nous pouvons appliquer cet apophtegme à l’unité des chrétiens. Elle sera incontestablement une œuvre divine, mais elle ne se fera pas sans l’homme. Nous devons éliminer les obstacles, empêchant l’action libre et libératrice du Saint-Esprit. Il y a donc une sorte d’équilibre, inégal, mais nécessaire, entre l’accueil de l’initiative divine et notre propre réponse sacrificielle. Aussi, il n’y aura pas d’unité des chrétiens sans sacrifice. La seconde pensée accompagnant mon engagement œcuménique est celle du père Serge Boulgakov, mort en 1944. Il affirmait : « L’unité est une réalité que nous avons dès à présent et que nous recherchons encore ». Dans notre travail pour l’unité des chrétiens gardons toujours en vue cette tension dynamique du « déjà et pas encore ». L’unité est une réalité dans laquelle nous entrons dès maintenant en continuant à y œuvrer, tout en gardant un espoir futur. Soyons donc sereinement optimistes lorsque nous envisageons le dialogue, en nous rapprochant toujours davantage de Dieu, cet Autre en Qui les autres deviennent des frères et des sœurs.

Propos recueillis
et traduits de l’anglais
par Ivan Karageorgiev

Notes

[1Une iconostase (du grec ancien : εἰκονοστάσιον, eikonostasion : « images dressées ») est une cloison, en bois ou en pierre qui sert de support stable aux icônes. Elle est destinée non seulement à délimiter le sanctuaire (le lieu où se tient le clergé célébrant) de la nef (le reste de l’église où prient le chœur et les fidèles), mais avant tout à rappeler l’irruption du monde divin dans le temps et l’espace, par le biais des visages des saints, ces témoins de la Résurrection, qui participent à côté des fidèles dans la louange du Très-Haut.

[2Langue liturgique essentiellement utilisée dans les Églises orthodoxes slaves (russe, serbe, bulgare, de Tchécoslovaquie et de Pologne). La majorité de ces Églises ont produit des traductions de textes liturgiques en langues vernaculaires, tout en continuant à utiliser le slavon dans leurs propres offices comme en cas de concélébration.

[3Le mouvement Haute Église (High Church) est un courant de l’anglicanisme né dans l’Église d’Angleterre lors de la Restauration anglaise (1660-1688). Insistant sur son unité avec « l’Église une, sainte, catholique et apostolique », notamment par le biais des sacrements et de la succession apostolique, il désigne alors les fidèles, qui militent pour l’observation précise des règles liturgiques sur la prière et le jeûne et s’inscrit ainsi contre les tendances à la poursuite de la Réforme. Il tire son inspiration des politiques d’uniformisation religieuse qui avaient été mises en œuvre par l’archevêque de Cantorbéry William Laud entre 1633 et 1640.

[4Cf. Helen Waddell, The Desert Fathers, London,
Collins, 1962.

[5Du grec ancien εὐχαριστία, eukharistía : action de grâce.

[6La liturgie, la plus souvent célébrée dans l’Église orthodoxe est celle de saint Jean Chrysostome. Structurée en deux grandes parties : la liturgie des catéchumènes, connue aussi comme la liturgie de la parole, où sont proclamées et expliquées les Écritures saintes, et la liturgie des fidèles ou liturgie eucharistique. Lors de cette deuxième partie, l’anaphore constitue la prière eucharistique durant laquelle les saints dons ou le pain et le vin sont offerts à Dieu et consacrés pour devenir Son corps et Son sang. La proscomidie – le service de préparation des dons – est souvent considérée comme une troisième partie, précédant la liturgie des catéchumènes (Cf. Grand euchologe et arkhiératikon, Denis Guillaume (traduction, éditeur scientifique), Parma, Diaconie apostolique, 1992, pp. 604-630).

[7La Commission internationale de dialogue théologique anglicane-orthodoxe a adopté, à l’issue de sa réunion du 19 au 25 septembre 2015 à Buffalo (New York), le document conjoint : À l’image et à la ressemblance de Dieu : une anthropologie remplie d’espoir (In the Image and Likeness of God : A Hope-Filled Anthropology). Le recueil de 90 pages, publié en anglais, est le fruit de six ans de concertation oecuménique sur le thème : « qu’est-ce que les anglicans et les orthodoxes peuvent affirmer ensemble sur la personne humaine ? »

[8Lors de sa quatorzième session plénière, qui s’est déroulée dans la ville italienne de Chieti du 16 au 21 septembre 2016, la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre catholiques et orthodoxes a adopté un document sur la synodalité et la primauté durant le premier millénaire. Synthétisant ensemble les mille ans d’histoire commune grâce aux deux notions complémentaires, le texte reconnaît « la primauté d’honneur », revenant au siège de Rome, tout en admettant que le pape « n’a pas exercé une autorité canonique sur les Églises de l’Est » durant cette période, même si ces dernières pouvaient recourir à lui pour la résolution des différends qu’elles n’arrivaient pas à surmonter par elles-mêmes.

[9Étant donné la connotation de la notion de « pitié » en français, certains chrétiens préfèrent utiliser la traduction : « fais-moi miséricorde ».

[10S. Augustin, Serm. 169, 11, 13 : PL 38, 923.


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